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Où est-ce qu’on est? En dessous de vos corps… par Steve Gagnon

Lundi 7 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

«Si aucun génocide est permis, nulle part, alors j’ai  l’droit d’écraser celle qui disperse pis détruit ma famille.

Une femme est entrée dans notre maison pis sa beauté violente nous a désunis. Pus rien reste en place. Des frères se détestent, des fils se retournent contre leur mère, tout l’monde s’arme les uns contre les autres.

Une femme est entrée pis a transformé ma maison en champs de bataille sablonneux. Ici, la haine se mélange au désir pis j’ai peur que ça puisse pas finir autrement que dans l’sang.

Il faut s’unir ma fille.

Si mes fils s’en vont, alors toute la faune pis toute la flore autour de ma maison disparaîtront aussi, parce qu’ils sont jeunes pis qu’ils sont beaux pis que donc tous les oiseaux, toutes les plantes, jusqu’au gazon, jusqu’aux cailloux,  jusqu’a l’abri tempo, voudront les suivre.

Et pis à toutes les printemps, les tulipes pousseront têtes vers la terre pour fuir mon jardin pis tenter d’les retrouver pis d’les rejoindre de l’autre côté du monde.

Mes fils doivent rester ici.

Pis Néron avec toi.»

 

Au début je voulais surtout parler de la beauté. Du côté obsédant et subjectif du concept.

De l’impulsivité aussi. Celle de la jeunesse. Le désir de tout vouloir, tout de suite, vouloir ce qui est le plus grand.

Et je voulais parler de ce lien qui lie les frères, un lien de sang, un lien presque indestructible.

Bon finalement ça parle un peu de tout ça, mais ça parle surtout de l’amour. De plusieurs sortes d’amour.

L’amour qui vient du désir, l’amour qui vient de la chair, l’amour qui vient de l’âme.

J’ai écrit des personnages très intenses. Des verbo-moteurs émotifs et complètement hystériques. Presque tous. Et donc pour qui l’amour est plus important que tout, pour qui l’amour est une arme, un abri, une salvation, une obsession.

Je pense que nous sommes tous en guerre.

Dans chaque maisons.

Nous sommes remplis de petits guerriers.

Chaque maison est un royaume.

Et chaque royaume à son armée.

Et il faut se battre. Pour un tas de raisons.

Mais comme dit Junie, oui peut-être souvent il faut que des gens meurent, mais au bout du compte, c’est toujours l’amour qui sauve tout.

Steve Gagnon

STEVE GAGNON
Crédits photo :
 France Larochelle
Comme acteur, on a pu le voir dans Les enfants de la pleine lune, au Prospero en 2011, et dans Ines Pérée et Inat Tendu, au Théâtre d’Aujourd’hui l’hiver dernier. Son texte La montagne rouge (SANG) a reçu la bourse Première Œuvre en 2008, a été publié chez L’instant même dans la collection L’instant scène et a été finaliste pour les Prix du Gouverneur général en 2011. Chaque automne j’ai envie de mourir, un recueil de nouvelles coécrit avec Véronique Côté, fait partie de la collection Hamac chez Septentrion.

En dessous de vos corps
Je trouverais ce qui est immense
Et qui ne s’arrête pas
Lundi 7 mai 20h
Mise en lecture : Steve Gagnon
Distribution : Annick Bergeron, Marie-Soleil Dion, Renaud Lacelle-Bourdon, Guillaume Perreault, Claudiane Ruelland