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« Thatcher n’a pas raison » de Jean-Philippe Lehoux

Lundi 17 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Dans le texte qui suit, le brillant Jean-Philippe Lehoux donne la parole à un avocat qui prend la défense du Gros Con le « plus banal des hommes banals ».
 

THATCHER N’A PAS RAISON

Québécois, Québécoises, Mesdames et Messieurs les jurés, Madame la Juge… Y a des dates dans l’Histoire qu’il faut encercler au crayon rouge… pis pas seulement parce qu’on a pus de crayon noir. Eh bien ce soir… n’en est pas une du tout. Non. Désolé. Ce soir, dans le box des accusés vous ne trouverez pas de grands criminels. Pas de Monica La Mitraille ou de Bernard Madoff. Ce soir, je me présente à vous aussi humblement qu’un chasseur innu’ devant le caribou pour tenter de laver l’honneur du plus banal des hommes banals. Et j’ai nommé: Le Gros Con.

Québécois, Québécoises, Mesdames et Messieurs les jurés, Votre Honneur… Le gros con – pas nécessairement gros mais nécessairement con –, pourrait être votre voisin ou votre sœur, votre oncle de Gaspé ou votre agente de voyage de Montréal. Pis celui qui aurait très bien pu s’appeler «grosse conne» fait aujourd’hui face à plus de 427 382 chefs d’accusation. Pis ça grimpe, comme ça, allègrement, de minute en minute alors que vous souffrez de ma déplaisante compagnie. On l’accuse entre autres d’inculture, de prétention, de lâcheté, de stupidité et de violence.

J’vous rassure tout de suite, là: je déteste profondément mon client. El l’haïs, là. C’est lui, qui nettoie son VUS en pleine canicule. C’est lui qui profère des injures radiophoniques à toute heure du jour. C’est lui, aussi, qui fait du théâtre à même les fonds publics. C’est lui, la policière qui parle au cellulaire pendant qu’a conduit, c’est lui qui étire un peu son chômage parce que ça lui tente pas trop de travailler, c’est lui qui a mis un peu trop de relish dans votre hot-dog, c’est lui qui a détruit une vitrine de la rue Ste-Catherine au printemps dernier au nom d’idéaux anarchistes pis c’est lui, aussi, qui vous a déjà dit «JE LE SAIS PAS», quand vous lui avez demandé si c’était bientôt votre tour de voir le médecin.

Aaah, malgré tous ses masques, vous le reconnaissez, hein? Mais réjouissez-vous pas trop vite à l’idée de le voir au pied de l’échafaud. Parce que si on se fie à l’adage qu’y dit qu’on est tous le con de quelqu’un, il se peut très bien, Mesdames et Messieurs les jurés, que vous soyez vous-mêmes ce gros con.

Si j’ai accepté de le défendre à cette inquisition spontanée, c’est que je crois qu’on y va tous un peu fort avec celui que je vais qualifier de bouc émissaire: oui, bouc émissaire, même si y a rien d’une chèvre à couilles qu’on envoie dans le désert avec les malédictions d’usage à la veille de la fête juive du Yom Kippour. J’ai surtout l’intime conviction – pis quand je dis «intime», je parle d’une conviction qui m’a embrassé tendrement hier à l’hôtel –, j’ai l’intime conviction qu’on se trompe de cible.

Entrons donc dans le vif du sujet. Une des accusations à laquelle fait face le gros con est son manque de considération éthique. Rappelons les faits. Le gros con se trouve un 23 février 2011 dans son épicerie préférée. Y a le choix entre des belles tomates rouges de serre provenant du Centre-du-Québec ou des belles tomates rouges provenant des États-Unis. Là le gros con y voit ben que le prix des tomates américaines est plus bas, faque y décide de cueillir quelques bulbes juteux rappelant les burnes de l’Oncle Sam, pis y ‘es plonge dans un sac en plastique non-recyclable dont la prise de possession nonchalante constitue par ailleurs et en elle-même le chef d’accusation numéro 2765. La sentence peut tomber: le gros con a pas choisi les bonnes tomates. Coupable de pas «acheter local».

OR. Voilà que mon correspondant juridique anglais, un dénommé Arthur Broughry Pennington Pock, me pointait y a quelques mois une étude qui démontrait que parfois, en tant que Britannique, il valait mieux acheter des tomates qui provenaient d’Espagne et non d’Angleterre. Y paraît que le coût énergétique nécessaire pour les apporter par bateau, serait moins important que celui pour entretenir une serre en banlieue de Manchester. La raison est simple: y a jamais de soleil au Royaume-Uni. Mais cette théorie-là va être réfutée plus tard par des Finlandais, qui eux-mêmes vont se faire envoyer promener par des écologistes Chinois qui eux-mêmes bla bla bla… Vous voyez le genre? Si les plus grands spécialistes peuvent pas s’entendre sur l’éthique entourant les plantes potagères, dites-moi, Votre Honneur, comment peut-on espérer que notre gros con sorte du IGA avec les «bonnes» tomates?

Aaaah, là je vous entends déjà, procureurs de la moralité… Je vous entends déjà brandir le spectre de la responsabilité individuelle: «Comment osez-vous prétendre que ce gros con-ci, qui ne pense qu’à ses actions en bourse et ses pectoraux puisse être blanc comme neige? Comment pouvez-vous affirmer que ce gros con-là, qui se laisse vivre par les autres, ne mérite pas sa sentence? L’individu est seul responsable de lui-même. Pas d’alibi pour le gros con !» Vous avez sûrement raison. Je le répète, moi aussi je le déteste. Y m’énerve autant que je m’énerve. Y comprend rien, y respecte rien, y est creux, y se pense kasher parce qu’y porte un carré rouge ou un carré vert pis y pense révolutionner la démocratie parce qu’y insulte un autre gros con en 140 caractères… Non, vraiment, si je pouvais, je me couperais la langue avec une feuille de papier devant vous pour prouver la ferveur de mon mépris à l’endroit de ce gros con-là que je dois pourtant protéger ce soir de nos abus! Mais je le ferai pas… De un, ça ferait beaucoup trop mal. De deux, j’ai encore la certitude qu’on se trompe de cible.

Si y a aucun doute que le gros con est terriblement con (pis terriblement polyvalent dans sa connerie, oui), IL N’EST PAS COUPABLE. Pas coupable de faire partie de son époque où tout lui dicte d’être égoïste. Pas coupable d’être parfois éduqué par d’autres gros cons. Pas coupable d’être heureux pis de vouloir profiter tranquillement de ce bonheur-là. Pas coupable de pas savoir comment se battre ou de se battre avec un peu trop de violence. Permettez-moi ici d’emprunter les paroles d’un personnage de l’auteur et gros con Jean-Philippe Lehoux, dont la pièce Le Bras Canadien et autres vanités sera produite à Premier Acte au mois de mars 2013 dans une mise en scène du gros con Fabien Cloutier et dans laquelle vous pourrez goûter à une performance légendaire du comédien et gros con Jean-Michel Girouard en rabbin aimant jouer au squash. Le personnage, issu d’une toute autre pièce, disait ceci:

(JEAN-MICHEL GIROUARD): «Au secondaire, on m’apprenait à faire de la croustade aux pommes sans renverser de la cannelle sur mon voisin ; pas à transporter une cruche sur ma tête pour abreuver mon village. J’ai pas le chance d’avoir soif, moi».

Merci monsieur Girouard, ce sera tout. C’était très touchant… Le gros con du Québec connaît pas le désespoir des assoiffés, votre Honneur. Si vous voulez à tout prix réhabiliter le gros con, vous allez devoir l’aider à se sortir de l’ignorance qui le maintient sous le joug de son bourreau, que je vais pas tarder à nommer. Parce que le plus grand crime de notre gros con, c’est pas d’être con. Non. C’est de pas savoir qui viser de son fiel de gros con. La portée de son indignation est tellement faible qu’y finit toujours par donner des gifles insignifiantes à son voisin pour se convaincre qu’y est en vie. «Ostie de BS! Qu’y aille chier, le maire d’Huntington! Mange mon cul, matricule 728.»

Mesdames et Messieurs les jurés, notre lutte infatigable pour dénicher le plus gros con du Québec, à droite ou à gauche, est bien vaine. Elle équivaut à taper su’es doigts d’un enfant qui cochonne not’ tapis en mangeant un gâteau au chocolat avec un peu trop d’enthousiasme, pendant qu’au même moment, on se fait rentrer, sans lubrifiant, un javelot entre les deux fesses par un spéculateur qui met en plus le feu à notre maison en se servant de notre chat comme combustible. Pendant que notre gros con en gifle un autre, les vrais criminels, eux, rient dans leur barbe. Une oligarchie puissante, qui a même pas besoin d’un complot pour être unie – parce que les règles du jeu sont maintenant toutes tracées pour elle –, profite de notre guerre fratricide de gros cons pour nous bouffer les entrailles. Pis nous-autres, fiers d’avoir débusquer un peu plus con que nous, on continue à se jeter les uns les autres au banc des accusés.

Margaret Thatcher (vous savez, cet homme politique viril du siècle dernier) affirmait que «la société n’existe pas. Il n’y a que des individus, disait-elle, et ils s’occupent d’abord d’eux-mêmes». Bref, y a juste des gros cons à la dérive. Eh ben, Mesdames et Messieurs les jurés, je pense que cette méga grosse conne se trompe. Je vais d’ailleurs terminer mon plaidoyer en m’attardant un peu sur cette méprise. Prenez un gros con; prenez moi par exemple. Y va en falloir beaucoup afin que je ne sois plus un gros con. Je pars de loin. Mais prenez deux cons. Prenez… je sais pas, moi… Richard Martineau pis Jean-Philippe Lehoux. Crissez-moé les ensemble, une fin de semaine dans un chalet, pis regardez comment y réagissent. Aaaah. Déjà y trouvent des terrains d’entente quand y en a un qui dit aimer le magret de canard pis l’autre le blé d’inde, déjà y s’amusent, y découvrent qu’y raffolent tou’es deux du fer à cheval pis d’une Corona bien froide, déjà y confient aimer la femme qui danse à leur bras pis vouloir le bien pour leur famille. Ces deux gros cons-là qui s’étaient inter-baptiser de gros con, l’un pour incompétence journalistique crasse pis l’autre pour inutilité artistique coûteuse ont réussi, l’instant d’un week-end au bord d’un lac à St-Raymond-de-Portneuf, à inventer de nouvelles solidarités qui vont les sortir peu à peu de leur grosse connitude. Cette alchimie-là, improbable, qui a fondu nos deux gros cons que tout séparait en une pâte fragile mais harmonieuse, c’est déjà l’embryon de ce qu’on pourrait appeler société, n’en déplaise à Sir Margaret Thatcher. Unir des gros cons sous la bannière des gros cons, c’est déjà unir des gens sous une même bannière. Pis seule la coordination de notre connerie va finir pas donner une danse en ligne qui ressemble à peu près à une chorégraphie professionnelle.

Québécois, Québécoises, Mesdames et Messieurs les jurés, Votre Honneur, c’est donc à titre de gros con et de défenseur du gros con que j’implore votre clémence et vous demande de bien vouloir décharger mon client des 427 38… maintenant 8 chefs d’accusations qui pèsent contre lui. Oui, c’est un gros con, mais y a bien plus con pis dangereux que le gros con lui-même. Pis mon intime conviction – toujours celle qui m’a donné hier soir à l’hôtel des p’tits bisous sur les foufounes–, me dit que la condamnation d’un gros con servirait seulement ceux qui nous oppriment véritablement.

Merci.

Bilan du 2e Jamais Lu – Édition Québec : de pertinence et d’éclat

Mercredi 5 décembre 2012

Fort et fier de trois jours de fêtes festivalières remplis de l’ardeur des artistes et d’un public au rendez-vous, le Jamais Lu est désormais bien implanté dans la Capitale. Entre de nouvelles créations qui donnent le pouls de leur époque, des réflexions à point nommé pour la suite du monde et des rencontres essentielles, le Festival a affirmé avec cette deuxième édition sa nécessité ainsi que son potentiel jubilatoire! Avec une moyenne de fréquentation de 80% aux soirées, le Jamais Lu a poursuivit sa lancée à Québec ville, porté par sa force rassembleuse et ses paroles percutantes.

Détonations de visions diversifiées

Amorcé par la table ronde Le politique et l’écriture, le Festival a suscité des prises de position réfléchies des plus intéressantes. La discussion menée par Marcelle Dubois regroupait les auteurs Annick Lefebvre, Édith Patenaude et Jean-Philippe Lehoux, ainsi que le cinéaste Samuel Matteau et le metteur en scène et directeur artistique Frédéric Dubois, pour confronter leurs démarches aux événements politiques et sociaux qui ont particulièrement animé le Québec cette année. Désabusement, détermination à s’adresser à son époque et son territoire, humilité, besoin d’écoute et impératif de multiplier les approches et les moyens de diffusion, responsabilité de l’artiste: sans être d’accord, les invités ont fait le point et ont dégagé des pistes vers la fameuse question éditoriale C’est quoi notre problème?

Électrochocs de créations

Avec ses quatre extraits de pièces en chantier, L’Accélérateur de particules fut une soirée des plus allumeuses et allumées. Tout d’abord enchantés par l’univers de Chaplin et moi qu’on oublie d’Hélène Robitaille et son charme suranné mais toujours criant, brillant, dense et désespéré,  Jusqu’à Troie, le cabaret tragique de Maxime Robin nous a touché avec l’angoisse d’une jeunesse qui a grandit avec le poids de fins du monde annoncées. Thomas Gionet a tourbillonné devant nous dans la tempête de son AMOURen devenir, et avec le comique Hors champs, Amélie Bergeron a présenté des personnages tristement de leur temps, malheureusement trop convaincants dans la vacuité de leur discours.

Quant à la soirée Les Intégrales, elle a montrée toute la puissance d’une charge dramaturgique. On ne sait trop si le titre Scalpés d’Anne-Marie Olivier fait référence à la crise d’Oka que la pièce évoque ou aux cœurs de ses protagonistes cherchant leur souffle entre douleur et survivance. L’Gros Show de Lucien Ratio de son côté dressait un portrait hyperréaliste de la radio populiste qui trône sur les ondes de Québec, écorchant les personnages à coup de désillusion et de vérités crues à travers un rire un peu méchant et très libérateur.

Les textes de la clôture nous ont entraînés dans les ramifications complexes des réponses possibles à C’est quoi notre problème?, frappant d’ingéniosité tout autant que de justesse, dans un spectacle à fort caractère littéraire. Difficile de résumer la richesse des propos de Véronique Côté, Marc Auger Gosselin, Annick Lefebvre, Patric’ Saucier, Jean-Michel Girouard, Fabien Cloutier, Catherine Dorion ou Jean-Philippe Lehoux (qui abordaient tour à tour la vacuité médiatique et le vocabulaire récupéré, les questions de souffle, d’existence, d’espoir, de disparition et de comparaison au Mordor, la condescendance et l’hypocrisie même à gauche, les révolutions à franchir, la nécessité d’écouter ce qui n’est pas beau, ce qui crie, la redécoration intérieure qui n’arrange rien ou encore le théâtre-bibelot d’une relève qui manque d’audace, la droite frustrée ou l’humilité nécessaire à toute solidarité). Nous vous invitons plutôt à lire quelques extraits mis en ligne sur notre blogue!

Rencontres expansives

Que ce soit dans la simple et chaleureuse proximité de L’AgitéE ou dans la débordante fête de clôture au rythme de DJ Millimétrik au Théâtre Périscope, dans la célébration du prix de Première Ovation (remis aux Écornifleuses pour Absence de guerre) ou dans le rapprochement Montréal-Québec qui s’effectue à travers le Jamais Lu, le Festival est un lieu unique de rayonnement de la parole des nouveaux auteurs. Ralliant le milieu théâtral par la curiosité, conviant le public à entendre la parole dramaturgique dans une rare immédiateté, permettant aux auteurs – bêtes solitaires par définition – d’échanger avec leurs pairs, le Jamais Lu se fait aussi espace de possibles vivifiants.

Comme mentionné au terme du cabaret de clôture par Frédéric Dubois, directeur artistique du Théâtre Périscope – partenaire avec Premier Acte du Jamais Lu – Édition Québec : «Le Jamais Lu Québec sera une tradition!» Antre d’affirmation de volontés diverses prêtes à forger maintenant et demain, c’est à coup de Bang! bien ciblés que le Jamais Lu s’est déployé. Et ce n’est encore qu’un début pour les aspirations brutes et audacieuses de la relève dramaturgique… À suivre, l’an prochain!

Le Jamais Lu vous revient au début 2013 pour vous offrir d’autres rendez-vous exaltants – dès l’hiver. À bientôt!

Photos Nicola-Frank Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu - Édition Québec

Retour sur le jour 1 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Vendredi 23 novembre 2012

Cette deuxième édition du Jamais Lu à Québec s’est ouverte sous le signe de la pertinence et de la diversité. Le public était au rendez-vous (c’était plein à L’AgitéE pour L’Accélérateur de particules), mais le Jamais Lu – Édition Québec évolue aussi comme un point de ralliement de la communauté théâtrale, toutes générations confondues. Le Festival est un lieu de rencontres, de pensées, de paroles fortes, neuves, d’artistes de talent et du public qui peut les approcher dans une grande proximité dans une chaude soirée (dans le sens de chaleureuse bien sûr, voyons).

Pour attaquer sa deuxième année dans la Capitale, le Festival a commencé par servir un contenu réflexif, pour scruter les liens entre l’écriture et le politique dans une table ronde animée par Marcelle Dubois. La rencontre réunissait les auteurs de théâtre  Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Édith Patenaude, ainsi que Fréderic Dubois, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Périscope, et Samuel Matteau, cinéaste particulièrement préoccupé par les mouvances sociales de l’année et heureux de pouvoir échanger sur le sujet avec d’autres artistes.

Marcelle Dubois a ouvert la table ronde en revenant sur la question éditoriale du 2e JLQc C’est quoi notre problème?:   »La question éditoriale est volontairement floue. Quel est ce notre et le nous qu’il évoque? Et par problème, qu’est-ce qu’on veut dire au juste? » Une question pleine de questions finalement.

Et la co-directrice artistique du 2e JLQC en avait trois à poser à ses invités pour alimenter la discussion:

- Est-ce que l’écriture (au sens large pour notre scénariste et notre metteur en scène) est culturelle? Est-ce qu’elle est forcément enracinée dans la terre sur laquelle reposent les pieds de l’auteur?

- Qu’est-ce que veut dire les mots engagement, politique et appartenance en 2012 à Québec sur la Dorchester devant un public de convertis? Et si on regarde plus loin, à l’ère des frontières qui s’amenuisent, qu’est-ce que ces mots veulent dire dans votre pratique?

- Divorce ou passion entre esthétisme et politique?

Voici les réponses, ou plutôt idées émises par les invités, pêle-mêle:

Edith Patenaude: « Notre époque appelle à la conscience citoyenne, l’écriture participe à cette réappropriation du politique, de notre rôle citoyen. (…) Il faut être à l’écoute, de ce qui anime et trouble les gens autour de nous, faire preuve de sincérité, parler avec eux des sujets brûlants et vivants, et que le théâtre devienne ce lieu vivant qui les interpelle, fondamentalement. C’est aussi ça notre responsabilité d’artiste. Avoir beaucoup d’écoute. »

Annick Lefbvre: « J’exige que mon écriture soit archi référencée Québec 2012. Qu’elle ne soit pas exportable à tout prix. Je ne veux pas nécessairement être montée en France ou en Allemagne dans 5 ans. Je ne veux vraiment pas qu’on puisse reprendre mes textes au TNM dans 25 ans. Je veux que mon écriture soit spécifique à ici maintenant. Parce qu’on s’en câlisse de l’universalité pis de la longévité de l’œuvre. L’écriture c’est notre ADN culturelle. Faut arrêter d’avoir peur d’être des auteurs locaux, l’assumer pis être fiers d’en être. (…) J’essaie de comprendre ceux qui font des choix avec lesquels je ne suis pas d’accord, je me confronte, c’est ma manière d’être à l’écoute, et de dialoguer. »

Fréderic Dubois: « Oui on s’inscrit dans la société, on parle de nous, de nos enjeux, mais à qui on parle? Qui écoute? Le Printemps érable, était-ce seulement du tapage? Les artistes s’engagent mais à quoi bon? (…) Je ne fais pas de la politique, suis-je moins engagé? J’essaie de faire circuler les énergies, celles des gens autour, de notre société, notre culture, j’essaie de trouver du vrai par la création théâtrale. »

Samuel Matteau: « Il faut user des moyens alternatifs pour rejoindre le public, hors des grands médias, des systèmes de diffusion traditionnelle. Initier les gens à l’art, quitte à aller dans la rue pour établir un premier contact, leur montrer que c’est aussi pour eux, à eux. (…) À un moment il était plus important de sortir dans la rue que d’écrire que je sortais dans la rue. Ensuite, je transmets des impressions, et par mes émotions et ma vision, rejoindre le collectif. Quand on esthétise, c’est qu’on a compris un mouvement, et l’esthétisme est peut-être une porte d’entrée pour un plus grand nombre. »

Jean-Philippe Lehoux: « il faut se questionner aussi sur ce qu’on est comme artiste. Il y a une certaine prétention. Moi je me trouve un peu bête, je ne suis pas érudit, ni un spécialiste de politique ou société. Je peux inventer, je peux aller dans la beauté, dans la création. On n’est pas des philosophes, mais des créateurs de l’émotion. Et ce n’est pas sans responsabilité citoyenne. (…) le théâtre est lent, cette année je ne pouvais plus écrire, j’avais besoin d’aller dans la rue. Je me suis mis à bloguer, à participer à des prises de parole, que de faire du théâtre, d’agir. Il était là mon engagement. »

Pour suivre cette discussion qui demandait en soi un investissement de la part des invités, on passait à la création pour célébrer la première soirée à L’AgitéE!! Quatre extraits d’oeuvres en chantier venaient se dévoiler dans des mises en lecture, souvent trop courtes, comme un coït interrompu.

Hélène Robitaille ouvrait la soirée avec un univers dense et déjà achevé avec Chaplin et moi qu’on oublie et son prêtre à la fois en perte de compassion et pourtant tout à fait attendri devant la candeur de Chaplin, apparu momentanément sur scène.
Maxime Robin nous a fait entendre une voix jeune, de la nouvelle génération qui, à travers sa légèreté, n’échappe pas du tout au sens de la tragédie, comme toujours annoncée pour cette génération.
 Thomas Gionet nous plutôt fait une performance qu’une mise en lecture, alors que la démarche l’emportait encore sur le texte ou son interprétation. Un moment brouillon, brut, à vif, voire à frette.
Finalement, Amélie Bergeron nous présentait ses personnages, bien de leur temps et de leur manque de langage dans une mise en lecture qui avait du « fucking esti » de mordant, pour la paraphraser.

Les photos sont de Nicola Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu – Édition Québec.

2e Jamais Lu -Édition Québec: ça va faire Bang!

Mercredi 21 novembre 2012

On y est presque, presque, c’est demaiiiiin! Dès le jeudi 22 novembre, dramaturges, comédiens, équipe de feu du Festival, ardents partenaires et toi public, nous serons réunis autour de ce que la parole théâtrale a de plus neuf et de plus vif comme de sensible à Québec ville.  Et nous garderons le cap jusqu’au 24: plaisir, émotions, réflexions crues, mordantes et inspirantes nous attendent à travers quatre rendez-vous ayant pour détonateur commun cette question éditoriale explosive: C’est quoi notre problème?

Grosse question. Trouverons-nous une réponse révolutionnaire à la table ronde qui portera sur le contact entre écriture et LE politique, ou alors dans le foisonnement des univers théâtraux de l’Accélérateur de particules, ou dans les immersions proposées par les mises en lecture complètes desIntégrales, ou peut-être finalement au cabaret pamphlétaire de clôture qui se déroulera dans l’indignation joyeuse?

Quatorze nouveaux auteurs et moult comédiens vous invitent à investir cet espace en ébullition qu’est le Jamais Lu, afin de prendre le pouls de notre époque. À la veille de tenir sa 2e édition dans la Capitale, le Jamais Lu trépigne d’impatience à l’idée de vous retrouver pour discuter, réfléchir, rebondir et applaudir les mots gorgés de sens des auteurs rassemblés. Tout cela autour d’un verre ou deux ou trois…

Suivez-nous sur le blog et les réseaux sociaux pour suivre le journal de bord de cette grande fête!

2e Jamais Lu – Édition Québec, du 22 au 24 novembre

Les auteurs:
Marc Auger Gosselin, Amélie Bergeron, Fabien Cloutier, Véronique Côté, Catherine Dorion, Thomas Gionet, Jean-Michel Girouard, Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux, Anne-Marie Olivier, Lucien Ratio, Maxime Robin, Hélène Robitaille et Patric’ Saucier.

Les lieux:
Bar-Coop L’AgitéE (22 et 23 novembre)
251, rue Dorchester

Théâtre Périscope (24 novembre)
2, rue Crémazie Est

Billetterie : 418 529-2183

Tous les détails et informations par ici

Retour sur une soirée d’ouverture foisonnante!

Samedi 5 mai 2012

La soirée Lettres ouvertes/poings fermés a affiché complet! C’était tendre, brûlant et solide… Pour le compte-rendu de la soirée, allez lire Rachel Gamache sur Bang Bang, vous saurez tout! Ici, les photos de la soirée de Thomas Blain.

 J-F Nadeau coupe sa cravate pour donner le coup d’envoi au 11e Jamais Lu.

Le metteur en scène de la soirée Louis Champagne au travail

Salle comble Aux Écuries pour la soirée d’ouverture

Les musiciens Jean-Claude Marsan et Mario Légaré

Toute les artistes réunis: Louis Champagne, Anne-Marie Olivier, Justin Laramée, Normand Canc-Marquis, Julie-Anne Ranger-Beauregard, Madeleine Péloquin et Jean-Philippe Lehoux

 

Justin Laramée

Le Lever de rideau écrit par David Paquet Avec Martin Bergeron, Directeur, Stratégie politiques, Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Martin Héroux