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Retour sur Qui file de Camille Roy

Jeudi 10 mai 2012

On était en plein relève mercredi, avec la lecture théâtrale de la pièce Qui file, signée de la jeune mais assumée plume de Camille Roy, gagnante de L’Égrégore. Une voix douce, fortement fébrile, dangereusement vraie et poétique, qui n’a pas peur de prendre la réalité dans ses vérités sombres et complexes, dans l’intensité des familles, et nous a fait vivre un beau trouble.

Citation retenue: « Fais l’amour ma fille. Fais pas comme ta mère et ta grand-mère. Fais la vie. »

Bravo à toute la distribution:  Catherine Audet, Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Joëlle Paré-Beaulieu, David Simard. Mise en lecture de Jean Gaudreau.

Photos de Thomas Blain.

Où est-ce qu’on est? Dans la lecture de Qui file avec l’étudiante Camille Roy

Mercredi 9 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Où sommes nous?

Cogne cogne, ça toc en esti toc.

Cogne, la grève me cogne, esti ça toc.

Toc toc, les AG c’t’utile, mais ça toc en calisse, cogne.

Les manifs ça toc, toc très forts sur nos étudiants.

Toc esti cogne.

J’écris des personnages incapables de vivre avec la conformité imposée par notre société.

Décisions incohérentes, propositions encore plus défaillantes, conflit insolvable.
Aujourd’hui, c’est fou, comme je les comprends ces personnages de ne pas vouloir s’y
plier.
Peut-être que je les envie?

En ce Printemps québécois,
où la température est aussi dégueulasse que la façon dont on nous traite, nous les
étudiants,
Je reste scotchée à mon ordi.

En cette 12e semaine de grève au cégep de Saint-Laurent,
Je suis l’actualité gréviste à la seconde près,
espérant bientôt lire sur facebook, un statut, plus positif sur la situation que les trois
cent mille dernier «postés» sur les «wall» de mes «amis».

En attendant, une bonne nouvelle, qui, malgré toute ma volonté optimiste sur ce beau combat, me paraît aujourd’hui presque utopique, j’essaie d’écrire une nouvelle pièce.

Rares ont été les fois où j’ai pu écrire sans obligations,
En dehors du système scolaire.

Mon système scolaire étant maintenant déficient
faute de vous savez tous pourquoi…
Je tente d’écrire sans thème, contrainte, dead line, même sans Mme Rafie qui attend
un texte.
Ça avance très peu.

En jasant avec les auteurs du Jamais lu… je me rends compte que les périodes de «beaucoup temps libres» ne sont pas les plus productives, loin de là.

Reporter, faire autre chose, jusqu’à être coincé, là est le métier de l’auteur… de ce que j’en comprend.

Je fais ma propre enquête au Jamais lu, sur l’art d’écrire,
je suis une étudiante qui prend le festival pour son école.

L’école, ah! Ça fait longtemps.
Mon amie Sophie me dit qu’on sait que la grève dure depuis longtemps quand notre carré rouge est usé.

Mon carré rouge est définitivement très usé!
Faudra m’en trouver un autre pour les semaines à venir, il risque de lâcher le morceau avant «Line la pas fine».

Je suis Camille Roy et je suis dans un monde parallèle qui s’appelle la grève générale illimitée.

 

Camille Roy

CAMILLE ROY
Crédits photo : Camille Roy
Étudiante en art dramatique au Cégep de Saint-Laurent, Camille Roy découvre maintenant sa passion pour l’écriture dramatique. Elle tente présentement sa chance aux auditions des diverses écoles de théâtre, pour approfondir le jeu. L’écriture demeure un parallèle pour s’échapper, faire vivre, s’interroger. La musicalité des mots, la force qu’ils ont et l’interprétation qu’ils auront sur scène stimulent sa curiosité.

 

Qui file
Mercredi 9 mai 17h
5$
Mise en lecture : Jean Gaudreau
Distribution : Catherine Audet, Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Joëlle Paré-Beaulieu, David Simard

Au cœur du Festival: les lectures théâtrales

Lundi 30 avril 2012

Oui le 11e Jamais Lu prend de l’envergure, « s’exponentie « , explose même dans de nouvelles expériences théâtrales et littéraires dans l’enceinte de sa maison-mère, mais ne démord pas de sa raison d’être : présenter les textes inédits de nouveaux auteurs de théâtre.

Sur 75 projets reçus (si c’est pas de l’effervescence dramaturgique ça!), le Festival en a retenu 10 choisis pour leur singularité. Encore tout frais, même encore un peu fragiles, à peine nés, les textes entendus se permettent des libertés qui nous décoincent la réflexion et l’artistique.  Les comédiens sont aussi à l’honneur, à titre d’extraordinaires passeurs de ces mots à vif.

Avec autant d’intensité que de diversité dans sa programmation, le 11e Jamais Lu permet un accès émouvant et unique à l’écriture théâtrale. Et c’est aux Écuries qu’on vient prendre le pouls de son époque (compris)!

Où est-ce qu’on sera?

  • Sur la Plaza de Côte-des-Neiges, dans une fresque humaine multicolore avec des rêves, des immigrants, le feu du big bang, le Plan Nord et l’humour tendre d’Emmanuelle Jimenez.
  • Dans une église réinventée où nous est livrée une homélie on ne peut plus contemporaine et grinçante, pour fouiller les traces des fondements de notre culture avec La messe en 3D d’Annick Lefebvre.
  • En pleine désillusion et au cœur de l’ombre humaine, de l’hypocrisie, de la perversion et de la vacuité ambiante avec le mauvais goût grinçant et inclusif de Stéphane Crête.
  • Dans le nouveau Montréal avec Les couleurs d’Amy, un texte écrit pour et par les enfants, un projet de médiation culturelle avec les élèves de 6e année de l’école Saint-Grégoire-le-Grand, accompagnés par Pascal Brullemans.
  • En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas, soit en pleine guerre de frères de sang avec une adaptation libre, débridée et très actuelle de Britannicus par Steve Gagnon.
  • À l’aube de l’émergence d’une pré-adolescente qui cherche sa place dans son village… plate, avec le texte Jeune public Statu Quo de la plume sensible et sans jugement de l’auteur franco-canadien Gilles Poulin-Denis.
  • Dans la vraie découverte de la relève et d’une langue poétique qui aborde la folie et la proximité de nos vies séparées avec Qui file de Camille Roy, lauréate de l’Égrégore, un concours du RIASQ.
  • Dans une étrange fascination pour les pulsions inassouvies comme pour la misère de l’ailleurs signée par une écriture aiguisée dans Le mécanicien de Guillaume Corbeil.
  • Quelque part entre le vrai et le faux qui façonnent la mécanique théâtrale et interrogent notre rapport aux conventions sociales avec le pamphlétaire et ô combien synchronique Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude.
  • Dans une langue relevée et tranchante donnant voix à des corps perdus et autodestructeurs, en plein quartier d’Hochelaga et dans les strates d’un site de réseautage dans Les morb(y)des de Sébastien David.

Le 11e Jamais Lu vous fait entendre des textes qui nomment leur société par autant de points de vue et de langages possibles, tentant par leur démarche, de répondre à la brûlante question Où est-ce qu’on est?

Et vous, oû êtes-vous? Y serez-vous?