Archive ‘les potins du festival’

Bilan du 2e Jamais Lu – Édition Québec : de pertinence et d’éclat

Mercredi 5 décembre 2012

Fort et fier de trois jours de fêtes festivalières remplis de l’ardeur des artistes et d’un public au rendez-vous, le Jamais Lu est désormais bien implanté dans la Capitale. Entre de nouvelles créations qui donnent le pouls de leur époque, des réflexions à point nommé pour la suite du monde et des rencontres essentielles, le Festival a affirmé avec cette deuxième édition sa nécessité ainsi que son potentiel jubilatoire! Avec une moyenne de fréquentation de 80% aux soirées, le Jamais Lu a poursuivit sa lancée à Québec ville, porté par sa force rassembleuse et ses paroles percutantes.

Détonations de visions diversifiées

Amorcé par la table ronde Le politique et l’écriture, le Festival a suscité des prises de position réfléchies des plus intéressantes. La discussion menée par Marcelle Dubois regroupait les auteurs Annick Lefebvre, Édith Patenaude et Jean-Philippe Lehoux, ainsi que le cinéaste Samuel Matteau et le metteur en scène et directeur artistique Frédéric Dubois, pour confronter leurs démarches aux événements politiques et sociaux qui ont particulièrement animé le Québec cette année. Désabusement, détermination à s’adresser à son époque et son territoire, humilité, besoin d’écoute et impératif de multiplier les approches et les moyens de diffusion, responsabilité de l’artiste: sans être d’accord, les invités ont fait le point et ont dégagé des pistes vers la fameuse question éditoriale C’est quoi notre problème?

Électrochocs de créations

Avec ses quatre extraits de pièces en chantier, L’Accélérateur de particules fut une soirée des plus allumeuses et allumées. Tout d’abord enchantés par l’univers de Chaplin et moi qu’on oublie d’Hélène Robitaille et son charme suranné mais toujours criant, brillant, dense et désespéré,  Jusqu’à Troie, le cabaret tragique de Maxime Robin nous a touché avec l’angoisse d’une jeunesse qui a grandit avec le poids de fins du monde annoncées. Thomas Gionet a tourbillonné devant nous dans la tempête de son AMOURen devenir, et avec le comique Hors champs, Amélie Bergeron a présenté des personnages tristement de leur temps, malheureusement trop convaincants dans la vacuité de leur discours.

Quant à la soirée Les Intégrales, elle a montrée toute la puissance d’une charge dramaturgique. On ne sait trop si le titre Scalpés d’Anne-Marie Olivier fait référence à la crise d’Oka que la pièce évoque ou aux cœurs de ses protagonistes cherchant leur souffle entre douleur et survivance. L’Gros Show de Lucien Ratio de son côté dressait un portrait hyperréaliste de la radio populiste qui trône sur les ondes de Québec, écorchant les personnages à coup de désillusion et de vérités crues à travers un rire un peu méchant et très libérateur.

Les textes de la clôture nous ont entraînés dans les ramifications complexes des réponses possibles à C’est quoi notre problème?, frappant d’ingéniosité tout autant que de justesse, dans un spectacle à fort caractère littéraire. Difficile de résumer la richesse des propos de Véronique Côté, Marc Auger Gosselin, Annick Lefebvre, Patric’ Saucier, Jean-Michel Girouard, Fabien Cloutier, Catherine Dorion ou Jean-Philippe Lehoux (qui abordaient tour à tour la vacuité médiatique et le vocabulaire récupéré, les questions de souffle, d’existence, d’espoir, de disparition et de comparaison au Mordor, la condescendance et l’hypocrisie même à gauche, les révolutions à franchir, la nécessité d’écouter ce qui n’est pas beau, ce qui crie, la redécoration intérieure qui n’arrange rien ou encore le théâtre-bibelot d’une relève qui manque d’audace, la droite frustrée ou l’humilité nécessaire à toute solidarité). Nous vous invitons plutôt à lire quelques extraits mis en ligne sur notre blogue!

Rencontres expansives

Que ce soit dans la simple et chaleureuse proximité de L’AgitéE ou dans la débordante fête de clôture au rythme de DJ Millimétrik au Théâtre Périscope, dans la célébration du prix de Première Ovation (remis aux Écornifleuses pour Absence de guerre) ou dans le rapprochement Montréal-Québec qui s’effectue à travers le Jamais Lu, le Festival est un lieu unique de rayonnement de la parole des nouveaux auteurs. Ralliant le milieu théâtral par la curiosité, conviant le public à entendre la parole dramaturgique dans une rare immédiateté, permettant aux auteurs – bêtes solitaires par définition – d’échanger avec leurs pairs, le Jamais Lu se fait aussi espace de possibles vivifiants.

Comme mentionné au terme du cabaret de clôture par Frédéric Dubois, directeur artistique du Théâtre Périscope – partenaire avec Premier Acte du Jamais Lu – Édition Québec : «Le Jamais Lu Québec sera une tradition!» Antre d’affirmation de volontés diverses prêtes à forger maintenant et demain, c’est à coup de Bang! bien ciblés que le Jamais Lu s’est déployé. Et ce n’est encore qu’un début pour les aspirations brutes et audacieuses de la relève dramaturgique… À suivre, l’an prochain!

Le Jamais Lu vous revient au début 2013 pour vous offrir d’autres rendez-vous exaltants – dès l’hiver. À bientôt!

Photos Nicola-Frank Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu - Édition Québec

Retour sur le Jour 2 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Samedi 24 novembre 2012

Vendredi 23 novembre, c’était la soirée Les Intégrales à L’AgitéE qui nous offrait deux lectures théâtrales dans la plus pure tradition du Jamais Lu. Deux plongées dans des univers différents mais qui faisait tous deux honneurs au grand « Bang! » qui caractérise cette 2e édition. Entre L’Gros Show de Lucien Ratio qui nous amenait à l’intérieur de l’émission matinale de Choc Radio, et le véritable électrochoc émotif de Scalpés d’Anne-Marie Olivier, les auteurs par la voix des comédiens ont su mordre, faire rire et bouleverser, chacun à leur manière, chacun avec vérité.

Photos de Nicola-Frank Vachon

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Retour sur le jour 1 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Vendredi 23 novembre 2012

Cette deuxième édition du Jamais Lu à Québec s’est ouverte sous le signe de la pertinence et de la diversité. Le public était au rendez-vous (c’était plein à L’AgitéE pour L’Accélérateur de particules), mais le Jamais Lu – Édition Québec évolue aussi comme un point de ralliement de la communauté théâtrale, toutes générations confondues. Le Festival est un lieu de rencontres, de pensées, de paroles fortes, neuves, d’artistes de talent et du public qui peut les approcher dans une grande proximité dans une chaude soirée (dans le sens de chaleureuse bien sûr, voyons).

Pour attaquer sa deuxième année dans la Capitale, le Festival a commencé par servir un contenu réflexif, pour scruter les liens entre l’écriture et le politique dans une table ronde animée par Marcelle Dubois. La rencontre réunissait les auteurs de théâtre  Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Édith Patenaude, ainsi que Fréderic Dubois, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Périscope, et Samuel Matteau, cinéaste particulièrement préoccupé par les mouvances sociales de l’année et heureux de pouvoir échanger sur le sujet avec d’autres artistes.

Marcelle Dubois a ouvert la table ronde en revenant sur la question éditoriale du 2e JLQc C’est quoi notre problème?:   »La question éditoriale est volontairement floue. Quel est ce notre et le nous qu’il évoque? Et par problème, qu’est-ce qu’on veut dire au juste? » Une question pleine de questions finalement.

Et la co-directrice artistique du 2e JLQC en avait trois à poser à ses invités pour alimenter la discussion:

- Est-ce que l’écriture (au sens large pour notre scénariste et notre metteur en scène) est culturelle? Est-ce qu’elle est forcément enracinée dans la terre sur laquelle reposent les pieds de l’auteur?

- Qu’est-ce que veut dire les mots engagement, politique et appartenance en 2012 à Québec sur la Dorchester devant un public de convertis? Et si on regarde plus loin, à l’ère des frontières qui s’amenuisent, qu’est-ce que ces mots veulent dire dans votre pratique?

- Divorce ou passion entre esthétisme et politique?

Voici les réponses, ou plutôt idées émises par les invités, pêle-mêle:

Edith Patenaude: « Notre époque appelle à la conscience citoyenne, l’écriture participe à cette réappropriation du politique, de notre rôle citoyen. (…) Il faut être à l’écoute, de ce qui anime et trouble les gens autour de nous, faire preuve de sincérité, parler avec eux des sujets brûlants et vivants, et que le théâtre devienne ce lieu vivant qui les interpelle, fondamentalement. C’est aussi ça notre responsabilité d’artiste. Avoir beaucoup d’écoute. »

Annick Lefbvre: « J’exige que mon écriture soit archi référencée Québec 2012. Qu’elle ne soit pas exportable à tout prix. Je ne veux pas nécessairement être montée en France ou en Allemagne dans 5 ans. Je ne veux vraiment pas qu’on puisse reprendre mes textes au TNM dans 25 ans. Je veux que mon écriture soit spécifique à ici maintenant. Parce qu’on s’en câlisse de l’universalité pis de la longévité de l’œuvre. L’écriture c’est notre ADN culturelle. Faut arrêter d’avoir peur d’être des auteurs locaux, l’assumer pis être fiers d’en être. (…) J’essaie de comprendre ceux qui font des choix avec lesquels je ne suis pas d’accord, je me confronte, c’est ma manière d’être à l’écoute, et de dialoguer. »

Fréderic Dubois: « Oui on s’inscrit dans la société, on parle de nous, de nos enjeux, mais à qui on parle? Qui écoute? Le Printemps érable, était-ce seulement du tapage? Les artistes s’engagent mais à quoi bon? (…) Je ne fais pas de la politique, suis-je moins engagé? J’essaie de faire circuler les énergies, celles des gens autour, de notre société, notre culture, j’essaie de trouver du vrai par la création théâtrale. »

Samuel Matteau: « Il faut user des moyens alternatifs pour rejoindre le public, hors des grands médias, des systèmes de diffusion traditionnelle. Initier les gens à l’art, quitte à aller dans la rue pour établir un premier contact, leur montrer que c’est aussi pour eux, à eux. (…) À un moment il était plus important de sortir dans la rue que d’écrire que je sortais dans la rue. Ensuite, je transmets des impressions, et par mes émotions et ma vision, rejoindre le collectif. Quand on esthétise, c’est qu’on a compris un mouvement, et l’esthétisme est peut-être une porte d’entrée pour un plus grand nombre. »

Jean-Philippe Lehoux: « il faut se questionner aussi sur ce qu’on est comme artiste. Il y a une certaine prétention. Moi je me trouve un peu bête, je ne suis pas érudit, ni un spécialiste de politique ou société. Je peux inventer, je peux aller dans la beauté, dans la création. On n’est pas des philosophes, mais des créateurs de l’émotion. Et ce n’est pas sans responsabilité citoyenne. (…) le théâtre est lent, cette année je ne pouvais plus écrire, j’avais besoin d’aller dans la rue. Je me suis mis à bloguer, à participer à des prises de parole, que de faire du théâtre, d’agir. Il était là mon engagement. »

Pour suivre cette discussion qui demandait en soi un investissement de la part des invités, on passait à la création pour célébrer la première soirée à L’AgitéE!! Quatre extraits d’oeuvres en chantier venaient se dévoiler dans des mises en lecture, souvent trop courtes, comme un coït interrompu.

Hélène Robitaille ouvrait la soirée avec un univers dense et déjà achevé avec Chaplin et moi qu’on oublie et son prêtre à la fois en perte de compassion et pourtant tout à fait attendri devant la candeur de Chaplin, apparu momentanément sur scène.
Maxime Robin nous a fait entendre une voix jeune, de la nouvelle génération qui, à travers sa légèreté, n’échappe pas du tout au sens de la tragédie, comme toujours annoncée pour cette génération.
 Thomas Gionet nous plutôt fait une performance qu’une mise en lecture, alors que la démarche l’emportait encore sur le texte ou son interprétation. Un moment brouillon, brut, à vif, voire à frette.
Finalement, Amélie Bergeron nous présentait ses personnages, bien de leur temps et de leur manque de langage dans une mise en lecture qui avait du « fucking esti » de mordant, pour la paraphraser.

Les photos sont de Nicola Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu – Édition Québec.

C’est sa fête!

Lundi 7 mai 2012

C’est l’anniversaire du dévoué, brillant, passionné et noble Jean-François Nadeau, comédien, auteur, et codirecteur artistique du 11e Jamais Lu. Joyeux Anniversaire, Prince du Jamais Lu!

Photos Thomas Blain

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