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« Dans le pays où j’ai grandi » de Patric’ Saucier

Lundi 10 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Le metteur en scène du cabaret, Patric’ Saucier, nous livre sa réflexion sur la fameuse question…
 

Dans le pays où j’ai grandi,

il s’en est dit bien des affaires

depuis que je suis venu au monde.

Je suis né, nez à nez avec la mort,

celle de Kennedy.

Fin novembre ‘63.

L’Amérique pleurait JFK,

ma mère pleurait de joie,

mon père pleurait jamais.

Y’a des choses qui se font pas !

Depuis 50 ans

On en a tellement vu de toutes les couleurs

Que ça aurait pris des yeux tout le tour de la tête

Pis des lunettes 3D

pour regarder l’arc-en-ciel en pleine face.

Il s’est dit tellement d’affaires pis des n’importe quoi

qu’on a manqué d’oreilles pour tout écouter.

Les mots creux ont tapé en tempête dans nos tympans têtus,

Les vents de promesses de changements

qui changent jamais

ont tourbillonné dans le grand foc avant,

avant de fucker le chien.

Les chaudes gorges se sont brûlées la langue de bois

jusqu’à la corde

la corde s’est mise à danser

Pis les politiciens giguent encore sur la même musique

en changeant le tempo

pour se donner l’impression

de valser mieux que leurs prédécesseurs.

Pour faire différent

mais la rengaine reste la même

pis quand on sait plus sur quel pied danser,

ben on marche sur celui des autres.

Ici plus qu’ailleurs?

Je le sais pas, je m’en sacre.

Ailleurs c’est à eux-autres.

Qu’ils s’arrangent.

Dans le pays où j’ai grandi,

La peur s’appelait Bonhomme sept heures

mais on le voyait jamais.

Parce que la peur vivait dans les autres villages

les autres pays

pis elle parlait une autre langue,

des fois l’anglais.

La peur portait des noms de films,

des noms de famille, des fois

des noms de maladies

contagieuses

honteuses

infectieuses

épidémiques

épidermiques

et pis ben d’autres.

La peur se tenait en gang entre les cases,

dans la cour d’école,

Pis après elle s’est tenue en gang de rue

Pis en gang de bicycles pis de motards

pis de bandits de la finance

Pis d’avocats du diable qui prennent notre mal en patience.

Au fil des ans la peur s’est brodée un tissu de mensonges

pour habiller la vérité.

Aujourd’hui,

On apprend que les maires et les hauts-fonctionnaires

Sont payés à la commission

Que les bandits démissionnent et ne vont plus en prison.

Les croyances ont délaissé la religion

Les églises ferment boutique

les dieux sont mortels

Pis le diable est aux vaches dans l’enclos du paradis fiscal.

À force d’être chassée d’ailleurs,

la peur a fini par immigrer chez-nous.

Avant, elle était mafieuse et vivait en Sicile.

La peur coulait du monde dans le béton et les jetait à l’eau astheure elle vend du béton et coule l’économie.

On crie au voleur

chaque fois qu’un gouvernement investit dans la culture.

Moi je rêve du jour où la Mafia va investir dans la culture,

Même les hippies vont en avoir des millions pour faire du théâtre.

Avant, la peur se cachait dans le crépuscule,

sortait juste la nuit,

se terrait dans la grande noirceur,

astheure la peur a plus peur,

elle s’expose au grand jour.

Elle a plus de visage,

elle porte un matricule.

Elle s’est armée de matraques, d’armures pis de lois musclées

pour nous protéger contre nous autres.

La peur s’est immiscée dans le pays où j’ai vieilli

depuis que ceux qui devaient nous défendre

se sont mis à nous attaquer.

Un jour de printemps récent on a crier : J’ai faim de justice !

Ce soir-là, on a mangé une volée,

une maudite bonne,

bien poivré,

du vrai buffet à volonté,

c’était pourtant pas chinois !

Parce dans le régime de la peur,

tu peux pas manger n’importe quoi. Ben non.

Il faut que tu suives une diète sévère

qu’on t’applique au pied de la lettre

pis aux pieds au cul.

On t’alimente d’images troublantes,

pis toi, troublé, tu sais plus quoi ni qui croire.

Tu doutes de tout de tout le monde

sauf peut-être

de l’arrière grand-père de Bernard Adamus, Nostre.

Mais comment on peut prédire la fin de l’Histoire

quand on sait pas où elle a commencé ?

Parce que dans le pays où j’ai grandi,

2012, c’est pas une fin, c’est un début.

Ok, Peut-être même juste l’idée de départ d’un début,

un chapitre… un paragraphe,

au moins un phrase qui a su trouvé les mots justes

pour effacer les maux de coeur.

Le temps d’un printemps.

Peut-être pas plus

Mais le bourgeonnement à pris racine.

J’ai vu des milliers de Don qui se choquent,

grimpés sur leurs grands chevaux,

pis monter à l’assaut des moulins à paroles vides.

Armés de leurs casseroles, bruyantes et rossinante,

on pouvait les entendre chanter à pleines rues.

La colère dans le bonheur.

Armés de casserole pour exprimer le ras-le-bol !

Éruption du trop plein,

la coulée humaine qui déferle dans les villes

À petits pas des grands projets.

Des rues inondées d’une marée de femmes,

d’hommes et d’enfants

qui s’est heurtée à des récifs inhumains.

La vague brisée à maintes reprises

mais debout dans le ressac de la tourmente.

Des jeunes de moins en moins jeunes chaque jour

debout parce que tannés d’être à genou.

Debout dans tête.

Des jeunes vieux, côte à côte, coude à coude.

Carré rouge de colère

Bleus d’écoeurement,

verts de rage

À rêver de changement, éveillés,

les yeux ouverts

même gazés.

Gonflés d’espoirs de revoir un lendemain qui regarde plus hier,

Le sourire fier de la conquête étampé dans la face,

juste à côté de la main de la police.

Parce que leur Premier ministre,

à force de vouloir sauver la face,

a perdu la tête.

L’orgueil ça a pas de prix,

surtout quand c’est les autres qui paient pour.

Sa machine s’emballe, part tout croche,

lui, refuse de faire marche arrière,

il se braque parle à personne, la transmission est cassée.

Il refuse de naviguer ça fait qu’il divague.

Veut rien savoir de suivre le courant,

il veut rien que briser la vague.

Il riposte policièrement et fermement.

La loi massue frappe de plein fouet

Et le rouge n’est plus carré,

le rouge prend des formes de nez, de fronts,

de cranes ouverts sur le monde.

La grande ouverture d’esprits dont savent faire preuve les manifestants.

La liberté de paroles qu’on nous fait ravaler

à coup de balles de caoutchouc.

«Tiens mon câlisse ! »

On rêvait de changement, de casser la barraque

Du printemps qui regarde plus l’hiver,

Et le rêve a quand même pris forme.

Des formes diverses, inspirées, des idées à la pelleté.

Un deuxième printemps 68 avec un épicentre québécois.

De quoi être fier d’être né dans le pays où j’ai grandi.

Des vidéos magnifiques,

des textes qui t’enlèvent les mots de la bouche,

des chansons qui fessent dans le dash.

Du grand art en même temps comme rarement dans l’histoire.

L’effervescence ostie!

De quoi être fiers pas à peu près !

Mais de quoi avoir honte aussi;

Quand les fesseux pis les fessés viennent de la même famille

On appelle ça un fratricide, câlisse.

La deuxième grève mondiale du Québec

Après l’amiante, l’étudiante.

La grande noirceur sort de l’ombre

pour mettre en lumière

les mêmes vieilles techniques d’intimidation.

Le vrai danger vient jamais du fusil

Il vient de celui qui le tient.

Parce qu’elles soient en plomb ou en caoutchouc,

Ce que les balles cherchent avant tout à tuer

C’est les idées.

Ici comme ailleurs

Les années se suivent et la violence nous rassemblent

Le printemps des érables qui a suivit

Le printemps arabe de 2011.

La Place Tiananmen printemps 89.

Le printemps Berbère en 80

La coupe Stanley printemps 93

Tout à coup, ici comme ailleurs,

le printemps est devenu la saison des amours amères.

Quand une manifestation a l’effet d’une bombe

il faut se méfier des obus du pouvoir.

La même musique partout, c’est classique

La brutalité orchestrée par les violences du roi

Dans sa prestation inégalée

de la Xième symphonie de gestes gratuits.

Leur chef joue la sourde-oreille

aux yeux du monde qui sont tournés

vers l’irréductible village québécois

et de son politichien idées fixes.

Le territoire occupé,

La bande de gazon, gazés par la police

Piétiné pendant des semaines, des mois.

La pas d’estime

qui prend les grands moyens en riant.

On rêvait de changement, de casser la barraque

Du printemps qui regarde plus l’hiver,

Un cessez-le-feu a cassé le fun.

D’estival en festivals pis la chaleur des canicules a refroidi les ardeurs des troupes.

Les casseroles se sont tues,

il aurait fallu aux cuillères, une autre paire de manches.

Les marcheurs usés se sont assis

pour regarder passer la caravane électorale.

Des élections en été pour nous rappeler

Là aussi

que Duplessis n’est pas mort,

qu’il a son héritier qui, lui aussi, méprise les cons citoyens,

Du haut de sa colline parlementeuse.

Mais ici «Je me souviens…». Fuck you.

Deux mois d’été pis on avait tout oublié.

Personne en parle comme si tout avait été déjà dit.

Les poussières de souvenir du printemps sont balayées du revers de la main.

D’un coup de branlette aux érections provinsales.

Les maux ne savent seuls venir;

Tout ce qui m’était à venir, m’est advenu.

Les libéraux sont quasiment réélus.

Et Rutebeuf saura pas lui non plus:

Que sont ses amis devenus

Qu’il avait pourtant de si près tenus et tant aimés ?

Mais que veux-tu? Ce sont amis que vent emporte,

Et il ventait devant sa porte

On a eu ce qu’on mérite. Un point c’est tout un poing dans face.

On frappe mur, toujours le même depuis des cent ans.

Le mur qui nous dit :

«Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ?»

Le mur invisible,

le mur du silence et des lamentations

Le mur de la peur

La cloison étanche qui divise le Québec en deux.

Ce mur-là qui s’est construit entre nous autres,

Il s’est pas fait avec des roches ou à coups de briques,

c’est du sable pis de la poussière qu’on a laissé s’empiler.

Le temps de sortir le balai ça aurait pris une pelle.

Trouve la pelle, c’est un tracteur qu’il faudrait.

Pis une grue

pis de la dynamite

pis après trop d’années

le mur est rendu tellement haut

que les paroles peuvent plus franchir notre mur du son.

Nous nous sommes emmurés vivants.

 

Patric' Saucier par Nicola-Frank Vachon

Bilan du 2e Jamais Lu – Édition Québec : de pertinence et d’éclat

Mercredi 5 décembre 2012

Fort et fier de trois jours de fêtes festivalières remplis de l’ardeur des artistes et d’un public au rendez-vous, le Jamais Lu est désormais bien implanté dans la Capitale. Entre de nouvelles créations qui donnent le pouls de leur époque, des réflexions à point nommé pour la suite du monde et des rencontres essentielles, le Festival a affirmé avec cette deuxième édition sa nécessité ainsi que son potentiel jubilatoire! Avec une moyenne de fréquentation de 80% aux soirées, le Jamais Lu a poursuivit sa lancée à Québec ville, porté par sa force rassembleuse et ses paroles percutantes.

Détonations de visions diversifiées

Amorcé par la table ronde Le politique et l’écriture, le Festival a suscité des prises de position réfléchies des plus intéressantes. La discussion menée par Marcelle Dubois regroupait les auteurs Annick Lefebvre, Édith Patenaude et Jean-Philippe Lehoux, ainsi que le cinéaste Samuel Matteau et le metteur en scène et directeur artistique Frédéric Dubois, pour confronter leurs démarches aux événements politiques et sociaux qui ont particulièrement animé le Québec cette année. Désabusement, détermination à s’adresser à son époque et son territoire, humilité, besoin d’écoute et impératif de multiplier les approches et les moyens de diffusion, responsabilité de l’artiste: sans être d’accord, les invités ont fait le point et ont dégagé des pistes vers la fameuse question éditoriale C’est quoi notre problème?

Électrochocs de créations

Avec ses quatre extraits de pièces en chantier, L’Accélérateur de particules fut une soirée des plus allumeuses et allumées. Tout d’abord enchantés par l’univers de Chaplin et moi qu’on oublie d’Hélène Robitaille et son charme suranné mais toujours criant, brillant, dense et désespéré,  Jusqu’à Troie, le cabaret tragique de Maxime Robin nous a touché avec l’angoisse d’une jeunesse qui a grandit avec le poids de fins du monde annoncées. Thomas Gionet a tourbillonné devant nous dans la tempête de son AMOURen devenir, et avec le comique Hors champs, Amélie Bergeron a présenté des personnages tristement de leur temps, malheureusement trop convaincants dans la vacuité de leur discours.

Quant à la soirée Les Intégrales, elle a montrée toute la puissance d’une charge dramaturgique. On ne sait trop si le titre Scalpés d’Anne-Marie Olivier fait référence à la crise d’Oka que la pièce évoque ou aux cœurs de ses protagonistes cherchant leur souffle entre douleur et survivance. L’Gros Show de Lucien Ratio de son côté dressait un portrait hyperréaliste de la radio populiste qui trône sur les ondes de Québec, écorchant les personnages à coup de désillusion et de vérités crues à travers un rire un peu méchant et très libérateur.

Les textes de la clôture nous ont entraînés dans les ramifications complexes des réponses possibles à C’est quoi notre problème?, frappant d’ingéniosité tout autant que de justesse, dans un spectacle à fort caractère littéraire. Difficile de résumer la richesse des propos de Véronique Côté, Marc Auger Gosselin, Annick Lefebvre, Patric’ Saucier, Jean-Michel Girouard, Fabien Cloutier, Catherine Dorion ou Jean-Philippe Lehoux (qui abordaient tour à tour la vacuité médiatique et le vocabulaire récupéré, les questions de souffle, d’existence, d’espoir, de disparition et de comparaison au Mordor, la condescendance et l’hypocrisie même à gauche, les révolutions à franchir, la nécessité d’écouter ce qui n’est pas beau, ce qui crie, la redécoration intérieure qui n’arrange rien ou encore le théâtre-bibelot d’une relève qui manque d’audace, la droite frustrée ou l’humilité nécessaire à toute solidarité). Nous vous invitons plutôt à lire quelques extraits mis en ligne sur notre blogue!

Rencontres expansives

Que ce soit dans la simple et chaleureuse proximité de L’AgitéE ou dans la débordante fête de clôture au rythme de DJ Millimétrik au Théâtre Périscope, dans la célébration du prix de Première Ovation (remis aux Écornifleuses pour Absence de guerre) ou dans le rapprochement Montréal-Québec qui s’effectue à travers le Jamais Lu, le Festival est un lieu unique de rayonnement de la parole des nouveaux auteurs. Ralliant le milieu théâtral par la curiosité, conviant le public à entendre la parole dramaturgique dans une rare immédiateté, permettant aux auteurs – bêtes solitaires par définition – d’échanger avec leurs pairs, le Jamais Lu se fait aussi espace de possibles vivifiants.

Comme mentionné au terme du cabaret de clôture par Frédéric Dubois, directeur artistique du Théâtre Périscope – partenaire avec Premier Acte du Jamais Lu – Édition Québec : «Le Jamais Lu Québec sera une tradition!» Antre d’affirmation de volontés diverses prêtes à forger maintenant et demain, c’est à coup de Bang! bien ciblés que le Jamais Lu s’est déployé. Et ce n’est encore qu’un début pour les aspirations brutes et audacieuses de la relève dramaturgique… À suivre, l’an prochain!

Le Jamais Lu vous revient au début 2013 pour vous offrir d’autres rendez-vous exaltants – dès l’hiver. À bientôt!

Photos Nicola-Frank Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu - Édition Québec

« Lettre à toi, madame Lafolle » par Jean-Michel Girouard

Vendredi 30 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Nous vous invitons maintenant à plonger dans l’univers de Jean-Michel Girouard et sa réponse à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…

Lettre à toi, madame Lafolle

Chère madame folle,

Avant de commencer, j’veux juste vous dire que vous lirez jamais cette lettre là. Je vais plutôt la lire dans le cadre d’un festival de nouvelle écriture. Vous connaissez pas ça. C’est pas grave. Je vous rassure aussi, y’aura aucun jugement sur vous dans tout ça. Juste un jugement sur moi. En vous écrivant cette lettre là, je commets un geste totalement égocentrique. Et vous avez rien à dire. Vous vous avez le rôle de madame Lafolle et moi celui du jeune auteur qui porte un regard aiguisé et sensible sur ce qui l’entoure. Rapport de force un peu étrange, assez injuste vous allez dire. C’est pas de ma faute, c’est mon travail. Excusez-moi de me servir de vous. De vous prendre comme un outil, comme une arme. Je me sers de vous comme d’une idole d’ivoire qu’on lance, qu’on explose au sol pour renier les croyances. Excusez-moi de vous placer sur un autel pis de vous sacrifier sans que vous ayez rien demandé. C’est mon travail.

Chère madame la folle… Lafolle, comme si c’était votre nom, votre nom de jeune fille et pas un qualificatif méchant ou un diagnostique clinique. Chère madame Lafolle, on s’est rencontré au mois de juin. Le dernier mois de juin. Celui avec les casseroles; les carrés rouges pis les verts; les articles de journaux sur facebook pis les vidéos de police sur youtube; les gens dehors, dans la rue qui crient; les gens à télé, à radio, dans leur maison qui chialent. Le printemps érable. Ça vous énarve cette appellation là? Ouais, moi aussi. Mais bon.

L’affaire, c’est que je suis pas vraiment allé manifester dans les rues. Sauf une fois. Pis c’est cette fois là où on s’est rencontré. Le seul soir où j’suis allé marcher pour les étudiants, contre la hausse des frais de scolarité, pour l’accessibilité aux études, contre le gouvernement Charest en générale. On savait plus trop exactement pourquoi. C’était tout mêlé. C’était une manifestation complètement absurde. On était genre quarante-cinq. Y’avait juste du monde pas rapport, des fêlés, des bizarres. Y’avait le gars déguisé en chevalier, le gars avec des osties de pantalons mous pis une casquette en velours cordées, le gars qui lit tout croche un poème de Miron en criant trop, la fille qui se sent ben artiste et qui va parler avec une voix d’enfant à la police avec une marionnette qu’elle a fait avec un bas, le vieux fou avec une camisole sur laquelle y’a le fleur de lysé en feuille de pot. Et y’avait surtout une madame au centre. Laide. Décâlisse. Déguelasse. Qui a l’air de puer. Une madame folle. Folle ben raide. Folle dans le sens de folle dans tête, folle de maladie mentale, folle de pauvreté de poche et de tête. Cette madame là, c’est vous. Madame Lafolle. Madame Crackpouk. Vous étiez vraiment laide. J’veux dire selon les magasines pis la télévision, vous êtes laide. Vous êtes le vrai monde. Le vrai monde, c’est pas nous, parce que nous, on est spécial. Pis quand on vous voit, on se dit qu’on est pas si différent. Fak c’est pour ça qu’on aime pas ça vous voir. Parce qu’on est pareil. Mais on veut pas le savoir.

Quand je dis que vous êtes laide là, c’est pas pour être méchant. C’est pour vous décrire. C’est froid. C’est descriptif. C’est pas de votre faute. C’est même pas si grave. C’est un choix de valeur, la beauté. Un choix de société de valoriser, d’aimer, de vouloir le beau. On aurait pu choisir autre chose. Mais non.

Vous avez la peau salie par la vie qui passe comme un truck de vidange qui laisse une coulisse de marde en arrière. Vous avez l’air de sentir la marde. La vraie. Un mélange de marde, de Labatt 50 pis de Joe Louis. J’dis pas que c’est pas correct de manger des Joe Louis là. J’aime ben ça moi aussi. Mais…mais en tout cas.

Fak là, on est au milieu de la rue, tout le monde s’ostine parce que ça a pas rapport qu’on soit là, les trente-deux à vouloir manifester. C’est la pagaille. Tout le monde parle et crie son idée parce que c’est ça la démocratie, tout le monde a le droit de crier en même temps. On s’en fout si on comprend rien ni personne, l’important c’est que j’ai le droit de crier pis c’est pas toi qui va m’en empêcher. Et là, au centre, les yeux rouges et la silhouette chancelante,  y’a vous : ma madame folle, ma criss de folle à moi. Vous criez comme une perdue. Je dis comme une perdue, mais je dis pas ça dans le sens de l’expression courante que tout le monde connaît. Non non. Je dis ça, parce que c’est vrai. C’est ça. C’est pas une image, c’est pas de la poésie, c’est la réalité. Vous êtes perdue. Vous êtes une criss de folle perdue qui crie des mots qui font pas de sens au milieu de la rue. Vous criez avec une voix molle, avec une haleine d’anti-dépresseurs pis de cigarette, vous criez pis y’a presque une genre de fumée verte de médicaments comme dans les dessins animés qui vous sort de la bouche. Vous criez avec toute votre cœur, toute votre cœur parce que c’est juste ça que vous avez, toute votre cœur parce que vous avez pas toute votre tête, vous criez : Faut marcher tabarnak! Marcher contre l’ostie de Charest, marcher contre la DPJ qui vole nos enfants ». (temps) La DPJ qui vole nos enfants. Sérieux, c’est quoi le rapport? C’est quoi le lien avec la hausse des frais de scolarité? Avec les étudiants? Y’a pas de lien. Vous avez le regard enragé pis vous criez que la DPJ vole nos enfants. J’suis pas vraiment d’accord avec vous. La DPJ vole pas mes enfants. C’est normal, j’en ai pas. C’est mon esti de problème vous allez dire. Mais malgré tout, je crois pas que la DPJ vole les enfants de personne. J’suis même pas mal sûr de ça. J’veux dire, il doit y avoir des cas plus durs à décider, plus complexes, plus ambigus, plus contestables. Mais on peut pas dire sérieusement que la DPJ vole des enfants. Mais vous, vous continuez à le crier. Les yeux plein de folie. J’ai trouvé ça insoutenable d’être là avec vous. J’ai des amis, de la famille que je vois pas souvent parce que je suis toujours parti d’un bord pis de l’autre et là, et là, ce soir, j’ai passé ma soirée avec vous, la folle de la DPJ. J’ai fermé mes yeux. Fermé mes oreilles pis je vous ai fait disparaître. Facile de même. Vous existez pu et moi je retourne à ma vie confortable.

Jusqu’au moment où Anne-Marie Olivier, non vous la connaissez peut-être pas, elle joue pas à TVA, au moment où Anne-Marie Olivier m’a demandé d’écrire un texte suite à tout ce printemps, un texte sur notre problème au Québec. C’est à ce moment là que vous êtes revenue dans ma vie, revenue pour me frapper dans face. Un problème qu’on a au Québec, j’va vous le dire. Notre problème c’est… Non, c’est pas vous madame Lafolle. Le problème, c’est pas que vous criez des affaires qui font de pas sens, des affaires qui ont pas de sens parce que aveuglées par trop de douleur. Le problème c’est moi. Le problème qu’on a, c’est que j’ai pas voulu vous écouter. On veut pas vous écouter. Fak, vous sortez dans rue peu importe le contexte et vous criez n’importe quoi. Pis on vous écoute pas plus. Le problème, c’est ça, c’est qu’on écoute pas. Vous autant que les autres. On écoute pu personne. On s’écoute même plus soi-même. On écoute rien ni personne. On a pas d’empathie. Parce qu’on est trop occupé ailleurs, trop occupé à se réaliser, à avancer, le progrès, on regarde droit devant nous, le plus loin possible, devant nous. Pour écouter, faut s’arrêter. Faut prendre le temps. On fait pu ça. Pour écouter, faut s’ouvrir. Faut donner. Donner du temps. Donner de l’attention. Faut laisser de la place à l’autre. Écouter c’est faire exister l’autre. Le laisser entrer en soi. Et ça, on fait pas ça. Aujourd’hui, faire exister l’autre, ça veut dire exister moins soi même. Et on veut pas ça. On veut exister toujours plus, toujours mieux. La vie est tellement courte qu’il faut en profiter fak je la partage pas la vie. Je la garde toute pour moi la vie.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est que vous m’écouterez pas non plus. Vous lirez jamais cette lettre là. Parce que je vous l’enverrai pas. Je vais lire cette lettre là à une soirée du Jamais Lu, une soirée ben cool avec plein de beau monde. Je vais être devant ces gens là, pis je vais leur dire tout ça, leur raconter notre rencontre, à eux qui seront venus en principe pour m’écouter. Mais le pire, c’est qu’ils m’écouteront pas. Même eux, ils m’écouteront pas. Ils vont avoir payé, ils vont s’être déplacé pour m’écouter pis ils le feront pas. Ils vont m’entendre, mais m’écouteront pas. Ils vont penser mais ils m’écouteront pas. Ils vont plutôt se dire que le texte de Fabien Cloutier était pas mal plus drôle, se dire qu’ils m’ont trouvé meilleur dans tel show à Premier Acte, ils vont se dire qu’il fait trop chaud, qu’ils sont trop pognés parce qu’il y a trop de monde, ils vont se dire wow, peut-être qu’après le show, j’vais avoir la chance de prendre un verre avec Michel Nadeau, Jack Robitaille ou Jean-Michel Déry, ils vont se dire quand est-ce que c’est l’entracte que j’aille à toilette, j’aurais pas dû boire ma bière aussi vite. Ils vont se dire tout ça au lieu de m’écouter. Oui, ok, ils vont écouter les mots, les phrases. Se demander s’ils vont bien ensemble, les mots, s’ils aiment ça ou pas ces mots-là agencés de même. Ils vont se demander s’ils trouvent ça intéressant ou non ce que je dis, vont se demander si c’est bien écrit, si y’a des belles images, ils vont se demander si je suis oui ou non au final un jeune auteur au regard aiguisé et sensible sur la vie qui l’entoure. Ils vont se dire tout ça, ils vont penser à tout ça, mais ils m’écouteront pas. Parce qu’on s’écoute pu pour vrai. C’est ça le problème. Et moi non plus je les écouterai pas. J’suis pas mieux qu’eux, pas mieux que vous madame Lafolle. Moi non plus, j’écoute plus personne. Quand ils vont venir me dire que c’était ben bon, ben drôle, ben intelligent mon texte, ben touchant mon texte, je les écouterai pas. Ils vont me demander si j’ai ben des contrats ces temps-ci, si j’ai des projets pour l’an prochain, pis moi, je les écouterai pas. Je vais juste regarder la belle fille que j’ai spoter pendant le show en première rangée, je vais regarder la belle fille pis me dire que je devrais aller lui parler. Mais je saurai pas quoi lui dire à la belle fille parce qu’elle m’écoutera pas. Bête de même. Plate de même. Crissant de même.

Au moins, si j’étais capable de finir en disant pourquoi on s’écoute pas, ça donnerait un sens à ce que je fais, au dix dernières minutes où j’ai parlé. Mais je sais pas. Pour vrai, je sais pas pourquoi on s’écoute pas. J’en ai aucune criss d’idée. J’ai pas de réponse à leur donner. J’ai juste le problème étampé dans ma face. Le problème que je vous écoute pas. Qu’on s’écoute pas. J’aurai rien à dire à tous ces gens là devant moi.

Mais en même temps, je pourrai pas finir comme ça. Parce que dans mon travail, je me permet pas de laisser le monde tout seul dans leur coin tâchée par ce que je dis. Je me donne pas cette permission là. Alors je vais leur dire qu’il y a de l’espoir. Qu’il y a de la lumière. Qu’il faut juste l’allumer la maudite lumière. Leur dire que c’est pas facile d’ouvrir l’astif de lumière, ça demande un effort, mais on a pu le choix. On a pu le choix de recommencer à s’écouter. Je vais leur proposer de commencer par la base, par le silence mettons. Alors on va écouter le silence.

Silence

Et ça va pas marcher. Ça va être un peu drôle, mais on écoutera pas le silence. On va tous se laisser déranger par tous les bruits autour, par notre malaise du rien. Mais on dira non. Non, on accepte pas ça. Fak on va recommencer. On va écouter le silence. Le vrai. Pas le silence du rien. Pas le silence du vide. Le silence du plein. Le silence choisi. Le silence voulu.

Silence.

Et de là, on pourra y aller graduellement. On s’écoutera un peu plus les uns les autres. On s’écoutera soi-même au début. Faut commencer par là. Pis on écoutera autour après. Les gens, les choses autour. On écoutera les autres. Pas besoin de s’asseoir deux heures avec un café pour écouter. Juste accepter que l’autre existe. Avec tout ce qu’il est, le bon et le mauvais. Ça fait pastoral en criss, mais qu’est-ce tu veux, ce sera ça, ça sera un pas dans la bonne direction.

Mais au final, madame Lafolle, ma criss de folle à moi, je vous écouterai pas vraiment plus. Parce qu’on se reverra jamais. Mais j’écouterai votre fantôme, j’écouterai l’echo de votre voix. Et je vous ferai exister. Et la DPJ va continuer de vous voler vos enfants. Mais au moins ce sera pas juste dans votre tête. Ce sera dans la mienne aussi. Ce sera un peu plus réel. Votre douleur existera dans ma tête et dans celle de plein de monde et vous existerez un peu plus. Vous, vous verrez sûrement pas de différence. Mais nous, on aura l’impression de grandir un peu. On se sentira mieux de penser à vous, de pas vous laisser toute seule. Mais pour vous, vous allez être aussi tout seule qu’avant. Je vous l’ai dit, c’est un peu égocentrique comme geste ce que je suis en train de faire. Vous parler pour me faire du bien. Pour nous faire du bien. C’est tragique. Nous on va prendre une bière en riant de bonne humeur de la réussite de notre soirée. Pis vous, vous allez continuer à pleurer vos enfants morts, vos enfants qui sont plus vos enfants parce qu’ils sont ailleurs parce que vous leur faisiez mal. Malgré vous. C’est plate, mais je peux pas faire plus. Je peux pas faire mieux. Je peux juste vous donner le rôle ingrat du sacrifié dont on jette le corps à la mer une fois la cérémonie terminée. Mais grâce à vous, les Dieux qui ont quitté les cieux pour s’installer au profond de nos ventres, ces Dieux là, qui mettent le feu à votre tête, qui me donne envie de pleurer pour rien sans raison en plein jour, grâce à vous, ces Dieux là qui ont des allures de démons me laisseront peut-être un peu tranquille. Un mini répit de rien. Le temps d’écrire d’autres textes. D’autres textes qui redonnent pas les morts aux vivants, qui nourrissent pas les affamés, qui redonnent pas les enfants perdus à leurs parents cassés en deux. Mais qui doivent ben servir à quelque chose. À autre chose. On l’espère.

C’est quoi notre problème? par Lucien Ratio

Vendredi 23 novembre 2012

Ce soir, vendredi, Lucien Ratio présente la mise en lecture de son texte L’Gros Show, pendant la soirée Les Intégrales à L’AgitéE, présenté juste après Scalpés d’Anne-Marie Olivier. Pour le blog du 2e Jamais Lu – Édition Québec, il répond à brûle-pourpoint à savoir comment son texte répond à la question éditoriale du Festival.

« J’ai essayé de comprendre l’incompréhensible pour moi. Humaniser un débat. Hier je suis retombé sur un extrait radio où l’animateur faisait une blague en disant que l’école ça sert à rien et qu’il avait triché dans ses examens pour passer, et tout de suite après il lance un débat sur la loi 101 en disant que cette loi ne sert à rien et que le français n’est pas en danger. Moi je trouve ça quand même un peu spécial. »

L’Gros Show de Lucien Ratio

Mise en lecture : Lucien Ratio
Interprétation : Marc Auger Gosselin, Jean-Philippe Côté, Maxime René de Cotret, Phillipe Durocher, Jeanne Gionet-Lavigne et Patric’ Saucier

L’Gros Show est une immersion dans le monde de la radio à débats. Découvrez les animateurs, Pat, Jane, Philou, Jay-Pi et Marc «The Truth» Auger alors qu’ils animent comme tous les matins de la semaine L’Gros Show sur les ondes de Choc Radio, la radio la plus populaire en ville. Toutefois, un événement particulier les amènera à se confronter à eux-mêmes et changera peut-être leur vision des choses.

LUCIEN RATIO
La fanfare, a été jouée en 2010 à Premier Acte et sélectionnée comme meilleur spectacle de la relève pour le prix de Première Ovation, catégorie théâtre. L’Gros Showest son deuxième texte.

Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

« C’est quoi notre problème? » par Amélie Bergeron

Jeudi 22 novembre 2012

L’auteure Amélie Bergeron, qui présente son texte Hors Champs ce jeudi soir à L’AgitéE pendant L’Accélérateur de particules , propose une esquisse de réponse à la question éditoriale du 2e Jamais Lu et comment le texte qu’elle présentera ce soir y est lié…

« Je n’ai pas de réponse claire à cette question là. On dirait que je ne sais pas par où la prendre, comme je ne sais pas par quel angle aborder les nouvelles qu’on reçoit à chaque jour. Toujours plus d’absurdités, toujours plus d’horreurs. J’en suis à un point où je dois recycler pour une énième fois mes mots d’indignée et d’offusquée et de choquée. Faut les patcher tellement sont usés. N’en reste souvent que la sensation. Je me surprends à ne plus être étonnée des pires affaires et j’ai peur de me mettre à les attendre.

Faut penser positif, voir autrement!
Oui. Absolument. Ça tient en vie.?Mais j’en viens à me demander si on ne se cache pas derrière la beauté pour éviter de faire face à toute la marde qui nous éclabousse, qui nous splash dessus tout le temps. Tu t’ouvres un œil pour regarder quelque chose de beau et BANG! une pelleté de marde en pleine face. Ça n’empêche pas les belles affaires d’exister, ça ne les empêche pas d’être des baumes à l’âme non plus, mais elles n’effacent pas les mardes qu’on produit.
«On» comme dans «nous», parce que oui, tout ça, toute la marde, c’est de notre faute. ?Toi aussi madame. Toi aussi monsieur. Y’a personne de propre propre.?Ça a l’air qu’on est de même. Des pas propres. Des tout croches.
Ça fait des bonnes histoires…

Tu lis ça, peut-être dans ton lit devant ton ordi avec un bon café dans ton lit encore chaud de la nuit que tu y as passé (en tout cas, moi, c’est comme ça que ça se passe), pis tu te dis peut-être : ?«Shit… Rushant, ça, à matin…»
Ouin, c’est pas rose. Pas plus que ces nouvelles et ces tonnes d’opinions non filtrées: le fin fond de la pensée de nos pairs exprimés librement et sans filtre, parfois abrité par l’anonymat partiel du web et accessible à tous (ou presque) en tout temps (ou presque). Le double tranchant de la liberté d’expression qui vient te piqué jusque sous ta couette, si t’en a une.
Je parle de ça, parce que je l’ai sous les yeux, en ce moment, physiquement à l’abri de tout ça. Mais je pourrais tout aussi bien parler du gars qui a jeté son verre de coke et son emballage d’hamburger par la fenêtre de sa voiture sur l’autoroute la semaine dernière, celui qui m’a fait crier «Voyons, criss de cave! Où t’as appris à vivre?» depuis ma voiture dans laquelle je roulais seule, parce que je trouve ça plus reposant, tsé.
C’est autre chose, mais ça fait tout’ partie de notre incroyable bêtise.
En tout cas, c’est comme ça que je lis ça.

Je ne suis pas une dépressive chronique. En fait, au moment d’écrire ces lignes, je suis plutôt de bonne humeur. Y fait beau, j’ai encore quelques bonnes heures devant moi pour travailler sur mon «work in progress»… J’ai la gorge un peu serrée des nouvelles fraîchement lues via Facebook, un peu mal au ventre du sentiment d’impuissance qui revient à chaque jour face à tout ce qui est plus grand que l’homme, mais fabriqué par l’homme, un peu stressée finalement à l’idée de partager un texte en devenir avec le public du Jamais Lu jeudi soir, mais je ne me porte pas trop mal. Pas plus que la plupart d’entre vous.
Je me laisse juste imprégner de nous. En tout cas, j’essaie. J’aimerais ben ça nous comprendre. Parce que j’ai beau retourner la question dans tous les sens, je n’y trouve qu’une réponse : nous.

Alors je me prépare à vous présenter une histoire d’individus qui se transforment au contact d’autres individus, de groupes d’individus, de modèles d’individus. Une histoire d’influence comme un cercle vicieux. Une histoire en devenir qui sera lue par des acteurs pleins de talents et de défauts, tellement humains, des personnes que j’aime gros de même et qui me font rire, parce qu’il faut bien en rire. Have fun! »

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2e Jamais Lu -Édition Québec: ça va faire Bang!

Mercredi 21 novembre 2012

On y est presque, presque, c’est demaiiiiin! Dès le jeudi 22 novembre, dramaturges, comédiens, équipe de feu du Festival, ardents partenaires et toi public, nous serons réunis autour de ce que la parole théâtrale a de plus neuf et de plus vif comme de sensible à Québec ville.  Et nous garderons le cap jusqu’au 24: plaisir, émotions, réflexions crues, mordantes et inspirantes nous attendent à travers quatre rendez-vous ayant pour détonateur commun cette question éditoriale explosive: C’est quoi notre problème?

Grosse question. Trouverons-nous une réponse révolutionnaire à la table ronde qui portera sur le contact entre écriture et LE politique, ou alors dans le foisonnement des univers théâtraux de l’Accélérateur de particules, ou dans les immersions proposées par les mises en lecture complètes desIntégrales, ou peut-être finalement au cabaret pamphlétaire de clôture qui se déroulera dans l’indignation joyeuse?

Quatorze nouveaux auteurs et moult comédiens vous invitent à investir cet espace en ébullition qu’est le Jamais Lu, afin de prendre le pouls de notre époque. À la veille de tenir sa 2e édition dans la Capitale, le Jamais Lu trépigne d’impatience à l’idée de vous retrouver pour discuter, réfléchir, rebondir et applaudir les mots gorgés de sens des auteurs rassemblés. Tout cela autour d’un verre ou deux ou trois…

Suivez-nous sur le blog et les réseaux sociaux pour suivre le journal de bord de cette grande fête!

2e Jamais Lu – Édition Québec, du 22 au 24 novembre

Les auteurs:
Marc Auger Gosselin, Amélie Bergeron, Fabien Cloutier, Véronique Côté, Catherine Dorion, Thomas Gionet, Jean-Michel Girouard, Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux, Anne-Marie Olivier, Lucien Ratio, Maxime Robin, Hélène Robitaille et Patric’ Saucier.

Les lieux:
Bar-Coop L’AgitéE (22 et 23 novembre)
251, rue Dorchester

Théâtre Périscope (24 novembre)
2, rue Crémazie Est

Billetterie : 418 529-2183

Tous les détails et informations par ici

Retour sur Les Mor(b)ydes de Sébastien David

Vendredi 11 mai 2012

C’est un jeune auteur émergeant, et déjà on dit « c’est du Sébastien David ». Son nouveau texte Les Morb(y)des claque, fesse, émerveille le sordide avec humour et des pointes d’émotions soutenues… Il faut dire que l’excellence de la distribution, très bien dirigée par le metteur « en lecture » Gaétan Paré, a été pour beaucoup dans le plaisir de cette lecture théâtrale. Un texte sordide, drôle, poétique, touchant et dangereux. C’est du Sébastien David.

Mise en lecture : Gaétan Paré
Distribution : Dany Boudreault, Julie de Lafrenière, Kathleen Fortin, Philippe Robert

Photos Thomas Blain.

Retour sur Le mécanicien de Guillaume Corbeil

Jeudi 10 mai 2012

Le mécanicien de Guillaume Corbeil: dans un dialogue en partie d’échec où chaque mot et chaque silence compte, un couple discute de violence… Courte pièce étonnement réaliste et dérapante… Mais on ne vous en dit pas plus, la pièce sera montée au Théâtre d’aujourd’hui pour la saison 2012-2013!

Mise en lecture: Francis Richard
Distribution: Pierre-Luc Léveillé, Anne-Hélène Prévost, Francis Richard

Photos Thomas Blain.

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Où est-ce qu’on est? Dans la lecture de Qui file avec l’étudiante Camille Roy

Mercredi 9 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Où sommes nous?

Cogne cogne, ça toc en esti toc.

Cogne, la grève me cogne, esti ça toc.

Toc toc, les AG c’t’utile, mais ça toc en calisse, cogne.

Les manifs ça toc, toc très forts sur nos étudiants.

Toc esti cogne.

J’écris des personnages incapables de vivre avec la conformité imposée par notre société.

Décisions incohérentes, propositions encore plus défaillantes, conflit insolvable.
Aujourd’hui, c’est fou, comme je les comprends ces personnages de ne pas vouloir s’y
plier.
Peut-être que je les envie?

En ce Printemps québécois,
où la température est aussi dégueulasse que la façon dont on nous traite, nous les
étudiants,
Je reste scotchée à mon ordi.

En cette 12e semaine de grève au cégep de Saint-Laurent,
Je suis l’actualité gréviste à la seconde près,
espérant bientôt lire sur facebook, un statut, plus positif sur la situation que les trois
cent mille dernier «postés» sur les «wall» de mes «amis».

En attendant, une bonne nouvelle, qui, malgré toute ma volonté optimiste sur ce beau combat, me paraît aujourd’hui presque utopique, j’essaie d’écrire une nouvelle pièce.

Rares ont été les fois où j’ai pu écrire sans obligations,
En dehors du système scolaire.

Mon système scolaire étant maintenant déficient
faute de vous savez tous pourquoi…
Je tente d’écrire sans thème, contrainte, dead line, même sans Mme Rafie qui attend
un texte.
Ça avance très peu.

En jasant avec les auteurs du Jamais lu… je me rends compte que les périodes de «beaucoup temps libres» ne sont pas les plus productives, loin de là.

Reporter, faire autre chose, jusqu’à être coincé, là est le métier de l’auteur… de ce que j’en comprend.

Je fais ma propre enquête au Jamais lu, sur l’art d’écrire,
je suis une étudiante qui prend le festival pour son école.

L’école, ah! Ça fait longtemps.
Mon amie Sophie me dit qu’on sait que la grève dure depuis longtemps quand notre carré rouge est usé.

Mon carré rouge est définitivement très usé!
Faudra m’en trouver un autre pour les semaines à venir, il risque de lâcher le morceau avant «Line la pas fine».

Je suis Camille Roy et je suis dans un monde parallèle qui s’appelle la grève générale illimitée.

 

Camille Roy

CAMILLE ROY
Crédits photo : Camille Roy
Étudiante en art dramatique au Cégep de Saint-Laurent, Camille Roy découvre maintenant sa passion pour l’écriture dramatique. Elle tente présentement sa chance aux auditions des diverses écoles de théâtre, pour approfondir le jeu. L’écriture demeure un parallèle pour s’échapper, faire vivre, s’interroger. La musicalité des mots, la force qu’ils ont et l’interprétation qu’ils auront sur scène stimulent sa curiosité.

 

Qui file
Mercredi 9 mai 17h
5$
Mise en lecture : Jean Gaudreau
Distribution : Catherine Audet, Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Joëlle Paré-Beaulieu, David Simard

Où est-ce qu’on est? Dans Statu Quo de Gilles Poulin-Denis

Mardi 8 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Naissance

Au début tout était blanc
Je ne voyais rien
Il ne se passait rien
Rien ne se disait
Pas super pour une pièce de théâtre
Mais j’avais accepté d’écrire ce texte
Maintenant, j’étais debout
Dans ce terrain vague
À imaginer une foule d’ados
Assis devant moi
Me regardant
En attendant que moi
Je leur raconte une histoire

Je ne savais pas quoi leur dire
Patience
Quelque chose se passerait
Un jour ou l’autre
Des heures à attendre l’histoire
Dans ce lieu vide

Et puis
Un jour, je les ai vus.
Au fond d’une vidéo
De la Blogothèque
À 3 minutes, 6 secondes
Dans les méandres de l’Internet
Ils attendaient que je les trouve

Et puis
Je n’étais plus seul dans ce lieu
Blanc
Et vague
En fait, je n’y étais plus du tout
Maintenant, elles étaient là
Deux filles
Un peu blasée
Debout contre un mur

Lui, était présent,
mais restait dans le fond de ma tête,
attendant le bon moment
pour surgir

J’avais les personnages
Mais je n’avais pas encore
L’histoire

Je cherchais
Ils attendaient
Chaque fois que je pensais au projet
Je les voyais
Ces deux jeunes filles
Debout contre un mur
Lui, toujours prit dans ma tête
Et ils attendaient
Que quelque chose se passe
Cette attente
Est devenu
Le point de départ

Ils étaient là
Dans ma tête
Et maintenant ils sont ici
Avec un désir
Brûlant de parler,
De vous dire

Gilles Poulin-Denis

GILLES POULIN-DENIS
Gilles Poulin-Denis a quitté ses prairies natales afin de poursuivre une formation en art dramatique à l’UQAM. Après ses études, il se lance dans l’écriture dramatique en explorant surtout le conte et la courte pièce. Rearview est sa première pièce de longue durée. Il travaille actuellement sur deux nouveaux textes. Depuis 2008, Gilles est auteur associé au Centre national des arts du Canada.

Retour sur « mauvais goût » de Stéphane Crête

Lundi 7 mai 2012

On a reçu ça comme une claque par une mastodonte de distribution (Marie Bernier, Jean-Carl Boucher, Isabelle Brouillette, Julianne Côté, Catherine Dajczman, Stéphane Demers, Daniel Desputeau, Guillermina Kerwin, Didier Lucien). L’état des lieux était scabreux, en pleine perversité et vacuité de l’être remplie de m… Mais grâce aux comédiens très vrais somme toute, nous avons surtout ri et apprécié un bon moment de théâtre. Pour mieux comprendre la démarche de Stéphane Crête, lisez son billet pour notre blog.

Les photos sont de Thomas Blain.

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Où est-ce qu’on est? En dessous de vos corps… par Steve Gagnon

Lundi 7 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

«Si aucun génocide est permis, nulle part, alors j’ai  l’droit d’écraser celle qui disperse pis détruit ma famille.

Une femme est entrée dans notre maison pis sa beauté violente nous a désunis. Pus rien reste en place. Des frères se détestent, des fils se retournent contre leur mère, tout l’monde s’arme les uns contre les autres.

Une femme est entrée pis a transformé ma maison en champs de bataille sablonneux. Ici, la haine se mélange au désir pis j’ai peur que ça puisse pas finir autrement que dans l’sang.

Il faut s’unir ma fille.

Si mes fils s’en vont, alors toute la faune pis toute la flore autour de ma maison disparaîtront aussi, parce qu’ils sont jeunes pis qu’ils sont beaux pis que donc tous les oiseaux, toutes les plantes, jusqu’au gazon, jusqu’aux cailloux,  jusqu’a l’abri tempo, voudront les suivre.

Et pis à toutes les printemps, les tulipes pousseront têtes vers la terre pour fuir mon jardin pis tenter d’les retrouver pis d’les rejoindre de l’autre côté du monde.

Mes fils doivent rester ici.

Pis Néron avec toi.»

 

Au début je voulais surtout parler de la beauté. Du côté obsédant et subjectif du concept.

De l’impulsivité aussi. Celle de la jeunesse. Le désir de tout vouloir, tout de suite, vouloir ce qui est le plus grand.

Et je voulais parler de ce lien qui lie les frères, un lien de sang, un lien presque indestructible.

Bon finalement ça parle un peu de tout ça, mais ça parle surtout de l’amour. De plusieurs sortes d’amour.

L’amour qui vient du désir, l’amour qui vient de la chair, l’amour qui vient de l’âme.

J’ai écrit des personnages très intenses. Des verbo-moteurs émotifs et complètement hystériques. Presque tous. Et donc pour qui l’amour est plus important que tout, pour qui l’amour est une arme, un abri, une salvation, une obsession.

Je pense que nous sommes tous en guerre.

Dans chaque maisons.

Nous sommes remplis de petits guerriers.

Chaque maison est un royaume.

Et chaque royaume à son armée.

Et il faut se battre. Pour un tas de raisons.

Mais comme dit Junie, oui peut-être souvent il faut que des gens meurent, mais au bout du compte, c’est toujours l’amour qui sauve tout.

Steve Gagnon

STEVE GAGNON
Crédits photo :
 France Larochelle
Comme acteur, on a pu le voir dans Les enfants de la pleine lune, au Prospero en 2011, et dans Ines Pérée et Inat Tendu, au Théâtre d’Aujourd’hui l’hiver dernier. Son texte La montagne rouge (SANG) a reçu la bourse Première Œuvre en 2008, a été publié chez L’instant même dans la collection L’instant scène et a été finaliste pour les Prix du Gouverneur général en 2011. Chaque automne j’ai envie de mourir, un recueil de nouvelles coécrit avec Véronique Côté, fait partie de la collection Hamac chez Septentrion.

En dessous de vos corps
Je trouverais ce qui est immense
Et qui ne s’arrête pas
Lundi 7 mai 20h
Mise en lecture : Steve Gagnon
Distribution : Annick Bergeron, Marie-Soleil Dion, Renaud Lacelle-Bourdon, Guillaume Perreault, Claudiane Ruelland

 

Première lecture théâtrale au 11e Jamais Lu – Emmanuelle Jimenez avec Plaza

Dimanche 6 mai 2012

Emmanuelle Jimenez a prouvé une fois de plus qu’elle savait prendre de front les questions les plus dures en ouvrant tendrement les bras. Plaza est un texte drôle, touchant, perspicace… Une très belle première lecture théâtrale au 11e Jamais Lu. Ci-dessous, les photos de Thomas Blain.

Lisez le compte-rendu de Rachel Gamache sur Bang Bang.

Bravo à toute la distribution: Gary Boudreault, Amélie Chérubin-Soulières, Éveline Gélinas, Emmanuelle Jimenez, Pierre Limoges et Lénie Scoffié.
Mise en lecture d’Emmanuelle Jimenez

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Photos de la Table ronde du CEAD

Dimanche 6 mai 2012

Les photos de cette belle rencontre du samedi fin d’après-midi. Photos Thomas Blain

 

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« Où est-ce qu’on est? À la lecture de « mauvais goût » de Stéphane Crête

Dimanche 6 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

« Où est-ce qu’on est? »

On me demande de nommer à quel endroit je suis, ou plus précisément, à quel endroit nous sommes, puisque la question posé n’est pas: «où es-tu?», mais bien « où est-ce qu’on est? ». D’instinct, je serais tenté de répondre «ici». Nous sommes ici, car à l’évidence, nous ne pouvons pas être ailleurs. Peu importe les mouvements sociaux, ce que nous faisons, comment nous pensons et agissons, tout se passe maintenant. Nous sommes nos contemporains. Et si nous nous inscrivons dans l’histoire, c’est essentiellement à partir de ce qui est là, de ce qui est ici.

Je préciserais toutefois la question, car il me semble essentiel de se demander également «qui est ici?». Qui est la personne à cet endroit précis, maintenant? De quoi est elle faite, qu’est-ce qui la définit? Quelle est sa nature, quelles sont ses croyances, sur quelle fondation est-elle construite?

Les personnages de mauvais goût ne peuvent pas répondre à ces questions.

Ils sont dépassés par les événements, les bouchées sont trop grosses à prendre, l’effort de lucidité demandé est vertigineux et fait si peur, que la conscience reste endormie. Leur choix conscient de rester dans l’inconscience semble faciliter, de façon illusoire, leur difficile marche dans l’existence.

À la question «où est-ce qu’on est?», ils seraient peut-être tentés de demander plutôt «comment on s’est rendu là?». La réponse me semble être dans cette autre question: «qui est là?». Si j’avais un souhait à émettre à mes personnages, ce serait de leur permettre de prendre conscience de leur inconscience. On peut être dans le brouillard et ne pas pouvoir avancer, mais je pense qu’on est tout de même plus avancé si on est capable de reconnaître le brouillard qui nous entoure.

Je sens dans la question «où est-ce qu’on est?» un désir d’ailleurs et de mouvement. De changement. Cette réflexion est une invitation à visiter ce qui nous fait et nous défait à l’intérieur de soi, pour ensuite, de cet endroit où nous sommes, arriver à faire et défaire ce qui est autour. Car, comme le dit si bien Krisnamurti: «Toute révolution sociale passe par une révolution personnelle.»

Lecture théâtrale de mauvais goût, dimanche 6 mai 20h
Mise en lecture : Stéphane Crête
Distribution : Marie Bernier, Jean-Carl Boucher, Isabelle Brouillette, Julianne Côté, Catherine Dajczman, Stéphane Dermers, Daniel Desputeau, Guillermina Kerwin, Didier Lucien

Crédit photo: Clyde Henry

Où est-ce qu’on est? par Annick Lefebvre

Samedi 5 mai 2012

[Le Jamais Lu a demandé aux auteurs qui le voulaient bien d'écrire un court texte pour notre blog, pour nous dire en quoi leur texte et leur démarche d'écriture répondent à la question éditoriale du festival "Où est-ce qu'on est?". Nous publierons ces billets les jours des lectures théâtrales des auteurs, mais en lisant ce texte poignant d'Annick Lefebvre, on a pas pu résister à l'envie de le mettre tout de suite, mais on ressort ce beau texte puisque aujourd'hui est le jour de La messe en 3D]

Être en démarche

Je suis dans une grosse cabane de la Rive-sud

Je me câlisse des étudiants qui se font tabasser

Pis du sang qui coule dans leurs faces de bébés gâtés

Si j’avais le courage de mes convictions

Je leur foncerais dessus avec mon Hummer

Quand ils m’empêchent de traverser le pont le matin

 

Je suis dans un loft frette du Centre-ville

Je courre en complet-cravate sur McGill College

Je renverse mon espresso sur les œuvres d’art de la salle de conférence

Je suis dans un gratte-ciel qui ne sera jamais aussi haut

Que la démesure de mes ambitions professionnelles

Je suis au milieu de mon 8ième 16 heures de file

Et je n’ai connu l’amour que dans des toilettes de 5 à 7

 

Je suis dans un appartement crade d’Hochelaga

Je mange du Kraft Dinner pis je bois du Pepsi diète

Je me gratte la « snatch » pis je me plains de ma situation

À Denis Lévesque pis aux autres imbéciles

Qui se fendent en quatre pour que je beugle sur leurs tribunes

Je me masturbe devant l’ordi pis j’attends que ça passe

 

Je suis un personnage d’Annick Lefebvre

 

Je suis issue d’un sous-sol de Saint-Bruno

Je marche le soir avec ceux qui se font tabasser

J’avance en groupe dans les rassemblements illégaux

Pour casser des injustices pis pas des gueules

Pour casser des non-sens pis pas des vitrines

Parce que j’essaie d’avoir le courage de mes convictions

 

Je travaille dans le sous-terrain de la métropole

Je dors debout à 5h30 du matin au métro McGill

Je renverse le contenu de mon sac à dos sur le comptoir de la boutique

Dedans y’a du papier des crayons pis l’ambition d’écrire un bon texte

Quand les clientes se pointent je suis obligée de les servir

Pis ça me fait oublier la seule ligne d’amour serein de la pièce

Ce qui demeure un moindre mal

 

J’habite au coin de Pie-IX pis de Rouen

J’engloutis trop de repas de pâtes par semaine

Pis le reste du temps j’oublie de me faire à manger

Tellement j’ai la tête remplie du rêve d’écrire

Tellement j’ai l’agenda rempli de l’obligation d’écrire

J’exige que mes mots soient en phase avec la Cité.

 

Je suis Annick Lefebvre

Où se situe ma démarche? Où est-ce que je suis quand je la cherche? Comment je réagis quand on me demande de mettre des mots sur ce que je fais? Pis sur comment je le fais? Où est-ce que je suis quand je pense que je n’ai pas de démarche? Quand je la constate à travers le regard des autres? Eh ben… Forcément quelque part entre la vie d’Annick Lefebvre et celle des personnages de ses pièces. Enfin, c’est que je m’imagine. Pour donner un sens à ce que je fais. Et l’élan nécessaire à la poursuite des choses.

Annick Lefebvre
La messe en 3D , dimanche 6 mai 14h

(Crédit photo Catherine Ambourad)

Où est-ce qu’on est? Sur la Plaza d’Emmanuelle Jimenez

Samedi 5 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Plaza d’Emmanuelle Jimenez (samedi 5 mai, 20h)

Je suis n’importe où, mais de préférence dans ma cuisine ou dans mon lit. Ou à la Plaza Côte-des-Neiges. Un lieu qui a besoin d’amour. J’en ai, je vais lui en donner. De l’amour et de l’attention. Je suis dans mon corps. Je suis à la chasse. Je magasine. Je suis toujours dans une sorte de Plaza. Plaza de l’être.

La Plaza est éternelle. Elle renaîtra de ses cendres. Elle fait partie d’une histoire millénaire. Et chacun a sa Plaza, autour de soi et en soi. Son territoire de chasse et de conquête, sa Plaza décatie, son lieu de commerce abandonné, sa Plaza oubliée, rouillée, sa Plaza-musée, sa Plaza où la fin du monde arrive tous les jours.

Lettre ouverte à Gaston Miron – Extrait de la grande soirée d’ouverture Lettres ouvertes/poings fermés

Vendredi 4 mai 2012

Extrait d’un texte de Julie-Anne Ranger-Beauregard, une des six auteurs invités par Louis Champagne à la grande soirée d’ouverture du 11e Jamais Lu Lettres ouvertes/poings fermés. Pour connaître le reste, il faudra y être…

Lettre à Gaston Miron – La marche à nous

Gaston, Gaston

Si je t’avais connu…

 

T’aurais été mon défricheur

Mon éleveur d’oiseau malade

L’ébéniste de la charpente de mon lit

Mon Fardoche en salopette

Le bison de ma toison

Mon salisseur de peau blanche

Mon gourou mystique

Un Beauregard en devenir

Parce que je t’aurais marié

Pis je t’aurais donné mon nom

 

Gaston, Gaston

 

T’aurais été mon lampadaire immortel

Le chasseur du chevreuil de mon cœur

La nuit dans laquelle j’aurais pu me lever

Te faire des crêpes aux herbes fraîches

Te murmurer des secrets de jardin

Comme « les lilas fleurissent demain »

Ou « je sais pas comment fermer l’arrosoir »

Selon le degré de notre intimité

[...]

Gaston, Gaston

 

Après, on ira faire un tour en ville
Tu verras, les choses ont pas trop changé

Montréal est encore grand comme un désordre universel
Les filles et les garçons savent se lever

Brandir des quenouilles de mécontentement

Et même si les gouvernements rient

Croyant voir des idées-grenouilles

Nous, on sait qu’il suffit de s’embrasser

Pour qu’elles deviennent des idées-majestés

Julie-Anne Ranger-Beauregard

 

 

Lendemain de lendemain de lancement de la 11e édition…

Jeudi 5 avril 2012

Évitant les discours informatifs d’usage aux lancements, le dévoilement du 11e Jamais Lu a plutôt pris les allures d’une méga fête chaleureuse, et même carrément chaude, véritable avant-goût du festival qui débarque aux Écuries du 4 au 11 mai!

En effet, c’est dans le Studio du théâtre débordant de monde que les codirecteurs artistiques de la prochaine édition, Marcelle Dubois et Jean-François Nadeau, nous ont offert une présentation limite Laurel et Hardy, pour nous faire découvrir non seulement les auteurs et soirées présentés au Jamais Lu, mais aussi la sincère quête de sens qui anime le festival depuis toujours et particulièrement cette année, avec la question éditoriale Où est-ce qu’on est? Quel est ce fameux « ici et maintenant » dont tout le monde parle? Comment les nouveaux auteurs de théâtre nomment le monde dans lequel on vit? Et eux, où se situent-ils, dans ce monde, et en eux-mêmes? Les auteurs et événements du Jamais Lu ont été choisis pour cette propension à s’inscrire et à nommer, au cœur de la cité.

Mais quelle intense joie pour le festival et son équipe de constater que le public nous suit dans notre bastion tout neuf, le théâtre Aux Écuries, et même qu’à voir tout ce bon peuple, on ne peut que constater que la popularité du Jamais Lu grandit au même moment où notre foisonnante programmation prend sa place dans sa nouvelle maison.

Ce débarquement dans « notre » théâtre (le Jamais Lu est un des cofondateurs des Écuries) fut souligné par un grand toast général avec les cocktails Jamais Bu, spécialement créés et servis par le barman et disc-jockey attitré du festival, Antoine Mongrain, littéralement en feu (le barman pas les cocktails. En fait, pas littéralement non plus…) En ce jour aux airs de printemps, la grande fête du Jamais Lu fut lancée avec force, et s’est même poursuivie dans la soirée, annonçant un 11e Jamais Lu totalement débridé!

Notre prochain rendez-vous? Du 4 au 11 mai! Pour tous les détails, consultez notre site web, bien complet (un grand merci à Jeanne Bertoux)! www.jamaislu.com

D’ici là, de notre côté, aujourd’hui, dans quelques instants, nous procèderons au tirage-bénéfice des 32 gagnants qui nous ont généreusement aidé, et ensuite, en avant pour le spectacle-bénéfice Les Confessions publiques le 10 avril! Histoire de s’assurer que le 11 Jamais Lu naisse en bonne santé financière…

Pour entendre des textes inédits, pour voir les comédiens, pour se rencontrer, se retrouver et réfléchir ensemble, pour tenter de répondre à la question Où est-ce qu’on est?, pour prendre le pouls de son époque finalement, le Festival du Jamais Lu vous attend du 4 au 11 mai aux Écuries (le théâtre à occuper)!

À bientôt!

11e Jamais Lu: Où est-ce qu’on est?

Jeudi 5 avril 2012

Pour découvrir la programmation du 11e Jamais Lu, les auteurs répondent à la question éditoriale du festival: Où est-ce qu’on est? Où est-ce qu’on est avec ce texte? Où est-ce que tu es quand tu écris? Où est-ce qu’on sera au Jamais Lu? Une vidéo de Sébastien Croteau.

Le Jamais Lu lance sa campagne de financement avec son fameux tirage-bénéfice!

Jeudi 9 février 2012

Courrez la chance de vous envoler pour Paris… en soutenant la nouvelle dramaturgie!

L’objectif est de 15 000 $ et les billets sont en vente du 10 février au 5 avril 2012, avant 16 heures, puisque nous procéderons à ce moment même au tirage dans les bureaux des Écuries, où le Festival réside désormais.

À 10$ le billet, en plus du premier prix qui vous amène à Paris, vous pourriez gagner un laissez-passer du Festival TransAmériques 2012, un abonnement double aux concerts du printemps de l’Orchestre Métropolitain ou encore une paire de billet prestige pour le prochain spectacle du Cirque du Soleil, ainsi qu’une ribambelle d’autres prix des plus alléchants pour vous, oui, vous qui aimez tant le théâtre, la littérature, l’art et la culture. Acheter un billet du tirage-bénéfice du Jamais Lu, c’est une presque promesse de se gâter… et c’est surtout un moyen accessible de soutenir votre fidèle festival!

Saisissez votre chance : seulement 1800 billets en circulation!

Tous les détails sur notre site!