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Retour sur le jour 1 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Vendredi 23 novembre 2012

Cette deuxième édition du Jamais Lu à Québec s’est ouverte sous le signe de la pertinence et de la diversité. Le public était au rendez-vous (c’était plein à L’AgitéE pour L’Accélérateur de particules), mais le Jamais Lu – Édition Québec évolue aussi comme un point de ralliement de la communauté théâtrale, toutes générations confondues. Le Festival est un lieu de rencontres, de pensées, de paroles fortes, neuves, d’artistes de talent et du public qui peut les approcher dans une grande proximité dans une chaude soirée (dans le sens de chaleureuse bien sûr, voyons).

Pour attaquer sa deuxième année dans la Capitale, le Festival a commencé par servir un contenu réflexif, pour scruter les liens entre l’écriture et le politique dans une table ronde animée par Marcelle Dubois. La rencontre réunissait les auteurs de théâtre  Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Édith Patenaude, ainsi que Fréderic Dubois, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Périscope, et Samuel Matteau, cinéaste particulièrement préoccupé par les mouvances sociales de l’année et heureux de pouvoir échanger sur le sujet avec d’autres artistes.

Marcelle Dubois a ouvert la table ronde en revenant sur la question éditoriale du 2e JLQc C’est quoi notre problème?:   »La question éditoriale est volontairement floue. Quel est ce notre et le nous qu’il évoque? Et par problème, qu’est-ce qu’on veut dire au juste? » Une question pleine de questions finalement.

Et la co-directrice artistique du 2e JLQC en avait trois à poser à ses invités pour alimenter la discussion:

- Est-ce que l’écriture (au sens large pour notre scénariste et notre metteur en scène) est culturelle? Est-ce qu’elle est forcément enracinée dans la terre sur laquelle reposent les pieds de l’auteur?

- Qu’est-ce que veut dire les mots engagement, politique et appartenance en 2012 à Québec sur la Dorchester devant un public de convertis? Et si on regarde plus loin, à l’ère des frontières qui s’amenuisent, qu’est-ce que ces mots veulent dire dans votre pratique?

- Divorce ou passion entre esthétisme et politique?

Voici les réponses, ou plutôt idées émises par les invités, pêle-mêle:

Edith Patenaude: « Notre époque appelle à la conscience citoyenne, l’écriture participe à cette réappropriation du politique, de notre rôle citoyen. (…) Il faut être à l’écoute, de ce qui anime et trouble les gens autour de nous, faire preuve de sincérité, parler avec eux des sujets brûlants et vivants, et que le théâtre devienne ce lieu vivant qui les interpelle, fondamentalement. C’est aussi ça notre responsabilité d’artiste. Avoir beaucoup d’écoute. »

Annick Lefbvre: « J’exige que mon écriture soit archi référencée Québec 2012. Qu’elle ne soit pas exportable à tout prix. Je ne veux pas nécessairement être montée en France ou en Allemagne dans 5 ans. Je ne veux vraiment pas qu’on puisse reprendre mes textes au TNM dans 25 ans. Je veux que mon écriture soit spécifique à ici maintenant. Parce qu’on s’en câlisse de l’universalité pis de la longévité de l’œuvre. L’écriture c’est notre ADN culturelle. Faut arrêter d’avoir peur d’être des auteurs locaux, l’assumer pis être fiers d’en être. (…) J’essaie de comprendre ceux qui font des choix avec lesquels je ne suis pas d’accord, je me confronte, c’est ma manière d’être à l’écoute, et de dialoguer. »

Fréderic Dubois: « Oui on s’inscrit dans la société, on parle de nous, de nos enjeux, mais à qui on parle? Qui écoute? Le Printemps érable, était-ce seulement du tapage? Les artistes s’engagent mais à quoi bon? (…) Je ne fais pas de la politique, suis-je moins engagé? J’essaie de faire circuler les énergies, celles des gens autour, de notre société, notre culture, j’essaie de trouver du vrai par la création théâtrale. »

Samuel Matteau: « Il faut user des moyens alternatifs pour rejoindre le public, hors des grands médias, des systèmes de diffusion traditionnelle. Initier les gens à l’art, quitte à aller dans la rue pour établir un premier contact, leur montrer que c’est aussi pour eux, à eux. (…) À un moment il était plus important de sortir dans la rue que d’écrire que je sortais dans la rue. Ensuite, je transmets des impressions, et par mes émotions et ma vision, rejoindre le collectif. Quand on esthétise, c’est qu’on a compris un mouvement, et l’esthétisme est peut-être une porte d’entrée pour un plus grand nombre. »

Jean-Philippe Lehoux: « il faut se questionner aussi sur ce qu’on est comme artiste. Il y a une certaine prétention. Moi je me trouve un peu bête, je ne suis pas érudit, ni un spécialiste de politique ou société. Je peux inventer, je peux aller dans la beauté, dans la création. On n’est pas des philosophes, mais des créateurs de l’émotion. Et ce n’est pas sans responsabilité citoyenne. (…) le théâtre est lent, cette année je ne pouvais plus écrire, j’avais besoin d’aller dans la rue. Je me suis mis à bloguer, à participer à des prises de parole, que de faire du théâtre, d’agir. Il était là mon engagement. »

Pour suivre cette discussion qui demandait en soi un investissement de la part des invités, on passait à la création pour célébrer la première soirée à L’AgitéE!! Quatre extraits d’oeuvres en chantier venaient se dévoiler dans des mises en lecture, souvent trop courtes, comme un coït interrompu.

Hélène Robitaille ouvrait la soirée avec un univers dense et déjà achevé avec Chaplin et moi qu’on oublie et son prêtre à la fois en perte de compassion et pourtant tout à fait attendri devant la candeur de Chaplin, apparu momentanément sur scène.
Maxime Robin nous a fait entendre une voix jeune, de la nouvelle génération qui, à travers sa légèreté, n’échappe pas du tout au sens de la tragédie, comme toujours annoncée pour cette génération.
 Thomas Gionet nous plutôt fait une performance qu’une mise en lecture, alors que la démarche l’emportait encore sur le texte ou son interprétation. Un moment brouillon, brut, à vif, voire à frette.
Finalement, Amélie Bergeron nous présentait ses personnages, bien de leur temps et de leur manque de langage dans une mise en lecture qui avait du « fucking esti » de mordant, pour la paraphraser.

Les photos sont de Nicola Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu – Édition Québec.

Retour sur une soirée d’ouverture foisonnante!

Samedi 5 mai 2012

La soirée Lettres ouvertes/poings fermés a affiché complet! C’était tendre, brûlant et solide… Pour le compte-rendu de la soirée, allez lire Rachel Gamache sur Bang Bang, vous saurez tout! Ici, les photos de la soirée de Thomas Blain.

 J-F Nadeau coupe sa cravate pour donner le coup d’envoi au 11e Jamais Lu.

Le metteur en scène de la soirée Louis Champagne au travail

Salle comble Aux Écuries pour la soirée d’ouverture

Les musiciens Jean-Claude Marsan et Mario Légaré

Toute les artistes réunis: Louis Champagne, Anne-Marie Olivier, Justin Laramée, Normand Canc-Marquis, Julie-Anne Ranger-Beauregard, Madeleine Péloquin et Jean-Philippe Lehoux

 

Justin Laramée

Le Lever de rideau écrit par David Paquet Avec Martin Bergeron, Directeur, Stratégie politiques, Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Martin Héroux

 

 

 

Lendemain de lendemain de lancement de la 11e édition…

Jeudi 5 avril 2012

Évitant les discours informatifs d’usage aux lancements, le dévoilement du 11e Jamais Lu a plutôt pris les allures d’une méga fête chaleureuse, et même carrément chaude, véritable avant-goût du festival qui débarque aux Écuries du 4 au 11 mai!

En effet, c’est dans le Studio du théâtre débordant de monde que les codirecteurs artistiques de la prochaine édition, Marcelle Dubois et Jean-François Nadeau, nous ont offert une présentation limite Laurel et Hardy, pour nous faire découvrir non seulement les auteurs et soirées présentés au Jamais Lu, mais aussi la sincère quête de sens qui anime le festival depuis toujours et particulièrement cette année, avec la question éditoriale Où est-ce qu’on est? Quel est ce fameux « ici et maintenant » dont tout le monde parle? Comment les nouveaux auteurs de théâtre nomment le monde dans lequel on vit? Et eux, où se situent-ils, dans ce monde, et en eux-mêmes? Les auteurs et événements du Jamais Lu ont été choisis pour cette propension à s’inscrire et à nommer, au cœur de la cité.

Mais quelle intense joie pour le festival et son équipe de constater que le public nous suit dans notre bastion tout neuf, le théâtre Aux Écuries, et même qu’à voir tout ce bon peuple, on ne peut que constater que la popularité du Jamais Lu grandit au même moment où notre foisonnante programmation prend sa place dans sa nouvelle maison.

Ce débarquement dans « notre » théâtre (le Jamais Lu est un des cofondateurs des Écuries) fut souligné par un grand toast général avec les cocktails Jamais Bu, spécialement créés et servis par le barman et disc-jockey attitré du festival, Antoine Mongrain, littéralement en feu (le barman pas les cocktails. En fait, pas littéralement non plus…) En ce jour aux airs de printemps, la grande fête du Jamais Lu fut lancée avec force, et s’est même poursuivie dans la soirée, annonçant un 11e Jamais Lu totalement débridé!

Notre prochain rendez-vous? Du 4 au 11 mai! Pour tous les détails, consultez notre site web, bien complet (un grand merci à Jeanne Bertoux)! www.jamaislu.com

D’ici là, de notre côté, aujourd’hui, dans quelques instants, nous procèderons au tirage-bénéfice des 32 gagnants qui nous ont généreusement aidé, et ensuite, en avant pour le spectacle-bénéfice Les Confessions publiques le 10 avril! Histoire de s’assurer que le 11 Jamais Lu naisse en bonne santé financière…

Pour entendre des textes inédits, pour voir les comédiens, pour se rencontrer, se retrouver et réfléchir ensemble, pour tenter de répondre à la question Où est-ce qu’on est?, pour prendre le pouls de son époque finalement, le Festival du Jamais Lu vous attend du 4 au 11 mai aux Écuries (le théâtre à occuper)!

À bientôt!

Marcelle Dubois n’a pas la langue dans sa poche!

Mardi 17 mai 2011

Il est tard pour entrer dans le débat… Les médias gobent les momentums à un rythme ahurissant, mais si s’indigner à la suite à l’article de la chroniqueuse Nathalie Elgrably-Lévy du Journal de Montréal n’est plus d’actualité une semaine après les événements, les peurs et les blessures que disent ce texte que j’ai écrit pour souligner la fin du 10e Jamais Lu ne sont pas moins vives et pertinentes aujourd’hui… Puisque, depuis, je me réveille chaque matin en me disant : eh oui, nous sommes toujours bel et bien dans le même monde qui a été bouleversé le 2 mai dernier…

Voici donc, le texte que j’ai écrit pour clôturer le cabaret de clôture (sic) du 10e anniversaire du Festival du Jamais Lu, qui fût soit dit en passant une édition extraordinaire.

Bonne lecture : et de grâce, partageons notre indignation, tous les jours, tout le temps et pas seulement au moment où les médias en parlent!

Samedi 7 mai 2011 – Ce matin, je devais écrire ce texte, ce texte qui allait clore les 10 ans du Jamais Lu. Je pensais vous écrire des choses drôles et nécessaires.

Par exemple : Lors de la création du premier C.A. indépendant pour le Jamais Lu, au moment d’énoncer créé les principes de bases qui fonderaient le Jamais Lu, François Létourneau membre de ce premier C.A., a insisté pour qu’on écrive qu’au Jamais Lu, il devrait toujours y avoir de la bière! Que ce serait par le houblon que le Jamais Lu se distingue des autres…

J’aurais voulu aussi faire une blague qui punche en disant que Fanny Britt et Emmanuelle Jimenez sont les Dominique Michel du C.A. du Jamais Lu… et puis dire plus tendrement après : mais depuis que vous êtes parties pour vrai, vous nous manquez les filles.

J’aurais voulu souligner plus gravement l’importance qu’ont eue certains mentors sur nous, sur moi. Je vous aurais parlé longuement de Nadine Vincent et de Jean-François Caron qui nous ont – m’ont – appris que ce n’est pas suffisant de faire des choses, qu’il faut s’y engager tout entier, artistiquement certes, mais politiquement aussi. Politiquement, mais non pas de façon partisane, mais plutôt avec l’idée du débat politique qui se vit dans une société… Je vous aurais dit que nous leur devons le Jamais Lu d’aujourd’hui libre et résolument engagé.

Je pensais vous dire des choses personnelles aussi. Comme la fierté égoïste d’être au service de vous tous, les auteurs, les acteurs, les metteurs en scène, les administrateurs, les organisateurs, le public qui faites vivre le Jamais Lu. Je vous aurais dit comment ma chair est marquée par votre générosité, par votre avidité, par votre présence.

Voilà, c’est que je m’apprêtais à vous dire, dans un beau texte bien ficelé, dans lequel j’aurais eu quelques inflexions de voix aux bons endroits pour vous toucher et vous communiquer toute ma gratitude.

Mais, je suis tombée sur l’article qui a été publié dans le Journal de Montréal hier par Nathalie Elgrably-Lévy qui affichait ouvertement une haine de l’artiste et surtout une mauvaise foi, ou une pauvreté intellectuelle, épeurante, terrorisante, paralysante.

Pour ceux qui ne l’auraient pas lu en voici un court extrait… je vais tenter de ne pas avoir trop mal au cœur en le lisant. :

On dit que la culture n’est pas une production comme les autres. Pourtant, que l’on soit écrivain ou mécanicien, l’équation est simple : on est pauvre quand on n’arrive pas à vendre ce que l’on produit. Je serai franche, au risque d’être politiquement incorrecte. Il n’existe que deux raisons pour lesquelles un artiste vit dans la misère. La première est que son talent n’est peut-être pas en demande. La deuxième est qu’il est peut-être tout simplement dépourvu de talent. Dans un cas comme dans l’autre, le public n’est pas disposé à consacrer son argent à l’achat du produit culturel proposé. Ainsi, pourquoi y mettre l’argent du contribuable? Pourquoi l’État achèterait-il, au nom de la collectivité, ce que nous refusons d’acheter individuellement?

N’est-il pas préférable de rendre l’art plus accessible plutôt que de laisser des fonctionnaires choisir, à notre place, quels artistes auront notre argent?

Au fait, le crédit d’impôt de 500 $ pour les activités artistiques des enfants, crédit proposé par les conservateurs, ne s’inscrit-il pas dans cette logique? Il faut croire que ce parti ne méprise pas la culture autant qu’on veut le laisser croire!

Je vous invite à lire sur Facebook la pertinente réponse que lui fait Jean-Philippe Joubert, un artiste de Québec, et bien d’autres également depuis.

En lisant cette chronique, j’ai revécu à la puissance dix le même haut-le-cœur que lundi quand la cloche fatidique a sonné à Radio-Canada et que nous avons eu l’annonce d’un gouvernement majoritaire conservateur.

Évidemment, nous connaissons la haine d’une certaine strate de la population pour les artistes. Évidemment, ces pensées droitisantes je sais qu’elles existent. Je ne suis pas une enfant. Mais réaliser que tout à coup, ce discours haineux envers les artistes et les subventions publiques destinées aux arts s’appuie sur les dires, les politiques, les volontés d’un gouvernement majoritaire au pouvoir, m’a glacée. Figée. C’est ça qui m’apeure et m’attriste le plus. Le fait, que dorénavant, nous ne pouvons plus minimiser ce discours en disant : ben oui, il y en a toujours qui ne comprendront pas… Non, nous ne pouvons plus laisser faire. Puisque celui qui ne comprend pas est au pouvoir, et que donc, tous les autres qui pensent comme lui sont dans le droit chemin. Je n’avais jamais eu besoin de me passer cette réflexion de toute ma vie d’adulte socialement consciente… et voilà qu’aujourd’hui, cette certitude de vivre dans une société où j’ai ma place vient de chavirer.

En lisant cette chronique, j’ai perdu tous les mots qui m’auraient été nécessaires pour écrire le joli texte que je vous destinais… Cet article m’a fait mal à l’identité. Mal à ma respiration fondamentale… et je n’ai plus eu le goût de vous dire qu’une seule chose :

Écrivez, écrivons, créons, révolutionnons, résistons.

Poursuivons nos petites grandes choses que sont nos œuvres…

Et rêvons ensemble que lorsque le Jamais Lu fêtera sa deuxième décennie – s’il réussit à franchir les difficiles années qui s’annoncent pour nous gens de culture et des sciences humaines – bref, que lorsque nous fêterons nos 20 ans, nous aurons un gouvernement qui portera un nouveau nom, une société qui aimera ses artistes parce qu’elle reconnaîtra que c’est par eux que se tisse la fibre de l’exception québécoise… et peut-être même, allons soyons fous puisque nous sommes artistes, que nous aurons… un nouveau passeport, écrit Québec dessus. Un passeport pour l’amour de soi.

Merci à vous tous.

À vous les 123 auteurs qui ont fait vibrer les 10 ans du Jamais Lu,

Au millier d’acteurs et metteurs en scène qui ont défendu ces voix,

Aux 21 membres du C.A. qui ont bien orienté notre développement au fil des ans,

À l’O Patro Vys, à Martin, pour nous accueillir si gentiment et librement depuis 8 ans,

A ma gang de filles si précieuse : Stéphanie, Valérie B., Valérie G., Marie-Aube,

À l’homme dans cette gang de filles : David Lavoie

À Julie notre cofondatrice des trois premières années.

À vous tous…

Merci de nous, de me donner encore le courage de sourire face à l’avenir.

Marcelle Dubois

Directrice artistique et générale du Festival du Jamais Lu