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Le 12e Festival du Jamais Lu, c’est dans 15 jours!

Mercredi 17 avril 2013

Plus que deux semaines avant le début du 12e festival du Jamais Lu! Les festivités débutent le 3 mai 2013, 20 h, avec un événement qui relève du jamais vu : 26 auteurs sur scène et sous la direction d’Olivier Choinière, prendront la parole afin de refonder le langage. 26 lettres : l’abécédaire des mots en perte de sens se veut une réponse urgente et sans concession aux dérapages sémantiques politiques, aux enflures langagières médiatiques. Un conseil : réservez vos places rapidement!

Cette année vous retrouvez aussi : François Archambault, Marion Aubert, Simon Boulerice, Pascal Brullemans, Evelyne de la Chenelière, Geoffrey Gaquère, Benoît Drouin-Germain, Talia Hallmona, Mathieu Handfield, Sébastien Harrisson, Lisa L’Heureux, Emmanuelle Jimenez, Isabelle Leblanc, Cédryck Lessard, Marilyn Perrault, Emmanuel Schwartz, Olivier Sylvestre, Pauline Sales et Rémi De Vos.

Vous ne savez pas quel spectacle aller voir? Dans ce cas, n’hésitez plus, choisissez les tous! Vous pouvez vous procurez, dés à présent, un forfait qui vous permet d’accéder à 3 lectures pour la modique somme de 30 $.

DERNIÈRE LIGNE DROITE POUR LA CAMPAGNE DE MICRODON

Il ne reste plus qu’une semaine pour participer à notre campagne de microdon. De nombreux mots ont été achetés et Stéphane Crête est déjà attelé à rédiger un texte qui promet d’être cocasse. Toutefois, nous n’avons pas encore atteint notre objectif. C’est pourquoi nous comptons sur votre soutien pour faire vivre cet incubateur de talent et cet espace de liberté qu’est le Jamais Lu.

« Lettre à toi, madame Lafolle » par Jean-Michel Girouard

Vendredi 30 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Nous vous invitons maintenant à plonger dans l’univers de Jean-Michel Girouard et sa réponse à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…

Lettre à toi, madame Lafolle

Chère madame folle,

Avant de commencer, j’veux juste vous dire que vous lirez jamais cette lettre là. Je vais plutôt la lire dans le cadre d’un festival de nouvelle écriture. Vous connaissez pas ça. C’est pas grave. Je vous rassure aussi, y’aura aucun jugement sur vous dans tout ça. Juste un jugement sur moi. En vous écrivant cette lettre là, je commets un geste totalement égocentrique. Et vous avez rien à dire. Vous vous avez le rôle de madame Lafolle et moi celui du jeune auteur qui porte un regard aiguisé et sensible sur ce qui l’entoure. Rapport de force un peu étrange, assez injuste vous allez dire. C’est pas de ma faute, c’est mon travail. Excusez-moi de me servir de vous. De vous prendre comme un outil, comme une arme. Je me sers de vous comme d’une idole d’ivoire qu’on lance, qu’on explose au sol pour renier les croyances. Excusez-moi de vous placer sur un autel pis de vous sacrifier sans que vous ayez rien demandé. C’est mon travail.

Chère madame la folle… Lafolle, comme si c’était votre nom, votre nom de jeune fille et pas un qualificatif méchant ou un diagnostique clinique. Chère madame Lafolle, on s’est rencontré au mois de juin. Le dernier mois de juin. Celui avec les casseroles; les carrés rouges pis les verts; les articles de journaux sur facebook pis les vidéos de police sur youtube; les gens dehors, dans la rue qui crient; les gens à télé, à radio, dans leur maison qui chialent. Le printemps érable. Ça vous énarve cette appellation là? Ouais, moi aussi. Mais bon.

L’affaire, c’est que je suis pas vraiment allé manifester dans les rues. Sauf une fois. Pis c’est cette fois là où on s’est rencontré. Le seul soir où j’suis allé marcher pour les étudiants, contre la hausse des frais de scolarité, pour l’accessibilité aux études, contre le gouvernement Charest en générale. On savait plus trop exactement pourquoi. C’était tout mêlé. C’était une manifestation complètement absurde. On était genre quarante-cinq. Y’avait juste du monde pas rapport, des fêlés, des bizarres. Y’avait le gars déguisé en chevalier, le gars avec des osties de pantalons mous pis une casquette en velours cordées, le gars qui lit tout croche un poème de Miron en criant trop, la fille qui se sent ben artiste et qui va parler avec une voix d’enfant à la police avec une marionnette qu’elle a fait avec un bas, le vieux fou avec une camisole sur laquelle y’a le fleur de lysé en feuille de pot. Et y’avait surtout une madame au centre. Laide. Décâlisse. Déguelasse. Qui a l’air de puer. Une madame folle. Folle ben raide. Folle dans le sens de folle dans tête, folle de maladie mentale, folle de pauvreté de poche et de tête. Cette madame là, c’est vous. Madame Lafolle. Madame Crackpouk. Vous étiez vraiment laide. J’veux dire selon les magasines pis la télévision, vous êtes laide. Vous êtes le vrai monde. Le vrai monde, c’est pas nous, parce que nous, on est spécial. Pis quand on vous voit, on se dit qu’on est pas si différent. Fak c’est pour ça qu’on aime pas ça vous voir. Parce qu’on est pareil. Mais on veut pas le savoir.

Quand je dis que vous êtes laide là, c’est pas pour être méchant. C’est pour vous décrire. C’est froid. C’est descriptif. C’est pas de votre faute. C’est même pas si grave. C’est un choix de valeur, la beauté. Un choix de société de valoriser, d’aimer, de vouloir le beau. On aurait pu choisir autre chose. Mais non.

Vous avez la peau salie par la vie qui passe comme un truck de vidange qui laisse une coulisse de marde en arrière. Vous avez l’air de sentir la marde. La vraie. Un mélange de marde, de Labatt 50 pis de Joe Louis. J’dis pas que c’est pas correct de manger des Joe Louis là. J’aime ben ça moi aussi. Mais…mais en tout cas.

Fak là, on est au milieu de la rue, tout le monde s’ostine parce que ça a pas rapport qu’on soit là, les trente-deux à vouloir manifester. C’est la pagaille. Tout le monde parle et crie son idée parce que c’est ça la démocratie, tout le monde a le droit de crier en même temps. On s’en fout si on comprend rien ni personne, l’important c’est que j’ai le droit de crier pis c’est pas toi qui va m’en empêcher. Et là, au centre, les yeux rouges et la silhouette chancelante,  y’a vous : ma madame folle, ma criss de folle à moi. Vous criez comme une perdue. Je dis comme une perdue, mais je dis pas ça dans le sens de l’expression courante que tout le monde connaît. Non non. Je dis ça, parce que c’est vrai. C’est ça. C’est pas une image, c’est pas de la poésie, c’est la réalité. Vous êtes perdue. Vous êtes une criss de folle perdue qui crie des mots qui font pas de sens au milieu de la rue. Vous criez avec une voix molle, avec une haleine d’anti-dépresseurs pis de cigarette, vous criez pis y’a presque une genre de fumée verte de médicaments comme dans les dessins animés qui vous sort de la bouche. Vous criez avec toute votre cœur, toute votre cœur parce que c’est juste ça que vous avez, toute votre cœur parce que vous avez pas toute votre tête, vous criez : Faut marcher tabarnak! Marcher contre l’ostie de Charest, marcher contre la DPJ qui vole nos enfants ». (temps) La DPJ qui vole nos enfants. Sérieux, c’est quoi le rapport? C’est quoi le lien avec la hausse des frais de scolarité? Avec les étudiants? Y’a pas de lien. Vous avez le regard enragé pis vous criez que la DPJ vole nos enfants. J’suis pas vraiment d’accord avec vous. La DPJ vole pas mes enfants. C’est normal, j’en ai pas. C’est mon esti de problème vous allez dire. Mais malgré tout, je crois pas que la DPJ vole les enfants de personne. J’suis même pas mal sûr de ça. J’veux dire, il doit y avoir des cas plus durs à décider, plus complexes, plus ambigus, plus contestables. Mais on peut pas dire sérieusement que la DPJ vole des enfants. Mais vous, vous continuez à le crier. Les yeux plein de folie. J’ai trouvé ça insoutenable d’être là avec vous. J’ai des amis, de la famille que je vois pas souvent parce que je suis toujours parti d’un bord pis de l’autre et là, et là, ce soir, j’ai passé ma soirée avec vous, la folle de la DPJ. J’ai fermé mes yeux. Fermé mes oreilles pis je vous ai fait disparaître. Facile de même. Vous existez pu et moi je retourne à ma vie confortable.

Jusqu’au moment où Anne-Marie Olivier, non vous la connaissez peut-être pas, elle joue pas à TVA, au moment où Anne-Marie Olivier m’a demandé d’écrire un texte suite à tout ce printemps, un texte sur notre problème au Québec. C’est à ce moment là que vous êtes revenue dans ma vie, revenue pour me frapper dans face. Un problème qu’on a au Québec, j’va vous le dire. Notre problème c’est… Non, c’est pas vous madame Lafolle. Le problème, c’est pas que vous criez des affaires qui font de pas sens, des affaires qui ont pas de sens parce que aveuglées par trop de douleur. Le problème c’est moi. Le problème qu’on a, c’est que j’ai pas voulu vous écouter. On veut pas vous écouter. Fak, vous sortez dans rue peu importe le contexte et vous criez n’importe quoi. Pis on vous écoute pas plus. Le problème, c’est ça, c’est qu’on écoute pas. Vous autant que les autres. On écoute pu personne. On s’écoute même plus soi-même. On écoute rien ni personne. On a pas d’empathie. Parce qu’on est trop occupé ailleurs, trop occupé à se réaliser, à avancer, le progrès, on regarde droit devant nous, le plus loin possible, devant nous. Pour écouter, faut s’arrêter. Faut prendre le temps. On fait pu ça. Pour écouter, faut s’ouvrir. Faut donner. Donner du temps. Donner de l’attention. Faut laisser de la place à l’autre. Écouter c’est faire exister l’autre. Le laisser entrer en soi. Et ça, on fait pas ça. Aujourd’hui, faire exister l’autre, ça veut dire exister moins soi même. Et on veut pas ça. On veut exister toujours plus, toujours mieux. La vie est tellement courte qu’il faut en profiter fak je la partage pas la vie. Je la garde toute pour moi la vie.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est que vous m’écouterez pas non plus. Vous lirez jamais cette lettre là. Parce que je vous l’enverrai pas. Je vais lire cette lettre là à une soirée du Jamais Lu, une soirée ben cool avec plein de beau monde. Je vais être devant ces gens là, pis je vais leur dire tout ça, leur raconter notre rencontre, à eux qui seront venus en principe pour m’écouter. Mais le pire, c’est qu’ils m’écouteront pas. Même eux, ils m’écouteront pas. Ils vont avoir payé, ils vont s’être déplacé pour m’écouter pis ils le feront pas. Ils vont m’entendre, mais m’écouteront pas. Ils vont penser mais ils m’écouteront pas. Ils vont plutôt se dire que le texte de Fabien Cloutier était pas mal plus drôle, se dire qu’ils m’ont trouvé meilleur dans tel show à Premier Acte, ils vont se dire qu’il fait trop chaud, qu’ils sont trop pognés parce qu’il y a trop de monde, ils vont se dire wow, peut-être qu’après le show, j’vais avoir la chance de prendre un verre avec Michel Nadeau, Jack Robitaille ou Jean-Michel Déry, ils vont se dire quand est-ce que c’est l’entracte que j’aille à toilette, j’aurais pas dû boire ma bière aussi vite. Ils vont se dire tout ça au lieu de m’écouter. Oui, ok, ils vont écouter les mots, les phrases. Se demander s’ils vont bien ensemble, les mots, s’ils aiment ça ou pas ces mots-là agencés de même. Ils vont se demander s’ils trouvent ça intéressant ou non ce que je dis, vont se demander si c’est bien écrit, si y’a des belles images, ils vont se demander si je suis oui ou non au final un jeune auteur au regard aiguisé et sensible sur la vie qui l’entoure. Ils vont se dire tout ça, ils vont penser à tout ça, mais ils m’écouteront pas. Parce qu’on s’écoute pu pour vrai. C’est ça le problème. Et moi non plus je les écouterai pas. J’suis pas mieux qu’eux, pas mieux que vous madame Lafolle. Moi non plus, j’écoute plus personne. Quand ils vont venir me dire que c’était ben bon, ben drôle, ben intelligent mon texte, ben touchant mon texte, je les écouterai pas. Ils vont me demander si j’ai ben des contrats ces temps-ci, si j’ai des projets pour l’an prochain, pis moi, je les écouterai pas. Je vais juste regarder la belle fille que j’ai spoter pendant le show en première rangée, je vais regarder la belle fille pis me dire que je devrais aller lui parler. Mais je saurai pas quoi lui dire à la belle fille parce qu’elle m’écoutera pas. Bête de même. Plate de même. Crissant de même.

Au moins, si j’étais capable de finir en disant pourquoi on s’écoute pas, ça donnerait un sens à ce que je fais, au dix dernières minutes où j’ai parlé. Mais je sais pas. Pour vrai, je sais pas pourquoi on s’écoute pas. J’en ai aucune criss d’idée. J’ai pas de réponse à leur donner. J’ai juste le problème étampé dans ma face. Le problème que je vous écoute pas. Qu’on s’écoute pas. J’aurai rien à dire à tous ces gens là devant moi.

Mais en même temps, je pourrai pas finir comme ça. Parce que dans mon travail, je me permet pas de laisser le monde tout seul dans leur coin tâchée par ce que je dis. Je me donne pas cette permission là. Alors je vais leur dire qu’il y a de l’espoir. Qu’il y a de la lumière. Qu’il faut juste l’allumer la maudite lumière. Leur dire que c’est pas facile d’ouvrir l’astif de lumière, ça demande un effort, mais on a pu le choix. On a pu le choix de recommencer à s’écouter. Je vais leur proposer de commencer par la base, par le silence mettons. Alors on va écouter le silence.

Silence

Et ça va pas marcher. Ça va être un peu drôle, mais on écoutera pas le silence. On va tous se laisser déranger par tous les bruits autour, par notre malaise du rien. Mais on dira non. Non, on accepte pas ça. Fak on va recommencer. On va écouter le silence. Le vrai. Pas le silence du rien. Pas le silence du vide. Le silence du plein. Le silence choisi. Le silence voulu.

Silence.

Et de là, on pourra y aller graduellement. On s’écoutera un peu plus les uns les autres. On s’écoutera soi-même au début. Faut commencer par là. Pis on écoutera autour après. Les gens, les choses autour. On écoutera les autres. Pas besoin de s’asseoir deux heures avec un café pour écouter. Juste accepter que l’autre existe. Avec tout ce qu’il est, le bon et le mauvais. Ça fait pastoral en criss, mais qu’est-ce tu veux, ce sera ça, ça sera un pas dans la bonne direction.

Mais au final, madame Lafolle, ma criss de folle à moi, je vous écouterai pas vraiment plus. Parce qu’on se reverra jamais. Mais j’écouterai votre fantôme, j’écouterai l’echo de votre voix. Et je vous ferai exister. Et la DPJ va continuer de vous voler vos enfants. Mais au moins ce sera pas juste dans votre tête. Ce sera dans la mienne aussi. Ce sera un peu plus réel. Votre douleur existera dans ma tête et dans celle de plein de monde et vous existerez un peu plus. Vous, vous verrez sûrement pas de différence. Mais nous, on aura l’impression de grandir un peu. On se sentira mieux de penser à vous, de pas vous laisser toute seule. Mais pour vous, vous allez être aussi tout seule qu’avant. Je vous l’ai dit, c’est un peu égocentrique comme geste ce que je suis en train de faire. Vous parler pour me faire du bien. Pour nous faire du bien. C’est tragique. Nous on va prendre une bière en riant de bonne humeur de la réussite de notre soirée. Pis vous, vous allez continuer à pleurer vos enfants morts, vos enfants qui sont plus vos enfants parce qu’ils sont ailleurs parce que vous leur faisiez mal. Malgré vous. C’est plate, mais je peux pas faire plus. Je peux pas faire mieux. Je peux juste vous donner le rôle ingrat du sacrifié dont on jette le corps à la mer une fois la cérémonie terminée. Mais grâce à vous, les Dieux qui ont quitté les cieux pour s’installer au profond de nos ventres, ces Dieux là, qui mettent le feu à votre tête, qui me donne envie de pleurer pour rien sans raison en plein jour, grâce à vous, ces Dieux là qui ont des allures de démons me laisseront peut-être un peu tranquille. Un mini répit de rien. Le temps d’écrire d’autres textes. D’autres textes qui redonnent pas les morts aux vivants, qui nourrissent pas les affamés, qui redonnent pas les enfants perdus à leurs parents cassés en deux. Mais qui doivent ben servir à quelque chose. À autre chose. On l’espère.

« L’appel au festin » de Véronique Côté

Mercredi 28 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. C’est avec grand bonheur que nous vous partageons aujourd’hui celui de Véronique Côté.

L’APPEL AU FESTIN ET LA SAVEUR DES MOTS
OU CRISSEZ-NOUS PATIENCE AVEC VOS OSTIES DE VOX-POP

Je suis le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
je suis la lumière inouïe de l’aurore boréale et je suis le ciel qui change
je suis le temps sauvage
inattaqué
je suis l’épinette rétive
et je suis la dent du coyote
je suis la terre gelée
jalouse
je suis la rivière jamais encore harnachée par le barrage
je suis le soleil blanc de la fin du jour
je suis janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
je suis la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
je suis l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Je suis tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Je suis tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir te parler d’infini.

La scène se passe sur la rue Saint-Jean, on est à Québec. C’est le mois d’août, et les passants se baladent sous le soleil, un gelato à la main. Un journaliste de Radio-Canada, affublé de son caméraman, cherche désespérément des gens pour répondre à la question du jour, histoire de pouvoir faire avancer les choses sûrement, ou à tout le moins d’offrir le meilleur de l’information à son public, le journaliste demande, donc: que pensez-vous de la légionellose?

Que. Pensez. Vous. De la légionellose.

La légionellose est une maladie infectieuse due à une bactérie qui se développe dans les réseaux d’eau douce naturels ou artificiels (comme par exemple les stations thermales ou les climatiseurs).

Pour ceux qui auraient passé les derniers six mois en Scandinavie, rappelons que l’été dernier, il y a eu à Québec une épidémie de légionellose. Une tour de refroidissement de la bibliothèque Gabrielle-Roy était contaminée et plusieurs personnes ont été infectées. Treize d’entre elles ont succombé à la maladie. C’est beaucoup de gens, et il est indéniable que cette éclosion fut malheureuse. Il y avait lieu, pour les autorités en santé publique, d’en chercher la cause et d’enrayer la propagation de la maladie.

Mais est-ce que quelqu’un peut me dire en quoi l’opinion de badauds apostrophés dans la rue peut possiblement être considérée comme de l’information, ou même présenter le moindre intérêt public? Que pensez-vous de la légionellose ? Radio-Canada ? Vraiment ? Radio-Canada demande à la population ce qu’elle pense de la légionellose ?

On nous abreuve de l’opinion de tout le monde et de la pensée de personne.

On nous fait croire que toutes les opinions se valent, alors qu’il ne naît rien de cette cacophonie, que le bruit qui règne dans l’espace public est assourdissant, qu’il donne envie de se boucher les oreilles, d’éteindre toutes les télés pour toujours, de ne plus lire que de la fiction ou des livres longs, bourrés de savoir, de réflexion, et vierges de la moindre opinion.

J’ai eu le fantasme d’offrir cette réponse à Radio-Canada, si assoiffée de mon opinion, j’ai eu envie de prendre le micro et de dire ceci:

« Je ne pense rien de la légionellose
comme je ne pense rien de la malaria
pas plus que du botulisme
ou de la varicelle
je n’en pense strictement rien
puisqu’il n’y a rien à en penser :
c’est une maladie.
Je n’en pense rien.
En revanche, je peux vous dire à quel point je suis choquée de vous voir vider le mot « penser »
de sa substance
de son essence
de sa puissance.

Comme je suis choquée, de façon plus générale, que l’utilisation des mots en dépit de leur signification réelle, exacte, précise, soit passée dans l’usage des médias d’une façon telle que plus personne ne s’en offusque.

Le vocabulaire est désormais le champ de bataille des politiciens
des publicitaires
et des chroniqueurs
qui appliquent rigoureusement le principe selon lequel
il suffit de répéter suffisamment une chose
pour que cette chose devienne vraie.
Comme il suffit d’utiliser suffisamment de fois un mot à mauvais escient
pour le vider de son sens initial – pour le saigner à blanc
pour que la grève devienne un boycott
pour que les briseurs de grève deviennent des victimes de violence
et d’intimidation
et pour que le maigre burger et les frites froides
séchant au fond du sac en papier blanc
se méritent le nom de Joyeux festin.

Je voudrais dire ce que c’est qu’un festin
et ce que c’est que la joie
pour rétablir un peu l’équilibre du monde.

Un festin est un repas de fête
partagé par des gens qui s’aiment
autour d’une table longue et chargée de plats délectables.
Un festin répond à toutes les faims
et pas seulement à celles du corps pesant.

Nous n’avons pas faim de Mc Do.

Nous avons faim de beauté folle et de gestes gratuits.
Nous avons faim de véritables festins
festins joyeux de mots rendus à leur sens premier
ripailles de pensée
banquet d’idées
agapes de métaphores et de liberté.
Nous avons faim de joies profondes
de celles qui naissent quand on danse pour rien avec le voisin
de celles qui tombent sur nos têtes quand la victoire semblait impossible.
Nous avons faim de poésie dans vos micros
il nous faudrait apprendre Godin et Miron par cœur
pour crier leurs mots chaque fois qu’on nous demande
si on est tannés de pelleter
si on a perdu confiance en nos élus municipaux
s’il faut financer les études sans avenir
si on pense quelque chose
de la légionellose.

Je ne pense rien de la légionellose.
En revanche, je pense
je pense très souvent
que nous avons peur de mourir
peur de manquer quelque chose
peur de manquer de quelque chose.
Je pense que nous sommes pétris de peur
alors que
nous sommes capables de rêves grandioses
nous aspirons encore au sublime
mais nous ne le savons plus.

Et le festin auquel nous avons droit
est là tout près
sans que nous ne le voyions plus.
La joie dans sa clairvoyante bonté
ne nous illumine plus que rarement
par accident presque
parce que la joie naît aussi souvent de s’asseoir autour d’une table
ensemble
et de parler
et dans la parole le monde se crée.
Mais si les mots sont vides
le monde s’efface.
Nous sommes ce pays
dans le sens de territoire.
Nous sommes cette terre et nous sommes les mots qui l’engendrent.
Mais si tout perd son sens
si l’on ne parle plus que pour à tout prix ne rien dire
tout disparaît.

Si un gouvernement peut arriver à faire croire à la moitié de la population
que des gens qui marchent sont violents

si une présentatrice de nouvelles peut adopter le mot boycott plutôt que grève, tel qu’édicté par un premier ministre arrogant
alors que rien ne justifie un tel écart de sens sinon une manipulation volontaire de l’opinion publique

si un imbécile peut transformer le mot caribou en insulte
lors d’un débat des chefs à la télévision nationale

et si nous les laissons faire

c’est que nous sommes vraiment perdus.

Puisque
nous sommes le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
nous sommes la lumière inouïe de l’aurore boréale et nous sommes le ciel qui change
nous sommes le temps sauvage
inattaqué
nous sommes l’épinette rétive
et nous sommes la dent du coyote
nous sommes la terre gelée
jalouse
nous sommes la rivière jamais encore harnachée par le barrage
nous sommes le soleil blanc de la fin du jour
nous sommes janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
nous sommes la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
nous sommes l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Nous sommes tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Nous sommes tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir se parler d’infini
autour de tables joyeuses
chargées de festins inimaginables. »

Voilà ce que j’aurais dû répondre
à leur ostie de vox-pop.

Véronique Côté. Photo Nicola-Frank Vachon

« C’est quoi notre problème? » par Amélie Bergeron

Jeudi 22 novembre 2012

L’auteure Amélie Bergeron, qui présente son texte Hors Champs ce jeudi soir à L’AgitéE pendant L’Accélérateur de particules , propose une esquisse de réponse à la question éditoriale du 2e Jamais Lu et comment le texte qu’elle présentera ce soir y est lié…

« Je n’ai pas de réponse claire à cette question là. On dirait que je ne sais pas par où la prendre, comme je ne sais pas par quel angle aborder les nouvelles qu’on reçoit à chaque jour. Toujours plus d’absurdités, toujours plus d’horreurs. J’en suis à un point où je dois recycler pour une énième fois mes mots d’indignée et d’offusquée et de choquée. Faut les patcher tellement sont usés. N’en reste souvent que la sensation. Je me surprends à ne plus être étonnée des pires affaires et j’ai peur de me mettre à les attendre.

Faut penser positif, voir autrement!
Oui. Absolument. Ça tient en vie.?Mais j’en viens à me demander si on ne se cache pas derrière la beauté pour éviter de faire face à toute la marde qui nous éclabousse, qui nous splash dessus tout le temps. Tu t’ouvres un œil pour regarder quelque chose de beau et BANG! une pelleté de marde en pleine face. Ça n’empêche pas les belles affaires d’exister, ça ne les empêche pas d’être des baumes à l’âme non plus, mais elles n’effacent pas les mardes qu’on produit.
«On» comme dans «nous», parce que oui, tout ça, toute la marde, c’est de notre faute. ?Toi aussi madame. Toi aussi monsieur. Y’a personne de propre propre.?Ça a l’air qu’on est de même. Des pas propres. Des tout croches.
Ça fait des bonnes histoires…

Tu lis ça, peut-être dans ton lit devant ton ordi avec un bon café dans ton lit encore chaud de la nuit que tu y as passé (en tout cas, moi, c’est comme ça que ça se passe), pis tu te dis peut-être : ?«Shit… Rushant, ça, à matin…»
Ouin, c’est pas rose. Pas plus que ces nouvelles et ces tonnes d’opinions non filtrées: le fin fond de la pensée de nos pairs exprimés librement et sans filtre, parfois abrité par l’anonymat partiel du web et accessible à tous (ou presque) en tout temps (ou presque). Le double tranchant de la liberté d’expression qui vient te piqué jusque sous ta couette, si t’en a une.
Je parle de ça, parce que je l’ai sous les yeux, en ce moment, physiquement à l’abri de tout ça. Mais je pourrais tout aussi bien parler du gars qui a jeté son verre de coke et son emballage d’hamburger par la fenêtre de sa voiture sur l’autoroute la semaine dernière, celui qui m’a fait crier «Voyons, criss de cave! Où t’as appris à vivre?» depuis ma voiture dans laquelle je roulais seule, parce que je trouve ça plus reposant, tsé.
C’est autre chose, mais ça fait tout’ partie de notre incroyable bêtise.
En tout cas, c’est comme ça que je lis ça.

Je ne suis pas une dépressive chronique. En fait, au moment d’écrire ces lignes, je suis plutôt de bonne humeur. Y fait beau, j’ai encore quelques bonnes heures devant moi pour travailler sur mon «work in progress»… J’ai la gorge un peu serrée des nouvelles fraîchement lues via Facebook, un peu mal au ventre du sentiment d’impuissance qui revient à chaque jour face à tout ce qui est plus grand que l’homme, mais fabriqué par l’homme, un peu stressée finalement à l’idée de partager un texte en devenir avec le public du Jamais Lu jeudi soir, mais je ne me porte pas trop mal. Pas plus que la plupart d’entre vous.
Je me laisse juste imprégner de nous. En tout cas, j’essaie. J’aimerais ben ça nous comprendre. Parce que j’ai beau retourner la question dans tous les sens, je n’y trouve qu’une réponse : nous.

Alors je me prépare à vous présenter une histoire d’individus qui se transforment au contact d’autres individus, de groupes d’individus, de modèles d’individus. Une histoire d’influence comme un cercle vicieux. Une histoire en devenir qui sera lue par des acteurs pleins de talents et de défauts, tellement humains, des personnes que j’aime gros de même et qui me font rire, parce qu’il faut bien en rire. Have fun! »

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2e Jamais Lu -Édition Québec: ça va faire Bang!

Mercredi 21 novembre 2012

On y est presque, presque, c’est demaiiiiin! Dès le jeudi 22 novembre, dramaturges, comédiens, équipe de feu du Festival, ardents partenaires et toi public, nous serons réunis autour de ce que la parole théâtrale a de plus neuf et de plus vif comme de sensible à Québec ville.  Et nous garderons le cap jusqu’au 24: plaisir, émotions, réflexions crues, mordantes et inspirantes nous attendent à travers quatre rendez-vous ayant pour détonateur commun cette question éditoriale explosive: C’est quoi notre problème?

Grosse question. Trouverons-nous une réponse révolutionnaire à la table ronde qui portera sur le contact entre écriture et LE politique, ou alors dans le foisonnement des univers théâtraux de l’Accélérateur de particules, ou dans les immersions proposées par les mises en lecture complètes desIntégrales, ou peut-être finalement au cabaret pamphlétaire de clôture qui se déroulera dans l’indignation joyeuse?

Quatorze nouveaux auteurs et moult comédiens vous invitent à investir cet espace en ébullition qu’est le Jamais Lu, afin de prendre le pouls de notre époque. À la veille de tenir sa 2e édition dans la Capitale, le Jamais Lu trépigne d’impatience à l’idée de vous retrouver pour discuter, réfléchir, rebondir et applaudir les mots gorgés de sens des auteurs rassemblés. Tout cela autour d’un verre ou deux ou trois…

Suivez-nous sur le blog et les réseaux sociaux pour suivre le journal de bord de cette grande fête!

2e Jamais Lu – Édition Québec, du 22 au 24 novembre

Les auteurs:
Marc Auger Gosselin, Amélie Bergeron, Fabien Cloutier, Véronique Côté, Catherine Dorion, Thomas Gionet, Jean-Michel Girouard, Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux, Anne-Marie Olivier, Lucien Ratio, Maxime Robin, Hélène Robitaille et Patric’ Saucier.

Les lieux:
Bar-Coop L’AgitéE (22 et 23 novembre)
251, rue Dorchester

Théâtre Périscope (24 novembre)
2, rue Crémazie Est

Billetterie : 418 529-2183

Tous les détails et informations par ici

Le 11e Jamais Lu : une brillante manifestation théâtrale et littéraire pour le rayonnement de la relève dramaturgique

Dimanche 20 mai 2012

« Chaque jour, chaque soir, dans l’œil des artistes comme dans le cœur du public,
On a
été témoin de rêves en belle sueur
Et de r
éel vulnérable
De wow
à qu’est-cé ça en passant par pourquoi et bof sans oublier malade
La parole critique de la parole
épidermique a formé une dynamique folle
Un onze ans si bien sonn
é »

« Cest à Marcelle Dubois quon doit un si beau festival depuis 11 ans. »

« Cette soirée est officiellement présentée par le Jamais Bu.
Ok, le nom, -Jamais Bu-, mais y avez-vous go
ûté?
 »

Jean-François Nadeau, codirecteur artistique du 11e Jamais Lu

L’événement-phare de la relève dramaturgique a brillé de tous ses feux pour sa 11e édition et se conclut par un succès incandescent! Si la question éditoriale «Où est-ce quon est?» impliquait de prendre position, de prendre sa place ou de la chercher, le Festival a réellement trouvé la sienne dans sa maison mère au théâtre Aux Écuries, ainsi que dans le cœur d’un public grandissant, de tous âges et de tous milieux.  En raison du congé de maternité de Marcelle Dubois, directrice générale et artistique, c’est Jean-François Nadeau, comédien, auteur et poète, qui a noblement tenu la barre du Festival, de sa doucereuse insolence.

Le Jamais Lu 2012 fut tendre et intense, cru, touchant, en plein face-à -face avec le réel dans tout ce qu’il a d’imaginaire. Avec sept soirs complets (sur quinze événements au total) et une assistance record, le 11e Jamais Lu a célébré la parole théâtrale sous le signe d’une envergure nouvelle et réjouissante! Ce formidable déploiement s’est fait grâce à l’installation de l’événement dans son nouveau lieu avec ses divers espaces où le public comme les auteurs ont pu trouver une place chaleureuse. Dans les gradins de la Grande Salle, dans le Studio aménagé en cabaret, ou dans le Bar-café renommé Chez Antoine pour l’occasion, la quête de sens a fait son chemin, dans la fête comme dans la réflexion.

Les lectures théâtrales ont fait entendre des voix nouvelles abrasives, décapantes, mais aussi complices. Des propos et des intentions à attraper parfois comme des murmures, s’élevant chez d’autres en incantations magiques, ou encore jaillissant dans un grand cri : les lectures ont fait transparaître la nécessité et la pertinence du renouvellement dramaturgique, particulièrement dans l’engagement des auteurs face à leur monde et leur démarche d’écriture.

Où est-ce quon était, donc?

  • Parmi les Lettres ouvertes/poings fermés  de dramaturges à découvrir ou redécouvrir dans une grande soirée d’ouverture signée Louis Champagne. Coup d’envoi marquant dans la Grande Salle pleine à craquer des Écuries, mise en scène ludique pour festival plus habitué à de simples mises en lecture, la parole fut affirmée, posée et déposée. Peut-être moins politique qu’escomptée, la soirée a surtout été marquée de prises de positions aussi vives qu’étoffées, et surtout très humaines. On se souvient des « Miron Miron » extatiques des trois filles pour la finale… Et après s’être régalés de mots, l’odeur de la cantine du Coin urbain nous attendait pour compléter ce festival-festin pour le corps et pour l’âme.
  • Dans l’éloquente lumière faite sur la place des auteurs dans la production de leur œuvre pendant la Table ronde du CEAD. Trois auteurs issus de pratiques et d’expériences différentes répondent aux questions perspicaces de Paul Lefebvre. Pour David Paquet et Sarah Berthiaume, la position de l’auteure est plus classique, en marge et en décalage de la production, tandis que Pascal Brullemans  écrit avec les comédiens, en pleine exploration.
  • Avec Emmanuelle Jimenez, dans Plaza ou le tragique et l’humour d’une superbe évolution de personnages égarés et d’ambiances « mystico-trash » uniques tendrement entremêlés. La première lecture théâtrale du Festival nous jette au point de rupture de la Plaza Côte-des-Neiges, où l’espoir s’effrite mais persiste au Dollorama, entre rêves et deuils. On ne le mentionne pas sur le coup, mais la comédienne Lénie Scoffié a une faiblesse respiratoire. Elle prend du mieux et attaque le spectacle et porte son rôle à merveille, mais la toux la reprend et doit quitter la scène. Emmanuelle Jimenez poursuit la lecture – un médecin était dans la salle pour parer à l’éventualité. La lecture se termine dans l’émotion, et dans le rétablissement de Madame Scoffié.
  •  Dans La messe en 3D d’Annick Lefebvre, enfant sauvage du Jamais Lu (puisque c’est par le Festival qu’elle s’est mise à écrire – et avec quelle Passion – il y a quelques années), auteur d’un rituel incisif qui n’a épargné personne dans un splendide travail de chœur. C’est tout le milieu théâtral qui fait son chemin de croix, la cérémonie artistique engage le public, on a droit à un évangile de Fabien Cloutier et les comédiens communient à coup de Tim Bits et de canettes de bières. On rit, on rage, on trouve son fil de foi.
  •  Dans mauvais goût, la pièce de Stéphane Crête, en plein centre du trou noir de mensonges qui bordent banalités et perversions, où les masques tombent et révèlent la vacuité. Au grand soulagement de la distribution, le public rit, ce qui n’était pas gagné d’avance. Blagues, situations, effets, tous de mauvais goût, l’ensemble est frontal, les comédiens assument et livrent avec naturel leurs personnages passablement pathétiques, et cruellement réalistes somme toute.
  • Marqués par les petites et grandes vérités des élèves de 6e année de la classe de Germain Landry à l’école Saint-Grégoire-le-Grand, auteurs du texte Les couleurs dAmy, au propos loin d’être édulcoré. On entend le nouveau Montréal. Accompagnés en atelier par le dramaturge Pascal Brullemans, les enfants réfléchissent à la quête du bonheur et aux rapports de forces entre eux, à l’amitié, la jalousie, la manipulation. Écrit par et pour eux, les réactions des enfants sont fortes dans la salle : « T’es tellement plate que même les chiens ne te regardent pas » est suivi d’un grand « ouuuuuuuh ».
  • Avec des ados de l’Ouest canadien, qui choisissent la création pour survivre au vide quotidien d’un petit village dans Statu Quo de Gilles Poulin-Denis. Alors que la veille on s’était plongé dans les mots des enfants, on peut nettement appprécier le travail d’écriture d’un auteur qui reflète leur réalité mais qui tâche également de la dépasser et de l’ouvrir. On entend une langue franco-canadienne, truffée d’anglicisme, au cœur de sa réalité. Le texte lui-même ne transforme pas la réalité, ce sont les personnages qui le font et nous laissent sur l’espoir.
  • Dans une écoute des uns et des autres de haute qualité, et la recherche de liens, au salon littéraire participatif Carole et Lise reçoivent portant sur le thème des générations, avec bien sûr Carole Fréchette et Lise Vaillancourt, deux grandes dramaturges du Québec, avec leurs invités David Paquet et Martin Faucher, et Émile Proulx-Cloutier à l’ambiance générale. Le temps plus gris et froid a réduit quelque peu le nombre de convives, mais l’échange ne s’en est pas moins étiré, riche de réflexion construite. Chacun avait écrit bien plus que 50 mots, et touts furent accueillis avec intérêt. Ici, pas de conflits, que des propositions et de la recherche. Et vous, où étiez-vous, où vous situez-vous?
  • À suivre des fils de laine de folie intergénérationnelle dans la langue fauve et sans détour de la jeune Camille Roy, auteure de Qui file et étudiante en grève illimitée, un double statut que Camille a su faire cohabiter. Il faut dire que cette fière représentante de la relève n’a pas peur de se situer au coeur des tensions, de les relever, de les faire entendre même dans son écriture de courage. Ce jour-là, c’était la première de trois lectures théâtrales à guichet fermé.
  • Sous l’effet javelot d’Édith Patenaude et celui « slingshot » de Guillaume Corbeil, lors du programme double des textes authentiques et manipulateurs Le monde sera meilleur/Le mécanicien. La première décortique les mécanismes du théâtre, afin de toucher à sa sincérité, si elle peut être atteinte dans la représentation, tout en mettant en scène un fin du monde post-crash économique ainsi qu’une relecture d’Hamlet (le théâtre, lieu de tous les possibles, paraît-il). Le deuxième nous plongeait dans des fantasmes de tortures et de culpabilité malsaine d’un couple des plus ordinaires et tranquilles, dans un dialogue aiguisé, un jeu d’échec où chaque silence compte également pendant que la violence n’est jamais bien loin, « chéri ». D’ailleurs, Le mécanicien sera présenté au Théâtre d’aujourd’hui la saison prochaine, c’est dire comme c’est proche de nous!
  • Au point de rencontre du sordide et de l’irréel d’où jaillit une poésie sexuelle et triste, presque mystique dans Les Morb(y)des de Sébastien David. Un texte brûlant, certes, mais déculpé par la force d’interprétation des comédiens qu’on doit aussi attribuer au travail du metteur en lecture Gaétan Paré.  Le plaisir des lectures théâtrales, c’est qu’à partir de la force des mots, on invente soi-même la pièce. Et bien qu’on se doute que chacun imagine à sa manière, il est certains que Les Morb(y)des nous sont apparus ce soir là, de même qu’une nouvelle compagnie théâtrale, La Bataille.
  • Au cœur d’une nuit fictive, d’une Soirée crépusculaire, faite de Testaments, cartes de souhaits et mémos, entrelacés de musique et performances, le tout soufflé par Larissa Corriveau et ses complices Sébastien Boulanger-Gagnon, Danny Plourde, Catherine Léger, Benoit Mauffette, Eve Pressault, Jeremy Roy et Zeid Touati. Cette aventure hors des frontières habituelles du Jamais Lu a été marqué pour ce caractère exploratoire du jeu et de la poésie, de la musique, de ce tout qui scrutait l’ombre jusqu’au ténèbre pour ensuite laisser poindre la lumière. Et c’est presque ce qui est arrivée ensuite au Bar-café, alors que la fête s’est étirée longuement et en bonheur. Comme le disait Nadeau, l’avant-dernier soir, c’est toujours le meilleur (propos assumé par celui qui offrait le spectacle de clôture)!
  • À la Fenêtre ouverte sur la classe de maître de Daniel Danis, bien plus qu’un œil-de-bœuf sur le territoire concret et invisible de l’imaginaire. Ce qui est vécu, ou revécu par la pensée, la mémoire et les sens, ce qu’on nomme imaginaire, est insaisissable et pourtant posséder par chacun, il est chacun. Les quinze auteurs (incluant nos passionnantes délégations française et franco-canadienne) ont partagé leur réflexions et leurs créations issus de cet atelier intensif sur trois jours. Un terreau riche ensemansé aux Écuries, au temps du Jamais Lu!
  • Émus, rassemblés, enveloppés par Le grand ballet des détails qui tuent, mené par Jean-François Nadeau et Avec pas d’casque, et par leur poésie et leur sincérité désarmantes. Et on s’en souviendra longtemps. Le Studio était plein, mais on aurait voulu être encore plus tassés, pour que la proximité devienne inévitable, comme celle que nous vivions avec la beauté. Ce soir là, grand aboutissement du 11e Jamais Lu, la douceur a régné sur nous, et l’espoir, un peu lendemain veille il est vrai, s’est pointé le nez.
  • Dans l’irrésistible complicité des Levers de rideau qui tissent des liens inattendus et remplis de plaisir avec les gens d’affaires. Oui, cette rencontre est possible, entre le théâtre et le monde des affaires, et c’est carrément jouissif. Le talent de l’auteur a mis la table, l’accompagnement du metteur en lecture Geoffrey Gaquère a mené tout le monde à son meilleur, et les participants touchants. On en veut encore!
  • En pleine réception de paroles affirmées, sensibles et réfléchies, ou sur le fil de conversations allumées, éphémères ou pas… Puisque les textes avaient été choisi pour cette capacité à susciter la réflexion, puisque les auteurs ont généreusement exposé leur démarche, puisque l’espace était idéal et l’ambiance aussi irrésistible que Marcelle Dubois, et puisque surtout, vous étiez là, nombreux, très nombreux chaque soir à s’être laisser interpellé par les nouveaux auteurs de théâtre, à avoir pris le pouls de votre époque (et non pas le poulpe, malgré certains soirs des plus festifs)!
  • Au Bar-café Chez Antoine, auprès de l’accueillant et célibataire barman et disc-jockey attitré du Jamais Lu, Antoine Mongrain, aussi créateur des cocktails Jamais Bu. Antoine est un peu fatigué qu’on dise qu’il est célibataire, mais il le fait si bien, et étonnament (ou pas), ce fut une de nos déclarations les plus populaires sur les réseaux sociaux! Aussi disc-jockey et confident de service le temps de huit petits jours immenses, au Bar-café, on était bel et bien chez Antoine, et ça faisait toute la différence.
  • Parmi les comédiens (plus de 150) dévoués et renversants, porteurs des vifs mots des auteurs. Et si le Jamais Lu met l’accent sur ses auteurs, c’est pourtant eux, les comédiens, que le public voit et entend, aime ou aime haïr dépendemment du personnage, et c’est bel et bien au Jamais Lu qu’on peut constater la pluralité de talents du Québec et de la francophonie, une armée émouvante de chaires à paroles. Bravo à eux, et chapeau bas à tous!
  • Avec vous, amis, partisans, habitués, nouveaux, passeurs, Charles-toujours-présent, vous, toi, public enthousiaste et surtout joyeusement présent, en vrai ou sur les réseaux sociaux, heureux d’avoir sa place dans les salles complètes ou un peu fragile mais encore confiant dans les listes d’attente, public traîneur qui a aussi trouvé sa niche ou plutôt son nid, sa forteresse, au théâtre Aux Écuries. Vous nous manquez déjà, promis.

Voici donc pour notre bilan complet, étoffé, jubilatoire et non linéaire (c’est-à-dire qu’on a travaillé fort pour être « pas plate »). Suivez les liens pour vous balader un peu partout avec le Jamais Lu.

C’est le moment pour le Jamais Lu de dire merci à tous ses auteurs, artistes, bénévoles, partenaires, et nous avons une charrue de noms pour vous, en espérant n’avoir oublié personne car chacun d’entre-eux a compté, ainsi qu’à tous les festivaliers. Merci de nous avoir permis d’être ensemble, dans cette célébration commune et essentielle de la relève dramaturgique.

  • Prochains rendez-vous : du 21 au 24 novembre 2012 pour la 2e édition du Jamais Lu Québec, et du 3 au 10 mai 2013 pour un 12e Jamais Lu à Montréal!Et maintenant, où est-ce qu’on est?

Le dernier Lever de rideau

Lundi 14 mai 2012

Pour la grande finale avec le concert littéraire de clôture, nous avons eu le droit à un dernier Lever de rideau avec Eveline Boucarut, Chef d’équipe sénior, Services de certification, Ernst & Young et membre du conseil administratif du Jamais Lu, avec Simon Boulerice, dans un texte de celui-ci. Eveline Boucarut interprétait le « vrai » public, celui qui paie ses billets, donc un peu le véritable employeur de l’auteur… Elle lui demande « Peux-tu me dire t’es où, quand moi je travaille pour vrai? » On a eu droit à l’humour complice de Boulerice, mais aussi à une agréable mise en lecture de Geoffrey Gaquère, qui a accompagné tous les Levers de rideau du 11e Jamais Lu et les gens d’affaire qui y ont fait leur premiers pas (ou presque) sur scène, acteurs en développement du développement de la dramturgie.

Photos Thomas Blain.

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Retour sur Les Mor(b)ydes de Sébastien David

Vendredi 11 mai 2012

C’est un jeune auteur émergeant, et déjà on dit « c’est du Sébastien David ». Son nouveau texte Les Morb(y)des claque, fesse, émerveille le sordide avec humour et des pointes d’émotions soutenues… Il faut dire que l’excellence de la distribution, très bien dirigée par le metteur « en lecture » Gaétan Paré, a été pour beaucoup dans le plaisir de cette lecture théâtrale. Un texte sordide, drôle, poétique, touchant et dangereux. C’est du Sébastien David.

Mise en lecture : Gaétan Paré
Distribution : Dany Boudreault, Julie de Lafrenière, Kathleen Fortin, Philippe Robert

Photos Thomas Blain.

Invitation à la Fenêtre ouverte sur la classe de maître de Daniel Danis

Vendredi 11 mai 2012

C’est GRATUIT! Aujourd’hui, dernier jour de festival, vous êtes convié à une rencontre qui vous plongera au coeur du travail de l’écriture pour en explorer, exposer et exploser le territoire réel et imaginaire. Avec Daniel Danis et tous les auteurs participants de l’atelier.

À la suite de trois rencontres qui constituaient le cœur de leur classe de maître portant sur imaginaire, langue et territoire, les 15 auteurs participants font le point publiquement sur cette expérience et sur leur réflexion.

C’est une véritable fenêtre ouverte sur les profondeurs de leur travail, et le public est invité à épier, dans la convivialité, les tenants de ce riche partage.

CLASSE DE MAÎTRE DE DANIEL DANIS
L’auteur et son territoire

«Comme base d’écriture et de réflexion, je propose de travailler à partir de deux embrayeurs d’imaginaire : une recette de cuisine et un objet de votre autel personnel.

De l’intime jusqu’au partage, des yeux à la bouche, de l’écrit à la parole.
Quand je dis «écriture», je parle autant d’une écriture scénographique que dramatique, car la langue n’est-elle pas une terre? Nous pourrions penser qu’avant l’écriture il y a un espace à construire, lieu d’une écriture-dessin.»
Daniel Danis

Les quatre rencontres de la classe de maître, dont la dernière a lieu devant public, seront bordées par des discussions et des temps d’écriture circonscrits à un format préétabli, puis il y aura présentation du travail devant le groupe, réécritures, et retour à la présentation. En principe, les auteurs devraient aboutir à un cinq à dix minutes de texte à présenter comme un jeu pour discuter nos imaginaires. Et surtout pour fortifier et vivifier nos envies d’écrire ce monde en lui injectant des doses secouantes et dérangeantes.
DANIEL DANIS
Crédits photo :
 Paul Cimon
Saguenéen d’adoption, Daniel Danis est l’auteur d’une dizaine de pièces de théâtre. Il remporte de nombreux prix littéraires, notamment trois fois le prix du Gouverneur général du Canada, pour sa première création, Celle-là (1993), puis pour Le langue-à-langue des chiens de roche (2002) et finalement pour Le chant du Dire-Dire (2007). Il écrit également pour le jeune public avec tout autant de succès et de reconnaissance des pairs et des institutions. Daniel Danis vit présentement à Québec où sa compagnie est en résidence à la Caserne Dalhousie. Il travaille à l’écriture et à la mise en scène de son nouveau spectacle, Yukie, un théâtre-film qui a été présenté au festival Carrefour international de théâtre en juin 2010.

 

Retour sur Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude

Jeudi 10 mai 2012

En ouverture du programme double, dans une salle bien remplie encore une fois, Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude dans lequel Édith Patenaude parle d’Édith Patenaude pour vrai mais pas pour vrai, dénonce sa propre indifférence sur fond de crise économique, sacrifice, mises en abyme et sincérité, sur l’air de My Body is a Cage d’Arcade Fire. Un moment explosif, tel qu’espéré.

Bravo à toute la distribution: Marc Auger, Krystel Descary, Marie-Hélène Lalande, Joanie Lehoux, Jean-René Moisant, Édith Patenaude, Jocelyn Pelletier et Maxime Perron.

Photos de Thomas Blain.

 

Retour sur Qui file de Camille Roy

Jeudi 10 mai 2012

On était en plein relève mercredi, avec la lecture théâtrale de la pièce Qui file, signée de la jeune mais assumée plume de Camille Roy, gagnante de L’Égrégore. Une voix douce, fortement fébrile, dangereusement vraie et poétique, qui n’a pas peur de prendre la réalité dans ses vérités sombres et complexes, dans l’intensité des familles, et nous a fait vivre un beau trouble.

Citation retenue: « Fais l’amour ma fille. Fais pas comme ta mère et ta grand-mère. Fais la vie. »

Bravo à toute la distribution:  Catherine Audet, Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Joëlle Paré-Beaulieu, David Simard. Mise en lecture de Jean Gaudreau.

Photos de Thomas Blain.

Un message officiel et délirant du codirecteur artistique

Jeudi 10 mai 2012
(mot de Nadeau)
Les plafonniers du bar s’allument, les amis
ça sent le dernier service
Les regards séducteurs furtifs démisionnent ou assument
La belle fatigue des auteurs tapissent la grande pièce
Des Lettres ouvertes au Grand ballet, ce huit jours a fait son chemin
Avec tellement de panache et autant de nécessité
Pas qu’on en doutait
C’est juste que la vague nous a vraiment surpris et avaler de l’eau chaude salée par le nez…
Ça fait pleurer et rire en même temps…
Chaque jour, chaque soir, dans l’oeil des artistes comme dans le coeur du public,
On a été témoin de rêves en belle sueur
Et de réel vulnérable
De wow à qu’est-cé ça en passant par pourquoi et bof sans oublier malade
La parole critique de la parole épidermique a formé une dynamique folle
Un onze ans si bien sonné
Nous poussant vers un été prépubère magique et paniquant
Ce soir, Les Morb(y)des de Sébastien David affiche complet et promet tant
Même si la promesse n’est qu’un petit extra ici
La démarche et même la chute nous intéressant presque plus… S’cusez-nous!
Suit le crépuscule de la gang incroyable de Larissa Corriveau
Testaments, cartes de souhaits et mémos
Ça c’est le titre, je l’écris et je n’en reviens pas
De sa beauté, j’veux dire
La nuit sera totale ou ne sera pas
Villeray, tes chats auront le dos raide
Check toé!
Et demain, ben… On se donne la main et on saute du mieux qu’on peut dans le bain
En famille
Les Écuries vont déborder
On retransmettra le spectacle dans le hall, pour ceux et celles qui n’auront pas pu se mettre le nez*
Dans nos tutus noir de monde
Prêt à communier la taille relative des choses et un petit festival… immense.
Jean-François Nadeau

*Information non confirmée, mais on essaie très fort.

Où est-ce qu’on est? Avec Les Morb(y)des de Sébastien David

Jeudi 10 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]
Quand je veux parler de théâtre

Je reviens souvent à une anecdote

De mon amie auteure Sarah Berthiaume

Elle avait fait un stage en Espagne avec plusieurs auteurs

Provenant de pays divers

Pendant lequel chacun devait écrire une courte pièce

 

Parmi eux

Un Polonais

Il a écrit une courte pièce

Dans laquelle de vieilles Polonaises s’ennuyaient tellement

Qu’elles en venaient à regretter l’Holocauste

 

Une claque dans’face

 

Ce qui me trouble et me fascine dans cette histoire

C’est qu’il s’y cache un profond désir de vivre

Quitte à ce que ce soit par l’horreur

Mais vivre quelque chose

Se sentir vivre

Au fond

Elles cherchent peut-être un projet fédérateur

Parce que le système les a enfoncé

Sans crier gare

Dans un individualisme extrême

Elles se demandent comment être soi

Comment aller vers l’autre

Comment gérer leur intérêt personnel

Et aussi leur bien commun

(Tiens donc !)

Un mouvement perpétuel

Qui donne des tremblements de terre

Et aussi des maux de têtes collectifs

 

Je vous raconte cette histoire-là

Qui n’est pas la mienne

Parce que parler des autres pour me situer

C’est ça que je fais dans’vie

 

J’essaie de m’expliquer

Ou de démêler

Le soi

L’autre

Et le nous

Je cherche l’éclairci

Dans la zone d’ombre

Ou plutôt précisément pour Les morb(y)des

Dans le noir

 

Du noir teinté

D’ennui

D’inertie

De perte de répère

D’hostilité

De cruauté

D’humiliation

De solitude

De colère

 

Et c’est encore une fois

À travers la bouche des plus vulnérables

De gens qui n’ont pas l’habitude de prendre la parole

Que j’ai eu envie de fourrer tout ça

 

Des mots qui se dépêchent

Des mots qui ne trouvent aucun confort

Dans les corps atypiques

De Stéphany de Montréal

De Sa Sœur l’évachée

De Kevyn le scout

 

Les mettre face à leurs propres limites

(Nous mettre face à nos propres limites)

Les faire sacrer

Roter des insultes

Crier en caps lock

Haleter

Saigner du coke flat

Répéter

Vomir

Sans point

Ni virgule

Tourner en rond

Être forts pis vulnérables

Chiâler

Dans une langue qui chante

Avec à la fois dissonances

Et harmonies

Une langue qui sait pas quoi faire d’autres

Que revoler sur les murs

 

Sans obstacle

Sans filtre

Sans jugement

Brut

 

J’ai organisé un chaos

J’ai façonné un cri

J’ai sculpté du caca

 

Pour peut-être trouver l’apaisement

Ou pas

 

Sébastien David

SÉBASTIEN DAVID
Crédits photos :
 Jérémie Battaglia
Diplômé de l’École nationale de théâtre en interprétation, Sébastien David est aussi auteur et metteur en scène. On a pu le voir comme acteur dans plusieurs productions au Théâtre de Quat’Sous, au Théâtre d’Aujourd’hui et au Prospero. En janvier 2011, il écrit, met en scène et joue dans En attendant Gaudreault précédé de Ta yeule Kathleen à la salle Jean-Claude-Germain. Il devient membre du CEAD en août 2011 et crée sa propre compagnie, La Bataille, dont il assure la direction artistique.

Les Morb(y)des
Jeudi 10 mai 20h
Mise en lecture :
 Gaétan Paré
Distribution : Dany Boudreault, Julie de Lafrenière, Kathleen Fortin, Philippe Robert

Où est-ce qu’on est? À la soirée crépusculaire de Larissa Corriveau

Mercredi 9 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité. Pour Testaments, cartes de souhaits et mémos, le texte nous dit surtout où est-ce qu'on sera...]

On est huit. Avec des testaments, des cartes de souhaits, et des mémos.
Le Crépuscule des Dieux joue dans le piton, il y en a qui se déguisent en chevalier, d’autres qui font semblant d’être en état d’ébriété, d’autres encore qui font comme si ils étaient morts, mais pour de vrai, on est sur la scène et bien vivants.
Ensuite, à savoir vous, où est-ce que vous êtes?
Alors là…

Vous êtes dans une nuit fictive

Venez voir
l’Empire du levant
Colomb le Grand Siegfried les Titans
dans les bas-fonds du Tokyo Bar
des artifices d’aurores

Venez voir
cette grande ancienne
cette cyclopéenne bête enfouie dans les mots

Ça gronde Beat box et Spitfire blanc
C’est plus qu’un groove c’est vivant
Le monde piaffe
comme un cheval impatient

chevaux flammes sur les plaines

Vous êtes dans une nuit fictive

Venez voir
Les chants barbares
Des morts des vivants
Fossoyeurs militaires militants
pilote acrobatique dj apoplectique

Vous en voulez, du crépusculaire? De la nuit. Du noir. Du soleil qui se couche.
Ben Fuck it.

La lumière faible subsiste
Hésiode danse épique sur la piste
Darwish tout en haut
Pique droit sur son cercueil

Coudon y buvait tu Gauvreau?

Vous êtes dans une nuit fictive

Venez voir oui oui oui
au seuil du couchant
Celle qui décline, décroit
Celle qui s’étend
La nuit des âges, des temps

Au grand jour de l’inquisition sous les cheveux fins de l’Astre jaune

Venez voir
La noire monochrome mémoire
Dire dans nos mots
Comment sera ce qui vient
De la mort jusqu’au matin.

Larissa Corriveau

LARISSA CORRIVEAU
Crédits photo : Alexandre Leclerc-Bernier
Larissa a suivi des formations de danse contemporaine, tango argentin, pantomime, piano classique au Québec et en Europe. Au théâtre, elle a joué pour Brigitte Haentjens, Emmanuel Schwartz, Alexandre Marine, Oleg Kisselev; aussi avec DynamO, comme conteuse et accordéoniste. Également performeuse au Festival Voix d’Amériques, organisatrice, lectrice et musicienne pour plusieurs événements poétiques, finaliste des Prix Arthur-Rimbaud, du prix littéraire Radio-Canada et fondatrice de La Demeure.

 

Soirée crépusculaire: Testaments, cartes de souhaits et mémos
Jeudi 10 mai 22h
Direction et mise en lecture : Larissa Corriveau
Textes et performances: Sébastien Boulanger-Gagnon, Larissa Corriveau, Marc-André Landry, Catherine Léger, Benoit Mauffette, Danny Plourde, Ève Pressault, Jérémi Roy, Zied Touati
Éclairages : Mathieu Marcil
Scénographie : Julie Vallée-Léger

Retour sur le salon littéraire participatif « Carole et Lise reçoivent »

Mercredi 9 mai 2012

Au moins 4 ou 5 générations présentes à travers le public de Carole et Lise reçoivent, selon votre définition de génération! On s’est ouvert l’appétit avec des lectures de textes bien à propos! Émile Proulx-Cloutier a fait résonné son piano dans de courtes pauses de discussions riches et réfléchies. Au 11e Jamais Lu, les générations se sont unies. On pouvait entendre:   »Je crois que mon père a des idées plus jeunes que moi, qui ai 29 ans. » On a parlée de pro-activité de toutes les générations. Les baby-boumers ont parlé du courage des étudiant et de leur maturité, qui a peu à voir avec la révolution des années 60, alors que le monde leur était donné presque neuf dans l’esprit d’après-guerre. Dans les années 60, les gens étaient plus opaques, déguisés. Et ils sont conscients d’avoir créer le monstre du néo-libéralisme, que plus personne ne sait gérer. Esprit de rencontre, écoute remarquable, les textes 50 mots ont explosés en de longues réflexions et même une courte pièce, dans ce lieu de communion.

Et vous, où étiez-vous?

Photos de Thomas Blain.

 

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Retour sur Statu Quo de Gilles Poulin-Denis

Mercredi 9 mai 2012

Si la veille, la lecture du texte écrit par et pour les enfants Les couleurs d’Amy, nous a fait entendre leurs mots, tout habités de leur réalité, il était très intéressant de constater le travail d’un auteur Jeune pubic, ici Gilles Poulin-Denis, qui a su non seulement refléter leur réalité, mais l’amener plus loin également, l’ouvrir sur le monde. En souvenir de ce beau texte qui fait hommage pour tous ceux qui se sentent « alien » ((l’auteur est franco-canadien et nous fait entendre ce français de l’Ouest), de ceux qui se sentent invisibles, une réplique retenue de Statu Quo, et les belles photos de Thomas Blain.

« Nous les invisibles, on est là dans la rue, et enfin, on se voit. »

Mise en lecture : Craig Holzschuh
Distribution : Mikhail Ahooja, Roxane Bourdages, Marie-Claire Marcotte, Gilles Poulin-Denis

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Où est-ce qu’on est? Dans Le Mécanicien de Guillaume Corbeil

Mercredi 9 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Où est-ce qu’on sera?

L’idée du Mécanicien est née il y a plusieurs années, quelque part sur le parterre du TNM, alors que sur la scène on jouait Incendies, de Wajdi Mouawad. La pièce ne m’intéressait que très peu, et bientôt pour moi le spectacle est devenu le public. J’essayais de m’expliquer son enthousiasme presque irrationnel devant ces femmes subissant injustices par dessus injustices. Pourquoi tous ces gens vivant dans un monde confortable étaient-ils fascinés par ce récit de guerre ? Le théâtre est censé être un miroir tendu au spectateur, mais là, il montrait le verso du reflet de leur monde immaculé.

Le Québec a toujours été en marge de l’Histoire et le Québécois, condamné à un rôle de spectateur. Comme si le monde n’existait que dans les pages du journal, que ce n’était qu’une histoire qu’on se faisait raconter : des événements qui n’ont rien à voir avec nous et qui se passent dans un autre monde, il y a très, très longtemps. Toujours au TNM, je me disais qu’il y a toujours eu un mur entre l’Histoire et nous, une vitre à travers laquelle on peut regarder l’autre côté, mais qui nous en garde séparés. Si Wajdi Mouawad nous captive autant, c’est qu’il apparaît comme celui qui a traversé l’écran. Pour nous, il vient d’un autre monde, littéralement de notre imaginaire, de la même manière qu’un centaure ou une licorne.

Mais depuis, la grève étudiante a été déclenchée : l’Histoire est là, dans notre ville. Je me disais que cela serait notre 9 novembre 1989, le jour où tomberait le mur qui nous sépare de l’Histoire. Si une partie de la population s’est jointe au mouvement, la majorité a préféré l’ignorer. On ne voulait pas croire au printemps québécois, car il ne pouvait y avoir de printemps québécois : nous ne sommes ni en Égypte, ni à Prague. lors que je croyais que nous subissions le mur, en vérité c’est nous-mêmes qui l’avons érigé, et alors que la clameur de la rue le menaçait, ils ont été nombreux à venir le défendre. Quand tout ceci finira par finir, nous aurons décidé si nous sommes des spectateurs ou des acteurs.

GUILLAUME CORBEIL
Crédits photo :
 Maxime Côté
En 2008, Guillaume Corbeil présente un recueil de nouvelles intitulé L’art de la fugueaux éditions L’instant même. Son premier roman, Pleurer comme dans les films, est paru chez Leméac en 2009. Il a aussi signé une biographie du metteur en scène André Brassard. Il est diplômé en écriture dramatique de l’École nationale de théâtre du Canada.

 

 

 

 

 

 

Le Mécanicien, en programme double avec Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude
Mercredi 9 mai 20h
Mise en lecture : Francis Richard
Distribution : Pierre-Luc Léveillé, Anne-Hélène Prévost, Francis Richard

Où est-ce qu’on est? Dans Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude

Mercredi 9 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité. Le texte d'Édith Patenaude fait tant de mises en abyme et de liens, déjà, avec l'actualité, que nous en publions un extrait.]

LE MONDE SERA MEILLEUR – EXTRAIT

Je pense – peut-être – j’imagine qu’on fait rien parce qu’on a peur. Qu’on est indifférent à tout, parce que s’attacher à quelqu’un ou à une idée vient avec la peur de perdre. Alors on choisit la facilité et la légèreté.

Mais moi je suis pas légère. Je suis terrifiée. J’ai épouvantablement peur d’une chose. J’ai épouvantablement peur de perdre quelqu’un que j’aime. Bon, il faut vous dire que mon père est pas mort pour vrai. Et l’affaire, c’est que comment va le monde présentement, j’ai peur qu’il finisse par tuer mon père comme je l’ai raconté. Par tuer tous ceux que j’aime, un à un. J’ai terriblement peur d’avoir un jour à venger mon père. Je veux que le monde soit meilleur parce que je veux qu’il arrête de tuer ceux qu’on aime. Le monde actuel a tellement d’armes, tellement de gens, d’organisations, de systèmes financiers, d’extrêmismes, d’immobilisme, de discours creux, de désinformations, d’égoïsmes, d’aveuglements, de divertissements, de peurs individuelles et collectives qui sont autant de couteaux dans le dos, de poisons, et d’armes de destruction massive.

Et j’ai peur. Ma peur se cristalise dans une image très précise. J’ai peur de me retrouver devant plein de gens habillés en noir qui attendent en silence que je trouve la force de chanter tout croche, parce que je sais pas vraiment chanter, mais de chanter moi-même quand même, de chanter My body is a cage. Parce que ça c’était vrai. Mon père camionneur veut vraiment que ça soit ça qui joue à ses funérailles, et je peux pas dire à quel point je trouve ça beau et que je veux préserver ça de tout mon corps.

Et je peux pas croire qu’il faille attendre d’être tué par le monde pour entendre notre chanson préférée être chantée tout croche par ceux qu’on aime.

ÉDITH PATENAUDE
Crédits photo :
 Marianne Noël-Allen
Finissante du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2006, Édith Patenaude s’est tout de suite lancée dans la création, entre autres en cofondant Les Écornifleuses. Depuis, elle a joué pour de nombreuses compagnies, fait de la mise en scène, produit et écrit. Récemment, elle montait L’absence de guerre de David Hare, au Premier Acte, et jouait dans Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, au Trident. Les arbres ainsi que Barbe Bleue et La maison dans la forêt s’est allumée, des pièces de sa plume, ont été présentées au Premier Acte.

Le Monde sera meilleur
Mercredi 9 mai 20h, en programme double avec Le Mécanicien de Guillaume Corbeil
Mise en lecture : Édith Patenaude
Distribution : Marc Auger, Krystel Descary, Marie-Hélène Lalande, Joanie Lehoux, Jean-René Moisant, Édith Patenaude, Jocelyn Pelletier et Maxime Perron

Où est-ce qu’on est? Dans la lecture de Qui file avec l’étudiante Camille Roy

Mercredi 9 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Où sommes nous?

Cogne cogne, ça toc en esti toc.

Cogne, la grève me cogne, esti ça toc.

Toc toc, les AG c’t’utile, mais ça toc en calisse, cogne.

Les manifs ça toc, toc très forts sur nos étudiants.

Toc esti cogne.

J’écris des personnages incapables de vivre avec la conformité imposée par notre société.

Décisions incohérentes, propositions encore plus défaillantes, conflit insolvable.
Aujourd’hui, c’est fou, comme je les comprends ces personnages de ne pas vouloir s’y
plier.
Peut-être que je les envie?

En ce Printemps québécois,
où la température est aussi dégueulasse que la façon dont on nous traite, nous les
étudiants,
Je reste scotchée à mon ordi.

En cette 12e semaine de grève au cégep de Saint-Laurent,
Je suis l’actualité gréviste à la seconde près,
espérant bientôt lire sur facebook, un statut, plus positif sur la situation que les trois
cent mille dernier «postés» sur les «wall» de mes «amis».

En attendant, une bonne nouvelle, qui, malgré toute ma volonté optimiste sur ce beau combat, me paraît aujourd’hui presque utopique, j’essaie d’écrire une nouvelle pièce.

Rares ont été les fois où j’ai pu écrire sans obligations,
En dehors du système scolaire.

Mon système scolaire étant maintenant déficient
faute de vous savez tous pourquoi…
Je tente d’écrire sans thème, contrainte, dead line, même sans Mme Rafie qui attend
un texte.
Ça avance très peu.

En jasant avec les auteurs du Jamais lu… je me rends compte que les périodes de «beaucoup temps libres» ne sont pas les plus productives, loin de là.

Reporter, faire autre chose, jusqu’à être coincé, là est le métier de l’auteur… de ce que j’en comprend.

Je fais ma propre enquête au Jamais lu, sur l’art d’écrire,
je suis une étudiante qui prend le festival pour son école.

L’école, ah! Ça fait longtemps.
Mon amie Sophie me dit qu’on sait que la grève dure depuis longtemps quand notre carré rouge est usé.

Mon carré rouge est définitivement très usé!
Faudra m’en trouver un autre pour les semaines à venir, il risque de lâcher le morceau avant «Line la pas fine».

Je suis Camille Roy et je suis dans un monde parallèle qui s’appelle la grève générale illimitée.

 

Camille Roy

CAMILLE ROY
Crédits photo : Camille Roy
Étudiante en art dramatique au Cégep de Saint-Laurent, Camille Roy découvre maintenant sa passion pour l’écriture dramatique. Elle tente présentement sa chance aux auditions des diverses écoles de théâtre, pour approfondir le jeu. L’écriture demeure un parallèle pour s’échapper, faire vivre, s’interroger. La musicalité des mots, la force qu’ils ont et l’interprétation qu’ils auront sur scène stimulent sa curiosité.

 

Qui file
Mercredi 9 mai 17h
5$
Mise en lecture : Jean Gaudreau
Distribution : Catherine Audet, Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Joëlle Paré-Beaulieu, David Simard

Retour sur « mauvais goût » de Stéphane Crête

Lundi 7 mai 2012

On a reçu ça comme une claque par une mastodonte de distribution (Marie Bernier, Jean-Carl Boucher, Isabelle Brouillette, Julianne Côté, Catherine Dajczman, Stéphane Demers, Daniel Desputeau, Guillermina Kerwin, Didier Lucien). L’état des lieux était scabreux, en pleine perversité et vacuité de l’être remplie de m… Mais grâce aux comédiens très vrais somme toute, nous avons surtout ri et apprécié un bon moment de théâtre. Pour mieux comprendre la démarche de Stéphane Crête, lisez son billet pour notre blog.

Les photos sont de Thomas Blain.

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Retour sur La messe en 3D d’Annick Lefebvre, aka l’enfant sauvage du Jamais Lu

Lundi 7 mai 2012

Malgré sa vulgarité, La messe en 3D d’Annick Lefebvre fut profonde, pleine de sens, et oui, spirituelle (à sa manière). Bravo aux comédiens Marie Bernier, Linda Bouchard, Talia Hallmona et Guillaume Regaudie, simplement parfaits, et très habités de Passion (du théâtre)! Une cérémonie qui n’a épargnée personne, surtout pas le milieu du théâtre, encore moins l’auteur elle-même, en plus d’un évangéliste mystère… qui n’était nul autre que Fabien Cloutier. L’évangile selon Fabien, c’était tout une relecture de la vie de Jesus, croyez-nous! Mais en fait, vous, en quoi croyez-vous?

On suit le cérémonial, incluant la lecture des écritures par une personne du public, et la communion au Tim Bits et à la bière… Photos de Thomas Blain.

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Où est-ce qu’on est? En dessous de vos corps… par Steve Gagnon

Lundi 7 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

«Si aucun génocide est permis, nulle part, alors j’ai  l’droit d’écraser celle qui disperse pis détruit ma famille.

Une femme est entrée dans notre maison pis sa beauté violente nous a désunis. Pus rien reste en place. Des frères se détestent, des fils se retournent contre leur mère, tout l’monde s’arme les uns contre les autres.

Une femme est entrée pis a transformé ma maison en champs de bataille sablonneux. Ici, la haine se mélange au désir pis j’ai peur que ça puisse pas finir autrement que dans l’sang.

Il faut s’unir ma fille.

Si mes fils s’en vont, alors toute la faune pis toute la flore autour de ma maison disparaîtront aussi, parce qu’ils sont jeunes pis qu’ils sont beaux pis que donc tous les oiseaux, toutes les plantes, jusqu’au gazon, jusqu’aux cailloux,  jusqu’a l’abri tempo, voudront les suivre.

Et pis à toutes les printemps, les tulipes pousseront têtes vers la terre pour fuir mon jardin pis tenter d’les retrouver pis d’les rejoindre de l’autre côté du monde.

Mes fils doivent rester ici.

Pis Néron avec toi.»

 

Au début je voulais surtout parler de la beauté. Du côté obsédant et subjectif du concept.

De l’impulsivité aussi. Celle de la jeunesse. Le désir de tout vouloir, tout de suite, vouloir ce qui est le plus grand.

Et je voulais parler de ce lien qui lie les frères, un lien de sang, un lien presque indestructible.

Bon finalement ça parle un peu de tout ça, mais ça parle surtout de l’amour. De plusieurs sortes d’amour.

L’amour qui vient du désir, l’amour qui vient de la chair, l’amour qui vient de l’âme.

J’ai écrit des personnages très intenses. Des verbo-moteurs émotifs et complètement hystériques. Presque tous. Et donc pour qui l’amour est plus important que tout, pour qui l’amour est une arme, un abri, une salvation, une obsession.

Je pense que nous sommes tous en guerre.

Dans chaque maisons.

Nous sommes remplis de petits guerriers.

Chaque maison est un royaume.

Et chaque royaume à son armée.

Et il faut se battre. Pour un tas de raisons.

Mais comme dit Junie, oui peut-être souvent il faut que des gens meurent, mais au bout du compte, c’est toujours l’amour qui sauve tout.

Steve Gagnon

STEVE GAGNON
Crédits photo :
 France Larochelle
Comme acteur, on a pu le voir dans Les enfants de la pleine lune, au Prospero en 2011, et dans Ines Pérée et Inat Tendu, au Théâtre d’Aujourd’hui l’hiver dernier. Son texte La montagne rouge (SANG) a reçu la bourse Première Œuvre en 2008, a été publié chez L’instant même dans la collection L’instant scène et a été finaliste pour les Prix du Gouverneur général en 2011. Chaque automne j’ai envie de mourir, un recueil de nouvelles coécrit avec Véronique Côté, fait partie de la collection Hamac chez Septentrion.

En dessous de vos corps
Je trouverais ce qui est immense
Et qui ne s’arrête pas
Lundi 7 mai 20h
Mise en lecture : Steve Gagnon
Distribution : Annick Bergeron, Marie-Soleil Dion, Renaud Lacelle-Bourdon, Guillaume Perreault, Claudiane Ruelland

 

Où est-ce qu’on est? Un mot de Pascal Brullemans sur Les couleurs d’Amy

Lundi 7 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité. Pour le projet de médiation culturelle Les couleurs d'Amy, nous publions un mot du programme par Pascal Brullemans, le dramaturge qui les a accompagné dans l'écriture pour mieux passer leur mot.]

5 textes écrits autour d’une seule situation : l’audition

À partir de là, des mots sont apparus

Des mots lumineux comme espoir, rêve, désir, ou succès

Des mots sombres tels que mensonge, colère, tristesse, ou trahison

5 textes écrits par 21 élèves tous différents, tous uniques

21 auteurs qui posent pourtant la même question : C’est quoi le bonheur ?

Pascal Brulemans

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Dans son désir de soutenir la relève, le Jamais Lu a initié un projet de médiation culturelle avec les élèves de 6e année de la classe de Germain Landry, à l’école Saint-Grégoire-le-Grand du quartier Villeray! Au long de cinq ateliers d’écriture dramatique, ils ont découvert toutes les étapes de création d’un texte de théâtre, jusqu’à sa mise en lecture par des professionnels.

**

Mise en lecture : Nini Bélanger
Distribution : Francesca Barcenas, Sébastien David, Vincent Fafard, Anne-Marie Levasseur

Première lecture théâtrale au 11e Jamais Lu – Emmanuelle Jimenez avec Plaza

Dimanche 6 mai 2012

Emmanuelle Jimenez a prouvé une fois de plus qu’elle savait prendre de front les questions les plus dures en ouvrant tendrement les bras. Plaza est un texte drôle, touchant, perspicace… Une très belle première lecture théâtrale au 11e Jamais Lu. Ci-dessous, les photos de Thomas Blain.

Lisez le compte-rendu de Rachel Gamache sur Bang Bang.

Bravo à toute la distribution: Gary Boudreault, Amélie Chérubin-Soulières, Éveline Gélinas, Emmanuelle Jimenez, Pierre Limoges et Lénie Scoffié.
Mise en lecture d’Emmanuelle Jimenez

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Des Levers de rideau pour lever les soirées!

Dimanche 6 mai 2012

Moments complices par excellence, les Levers de rideaux permettent aux gens d’affaire de réaliser leurs rêves artistiques, font entendre des dialogues drôles et réfléchis sur les liens entre l’auteur et le public et permettent au Festival de se financer quelque peu. En entrée de certains spectacles, les Levers de rideaux nous ouvrent l’appétit et l’esprit!

Quelques photos des Levers avec MARTIN BERGERON, Directeur, Stratégie politiques, Chambre de commerce du Montréal métropolitain et MARTIN HÉROUX, et celles de GUY-FRANÇOIS LAMY, Avocat, Affaires juridiques, Hydro-Québec, et EVELINE GÉLINAS. Crédit photos Thomas Blain.

 

 

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« Où est-ce qu’on est? À la lecture de « mauvais goût » de Stéphane Crête

Dimanche 6 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

« Où est-ce qu’on est? »

On me demande de nommer à quel endroit je suis, ou plus précisément, à quel endroit nous sommes, puisque la question posé n’est pas: «où es-tu?», mais bien « où est-ce qu’on est? ». D’instinct, je serais tenté de répondre «ici». Nous sommes ici, car à l’évidence, nous ne pouvons pas être ailleurs. Peu importe les mouvements sociaux, ce que nous faisons, comment nous pensons et agissons, tout se passe maintenant. Nous sommes nos contemporains. Et si nous nous inscrivons dans l’histoire, c’est essentiellement à partir de ce qui est là, de ce qui est ici.

Je préciserais toutefois la question, car il me semble essentiel de se demander également «qui est ici?». Qui est la personne à cet endroit précis, maintenant? De quoi est elle faite, qu’est-ce qui la définit? Quelle est sa nature, quelles sont ses croyances, sur quelle fondation est-elle construite?

Les personnages de mauvais goût ne peuvent pas répondre à ces questions.

Ils sont dépassés par les événements, les bouchées sont trop grosses à prendre, l’effort de lucidité demandé est vertigineux et fait si peur, que la conscience reste endormie. Leur choix conscient de rester dans l’inconscience semble faciliter, de façon illusoire, leur difficile marche dans l’existence.

À la question «où est-ce qu’on est?», ils seraient peut-être tentés de demander plutôt «comment on s’est rendu là?». La réponse me semble être dans cette autre question: «qui est là?». Si j’avais un souhait à émettre à mes personnages, ce serait de leur permettre de prendre conscience de leur inconscience. On peut être dans le brouillard et ne pas pouvoir avancer, mais je pense qu’on est tout de même plus avancé si on est capable de reconnaître le brouillard qui nous entoure.

Je sens dans la question «où est-ce qu’on est?» un désir d’ailleurs et de mouvement. De changement. Cette réflexion est une invitation à visiter ce qui nous fait et nous défait à l’intérieur de soi, pour ensuite, de cet endroit où nous sommes, arriver à faire et défaire ce qui est autour. Car, comme le dit si bien Krisnamurti: «Toute révolution sociale passe par une révolution personnelle.»

Lecture théâtrale de mauvais goût, dimanche 6 mai 20h
Mise en lecture : Stéphane Crête
Distribution : Marie Bernier, Jean-Carl Boucher, Isabelle Brouillette, Julianne Côté, Catherine Dajczman, Stéphane Dermers, Daniel Desputeau, Guillermina Kerwin, Didier Lucien

Crédit photo: Clyde Henry

Où est-ce qu’on est? par Annick Lefebvre

Samedi 5 mai 2012

[Le Jamais Lu a demandé aux auteurs qui le voulaient bien d'écrire un court texte pour notre blog, pour nous dire en quoi leur texte et leur démarche d'écriture répondent à la question éditoriale du festival "Où est-ce qu'on est?". Nous publierons ces billets les jours des lectures théâtrales des auteurs, mais en lisant ce texte poignant d'Annick Lefebvre, on a pas pu résister à l'envie de le mettre tout de suite, mais on ressort ce beau texte puisque aujourd'hui est le jour de La messe en 3D]

Être en démarche

Je suis dans une grosse cabane de la Rive-sud

Je me câlisse des étudiants qui se font tabasser

Pis du sang qui coule dans leurs faces de bébés gâtés

Si j’avais le courage de mes convictions

Je leur foncerais dessus avec mon Hummer

Quand ils m’empêchent de traverser le pont le matin

 

Je suis dans un loft frette du Centre-ville

Je courre en complet-cravate sur McGill College

Je renverse mon espresso sur les œuvres d’art de la salle de conférence

Je suis dans un gratte-ciel qui ne sera jamais aussi haut

Que la démesure de mes ambitions professionnelles

Je suis au milieu de mon 8ième 16 heures de file

Et je n’ai connu l’amour que dans des toilettes de 5 à 7

 

Je suis dans un appartement crade d’Hochelaga

Je mange du Kraft Dinner pis je bois du Pepsi diète

Je me gratte la « snatch » pis je me plains de ma situation

À Denis Lévesque pis aux autres imbéciles

Qui se fendent en quatre pour que je beugle sur leurs tribunes

Je me masturbe devant l’ordi pis j’attends que ça passe

 

Je suis un personnage d’Annick Lefebvre

 

Je suis issue d’un sous-sol de Saint-Bruno

Je marche le soir avec ceux qui se font tabasser

J’avance en groupe dans les rassemblements illégaux

Pour casser des injustices pis pas des gueules

Pour casser des non-sens pis pas des vitrines

Parce que j’essaie d’avoir le courage de mes convictions

 

Je travaille dans le sous-terrain de la métropole

Je dors debout à 5h30 du matin au métro McGill

Je renverse le contenu de mon sac à dos sur le comptoir de la boutique

Dedans y’a du papier des crayons pis l’ambition d’écrire un bon texte

Quand les clientes se pointent je suis obligée de les servir

Pis ça me fait oublier la seule ligne d’amour serein de la pièce

Ce qui demeure un moindre mal

 

J’habite au coin de Pie-IX pis de Rouen

J’engloutis trop de repas de pâtes par semaine

Pis le reste du temps j’oublie de me faire à manger

Tellement j’ai la tête remplie du rêve d’écrire

Tellement j’ai l’agenda rempli de l’obligation d’écrire

J’exige que mes mots soient en phase avec la Cité.

 

Je suis Annick Lefebvre

Où se situe ma démarche? Où est-ce que je suis quand je la cherche? Comment je réagis quand on me demande de mettre des mots sur ce que je fais? Pis sur comment je le fais? Où est-ce que je suis quand je pense que je n’ai pas de démarche? Quand je la constate à travers le regard des autres? Eh ben… Forcément quelque part entre la vie d’Annick Lefebvre et celle des personnages de ses pièces. Enfin, c’est que je m’imagine. Pour donner un sens à ce que je fais. Et l’élan nécessaire à la poursuite des choses.

Annick Lefebvre
La messe en 3D , dimanche 6 mai 14h

(Crédit photo Catherine Ambourad)

Jour 2 du 11e Jamais Lu!

Samedi 5 mai 2012

Malgré la belle fête qui a suivi la soirée d’ouverture Lettres ouvertes/poings fermés hier (les photos arrivent sous peu), on n’a pas à se remettre de la veille: on est encore fort d’elle.

C’est donc dans l’enthousiasme que nous entamons cette 2e journée festivalière en ce beau samedi 5 mai. Avant de goûter au plaisir de la première lecture théâtrale officielle, celle de Plaza d’Emmanuelle Jimenez à 20h, on réfléchit avec les auteurs Pascal Brullemans, Sarah Berthiaume et David Paquet, à la Table ronde du Centre des Auteurs Dramatiques. C’est à 16h, gratuit et ouvert à tous!

À la Table ronde, inspiré par la question éditoriale du Festival « Où est-ce qu’on est? », on se demande « Où est l’auteur dans la production de son oeuvre? » Il est où, hein, l’auteur? En salle de répétition, à la maison penché sur un autre texte, en réécriture, ou dehors? Un échange qui ne manquera pas de pertinence, ni de vous faire mieux connaître la profession d’auteurs de théâtre!

Où est-ce qu’on est? Sur la Plaza d’Emmanuelle Jimenez

Samedi 5 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Plaza d’Emmanuelle Jimenez (samedi 5 mai, 20h)

Je suis n’importe où, mais de préférence dans ma cuisine ou dans mon lit. Ou à la Plaza Côte-des-Neiges. Un lieu qui a besoin d’amour. J’en ai, je vais lui en donner. De l’amour et de l’attention. Je suis dans mon corps. Je suis à la chasse. Je magasine. Je suis toujours dans une sorte de Plaza. Plaza de l’être.

La Plaza est éternelle. Elle renaîtra de ses cendres. Elle fait partie d’une histoire millénaire. Et chacun a sa Plaza, autour de soi et en soi. Son territoire de chasse et de conquête, sa Plaza décatie, son lieu de commerce abandonné, sa Plaza oubliée, rouillée, sa Plaza-musée, sa Plaza où la fin du monde arrive tous les jours.

Affichez vos couleurs avec le macaron du 11e Jamais Lu!

Lundi 30 avril 2012

Le 11e Jamais Lu est un haut lieu de pertinence et de « corrosivité », de critiques, de réflexions et de propositions, rassemblant une pluralité de visions! N’est-ce pas que l’image de la 11e édition, créée par Ping Pong Ping évoque tout ça? À mi-chemin entre théâtre et littérature, en pleine prise d’assaut du micro, et des Écuries aussi, agir et oser de tous ses mots … Ça vous ressemble aussi? Procurez-vous le macaron du Festival pour seulement 2$ à la billetterie du théâtre Aux Écuries ou chez nos amis de la librairie Le Port de tête, au 262 Mont-Royal Est.