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« Le montant qu’on s’est fait chier pour » par Josée, personnage de Catherine Dorion

Mercredi 5 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Dans ce texte, Catherine Dorion se glisse dans la peau d’un personnage, Josée – d’ailleurs au cabaret son interprétation était tout à fait hilarante, et dévouée, l’auteure allant même jusqu’à pousser la chansonnette avec « Croire » de Martin Deschamps…
 

Le montant qu’on s’est fait chier pour

Bon ben bonjour, je suis très heureuse d’être ici ce soir en si grand nombre, moi, ben c’est ça, c’est Josée, j’étudie en marketing du design et de la mode et si je suis présente ici ce soir c’est pour vous parler du Québec et de ses divers problèmes.

Récemment, j’ai eu beaucoup de réflexions en écoutant la radio pis… ben moi, je suis beaucoup branchée sur LCN. L’actualité, j’en mange, ok, je suis vraiment une passionnée de dire qu’est-ce que je pense, surtout depuis que j’ai commencé à régler mon problème de confiance en mes capacités personnelles.

Pour moi, tout a commencé lors des manifestations étudiantes. J’avais regardé LCN, pis y avait une fille, ok, elle était allée à une manifestation pour crier contre le système que nous vivons, que nous avons voté. Puis ce qui s’est passé, c’est qu’elle a pas écouté la police, pis la police, évidemment, a fait son travail pis dans le fond, plus spécifiquement, c’est que la fille a reçu une petite balle de caoutchouc d’une police dans la bouche pis c’est venu casser toutes ses dents à l’avant, notamment.

Juste vous dire, moi le printemps érable… je l’ai vécu sur le terrain. Des bouchons, du traffic, aller chercher ma fille pis qu’il reste pus aucun autre enfant au niveau de la garderie… j’ai tout vécu ça de mes yeux vu. Pis malheureusement, c’est aussi venu déranger l’heure du dodo, parce qu’elle se couchait à huit heures, mais huit heures, malencontreusement, c’était l’heure où… ces gens-là, dans le fond, faisaient taper leurs enfants sur des chaudrons à côté de la fenêtre ou c’est que ma fille, elle s’endort. Les enfants dehors, ils avaient du fun, ils étaient contents c’est sûr, mais c’est parce scuse, pendant que t’as du fun, ma fille elle a peur, elle pleure, elle me demande pourquoi il y a ça. Pis c’est ça moi dans le fond que je trouve que ça laisse à désirer, c’est que toi ton enfant il trippe peut-être mais mon enfant est pas bien à cause de toi. Fait que t’sais, là-dedans, c’est qui le bon parent, t’sais? C’est plus ça, moi.

Mais en ce qui concerne la jeune demoiselle avec la dentition malheureusement démantibulée, je veux dire, c’est sûr que c’est venu corriger son comportement à quelque part. Tsé, c’est plate, mais la prochaine fois qu’elle va vouloir faire la révolution, elle va peut-être y penser plusieurs fois dans sa bouche avant de le faire. T’sais moi, je suis restée chez moi, j’ai pris soin de mon enfant, j’ai écouté mes émissions, j’ai travaillé aussi au niveau de mes courriels, pis mes dents sont toutes là, notamment, là.

C’est parce que l’étudiant, il fait le party pendant la grève ou il fait comme cinq bacs pour trouver vraiment le travail que y’aime… C’est ça, on a un gros problème au niveau de toute le Québec, c’est qu’on veut que les choses, ça soye le fun. Moi personnellement de mon côté j’ai énormément de respect pour les gens qui se font chier. Scuse, mais si tu l’aimes ton travail, c’est pas un travail. Un travail, par définition, c’est être payé pour faire quelque chose que t’as pas le goût de faire. Si t’as le goût de le faire, tu vas le faire de toute façon, fait qu’à quelque part, pourquoi que je te payerais, à quelque part? Donc qu’est-ce que j’ai conclu dans mes réflexions, c’est que la valeur d’une chose, c’est le montant qu’on s’est fait chier pour. Donc le Québec, le problème, si on veut arrêter d’être de la marde, il faudrait se faire chier davantage. Peut-être, juste pour faire une petite image, vous me pardonnerez si possible la vulgarité de mon image : dans le fond, c’est chier la marde qu’on est nous-mêmes pour, à quelque part, s’en libérer et avoir plus de valeur comparé aux Etats-Unis.

Parce que moi, je voudrais ben dire que le Québec c’est cool, mais vu que le Québec c’est de la marde, si je dis que c’est cool, je me positionne moi-même du côté de la marde. Pis moi personnellement, j’ai ben peur de me mettre dans une situation que je passe pour de la marde. Récemment, j’ai été amenée à voir une thérapeute, pis mon problème qu’a m’a dit, c’était que j’ai comme tout le temps peur d’être pas correct, admettons. L’événement que je lui avais raconté, c’était un 5 à 7 avec du monde qui parlaient de musique. Moi, mon idole en musique, c’est Martin Deschamps, mais j’osais pas le dire parce que souvent, les gens rient de lui. Pis y a quelqu’un qui a dit : « Martin Deschamps, c’est tellement de la marde ». Moi dans mon problème d’estime personnelle je n’ai pas pris la parole pour défendre Martin Deschamps. À la place, qu’est-ce qui s’est passé dans ma tête, c’est que je me suis dit qu’une chance que j’avais fermé ma gueule à propos que moi je l’aimais. Et ça ce comportement-là, jusqu’à dernièrement, c’était moi toute crachée.

Mais là, j’ai commencé à opérer un cheminement au niveau de la croissance personnelle que je vais vous donner un exemple. Y a pas longtemps, au moment de faire… l’Acte lors d’une soirée communément appelée one-night, ok… parce que moi, mon complexe, c’est que j’ai peur que le gars y aime pas qu’est-ce que je fais ou ben comment que je réagis à qu’est-ce qu’il me fait. Donc, on était au niveau du sexe oral, mais comment qu’il le faisait, c’était pas vraiment comment que moi, j’aimais. Sauf que là, moi, je me disais que c’était sûrement moi qui avais un problème de frigidité donc sentiment de honte donc faire semblant de jouir, ok. Donc là, ensuite, c’était rendu, comme, à son tour fait que je me mets à l’oeuvre, mais c’était vraiment très long avant que… c’était vraiment très long. Mais moi j’avais, en quelque sorte, pas le choix de le faire venir vu que j’avais comme venu – même si pas vraiment, tsé. Pis là je me suis dit : crime, à cause de comment que j’agis, chus en train de travailler pour venir payer, dans le fond, quelque chose que j’ai même pas vraiment reçu. J’étais en train de travailler sans qu’en échange j’aye eu aucun bien-être.

Donc, là, ouin… C’est sûr que ça marche pus vraiment avec qu’est-ce que je disais tantôt, que notre problème c’est qu’on voulait juste avoir du fun – ben, oui, il y a les bien-être social pis les étudiants qui veulent juste aller à Cuba, dans le fond, mais qu’est-ce que je suis en train de me rendre compte c’est que y a aussi d’autre monde que je fais partie qui ont l’autre problème, qui travaillent vraiment fort sans vraiment avoir de fun en échange. Donc évidemment beaucoup de frustration parce que beaucoup de travail et très peu de plaisir, comme moi durant mon one-night. De la jalousie, aussi, quand ils voient d’autre monde avoir du fun sur leur bras, comme moi, ma fellation. Alors que peut-être que dans le fond le problème c’est pas le plaisir des autres personnes, le problème c’est plusse que eux y ont pas osé demander au gars de mieux leur faire le cunni. Pis ça, il faut adresser ça sinon, on va haïr tous ceux qui ont du plaisir, pis ça, d’après moi, c’est très détrimental dans une société. Pis ça c’est vraiment une des conséquences des lacunes au niveau de l’estime de soi.

Fait que ma conclusion à ma morale de mon histoire c’est que bien sûr il faut se faire chier dans la vie, mais peut-être pas dans le vide. Durant mon one-night, par la suite, ça s’est très bien déroulé, j’ai pas fini la fellation pis j’ai plutôt demandé qu’il fasse, dans le fond, une position qui correspondait davantage à mes besoins. Et à la suite de la relation sexuelle, j’ai sorti mon iPod en lui disant que moi, Martin Deschamps, je le trouvais vraiment touchant, pis je lui ai fait écouter une chanson très peu connue que j’aime vraiment qui s’appelle « Croire ». C’est tellement une belle chanson, là, ça dit : il suffit de croire, tout est changé, recommencé, on a la vie qu’on rêve d’avoir, croire, vivre à l’envers de tout ceux qui ont peur, risquer sa peau, tout comme le font les fleurs, quand leur pétales montrent leur cœur. » C’est vraiment beau, pis moi, c’est ça que je rêve de faire par rapport à mon estime de moi-même pis pour le Québec. Ou ben en tous cas, Canada, le monde, là, les autres pays aussi les autres races aussi, là, moi, j’ai pas de préférence.

« Croire
Il suffit de croire
Et tout renaît, tout est refait
La vie ne peut rien contre l’espoir
Quand on veut croire
Il suffit de croire
Tout est changé, recommencé
On a la vie qu’on rêve d’avoir
Suffit de croire
Comme un arbre qui fait ses bourgeons
Malgré le vent qui lui reprend ses feuilles
Croire à la vie vêtue de deuil… »

 

Photo : Mario Villeneuve

 

« Harper-dépanneur » par Annick Lefebvre

Lundi 3 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Voici un petit coup d’Annick Lefebvre et sa réponse cinglante à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…
 

Harper-dépanneur

Si seulement on pouvait acheter

Nos armes à feu au dépanneur

Dire à l’Asiatique qui encaisse nos achats

Nos suits de jogging laittes

Pis nos faces de matins poqués

« Heille, je vais te prendre un gros Export A Light

Un AK-47, une Caramilk

Un 6/49, un sac de chips au ketchup

Pis des munitions »

Si on nous donnait la chance

De se sentir en sécurité

Quand on se promène le soir dans Québec

Parce qu’on transporte notre AK-47

Dans notre sac de magasinage

Pis que nos deux mains ont été entraînées

Pour tirer à bout portant

En cas d’attaques d’Option Nationale

Si on nous autorisait à dormir autrement

Qu’en serrant le vide de nos draps froissés

Pis qu’on pouvait s’assoupir doucement

En caressant le manche de métal frette pis rassurant

De notre gros gun de guerre démontable

Pour enrayer l’angoisse qui persiste

Malgré les thérapies auxquelles nous sommes abonnés

Si le « Harper-dépanneur » s’implantait définitivement

Pour nous armer de courage à tous les coins de rues

Je m’écrierais « De l’armement et des beignes! »

Pis je ferais les démarches pour me partir une franchise.

Photo Nicola-Frank Vachon

 

 

« Lettre à toi, madame Lafolle » par Jean-Michel Girouard

Vendredi 30 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Nous vous invitons maintenant à plonger dans l’univers de Jean-Michel Girouard et sa réponse à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…

Lettre à toi, madame Lafolle

Chère madame folle,

Avant de commencer, j’veux juste vous dire que vous lirez jamais cette lettre là. Je vais plutôt la lire dans le cadre d’un festival de nouvelle écriture. Vous connaissez pas ça. C’est pas grave. Je vous rassure aussi, y’aura aucun jugement sur vous dans tout ça. Juste un jugement sur moi. En vous écrivant cette lettre là, je commets un geste totalement égocentrique. Et vous avez rien à dire. Vous vous avez le rôle de madame Lafolle et moi celui du jeune auteur qui porte un regard aiguisé et sensible sur ce qui l’entoure. Rapport de force un peu étrange, assez injuste vous allez dire. C’est pas de ma faute, c’est mon travail. Excusez-moi de me servir de vous. De vous prendre comme un outil, comme une arme. Je me sers de vous comme d’une idole d’ivoire qu’on lance, qu’on explose au sol pour renier les croyances. Excusez-moi de vous placer sur un autel pis de vous sacrifier sans que vous ayez rien demandé. C’est mon travail.

Chère madame la folle… Lafolle, comme si c’était votre nom, votre nom de jeune fille et pas un qualificatif méchant ou un diagnostique clinique. Chère madame Lafolle, on s’est rencontré au mois de juin. Le dernier mois de juin. Celui avec les casseroles; les carrés rouges pis les verts; les articles de journaux sur facebook pis les vidéos de police sur youtube; les gens dehors, dans la rue qui crient; les gens à télé, à radio, dans leur maison qui chialent. Le printemps érable. Ça vous énarve cette appellation là? Ouais, moi aussi. Mais bon.

L’affaire, c’est que je suis pas vraiment allé manifester dans les rues. Sauf une fois. Pis c’est cette fois là où on s’est rencontré. Le seul soir où j’suis allé marcher pour les étudiants, contre la hausse des frais de scolarité, pour l’accessibilité aux études, contre le gouvernement Charest en générale. On savait plus trop exactement pourquoi. C’était tout mêlé. C’était une manifestation complètement absurde. On était genre quarante-cinq. Y’avait juste du monde pas rapport, des fêlés, des bizarres. Y’avait le gars déguisé en chevalier, le gars avec des osties de pantalons mous pis une casquette en velours cordées, le gars qui lit tout croche un poème de Miron en criant trop, la fille qui se sent ben artiste et qui va parler avec une voix d’enfant à la police avec une marionnette qu’elle a fait avec un bas, le vieux fou avec une camisole sur laquelle y’a le fleur de lysé en feuille de pot. Et y’avait surtout une madame au centre. Laide. Décâlisse. Déguelasse. Qui a l’air de puer. Une madame folle. Folle ben raide. Folle dans le sens de folle dans tête, folle de maladie mentale, folle de pauvreté de poche et de tête. Cette madame là, c’est vous. Madame Lafolle. Madame Crackpouk. Vous étiez vraiment laide. J’veux dire selon les magasines pis la télévision, vous êtes laide. Vous êtes le vrai monde. Le vrai monde, c’est pas nous, parce que nous, on est spécial. Pis quand on vous voit, on se dit qu’on est pas si différent. Fak c’est pour ça qu’on aime pas ça vous voir. Parce qu’on est pareil. Mais on veut pas le savoir.

Quand je dis que vous êtes laide là, c’est pas pour être méchant. C’est pour vous décrire. C’est froid. C’est descriptif. C’est pas de votre faute. C’est même pas si grave. C’est un choix de valeur, la beauté. Un choix de société de valoriser, d’aimer, de vouloir le beau. On aurait pu choisir autre chose. Mais non.

Vous avez la peau salie par la vie qui passe comme un truck de vidange qui laisse une coulisse de marde en arrière. Vous avez l’air de sentir la marde. La vraie. Un mélange de marde, de Labatt 50 pis de Joe Louis. J’dis pas que c’est pas correct de manger des Joe Louis là. J’aime ben ça moi aussi. Mais…mais en tout cas.

Fak là, on est au milieu de la rue, tout le monde s’ostine parce que ça a pas rapport qu’on soit là, les trente-deux à vouloir manifester. C’est la pagaille. Tout le monde parle et crie son idée parce que c’est ça la démocratie, tout le monde a le droit de crier en même temps. On s’en fout si on comprend rien ni personne, l’important c’est que j’ai le droit de crier pis c’est pas toi qui va m’en empêcher. Et là, au centre, les yeux rouges et la silhouette chancelante,  y’a vous : ma madame folle, ma criss de folle à moi. Vous criez comme une perdue. Je dis comme une perdue, mais je dis pas ça dans le sens de l’expression courante que tout le monde connaît. Non non. Je dis ça, parce que c’est vrai. C’est ça. C’est pas une image, c’est pas de la poésie, c’est la réalité. Vous êtes perdue. Vous êtes une criss de folle perdue qui crie des mots qui font pas de sens au milieu de la rue. Vous criez avec une voix molle, avec une haleine d’anti-dépresseurs pis de cigarette, vous criez pis y’a presque une genre de fumée verte de médicaments comme dans les dessins animés qui vous sort de la bouche. Vous criez avec toute votre cœur, toute votre cœur parce que c’est juste ça que vous avez, toute votre cœur parce que vous avez pas toute votre tête, vous criez : Faut marcher tabarnak! Marcher contre l’ostie de Charest, marcher contre la DPJ qui vole nos enfants ». (temps) La DPJ qui vole nos enfants. Sérieux, c’est quoi le rapport? C’est quoi le lien avec la hausse des frais de scolarité? Avec les étudiants? Y’a pas de lien. Vous avez le regard enragé pis vous criez que la DPJ vole nos enfants. J’suis pas vraiment d’accord avec vous. La DPJ vole pas mes enfants. C’est normal, j’en ai pas. C’est mon esti de problème vous allez dire. Mais malgré tout, je crois pas que la DPJ vole les enfants de personne. J’suis même pas mal sûr de ça. J’veux dire, il doit y avoir des cas plus durs à décider, plus complexes, plus ambigus, plus contestables. Mais on peut pas dire sérieusement que la DPJ vole des enfants. Mais vous, vous continuez à le crier. Les yeux plein de folie. J’ai trouvé ça insoutenable d’être là avec vous. J’ai des amis, de la famille que je vois pas souvent parce que je suis toujours parti d’un bord pis de l’autre et là, et là, ce soir, j’ai passé ma soirée avec vous, la folle de la DPJ. J’ai fermé mes yeux. Fermé mes oreilles pis je vous ai fait disparaître. Facile de même. Vous existez pu et moi je retourne à ma vie confortable.

Jusqu’au moment où Anne-Marie Olivier, non vous la connaissez peut-être pas, elle joue pas à TVA, au moment où Anne-Marie Olivier m’a demandé d’écrire un texte suite à tout ce printemps, un texte sur notre problème au Québec. C’est à ce moment là que vous êtes revenue dans ma vie, revenue pour me frapper dans face. Un problème qu’on a au Québec, j’va vous le dire. Notre problème c’est… Non, c’est pas vous madame Lafolle. Le problème, c’est pas que vous criez des affaires qui font de pas sens, des affaires qui ont pas de sens parce que aveuglées par trop de douleur. Le problème c’est moi. Le problème qu’on a, c’est que j’ai pas voulu vous écouter. On veut pas vous écouter. Fak, vous sortez dans rue peu importe le contexte et vous criez n’importe quoi. Pis on vous écoute pas plus. Le problème, c’est ça, c’est qu’on écoute pas. Vous autant que les autres. On écoute pu personne. On s’écoute même plus soi-même. On écoute rien ni personne. On a pas d’empathie. Parce qu’on est trop occupé ailleurs, trop occupé à se réaliser, à avancer, le progrès, on regarde droit devant nous, le plus loin possible, devant nous. Pour écouter, faut s’arrêter. Faut prendre le temps. On fait pu ça. Pour écouter, faut s’ouvrir. Faut donner. Donner du temps. Donner de l’attention. Faut laisser de la place à l’autre. Écouter c’est faire exister l’autre. Le laisser entrer en soi. Et ça, on fait pas ça. Aujourd’hui, faire exister l’autre, ça veut dire exister moins soi même. Et on veut pas ça. On veut exister toujours plus, toujours mieux. La vie est tellement courte qu’il faut en profiter fak je la partage pas la vie. Je la garde toute pour moi la vie.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est que vous m’écouterez pas non plus. Vous lirez jamais cette lettre là. Parce que je vous l’enverrai pas. Je vais lire cette lettre là à une soirée du Jamais Lu, une soirée ben cool avec plein de beau monde. Je vais être devant ces gens là, pis je vais leur dire tout ça, leur raconter notre rencontre, à eux qui seront venus en principe pour m’écouter. Mais le pire, c’est qu’ils m’écouteront pas. Même eux, ils m’écouteront pas. Ils vont avoir payé, ils vont s’être déplacé pour m’écouter pis ils le feront pas. Ils vont m’entendre, mais m’écouteront pas. Ils vont penser mais ils m’écouteront pas. Ils vont plutôt se dire que le texte de Fabien Cloutier était pas mal plus drôle, se dire qu’ils m’ont trouvé meilleur dans tel show à Premier Acte, ils vont se dire qu’il fait trop chaud, qu’ils sont trop pognés parce qu’il y a trop de monde, ils vont se dire wow, peut-être qu’après le show, j’vais avoir la chance de prendre un verre avec Michel Nadeau, Jack Robitaille ou Jean-Michel Déry, ils vont se dire quand est-ce que c’est l’entracte que j’aille à toilette, j’aurais pas dû boire ma bière aussi vite. Ils vont se dire tout ça au lieu de m’écouter. Oui, ok, ils vont écouter les mots, les phrases. Se demander s’ils vont bien ensemble, les mots, s’ils aiment ça ou pas ces mots-là agencés de même. Ils vont se demander s’ils trouvent ça intéressant ou non ce que je dis, vont se demander si c’est bien écrit, si y’a des belles images, ils vont se demander si je suis oui ou non au final un jeune auteur au regard aiguisé et sensible sur la vie qui l’entoure. Ils vont se dire tout ça, ils vont penser à tout ça, mais ils m’écouteront pas. Parce qu’on s’écoute pu pour vrai. C’est ça le problème. Et moi non plus je les écouterai pas. J’suis pas mieux qu’eux, pas mieux que vous madame Lafolle. Moi non plus, j’écoute plus personne. Quand ils vont venir me dire que c’était ben bon, ben drôle, ben intelligent mon texte, ben touchant mon texte, je les écouterai pas. Ils vont me demander si j’ai ben des contrats ces temps-ci, si j’ai des projets pour l’an prochain, pis moi, je les écouterai pas. Je vais juste regarder la belle fille que j’ai spoter pendant le show en première rangée, je vais regarder la belle fille pis me dire que je devrais aller lui parler. Mais je saurai pas quoi lui dire à la belle fille parce qu’elle m’écoutera pas. Bête de même. Plate de même. Crissant de même.

Au moins, si j’étais capable de finir en disant pourquoi on s’écoute pas, ça donnerait un sens à ce que je fais, au dix dernières minutes où j’ai parlé. Mais je sais pas. Pour vrai, je sais pas pourquoi on s’écoute pas. J’en ai aucune criss d’idée. J’ai pas de réponse à leur donner. J’ai juste le problème étampé dans ma face. Le problème que je vous écoute pas. Qu’on s’écoute pas. J’aurai rien à dire à tous ces gens là devant moi.

Mais en même temps, je pourrai pas finir comme ça. Parce que dans mon travail, je me permet pas de laisser le monde tout seul dans leur coin tâchée par ce que je dis. Je me donne pas cette permission là. Alors je vais leur dire qu’il y a de l’espoir. Qu’il y a de la lumière. Qu’il faut juste l’allumer la maudite lumière. Leur dire que c’est pas facile d’ouvrir l’astif de lumière, ça demande un effort, mais on a pu le choix. On a pu le choix de recommencer à s’écouter. Je vais leur proposer de commencer par la base, par le silence mettons. Alors on va écouter le silence.

Silence

Et ça va pas marcher. Ça va être un peu drôle, mais on écoutera pas le silence. On va tous se laisser déranger par tous les bruits autour, par notre malaise du rien. Mais on dira non. Non, on accepte pas ça. Fak on va recommencer. On va écouter le silence. Le vrai. Pas le silence du rien. Pas le silence du vide. Le silence du plein. Le silence choisi. Le silence voulu.

Silence.

Et de là, on pourra y aller graduellement. On s’écoutera un peu plus les uns les autres. On s’écoutera soi-même au début. Faut commencer par là. Pis on écoutera autour après. Les gens, les choses autour. On écoutera les autres. Pas besoin de s’asseoir deux heures avec un café pour écouter. Juste accepter que l’autre existe. Avec tout ce qu’il est, le bon et le mauvais. Ça fait pastoral en criss, mais qu’est-ce tu veux, ce sera ça, ça sera un pas dans la bonne direction.

Mais au final, madame Lafolle, ma criss de folle à moi, je vous écouterai pas vraiment plus. Parce qu’on se reverra jamais. Mais j’écouterai votre fantôme, j’écouterai l’echo de votre voix. Et je vous ferai exister. Et la DPJ va continuer de vous voler vos enfants. Mais au moins ce sera pas juste dans votre tête. Ce sera dans la mienne aussi. Ce sera un peu plus réel. Votre douleur existera dans ma tête et dans celle de plein de monde et vous existerez un peu plus. Vous, vous verrez sûrement pas de différence. Mais nous, on aura l’impression de grandir un peu. On se sentira mieux de penser à vous, de pas vous laisser toute seule. Mais pour vous, vous allez être aussi tout seule qu’avant. Je vous l’ai dit, c’est un peu égocentrique comme geste ce que je suis en train de faire. Vous parler pour me faire du bien. Pour nous faire du bien. C’est tragique. Nous on va prendre une bière en riant de bonne humeur de la réussite de notre soirée. Pis vous, vous allez continuer à pleurer vos enfants morts, vos enfants qui sont plus vos enfants parce qu’ils sont ailleurs parce que vous leur faisiez mal. Malgré vous. C’est plate, mais je peux pas faire plus. Je peux pas faire mieux. Je peux juste vous donner le rôle ingrat du sacrifié dont on jette le corps à la mer une fois la cérémonie terminée. Mais grâce à vous, les Dieux qui ont quitté les cieux pour s’installer au profond de nos ventres, ces Dieux là, qui mettent le feu à votre tête, qui me donne envie de pleurer pour rien sans raison en plein jour, grâce à vous, ces Dieux là qui ont des allures de démons me laisseront peut-être un peu tranquille. Un mini répit de rien. Le temps d’écrire d’autres textes. D’autres textes qui redonnent pas les morts aux vivants, qui nourrissent pas les affamés, qui redonnent pas les enfants perdus à leurs parents cassés en deux. Mais qui doivent ben servir à quelque chose. À autre chose. On l’espère.

« L’appel au festin » de Véronique Côté

Mercredi 28 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. C’est avec grand bonheur que nous vous partageons aujourd’hui celui de Véronique Côté.

L’APPEL AU FESTIN ET LA SAVEUR DES MOTS
OU CRISSEZ-NOUS PATIENCE AVEC VOS OSTIES DE VOX-POP

Je suis le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
je suis la lumière inouïe de l’aurore boréale et je suis le ciel qui change
je suis le temps sauvage
inattaqué
je suis l’épinette rétive
et je suis la dent du coyote
je suis la terre gelée
jalouse
je suis la rivière jamais encore harnachée par le barrage
je suis le soleil blanc de la fin du jour
je suis janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
je suis la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
je suis l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Je suis tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Je suis tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir te parler d’infini.

La scène se passe sur la rue Saint-Jean, on est à Québec. C’est le mois d’août, et les passants se baladent sous le soleil, un gelato à la main. Un journaliste de Radio-Canada, affublé de son caméraman, cherche désespérément des gens pour répondre à la question du jour, histoire de pouvoir faire avancer les choses sûrement, ou à tout le moins d’offrir le meilleur de l’information à son public, le journaliste demande, donc: que pensez-vous de la légionellose?

Que. Pensez. Vous. De la légionellose.

La légionellose est une maladie infectieuse due à une bactérie qui se développe dans les réseaux d’eau douce naturels ou artificiels (comme par exemple les stations thermales ou les climatiseurs).

Pour ceux qui auraient passé les derniers six mois en Scandinavie, rappelons que l’été dernier, il y a eu à Québec une épidémie de légionellose. Une tour de refroidissement de la bibliothèque Gabrielle-Roy était contaminée et plusieurs personnes ont été infectées. Treize d’entre elles ont succombé à la maladie. C’est beaucoup de gens, et il est indéniable que cette éclosion fut malheureuse. Il y avait lieu, pour les autorités en santé publique, d’en chercher la cause et d’enrayer la propagation de la maladie.

Mais est-ce que quelqu’un peut me dire en quoi l’opinion de badauds apostrophés dans la rue peut possiblement être considérée comme de l’information, ou même présenter le moindre intérêt public? Que pensez-vous de la légionellose ? Radio-Canada ? Vraiment ? Radio-Canada demande à la population ce qu’elle pense de la légionellose ?

On nous abreuve de l’opinion de tout le monde et de la pensée de personne.

On nous fait croire que toutes les opinions se valent, alors qu’il ne naît rien de cette cacophonie, que le bruit qui règne dans l’espace public est assourdissant, qu’il donne envie de se boucher les oreilles, d’éteindre toutes les télés pour toujours, de ne plus lire que de la fiction ou des livres longs, bourrés de savoir, de réflexion, et vierges de la moindre opinion.

J’ai eu le fantasme d’offrir cette réponse à Radio-Canada, si assoiffée de mon opinion, j’ai eu envie de prendre le micro et de dire ceci:

« Je ne pense rien de la légionellose
comme je ne pense rien de la malaria
pas plus que du botulisme
ou de la varicelle
je n’en pense strictement rien
puisqu’il n’y a rien à en penser :
c’est une maladie.
Je n’en pense rien.
En revanche, je peux vous dire à quel point je suis choquée de vous voir vider le mot « penser »
de sa substance
de son essence
de sa puissance.

Comme je suis choquée, de façon plus générale, que l’utilisation des mots en dépit de leur signification réelle, exacte, précise, soit passée dans l’usage des médias d’une façon telle que plus personne ne s’en offusque.

Le vocabulaire est désormais le champ de bataille des politiciens
des publicitaires
et des chroniqueurs
qui appliquent rigoureusement le principe selon lequel
il suffit de répéter suffisamment une chose
pour que cette chose devienne vraie.
Comme il suffit d’utiliser suffisamment de fois un mot à mauvais escient
pour le vider de son sens initial – pour le saigner à blanc
pour que la grève devienne un boycott
pour que les briseurs de grève deviennent des victimes de violence
et d’intimidation
et pour que le maigre burger et les frites froides
séchant au fond du sac en papier blanc
se méritent le nom de Joyeux festin.

Je voudrais dire ce que c’est qu’un festin
et ce que c’est que la joie
pour rétablir un peu l’équilibre du monde.

Un festin est un repas de fête
partagé par des gens qui s’aiment
autour d’une table longue et chargée de plats délectables.
Un festin répond à toutes les faims
et pas seulement à celles du corps pesant.

Nous n’avons pas faim de Mc Do.

Nous avons faim de beauté folle et de gestes gratuits.
Nous avons faim de véritables festins
festins joyeux de mots rendus à leur sens premier
ripailles de pensée
banquet d’idées
agapes de métaphores et de liberté.
Nous avons faim de joies profondes
de celles qui naissent quand on danse pour rien avec le voisin
de celles qui tombent sur nos têtes quand la victoire semblait impossible.
Nous avons faim de poésie dans vos micros
il nous faudrait apprendre Godin et Miron par cœur
pour crier leurs mots chaque fois qu’on nous demande
si on est tannés de pelleter
si on a perdu confiance en nos élus municipaux
s’il faut financer les études sans avenir
si on pense quelque chose
de la légionellose.

Je ne pense rien de la légionellose.
En revanche, je pense
je pense très souvent
que nous avons peur de mourir
peur de manquer quelque chose
peur de manquer de quelque chose.
Je pense que nous sommes pétris de peur
alors que
nous sommes capables de rêves grandioses
nous aspirons encore au sublime
mais nous ne le savons plus.

Et le festin auquel nous avons droit
est là tout près
sans que nous ne le voyions plus.
La joie dans sa clairvoyante bonté
ne nous illumine plus que rarement
par accident presque
parce que la joie naît aussi souvent de s’asseoir autour d’une table
ensemble
et de parler
et dans la parole le monde se crée.
Mais si les mots sont vides
le monde s’efface.
Nous sommes ce pays
dans le sens de territoire.
Nous sommes cette terre et nous sommes les mots qui l’engendrent.
Mais si tout perd son sens
si l’on ne parle plus que pour à tout prix ne rien dire
tout disparaît.

Si un gouvernement peut arriver à faire croire à la moitié de la population
que des gens qui marchent sont violents

si une présentatrice de nouvelles peut adopter le mot boycott plutôt que grève, tel qu’édicté par un premier ministre arrogant
alors que rien ne justifie un tel écart de sens sinon une manipulation volontaire de l’opinion publique

si un imbécile peut transformer le mot caribou en insulte
lors d’un débat des chefs à la télévision nationale

et si nous les laissons faire

c’est que nous sommes vraiment perdus.

Puisque
nous sommes le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
nous sommes la lumière inouïe de l’aurore boréale et nous sommes le ciel qui change
nous sommes le temps sauvage
inattaqué
nous sommes l’épinette rétive
et nous sommes la dent du coyote
nous sommes la terre gelée
jalouse
nous sommes la rivière jamais encore harnachée par le barrage
nous sommes le soleil blanc de la fin du jour
nous sommes janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
nous sommes la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
nous sommes l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Nous sommes tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Nous sommes tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir se parler d’infini
autour de tables joyeuses
chargées de festins inimaginables. »

Voilà ce que j’aurais dû répondre
à leur ostie de vox-pop.

Véronique Côté. Photo Nicola-Frank Vachon

« C’est quoi notre problème? » par Annick Lefebvre

Samedi 24 novembre 2012

Pour la clôture de ce trois jours de Jamais Lu – Édition Québec, le Festival vous propose un cabaret où les auteurs investissent la question éditoriale et la scène du Théâtre Périscope sous la direction de Patric’ Saucier. Loin de tout consensus, avec sensibilité et honnêteté, voire  une franchise arrogante, humour et humble dépouillement, les auteurs abordent la question sur tous les fronts: le politique, le social, l’identité, l’âme, la famille, la casserole… Si dénominateur commun il y a, ce serait le besoin d’aborder la question avec vérité dans tout ce qu’elle a de complexe.

Pour le blog du 2e Jamais Lu- Édition Québec, Annick Lefebvre, auteure montréalaise (ou plus précisément de Saint-Bruno) que la codirectrice artistique Anne-Marie Olivier souhaitait particulièrement faire entendre à Québec, partage son work in progress de réponse et des intentions de sa démarche derrière les textes qu’elle livrera ce soir.

Les causes invisibles

C’est quoi notre problème?

Notre problème c’est qu’on se mêle pas de nos affaires

Qu’on essaye de sortir de notre champ de compétence

Pour dire aux autres qu’ils ont tort dans leur propre domaine

Pour les contredire sur leur propre terrain

Dans leur propre champ d’expertise

Notre problème c’est qu’on refuse d’admettre

Qu’on est largués pis qu’on ne comprendra jamais certaines affaires

Intellectuellement, émotionnellement, humainement

Même si on a la curiosité de s’informer sur le sujet

Notre problème c’est qu’on s’empêchera jamais de chialer

À propos des gens qui creusent un sillon différent du nôtre

Notre problème c’est qu’on essaie de trouver une manière commune de penser

Pis qu’on croit fermement que notre propre manière de penser

C’est l’ultime façon de le faire

Parce qu’elle correspond à l’idéal social qui nous avantage le plusse

Notre problème c’est qu’on se décourage avant terme

Devant le climat social atroce qui nous paralyse

Devant ces questions qui nous laissent sans réponse

Devant notre propre petitesse de citoyen

Pis notre trop faible pouvoir d’action concrète

Alors qu’on devrait s’investir dans des causes à notre mesure

Militer quotidiennement pis personnellement

Pour des choses toutes petites, toutes banales

Des causes qui auraient un tout petit impact

Sur une poignée risible de citoyens

Mais des causes qui mettraient notre expertise en valeur

 

La résistance pis l’engagement social

Ne doivent pas nécessairement passer par un mouvement collectif

Mais se vivre dans l’intime

Puisque ce n’est que par ce passage obligé

Que les grandes révolutions sociales et collectives adviendront

 

Est-ce que la fille qui vend des accessoires de mode

Peut s’engager à ne pas vendre la mauvaise grandeur de leggings à ses clientes?

Est-ce que son engagement dans ce genre de cause est suffisant pour faire d’elle Une citoyenne qui accomplit dignement son devoir?

Est-ce qu’elle peut se dire qu’elle milite en faveur de plusse de beauté

En diminuant le nombre de filles qui vont être moches

En exhibant leurs bourrelets dans des leggings trop petits?

Est-ce qu’elle peut se dire qu’elle milite pour le mieux-être collectif

En évitant aux gens qui auraient croisé cette fille de peu de goût

Le haut le cœur horrible qu’ils n’auraient pas eu la force de réprimer?

Est-ce que son militantisme est digne d’être ainsi nommé?

Sommes-nous en mesure de le reconnaître comme tel?

 

J’écris du théâtre pour dire ça

Pour poser ces questions-là…

Pis pour dire qu’il faut développer des individualismes forts

Dans une société où l’on prendrait soin les uns des autres

 

Dans la vie je veux prendre soin des autres

C’est vraiment ce à quoi j’aspire par-dessus tout

Je veux dire… prendre soin des autres

Mais pas au sens large

Au sens spécifique.

Au niveau où je peux nommer les noms de ceux de qui je veux prendre soin

Spécifiquement

Pis pas avec une espèce de compassion à toute épreuve

Comme moteur

Mais juste avec une sincérité un peu bancale

Pis assurément broche à foin

Comme moteur

C’est un peu quétaine, dit de même…

Mais j’ai pas de honte à vivre quétainement ma vie

Ou si peu…

PAR CONTRE

Je m’engage à ce que ça ne le soit pas quand j’écris

QUE ÇA NE SOIT PAS QUÉTAINE

Que le théâtre qui sort de ma plume ne soit pas racoleur

C’est vraiment la cause invisible dans laquelle je m’engage

LA NON-QUÉTAINERIE DU THÉÂTRE

Parce que c’est le champ de compétence que je peux exploiter

Le reste se passe dans des sphères où j’agis comme figurante

Figurante active, mais figurante tout de même

Enfin…je pense…

 Annick Lefebvre
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« C’est quoi notre problème? » Cabaret de clôture
Mise en scène :
 Patric’ Saucier
Texte et interprétation : Marc Auger Gosselin, Fabien Cloutier, Véronique Côté, Catherine Dorion, Jean-Michel Girouard, Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Patric’ Saucier
Musicien : Stéphane Caron
DJ : Millimétrik

 

Douceur et beauté pour la grande clôture: J-F Nadeau + Avec pas d’casque

Lundi 14 mai 2012

C’était la totale pour la finale, avec le concert littéraire Le grand ballet des détails qui tuent, un projet « ovniesque » de musique et poésie né de la rencontre toute naturelle des univers de J-F Nadeau, comédien, auteur, poète et codirecteur artistique du 11e Jamais Lu, et du groupe Avec pas d’casque qui a lancé un nouvel album pénétrant en mars dernier.

Le spectacle s’est ouvert sur la chanson Intuition #1 d’Avec pas d’casque :
« Tu diras
Tu diras que c’est l’instinct qui t’a
Mené jusqu’ici
L’intuition d’un sentiment
qui ne reviendra pas »

Le premier texte de Jean-François Nadeau, Goyer, peu être lu ici sur notre blogue.

Sincérité, vérité, présence, sensibilité, humour, un show de gars simples et excellents, qui donnent de l’espoir. Où est-ce qu’on était? Tous là, ensemble, avec la beauté, dans une ambiance aussi douce que perçante, une onde touchante, vibrante, apaisante et rassembleuse.

J-F Nadeau a également invité plusieurs auteurs du 11e Jamais Lu, ceux des lectures théâtrales, ceux des délégations française et franco-canadienne et ceux de la classe de maître, à monter sur scène pour écrire un texte d’une minute écrit sur un mot donné par Nadeau.

Emmanuelle Jimenez (mot: butte):  » Butte, c’est presque une insulte, un semblant de montagne. Mais moi je dis vive les buttes! Je suis une femme toute petite qui veut monter sur toi, butte. »

Camille Roy (mot: trace): « C’est gras pis ça m’écoeure, c’est suposé être propre ces affaires-là. »

Larissa Corriveau (mot: karaoké):
« Au karaoké d’Osaka
Killye Minogue résonne
Sur les ruines d’une temple
Technicolor monochrome. »

C’était la première fois que le Jamais Lu explorait une zone aussi musicale, mais qui créait un espace de résonance parfait pour les mots lancés. Gageons que ce ne sera pas la dernière fois, bien que cette soirée de clôture fut un moment unique. Douceur inoubliable dans laquelle nous étions suspendus pour terminer l’effervescence des huit jours festivaliers.

Merci J-F Nadeau! Merci Avec pas d’casque! Merci public nombreux!

Photos Thomas Blain

 

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« Goyer » poème jamais Lu à entendre de Jean-François Nadeau

Vendredi 11 mai 2012

J-F Nadeau, comédien, auteur, poète et codirecteur artistique du 11e Jamais Lu monte sur scène pour la grande soirée de clôture, le concert littéraire Le grand ballet des détails qui tuent avec le groupe  Avec pas  d’casque. Ici, un texte qui sera entendu pendant la soirée, où sont conviés également une dizaine d’auteurs de l’édition du Festival. Poésie de scène.

Goyer

Ou la fois tsé

Ooooooouuuu la fois

Tsé la fois

La fois où Gohier

Goyer 

C’est ça Goyer shit

On l’appelait d’même c’est vrai

D’l’anglais dans tou’es noms qu’on s’donnait

La fois violence où Goyer est passé du bord des skins juste deux jours

Tu r’viens ‘ec nous aut’ ou la raie on t’ rase 

Non

La fois violence où y a écrit une lettre de sang par amour

À Cat Rousseau assis relax dans rangée de cases

Tasses-toué ‘n kill preppies

Jungle pubère

Vieux linge d’éduc en guise de brise

Post-examen de maths du ministère

Pas faisable le chiard à copiage

Equations malices

Théorèmes cachés dans l’case d’la calcu

Tête dans l’cul

Feutre su ‘es cuisses

Coquerelles autour d’un oignon dans l’noir

Lumière

Tungstène de bile

Goutte de savon dans l’huile

Qu’est-ce tu fais là, Goyer

KKKKKKRRRRRRR

Exacto

Buffalo

Ou une aut’ marque

Standard 

Jaune travaux

Trop gros pour un coffre de flots

L’œil du Goyer

Animal inventé

Griffon des bois laurentiens

Carcajou rencontre chouette

 

KKRR ajuste

 

Feuille propre prête

Bras tendu

Pas de chichi

Entaille rectangle su’l dessus

Exacto pinceau

Bras palette à rouges

Pointe à saucette

 

Ca-the-rineee virguleee

Grosses lettres de départ coulanteees

Fuck finir à droite petit petit

Pancarte de lave-auto pee-wee

 

Le temps de penser solide

L’encrier devient gale

Pellicule de lait chaud laissé sur le feu fatal

Hssssssssss

Tout ça pour la Rousseau

La reine d’exigences

Aux collants barrés

Short jeans coupés

Combats

Export A

Fan de Kiss et d’Anthrax

Bombe pâle Pif gadget

Bouche teinte cou allumette

Griffonne de ruelle qui donne sur l’Harvey’s

Repère de futures mères très mêlées

Bref

Chatte rencontre furette

Hsssssssssss

 

Goyer lève les yeux

Sa tête au centre nos bras offerts autour

Un soleil de peau

Dans l’coin d’un dessin ordine

 

Samantha au kangourou Lake blue à qui on doit tout mais je sais pas où

Prend sa voix de conseil d’elfes

Catherine est ‘à butte… ‘A pleure itou… Vas-y doux…

 KKKRRR range la lame

 À l’heure du bleu de genou

Les Tristan et Iseut du Centre jeunesse

Ont fait une autre paix brutale

Et un peu de mess’

Dans le jeu toile d’araignée métal du parc Ahuntsic.

 

Jean-François Nadeau

 

Jour 2 – Déjà COMPLET pour quelques lectures…

Samedi 5 mai 2012

On annonce déjà complet pour Plaza d’Emmanuelle Jimenez, ainsi que pour la soirée de clôture du 11 mai, et seulement quelques billets de disponibles pour mauvais goût de Stéphane Crête dimanche… Réservez en vitesse vos billets pour les autres lectures, rencontres, spectacles!