Archive ‘Journal de bord’

12e Festival du Jamais Lu – Épilogue

Mercredi 15 mai 2013

MARCELLE:

Bâtir la programmation d’un festival de lecture de créations théâtrales, avec pour point de départ des extraits de textes et des projets résumés en quelques lignes, c’est un peu comme partir à la chasse. On ne distingue pas totalement le gibier, mais on le sent. On le pressent.

GEOFFREY:

On se fraie un chemin à travers les projets en ayant pour seule boussole, le désir ardent de trouver des auteurs qui nous donnent l’odeur du temps!

MARCELLE:

Des femmes et des hommes qui nous proposent de nouvelles voies! Puis, des équipes qui vont les défendre ces hommes et ces femmes, ces mots et ces désirs d’auteurs. 

GEOFFREY :

Ainsi, du 3 au 10 mai 2013, le Festival du Jamais Lu à été le théâtre de prises de paroles, de prises de conscience, de découvertes, de rencontres, de vertiges, d’émotion, et de rires.

MARCELLE:

Une odyssée de huit jours qui commença par 26 auteurs montant sur scène pour réhabiliter publiquement des mots en perte de sens. Osti que c’était beau!!! Quelqu’un m’a dit : faudrait pas qu’il y ait un attentat Aux Écuries ce soir, la dramaturgie québécoise se porterait mal! Une soirée où l’on dira longtemps avec fierté et émotion : moi j’y étais!

GEOFFREY:

Un voyage qui se poursuivit dans un flot de questions:

MARCELLE:

Qui sommes-nous?

D’où venons-nous?

Où allons-nous?

GEOFFREY:

Peut-être entre A et C?

MARCELLE:

Pour trouver qui?

GEOFFREY:

L’autre!

MARCELLE:

Mais comment?

GEOFFREY:

En se débarrassant du poids de nos différences.

MARCELLE:

En quittant la crisse de cuisine d’un vieux Québec, quitte à passer à travers le plancher.

GEOFFREY:

En marchant vers l’autre, en dansant à lui;

MARCELLE:

Même si la terre s’essouffle,

Même si le soleil doit s’éteindre dans 5 milliards d’années.

Même si l’espace temps est une drôle de chose

Et que l’Histoire grande et petite nous rattrape toujours

GEOFFREY:

Lutter contre l’apathie ambiante et redonner du sens aux mots révolte,

conscience, mémoire, famille, théâtre!

MARCELLE:

Ce fut ça le Jamais Lu 2013, un bal, un méchoui, une installation visuelle, une odyssée au centre de la terre, une autre dans l’espace, un chassé-croisé temporel, une apocalypse environementalo-amoureuse, une folie furieuse désopilante, des émotions d’enfants, des envies de se réveiller au monde.

Tout ça, comme une grande tablée gourmande à partager entre tous, 

Tout ça, comme un pont lancé entre ici et ailleurs.

GEOFFREY:

De l’Égypte, à la France, des provinces canadiennes au quartier Villeray, en passant par Rimouski, cette édition au parfum d’humanisme a été l’espace propice aux rencontres, aux échanges, aux écritures qui se croisent et qui nous disent le présent, levant un peu plus le voile sur le mystère de notre existence et sur notre présence bien humble dans l’univers.

MARCELLE ET GEOFFREY:

Merci chers auteurs,

Merci chers metteurs en lecture,

Merci chers acteurs

Merci chers artisans

Merci cher animateur de table-ronde

Merci à tous pour votre talent et votre désir d’éclairer notre temps plutôt que de l’éblouir.

Cette douzième édition du Jamais Lu, fut la vôtre, puisse-t-elle être pour vous, le point de départ d’autres aventures.

Amis du théâtre et de la lecture au lutrin, bon vent et bon été!

On vous embrasse!

Marcelle et Geoffrey

Vos co-directeurs émus de ce 12e et extraordinaire Jamais Lu

Simon Boulerice vous conseille…

Jeudi 9 mai 2013

On a demandé à Simon Boulerice, qui participera demain au Bal littéraire, de nous donner ses suggestions de lecture!

Voici ce que l’auteur vous conseille :

La Bâtarde et La Folie en tête de Violette Leduc
Je suis formidable mais cela ne dure jamais très longtemps de Sylvie Laliberté
Mort d’une prima donna slovène de Brina Svit
Roberto Zucco de Koltès
Cyrano de Bergerac de Rostand
w;t de Margaret Edson
Tonio Kruger de Thomas Mann
Just kids de Patti Smith
Ta Maison est en feu de Margaret Laurence
Un brillant avenir de Catherine Cusset
Stallone d’Emmanuèle Bernheim
Les Heures de Michael Cunningham
Regards et jeux dans l’espace de Saint-Denys Garneau
Mourir m’arrive de Fernand Durepos
Les oiseaux parlent au passé de François Guerrette
La Douceur de Christophe Honoré
La Danse juive de Lise Tremblay
La Petite et le Vieux de Marie-Renée Lavoie
L’oeuvre complète de Michael Delisle

4 mai – Rêvé pour l’hiver et les étoiles apparaissent

Mercredi 8 mai 2013

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Soirée d’ouverture – 26 lettres : abécédaire des mots en perte de sens

Mardi 7 mai 2013

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FESTIVAL DU JAMAIS LU, LA FÊTE THÉÂTRO-LITTÉRAIRE CONTINUE!

Lundi 6 mai 2013

26 lettres : abécédaire des mots en perte de sens

Crédit : David Ospina

Montréal, lundi 6 mai 2013 – Le 12e Festival du Jamais Lu a démarré avec un feu d’artifice littéraire qui a marqué les esprits. La soirée d’ouverture réunissant 26 auteurs québécois sur la scène des Écuries a fait salle comble devant un public enthousiaste. Les soirées de lectures de samedi et dimanche, nous ont fait voyagé entre poésie, stupeur, rire et tremblement. Toutefois pas d’inquiétude, le Jamais Lu a bien l’intention de continuer sur sa lancée.

Cette semaine débute avec une journée dédiée au jeune public. Lundi matin à 10h, Marilyn Perreault présente son texte Entre A et C et il y a B. Une fable fantastique où dinosaures, big foot et truck géants se côtoient, le long de l’autoroute 20, au Madrid.

À 13h les élèves de 6e année de l’école St- Grégoire présente leur texte, Le quartier, qu’ils ont écrit au cours de l’année avec l’aide de Pascal Brullemans. Une fresque touchante et pleine d’énergie comme on en a seulement à 11 ans, sur une ville fantôme en proie à de grands bouleversements culturels.

Enfin, la journée s’achève avec l’humour absurde et décapant de Mathieu Handfield. Son texte Le voleur de membres retrace l’histoire rocambolesque de Daniel. Un pauvre homme qui se fait voler ses mains, ses pieds et tout le reste de ses membres! Une métaphore brillante de l’apathie générale qui sévit…

Mardi soir à 20h, nous avons rendez-vous avec Sébastien Harrisson et son texte La cantate intérieure. Une rencontre qui aborde de manière intimiste l’appropriation de la mémoire collective. Une lecture qui bénéficie d’un casting de premier ordre : Marie Bernier, Dorothée Berryman, Stéphane Jacques et Jean-François Pronovost!

Benoît Drouin-Germain et Emmanuel Schwartz prendront possession des Écuries mercredi soir à 20h avec leur texte The Weight. Un texte qui joue sur deux tableaux : francophone et anglophone. Les auteurs ont décidé d’écrire à quatre mains pour raconter une odyssée amoureuse où les deux langues s’entrelacent langoureusement. Une pièce qui se joue des clichés habituels et qui aborde la question des cultures loin des débats politiques habituels.

Jeudi soir, soirée gourmande et festive qui traite avec humour des questions de l’identité et de l’immigration. L’auteure québécoise, d’origine égyptienne, Talia Hallmona, propose avec Pascal Brullemans une lecture-méchoui pour le plus grand plaisir de nos papilles. Pour l’occasion un agneau cuira toute la journée aux Écuries!

Enfin, on vous donne rendez-vous vendredi soir pour clôturer cette édition comme il se doit, c’est à dire en musique. Pour cette soirée, on a réuni trois auteurs français – Marion Aubert, Pauline Sales et Rémi De Vos – et les québécois Simon Boulerice et Evelyne de la Chenelière. Ensemble, ils vont écrire une pièce en dix épisodes en moins de 48h. Texte qui sera truffé des titres de leurs chansons favorites qui seront jouées le soir du bal. On écoute des textes, on danse, le tout jusqu’à épuisement des corps…

Ce sont donc cinq soirée colorées qui vous attendent cette semaine, autant de bonnes raisons de venir au Théâtre Aux Écuries voir et entendre le théâtre de demain!

Le Festival du Jamais Lu, c’est aussi des lectures théâtrales pour le jeune public… et les adultes au cœur d’enfant

Jeudi 25 avril 2013

Le Jamais Lu a à cœur d’initier les jeunes publics au monde de la dramaturgie. Cette initiation passe par la découverte du processus de création inhérent à l’écriture d’une pièce au moyen d’une rencontre avec les auteurs, mais elle passe aussi par une participation active. Le Jamais Lu offre un cadre idéal pour découvrir l’univers des possibles qu’offre la fiction théâtrale et ainsi donner goût à la lecture et à l’écriture aux petits spectateurs. Si les salles de ces représentations sont bondées d’élèves, nous réservons toujours quelques places pour que les adultes à la recherche de leur âme d’enfant puissent s’y immiscer. Cette année, le festival propose deux textes aux plus jeunes, dont un écrit par eux-mêmes.

Entre A et C il y a B, de Marilyn Perreault · Lundi 7 mai à 10 h
«Quand une grande personne, en plus de pas répondre à une première question, ignore la deuxième, ça veut dire qu’il y a vraiment quelque chose qui va pas. Alors il vaut mieux poser une troisième question et y aller avec quelque chose de vraiment grave pour fouetter les troupes. (À sa grand-mère.) Ma mère est morte?»
Marilyn Perreault fait renaître grâce à sa poésie le mythique Madrid de l’autoroute 20. Situé à mi-chemin entre Québec et Montréal, le lieu est tout choisi pour que les enfants de parents divorcés et dispersés entre la capitale et la métropole passent des bras de leur mère à ceux de leur père, et vice-versa. Ce lieu mythique devient sous la plume de Marilyn Perreault un monde merveilleux peuplé de voitures gigantesques et de dinosaures où les imaginaires décomplexés des enfants peuvent s’épanouir. L’auteure prend le merveilleux comme point de départ pour conter les illusions déçues, les vestiges d’une relation amoureuse qui s’est érodée avec le temps et dont les enfants héritent.

Mise en lecture : Marilyn Perreault
Distribution : Nadine Desrochers, Mathieu Gosselin, Gabrielle Lessard, Bruno Marcil, Olivier Morin et Annie Ranger

Biographie de Marilyn Perreault
Diplômée de l’Option-Théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe en interprétation, Marilyn travaille comme comédienne et auteure. Elle a joué pour le Théâtre I.N.K., Projet Mü, Frédérick Gravel et Étienne Lepage, DynamO Théâtre, Pigeons International, Théâtre du Double Signe, Les Productions Jean-Bernard Hébert, Mathieu, François et les autres… et le Théâtre de St-Sauveur. En tant qu’auteur, elle a signé les pièces Les ApatridesRoche papier couteau et Britannicus Now.

Le Quartier des élèves de 6e année de l’école Saint-Grégoire-Le-Grand
Lundi 7 mai à 13h30
Depuis l’automne dernier, l’auteur et metteur en scène, Pascal Brullemans, rencontre régulièrement les élèves de 6e année de l’école Saint-Grégoire-Le-Grand dans le cadre d’un atelier d’initiation à l’écriture dramaturgique. Ces enfants d’origines diverses ont grandi au coeur du quartier où loge maintenant les Écuries, soit entre le boulevard Jean-Talon et la métropolitaine. Ils nous livrent des histoires en lien avec leur quotidien et leur apprentissage du monde des grands. Il y est question de jeunes héros qui découvrent l’amitié, la jalousie, le mensonge ou le deuil, avec comme toile de fond le fantôme d’une ville en pleine mutation dans sa langue et sa culture. Ses textes ont été remis entre les main de Philippe Cyr qui s’est chargé de leur mise en lecture. Ainsi, le 7 mai les enfants auront la surprise de découvrir les univers qu’ils ont imaginés prendre vie à travers la voie de comédiens professionnels. Ce projet de médiation culturel cherche à mettre en contact les jeunes publics avec le théâtre en leur faisant dé­couvrir entre autre le processus de création d’une pièce. Il entend aussi nouer des liens durable entre le Festival du Jamais Lu et les habitants du quartier Villeray.
Dramaturgie : Pascal Brullemans
Mise en lecture : Philippe Cyr
Distribution : Sarianne Cormier, Maxime Desjardins et Marie-Ève Milot
RETROUVEZ TOUS LES DÉTAILS DE LA PROGRAMMATION
ET BIEN PLUS SUR JAMAISLU.COM

Le 12e Festival du Jamais Lu, c’est dans 15 jours!

Mercredi 17 avril 2013

Plus que deux semaines avant le début du 12e festival du Jamais Lu! Les festivités débutent le 3 mai 2013, 20 h, avec un événement qui relève du jamais vu : 26 auteurs sur scène et sous la direction d’Olivier Choinière, prendront la parole afin de refonder le langage. 26 lettres : l’abécédaire des mots en perte de sens se veut une réponse urgente et sans concession aux dérapages sémantiques politiques, aux enflures langagières médiatiques. Un conseil : réservez vos places rapidement!

Cette année vous retrouvez aussi : François Archambault, Marion Aubert, Simon Boulerice, Pascal Brullemans, Evelyne de la Chenelière, Geoffrey Gaquère, Benoît Drouin-Germain, Talia Hallmona, Mathieu Handfield, Sébastien Harrisson, Lisa L’Heureux, Emmanuelle Jimenez, Isabelle Leblanc, Cédryck Lessard, Marilyn Perrault, Emmanuel Schwartz, Olivier Sylvestre, Pauline Sales et Rémi De Vos.

Vous ne savez pas quel spectacle aller voir? Dans ce cas, n’hésitez plus, choisissez les tous! Vous pouvez vous procurez, dés à présent, un forfait qui vous permet d’accéder à 3 lectures pour la modique somme de 30 $.

DERNIÈRE LIGNE DROITE POUR LA CAMPAGNE DE MICRODON

Il ne reste plus qu’une semaine pour participer à notre campagne de microdon. De nombreux mots ont été achetés et Stéphane Crête est déjà attelé à rédiger un texte qui promet d’être cocasse. Toutefois, nous n’avons pas encore atteint notre objectif. C’est pourquoi nous comptons sur votre soutien pour faire vivre cet incubateur de talent et cet espace de liberté qu’est le Jamais Lu.

Dévoilement de la programmation du 12e Jamais Lu

Jeudi 4 avril 2013

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Chers amoureux de langues bien pendues, dans un mois, le Festival du Jamais Lu remet le couvert pour une 12e édition!Du 3 au 10 mai 2013, on vous donne rendez-vous au théâtre Aux Écuries dans une ambiance de joyeux cabaret théâtral et littéraire pour voir et entendre la flamboyante relève artistique. L’occasion de faire un pas de côté, un verre à la main, pour cerner au moyen des mots et de la fiction les enjeux d’un monde qui va de plus en plus vite et dont les ramifications semblent parfois nous échapper.

Cette année les 44 auteurs réunis partent à la découverte de l’Autre, au fil des 11 événements programmés. Cette nouvelle édition mettra l’accent sur ce qui nous lie aux autres.

TOUT CE QUI NOUS LIE

La crise. S’il y a un mot qui a été vidé de son sens à force d’être trainé sur la place publique, c’est bien celui-là. Financière, étudiante, sociale, politique, culturelle, la crise s’est immiscée dans tant de domaines qu’on ne les dénombre plus. Elle semble être le symptôme de terribles catastrophes à venir, de la victoire du cynisme, de la perte de foi en des idées plus grandes que nous. Dans ce climat où le bien des individus paraît accessoire devant la nécessité de résorber la ou les crises, le Jamais Lu s’interroge sur ce qui nous attache les uns aux autres malgré les multiples endroits de séparation, sur ce qui nous pousse à nous lever tous les matins et à construire ensemble. Tout ce qui nous lie, toi, moi, nous et les autres.

UNE PROGRAMMATION QUI EXPLORE L’HUMAIN AVEC CURIOSITÉ, OPTIMISME ET FOLIE

Les textes inédits qui seront entendus au 12e Festival du Jamais Lu ont été sélectionnés pour la justesse et la pertinence avec lesquelles ils s’adressent à nous. Ils explorent l’individu dans sa quête sublime d’absolu, mais aussi dans la fragilité de sa condition. Entre optimisme et désir de grandeur, c’est autour de cette recherche que s’articule la programmation 2013.

 

Les auteurs programmés au 12e Jamais Lu :

 

  • Lisa L’Heureux, jeune auteure ontarienne, explore le lien entre les générations dans son texte Rêvé pour l’hiver. Un voyage poétique dans le temps et l’espace.

  • Olivier Sylvestre, avec les étoiles apparaissent, nous convie à une fable où la grande Histoire et la petite se donnent rendez-vous : si la chute environnementale de notre planète était liée à celle de nos amours?

  • Mathieu Handfield écrit Le voleur de membres, une fable absurde et hilarante qui interroge au travers de l’histoire d’un homme qui se fait dérober ses membres notre propension à l’apathie devant l’adversité.

  • La cantate intérieure de Sébastien Harrisson met en scène une mystérieuse rencontre entre une artiste d’art contemporain et un coursier UPS. À qui appartient l’histoire que raconte l’œuvre? Au spectateur? À l’artiste?

  • Cédryck Lessard est notre jeune recrue du concours l’Égrégore du Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec (RIASQ). Jeu est une œuvre fougueuse qui embrasse une large quête identitaire propre aux jeunes adultes.

  • The Weight, de Benoît Drouin-Germain et Emmanuel Schwartz, est une odyssée improbable dans laquelle un couple mixte anglophone, francophone, vivant au Québec, tente d’échapper aux regards sociaux qui alimentent un perpétuel combat des langues, pour simplement être ensemble. Loin du discours politique, ce texte cherche à unir par la passion ce qui semble voué à être éloigné par l’Histoire.

  • Talia Hallmona s’allie à Pascal Brullemans pour créer une œuvre aussi pétillante que pertinente! Ils nous convient à une lecture-méchoui (eh oui, un agneau cuira toute la journée aux Écuries!), ayant pour titre moi et l’autre. La forme et le fond se joignent pour sonder ce que veulent dire les mots intégration, origine, abnégation de soi, identité.

Les projets spéciaux du 12e Jamais Lu

Soirée d’ouverture

26 lettres : l’abécédaire des mots en perte de sens ·Vendredi 3 mai, 20 h

La langue, les mots, leurs sens, ont le pouvoir de lier une communauté. Seulement, à force de passer de bouche en bouche, les mots s’usent. Certains ont même parfois la vie dure… On les récupère, les mate, les asservit au profit d’un inconsistant verbiage ambiant. C’est accompagné de vingt-six auteurs qu’Olivier Choinière a choisi de lutter contre cette perte de sens en montant sur scène pour lire publiquement des lettres destinées à réhabiliter les mots qu’ils ont choisi de sauver de leur triste dérive sémantique. En redonnant sens aux mots qui nous unissent, ces auteurs nous offrent, à nous spectateurs, le pouvoir de leur imaginaire, de leur force sociale, de leur impact émotif.

 

Carte blanche à Geoffrey Gaquère : Le dénominateur commun · Dimanche 5 mai, 20 h

Le Jamais Lu donne carte blanche au codirecteur artistique ce 12e Jamais Lu, Geoffrey Gaquère, afin qu’il puisse déployer pleinement sa vision de la dramaturgie contemporaine, telle qu’il la désire. Soucieux de comprendre la mécanique humaine, son projet Le dénominateur commun l’a amené à réunir trois auteurs – François Archambault, Emmanuelle Jimenez et Isabelle Leblanc qui rencontrent des spécialistes de la quête de sens : une théologienne, un astrophysicien, un psychologue et un généticien. À la suite de ces rencontres, les trois auteurs rendront compte de leur expérience en écrivant du théâtre, des poèmes, des essais, des verbatims, et tout ce que le choc des discussions aura suscité en eux. L’humble espoir qu’entretient Geoffrey avec ce projet : fouiller la part d’ombre et de lumière inhérente à notre passage sur terre.

 

Soirée de clôture

Le Bal littéraire · Vendredi 10 mai, 20 h

Pour sa soirée de clôture, le Jamais Lu propose une première en sol québécois : une représentation franco-québécoise d’une formule bien éprouvée en France : le Bal littéraire de la Coopérative d’écriture. Pour l’occasion, cinq auteurs – trois français : Marion Aubert, Rémi De Vos et Pauline Sales et deux québécois : Simon Boulerice et Evelyne de la Chenelière – se réunissent pendant quarante-huit heures afin de produire un texte autour de leur rencontre et de leurs chansons préférées. Le principe est simple, chaque texte se termine par les premières paroles d’une chanson qui, aussitôt prononcées, se mettent à jouer à tue-tête. Les spectateurs en piste sont invités à danser tout leur saoul. Une fois la toune terminée, on se rassoit, on écoute la suite de l’histoire… on redanse, on réécoute du théâtre, on redanse… ainsi de suite jusqu’à l’épuisement des corps et des mots. Une clôture de festival où la beauté de la rencontre dramaturgique n’aura d’égale que la frénésie des spectateurs!

Lectures jeune public

Le Jamais Lu présente également deux lectures théâtrales de textes jeune public. D’abord, il y aura Entre A et C il y a B de Marilyn Perrault.Une plongée dans un univers peuplé de dinosaures et de bigfoots où l’évasion imaginaire permet de mieux s’expliquer ces vies d’enfants écartelés entre la semaine à Québec avec maman et la semaine à Montréal avec papa. Puis, livrée par une équipe de comédiens professionnels, une œuvre collective, Les contes du Grégoire, écrite par les élèves de 6e année de l’école Saint-Grégoire-le-Grand, fruit de plusieurs mois d’atelier d’écriture sous la supervision de Pascal Brullemans. Une belle occasion de découvrir ce qui habite l’imagination de la prime jeunesse.

« Dans le pays où j’ai grandi » de Patric’ Saucier

Lundi 10 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Le metteur en scène du cabaret, Patric’ Saucier, nous livre sa réflexion sur la fameuse question…
 

Dans le pays où j’ai grandi,

il s’en est dit bien des affaires

depuis que je suis venu au monde.

Je suis né, nez à nez avec la mort,

celle de Kennedy.

Fin novembre ‘63.

L’Amérique pleurait JFK,

ma mère pleurait de joie,

mon père pleurait jamais.

Y’a des choses qui se font pas !

Depuis 50 ans

On en a tellement vu de toutes les couleurs

Que ça aurait pris des yeux tout le tour de la tête

Pis des lunettes 3D

pour regarder l’arc-en-ciel en pleine face.

Il s’est dit tellement d’affaires pis des n’importe quoi

qu’on a manqué d’oreilles pour tout écouter.

Les mots creux ont tapé en tempête dans nos tympans têtus,

Les vents de promesses de changements

qui changent jamais

ont tourbillonné dans le grand foc avant,

avant de fucker le chien.

Les chaudes gorges se sont brûlées la langue de bois

jusqu’à la corde

la corde s’est mise à danser

Pis les politiciens giguent encore sur la même musique

en changeant le tempo

pour se donner l’impression

de valser mieux que leurs prédécesseurs.

Pour faire différent

mais la rengaine reste la même

pis quand on sait plus sur quel pied danser,

ben on marche sur celui des autres.

Ici plus qu’ailleurs?

Je le sais pas, je m’en sacre.

Ailleurs c’est à eux-autres.

Qu’ils s’arrangent.

Dans le pays où j’ai grandi,

La peur s’appelait Bonhomme sept heures

mais on le voyait jamais.

Parce que la peur vivait dans les autres villages

les autres pays

pis elle parlait une autre langue,

des fois l’anglais.

La peur portait des noms de films,

des noms de famille, des fois

des noms de maladies

contagieuses

honteuses

infectieuses

épidémiques

épidermiques

et pis ben d’autres.

La peur se tenait en gang entre les cases,

dans la cour d’école,

Pis après elle s’est tenue en gang de rue

Pis en gang de bicycles pis de motards

pis de bandits de la finance

Pis d’avocats du diable qui prennent notre mal en patience.

Au fil des ans la peur s’est brodée un tissu de mensonges

pour habiller la vérité.

Aujourd’hui,

On apprend que les maires et les hauts-fonctionnaires

Sont payés à la commission

Que les bandits démissionnent et ne vont plus en prison.

Les croyances ont délaissé la religion

Les églises ferment boutique

les dieux sont mortels

Pis le diable est aux vaches dans l’enclos du paradis fiscal.

À force d’être chassée d’ailleurs,

la peur a fini par immigrer chez-nous.

Avant, elle était mafieuse et vivait en Sicile.

La peur coulait du monde dans le béton et les jetait à l’eau astheure elle vend du béton et coule l’économie.

On crie au voleur

chaque fois qu’un gouvernement investit dans la culture.

Moi je rêve du jour où la Mafia va investir dans la culture,

Même les hippies vont en avoir des millions pour faire du théâtre.

Avant, la peur se cachait dans le crépuscule,

sortait juste la nuit,

se terrait dans la grande noirceur,

astheure la peur a plus peur,

elle s’expose au grand jour.

Elle a plus de visage,

elle porte un matricule.

Elle s’est armée de matraques, d’armures pis de lois musclées

pour nous protéger contre nous autres.

La peur s’est immiscée dans le pays où j’ai vieilli

depuis que ceux qui devaient nous défendre

se sont mis à nous attaquer.

Un jour de printemps récent on a crier : J’ai faim de justice !

Ce soir-là, on a mangé une volée,

une maudite bonne,

bien poivré,

du vrai buffet à volonté,

c’était pourtant pas chinois !

Parce dans le régime de la peur,

tu peux pas manger n’importe quoi. Ben non.

Il faut que tu suives une diète sévère

qu’on t’applique au pied de la lettre

pis aux pieds au cul.

On t’alimente d’images troublantes,

pis toi, troublé, tu sais plus quoi ni qui croire.

Tu doutes de tout de tout le monde

sauf peut-être

de l’arrière grand-père de Bernard Adamus, Nostre.

Mais comment on peut prédire la fin de l’Histoire

quand on sait pas où elle a commencé ?

Parce que dans le pays où j’ai grandi,

2012, c’est pas une fin, c’est un début.

Ok, Peut-être même juste l’idée de départ d’un début,

un chapitre… un paragraphe,

au moins un phrase qui a su trouvé les mots justes

pour effacer les maux de coeur.

Le temps d’un printemps.

Peut-être pas plus

Mais le bourgeonnement à pris racine.

J’ai vu des milliers de Don qui se choquent,

grimpés sur leurs grands chevaux,

pis monter à l’assaut des moulins à paroles vides.

Armés de leurs casseroles, bruyantes et rossinante,

on pouvait les entendre chanter à pleines rues.

La colère dans le bonheur.

Armés de casserole pour exprimer le ras-le-bol !

Éruption du trop plein,

la coulée humaine qui déferle dans les villes

À petits pas des grands projets.

Des rues inondées d’une marée de femmes,

d’hommes et d’enfants

qui s’est heurtée à des récifs inhumains.

La vague brisée à maintes reprises

mais debout dans le ressac de la tourmente.

Des jeunes de moins en moins jeunes chaque jour

debout parce que tannés d’être à genou.

Debout dans tête.

Des jeunes vieux, côte à côte, coude à coude.

Carré rouge de colère

Bleus d’écoeurement,

verts de rage

À rêver de changement, éveillés,

les yeux ouverts

même gazés.

Gonflés d’espoirs de revoir un lendemain qui regarde plus hier,

Le sourire fier de la conquête étampé dans la face,

juste à côté de la main de la police.

Parce que leur Premier ministre,

à force de vouloir sauver la face,

a perdu la tête.

L’orgueil ça a pas de prix,

surtout quand c’est les autres qui paient pour.

Sa machine s’emballe, part tout croche,

lui, refuse de faire marche arrière,

il se braque parle à personne, la transmission est cassée.

Il refuse de naviguer ça fait qu’il divague.

Veut rien savoir de suivre le courant,

il veut rien que briser la vague.

Il riposte policièrement et fermement.

La loi massue frappe de plein fouet

Et le rouge n’est plus carré,

le rouge prend des formes de nez, de fronts,

de cranes ouverts sur le monde.

La grande ouverture d’esprits dont savent faire preuve les manifestants.

La liberté de paroles qu’on nous fait ravaler

à coup de balles de caoutchouc.

«Tiens mon câlisse ! »

On rêvait de changement, de casser la barraque

Du printemps qui regarde plus l’hiver,

Et le rêve a quand même pris forme.

Des formes diverses, inspirées, des idées à la pelleté.

Un deuxième printemps 68 avec un épicentre québécois.

De quoi être fier d’être né dans le pays où j’ai grandi.

Des vidéos magnifiques,

des textes qui t’enlèvent les mots de la bouche,

des chansons qui fessent dans le dash.

Du grand art en même temps comme rarement dans l’histoire.

L’effervescence ostie!

De quoi être fiers pas à peu près !

Mais de quoi avoir honte aussi;

Quand les fesseux pis les fessés viennent de la même famille

On appelle ça un fratricide, câlisse.

La deuxième grève mondiale du Québec

Après l’amiante, l’étudiante.

La grande noirceur sort de l’ombre

pour mettre en lumière

les mêmes vieilles techniques d’intimidation.

Le vrai danger vient jamais du fusil

Il vient de celui qui le tient.

Parce qu’elles soient en plomb ou en caoutchouc,

Ce que les balles cherchent avant tout à tuer

C’est les idées.

Ici comme ailleurs

Les années se suivent et la violence nous rassemblent

Le printemps des érables qui a suivit

Le printemps arabe de 2011.

La Place Tiananmen printemps 89.

Le printemps Berbère en 80

La coupe Stanley printemps 93

Tout à coup, ici comme ailleurs,

le printemps est devenu la saison des amours amères.

Quand une manifestation a l’effet d’une bombe

il faut se méfier des obus du pouvoir.

La même musique partout, c’est classique

La brutalité orchestrée par les violences du roi

Dans sa prestation inégalée

de la Xième symphonie de gestes gratuits.

Leur chef joue la sourde-oreille

aux yeux du monde qui sont tournés

vers l’irréductible village québécois

et de son politichien idées fixes.

Le territoire occupé,

La bande de gazon, gazés par la police

Piétiné pendant des semaines, des mois.

La pas d’estime

qui prend les grands moyens en riant.

On rêvait de changement, de casser la barraque

Du printemps qui regarde plus l’hiver,

Un cessez-le-feu a cassé le fun.

D’estival en festivals pis la chaleur des canicules a refroidi les ardeurs des troupes.

Les casseroles se sont tues,

il aurait fallu aux cuillères, une autre paire de manches.

Les marcheurs usés se sont assis

pour regarder passer la caravane électorale.

Des élections en été pour nous rappeler

Là aussi

que Duplessis n’est pas mort,

qu’il a son héritier qui, lui aussi, méprise les cons citoyens,

Du haut de sa colline parlementeuse.

Mais ici «Je me souviens…». Fuck you.

Deux mois d’été pis on avait tout oublié.

Personne en parle comme si tout avait été déjà dit.

Les poussières de souvenir du printemps sont balayées du revers de la main.

D’un coup de branlette aux érections provinsales.

Les maux ne savent seuls venir;

Tout ce qui m’était à venir, m’est advenu.

Les libéraux sont quasiment réélus.

Et Rutebeuf saura pas lui non plus:

Que sont ses amis devenus

Qu’il avait pourtant de si près tenus et tant aimés ?

Mais que veux-tu? Ce sont amis que vent emporte,

Et il ventait devant sa porte

On a eu ce qu’on mérite. Un point c’est tout un poing dans face.

On frappe mur, toujours le même depuis des cent ans.

Le mur qui nous dit :

«Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ?»

Le mur invisible,

le mur du silence et des lamentations

Le mur de la peur

La cloison étanche qui divise le Québec en deux.

Ce mur-là qui s’est construit entre nous autres,

Il s’est pas fait avec des roches ou à coups de briques,

c’est du sable pis de la poussière qu’on a laissé s’empiler.

Le temps de sortir le balai ça aurait pris une pelle.

Trouve la pelle, c’est un tracteur qu’il faudrait.

Pis une grue

pis de la dynamite

pis après trop d’années

le mur est rendu tellement haut

que les paroles peuvent plus franchir notre mur du son.

Nous nous sommes emmurés vivants.

 

Patric' Saucier par Nicola-Frank Vachon

Bilan du 2e Jamais Lu – Édition Québec : de pertinence et d’éclat

Mercredi 5 décembre 2012

Fort et fier de trois jours de fêtes festivalières remplis de l’ardeur des artistes et d’un public au rendez-vous, le Jamais Lu est désormais bien implanté dans la Capitale. Entre de nouvelles créations qui donnent le pouls de leur époque, des réflexions à point nommé pour la suite du monde et des rencontres essentielles, le Festival a affirmé avec cette deuxième édition sa nécessité ainsi que son potentiel jubilatoire! Avec une moyenne de fréquentation de 80% aux soirées, le Jamais Lu a poursuivit sa lancée à Québec ville, porté par sa force rassembleuse et ses paroles percutantes.

Détonations de visions diversifiées

Amorcé par la table ronde Le politique et l’écriture, le Festival a suscité des prises de position réfléchies des plus intéressantes. La discussion menée par Marcelle Dubois regroupait les auteurs Annick Lefebvre, Édith Patenaude et Jean-Philippe Lehoux, ainsi que le cinéaste Samuel Matteau et le metteur en scène et directeur artistique Frédéric Dubois, pour confronter leurs démarches aux événements politiques et sociaux qui ont particulièrement animé le Québec cette année. Désabusement, détermination à s’adresser à son époque et son territoire, humilité, besoin d’écoute et impératif de multiplier les approches et les moyens de diffusion, responsabilité de l’artiste: sans être d’accord, les invités ont fait le point et ont dégagé des pistes vers la fameuse question éditoriale C’est quoi notre problème?

Électrochocs de créations

Avec ses quatre extraits de pièces en chantier, L’Accélérateur de particules fut une soirée des plus allumeuses et allumées. Tout d’abord enchantés par l’univers de Chaplin et moi qu’on oublie d’Hélène Robitaille et son charme suranné mais toujours criant, brillant, dense et désespéré,  Jusqu’à Troie, le cabaret tragique de Maxime Robin nous a touché avec l’angoisse d’une jeunesse qui a grandit avec le poids de fins du monde annoncées. Thomas Gionet a tourbillonné devant nous dans la tempête de son AMOURen devenir, et avec le comique Hors champs, Amélie Bergeron a présenté des personnages tristement de leur temps, malheureusement trop convaincants dans la vacuité de leur discours.

Quant à la soirée Les Intégrales, elle a montrée toute la puissance d’une charge dramaturgique. On ne sait trop si le titre Scalpés d’Anne-Marie Olivier fait référence à la crise d’Oka que la pièce évoque ou aux cœurs de ses protagonistes cherchant leur souffle entre douleur et survivance. L’Gros Show de Lucien Ratio de son côté dressait un portrait hyperréaliste de la radio populiste qui trône sur les ondes de Québec, écorchant les personnages à coup de désillusion et de vérités crues à travers un rire un peu méchant et très libérateur.

Les textes de la clôture nous ont entraînés dans les ramifications complexes des réponses possibles à C’est quoi notre problème?, frappant d’ingéniosité tout autant que de justesse, dans un spectacle à fort caractère littéraire. Difficile de résumer la richesse des propos de Véronique Côté, Marc Auger Gosselin, Annick Lefebvre, Patric’ Saucier, Jean-Michel Girouard, Fabien Cloutier, Catherine Dorion ou Jean-Philippe Lehoux (qui abordaient tour à tour la vacuité médiatique et le vocabulaire récupéré, les questions de souffle, d’existence, d’espoir, de disparition et de comparaison au Mordor, la condescendance et l’hypocrisie même à gauche, les révolutions à franchir, la nécessité d’écouter ce qui n’est pas beau, ce qui crie, la redécoration intérieure qui n’arrange rien ou encore le théâtre-bibelot d’une relève qui manque d’audace, la droite frustrée ou l’humilité nécessaire à toute solidarité). Nous vous invitons plutôt à lire quelques extraits mis en ligne sur notre blogue!

Rencontres expansives

Que ce soit dans la simple et chaleureuse proximité de L’AgitéE ou dans la débordante fête de clôture au rythme de DJ Millimétrik au Théâtre Périscope, dans la célébration du prix de Première Ovation (remis aux Écornifleuses pour Absence de guerre) ou dans le rapprochement Montréal-Québec qui s’effectue à travers le Jamais Lu, le Festival est un lieu unique de rayonnement de la parole des nouveaux auteurs. Ralliant le milieu théâtral par la curiosité, conviant le public à entendre la parole dramaturgique dans une rare immédiateté, permettant aux auteurs – bêtes solitaires par définition – d’échanger avec leurs pairs, le Jamais Lu se fait aussi espace de possibles vivifiants.

Comme mentionné au terme du cabaret de clôture par Frédéric Dubois, directeur artistique du Théâtre Périscope – partenaire avec Premier Acte du Jamais Lu – Édition Québec : «Le Jamais Lu Québec sera une tradition!» Antre d’affirmation de volontés diverses prêtes à forger maintenant et demain, c’est à coup de Bang! bien ciblés que le Jamais Lu s’est déployé. Et ce n’est encore qu’un début pour les aspirations brutes et audacieuses de la relève dramaturgique… À suivre, l’an prochain!

Le Jamais Lu vous revient au début 2013 pour vous offrir d’autres rendez-vous exaltants – dès l’hiver. À bientôt!

Photos Nicola-Frank Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu - Édition Québec

« Le montant qu’on s’est fait chier pour » par Josée, personnage de Catherine Dorion

Mercredi 5 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Dans ce texte, Catherine Dorion se glisse dans la peau d’un personnage, Josée – d’ailleurs au cabaret son interprétation était tout à fait hilarante, et dévouée, l’auteure allant même jusqu’à pousser la chansonnette avec « Croire » de Martin Deschamps…
 

Le montant qu’on s’est fait chier pour

Bon ben bonjour, je suis très heureuse d’être ici ce soir en si grand nombre, moi, ben c’est ça, c’est Josée, j’étudie en marketing du design et de la mode et si je suis présente ici ce soir c’est pour vous parler du Québec et de ses divers problèmes.

Récemment, j’ai eu beaucoup de réflexions en écoutant la radio pis… ben moi, je suis beaucoup branchée sur LCN. L’actualité, j’en mange, ok, je suis vraiment une passionnée de dire qu’est-ce que je pense, surtout depuis que j’ai commencé à régler mon problème de confiance en mes capacités personnelles.

Pour moi, tout a commencé lors des manifestations étudiantes. J’avais regardé LCN, pis y avait une fille, ok, elle était allée à une manifestation pour crier contre le système que nous vivons, que nous avons voté. Puis ce qui s’est passé, c’est qu’elle a pas écouté la police, pis la police, évidemment, a fait son travail pis dans le fond, plus spécifiquement, c’est que la fille a reçu une petite balle de caoutchouc d’une police dans la bouche pis c’est venu casser toutes ses dents à l’avant, notamment.

Juste vous dire, moi le printemps érable… je l’ai vécu sur le terrain. Des bouchons, du traffic, aller chercher ma fille pis qu’il reste pus aucun autre enfant au niveau de la garderie… j’ai tout vécu ça de mes yeux vu. Pis malheureusement, c’est aussi venu déranger l’heure du dodo, parce qu’elle se couchait à huit heures, mais huit heures, malencontreusement, c’était l’heure où… ces gens-là, dans le fond, faisaient taper leurs enfants sur des chaudrons à côté de la fenêtre ou c’est que ma fille, elle s’endort. Les enfants dehors, ils avaient du fun, ils étaient contents c’est sûr, mais c’est parce scuse, pendant que t’as du fun, ma fille elle a peur, elle pleure, elle me demande pourquoi il y a ça. Pis c’est ça moi dans le fond que je trouve que ça laisse à désirer, c’est que toi ton enfant il trippe peut-être mais mon enfant est pas bien à cause de toi. Fait que t’sais, là-dedans, c’est qui le bon parent, t’sais? C’est plus ça, moi.

Mais en ce qui concerne la jeune demoiselle avec la dentition malheureusement démantibulée, je veux dire, c’est sûr que c’est venu corriger son comportement à quelque part. Tsé, c’est plate, mais la prochaine fois qu’elle va vouloir faire la révolution, elle va peut-être y penser plusieurs fois dans sa bouche avant de le faire. T’sais moi, je suis restée chez moi, j’ai pris soin de mon enfant, j’ai écouté mes émissions, j’ai travaillé aussi au niveau de mes courriels, pis mes dents sont toutes là, notamment, là.

C’est parce que l’étudiant, il fait le party pendant la grève ou il fait comme cinq bacs pour trouver vraiment le travail que y’aime… C’est ça, on a un gros problème au niveau de toute le Québec, c’est qu’on veut que les choses, ça soye le fun. Moi personnellement de mon côté j’ai énormément de respect pour les gens qui se font chier. Scuse, mais si tu l’aimes ton travail, c’est pas un travail. Un travail, par définition, c’est être payé pour faire quelque chose que t’as pas le goût de faire. Si t’as le goût de le faire, tu vas le faire de toute façon, fait qu’à quelque part, pourquoi que je te payerais, à quelque part? Donc qu’est-ce que j’ai conclu dans mes réflexions, c’est que la valeur d’une chose, c’est le montant qu’on s’est fait chier pour. Donc le Québec, le problème, si on veut arrêter d’être de la marde, il faudrait se faire chier davantage. Peut-être, juste pour faire une petite image, vous me pardonnerez si possible la vulgarité de mon image : dans le fond, c’est chier la marde qu’on est nous-mêmes pour, à quelque part, s’en libérer et avoir plus de valeur comparé aux Etats-Unis.

Parce que moi, je voudrais ben dire que le Québec c’est cool, mais vu que le Québec c’est de la marde, si je dis que c’est cool, je me positionne moi-même du côté de la marde. Pis moi personnellement, j’ai ben peur de me mettre dans une situation que je passe pour de la marde. Récemment, j’ai été amenée à voir une thérapeute, pis mon problème qu’a m’a dit, c’était que j’ai comme tout le temps peur d’être pas correct, admettons. L’événement que je lui avais raconté, c’était un 5 à 7 avec du monde qui parlaient de musique. Moi, mon idole en musique, c’est Martin Deschamps, mais j’osais pas le dire parce que souvent, les gens rient de lui. Pis y a quelqu’un qui a dit : « Martin Deschamps, c’est tellement de la marde ». Moi dans mon problème d’estime personnelle je n’ai pas pris la parole pour défendre Martin Deschamps. À la place, qu’est-ce qui s’est passé dans ma tête, c’est que je me suis dit qu’une chance que j’avais fermé ma gueule à propos que moi je l’aimais. Et ça ce comportement-là, jusqu’à dernièrement, c’était moi toute crachée.

Mais là, j’ai commencé à opérer un cheminement au niveau de la croissance personnelle que je vais vous donner un exemple. Y a pas longtemps, au moment de faire… l’Acte lors d’une soirée communément appelée one-night, ok… parce que moi, mon complexe, c’est que j’ai peur que le gars y aime pas qu’est-ce que je fais ou ben comment que je réagis à qu’est-ce qu’il me fait. Donc, on était au niveau du sexe oral, mais comment qu’il le faisait, c’était pas vraiment comment que moi, j’aimais. Sauf que là, moi, je me disais que c’était sûrement moi qui avais un problème de frigidité donc sentiment de honte donc faire semblant de jouir, ok. Donc là, ensuite, c’était rendu, comme, à son tour fait que je me mets à l’oeuvre, mais c’était vraiment très long avant que… c’était vraiment très long. Mais moi j’avais, en quelque sorte, pas le choix de le faire venir vu que j’avais comme venu – même si pas vraiment, tsé. Pis là je me suis dit : crime, à cause de comment que j’agis, chus en train de travailler pour venir payer, dans le fond, quelque chose que j’ai même pas vraiment reçu. J’étais en train de travailler sans qu’en échange j’aye eu aucun bien-être.

Donc, là, ouin… C’est sûr que ça marche pus vraiment avec qu’est-ce que je disais tantôt, que notre problème c’est qu’on voulait juste avoir du fun – ben, oui, il y a les bien-être social pis les étudiants qui veulent juste aller à Cuba, dans le fond, mais qu’est-ce que je suis en train de me rendre compte c’est que y a aussi d’autre monde que je fais partie qui ont l’autre problème, qui travaillent vraiment fort sans vraiment avoir de fun en échange. Donc évidemment beaucoup de frustration parce que beaucoup de travail et très peu de plaisir, comme moi durant mon one-night. De la jalousie, aussi, quand ils voient d’autre monde avoir du fun sur leur bras, comme moi, ma fellation. Alors que peut-être que dans le fond le problème c’est pas le plaisir des autres personnes, le problème c’est plusse que eux y ont pas osé demander au gars de mieux leur faire le cunni. Pis ça, il faut adresser ça sinon, on va haïr tous ceux qui ont du plaisir, pis ça, d’après moi, c’est très détrimental dans une société. Pis ça c’est vraiment une des conséquences des lacunes au niveau de l’estime de soi.

Fait que ma conclusion à ma morale de mon histoire c’est que bien sûr il faut se faire chier dans la vie, mais peut-être pas dans le vide. Durant mon one-night, par la suite, ça s’est très bien déroulé, j’ai pas fini la fellation pis j’ai plutôt demandé qu’il fasse, dans le fond, une position qui correspondait davantage à mes besoins. Et à la suite de la relation sexuelle, j’ai sorti mon iPod en lui disant que moi, Martin Deschamps, je le trouvais vraiment touchant, pis je lui ai fait écouter une chanson très peu connue que j’aime vraiment qui s’appelle « Croire ». C’est tellement une belle chanson, là, ça dit : il suffit de croire, tout est changé, recommencé, on a la vie qu’on rêve d’avoir, croire, vivre à l’envers de tout ceux qui ont peur, risquer sa peau, tout comme le font les fleurs, quand leur pétales montrent leur cœur. » C’est vraiment beau, pis moi, c’est ça que je rêve de faire par rapport à mon estime de moi-même pis pour le Québec. Ou ben en tous cas, Canada, le monde, là, les autres pays aussi les autres races aussi, là, moi, j’ai pas de préférence.

« Croire
Il suffit de croire
Et tout renaît, tout est refait
La vie ne peut rien contre l’espoir
Quand on veut croire
Il suffit de croire
Tout est changé, recommencé
On a la vie qu’on rêve d’avoir
Suffit de croire
Comme un arbre qui fait ses bourgeons
Malgré le vent qui lui reprend ses feuilles
Croire à la vie vêtue de deuil… »

 

Photo : Mario Villeneuve

 

« Harper-dépanneur » par Annick Lefebvre

Lundi 3 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Voici un petit coup d’Annick Lefebvre et sa réponse cinglante à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…
 

Harper-dépanneur

Si seulement on pouvait acheter

Nos armes à feu au dépanneur

Dire à l’Asiatique qui encaisse nos achats

Nos suits de jogging laittes

Pis nos faces de matins poqués

« Heille, je vais te prendre un gros Export A Light

Un AK-47, une Caramilk

Un 6/49, un sac de chips au ketchup

Pis des munitions »

Si on nous donnait la chance

De se sentir en sécurité

Quand on se promène le soir dans Québec

Parce qu’on transporte notre AK-47

Dans notre sac de magasinage

Pis que nos deux mains ont été entraînées

Pour tirer à bout portant

En cas d’attaques d’Option Nationale

Si on nous autorisait à dormir autrement

Qu’en serrant le vide de nos draps froissés

Pis qu’on pouvait s’assoupir doucement

En caressant le manche de métal frette pis rassurant

De notre gros gun de guerre démontable

Pour enrayer l’angoisse qui persiste

Malgré les thérapies auxquelles nous sommes abonnés

Si le « Harper-dépanneur » s’implantait définitivement

Pour nous armer de courage à tous les coins de rues

Je m’écrierais « De l’armement et des beignes! »

Pis je ferais les démarches pour me partir une franchise.

Photo Nicola-Frank Vachon

 

 

« Lettre à toi, madame Lafolle » par Jean-Michel Girouard

Vendredi 30 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Nous vous invitons maintenant à plonger dans l’univers de Jean-Michel Girouard et sa réponse à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…

Lettre à toi, madame Lafolle

Chère madame folle,

Avant de commencer, j’veux juste vous dire que vous lirez jamais cette lettre là. Je vais plutôt la lire dans le cadre d’un festival de nouvelle écriture. Vous connaissez pas ça. C’est pas grave. Je vous rassure aussi, y’aura aucun jugement sur vous dans tout ça. Juste un jugement sur moi. En vous écrivant cette lettre là, je commets un geste totalement égocentrique. Et vous avez rien à dire. Vous vous avez le rôle de madame Lafolle et moi celui du jeune auteur qui porte un regard aiguisé et sensible sur ce qui l’entoure. Rapport de force un peu étrange, assez injuste vous allez dire. C’est pas de ma faute, c’est mon travail. Excusez-moi de me servir de vous. De vous prendre comme un outil, comme une arme. Je me sers de vous comme d’une idole d’ivoire qu’on lance, qu’on explose au sol pour renier les croyances. Excusez-moi de vous placer sur un autel pis de vous sacrifier sans que vous ayez rien demandé. C’est mon travail.

Chère madame la folle… Lafolle, comme si c’était votre nom, votre nom de jeune fille et pas un qualificatif méchant ou un diagnostique clinique. Chère madame Lafolle, on s’est rencontré au mois de juin. Le dernier mois de juin. Celui avec les casseroles; les carrés rouges pis les verts; les articles de journaux sur facebook pis les vidéos de police sur youtube; les gens dehors, dans la rue qui crient; les gens à télé, à radio, dans leur maison qui chialent. Le printemps érable. Ça vous énarve cette appellation là? Ouais, moi aussi. Mais bon.

L’affaire, c’est que je suis pas vraiment allé manifester dans les rues. Sauf une fois. Pis c’est cette fois là où on s’est rencontré. Le seul soir où j’suis allé marcher pour les étudiants, contre la hausse des frais de scolarité, pour l’accessibilité aux études, contre le gouvernement Charest en générale. On savait plus trop exactement pourquoi. C’était tout mêlé. C’était une manifestation complètement absurde. On était genre quarante-cinq. Y’avait juste du monde pas rapport, des fêlés, des bizarres. Y’avait le gars déguisé en chevalier, le gars avec des osties de pantalons mous pis une casquette en velours cordées, le gars qui lit tout croche un poème de Miron en criant trop, la fille qui se sent ben artiste et qui va parler avec une voix d’enfant à la police avec une marionnette qu’elle a fait avec un bas, le vieux fou avec une camisole sur laquelle y’a le fleur de lysé en feuille de pot. Et y’avait surtout une madame au centre. Laide. Décâlisse. Déguelasse. Qui a l’air de puer. Une madame folle. Folle ben raide. Folle dans le sens de folle dans tête, folle de maladie mentale, folle de pauvreté de poche et de tête. Cette madame là, c’est vous. Madame Lafolle. Madame Crackpouk. Vous étiez vraiment laide. J’veux dire selon les magasines pis la télévision, vous êtes laide. Vous êtes le vrai monde. Le vrai monde, c’est pas nous, parce que nous, on est spécial. Pis quand on vous voit, on se dit qu’on est pas si différent. Fak c’est pour ça qu’on aime pas ça vous voir. Parce qu’on est pareil. Mais on veut pas le savoir.

Quand je dis que vous êtes laide là, c’est pas pour être méchant. C’est pour vous décrire. C’est froid. C’est descriptif. C’est pas de votre faute. C’est même pas si grave. C’est un choix de valeur, la beauté. Un choix de société de valoriser, d’aimer, de vouloir le beau. On aurait pu choisir autre chose. Mais non.

Vous avez la peau salie par la vie qui passe comme un truck de vidange qui laisse une coulisse de marde en arrière. Vous avez l’air de sentir la marde. La vraie. Un mélange de marde, de Labatt 50 pis de Joe Louis. J’dis pas que c’est pas correct de manger des Joe Louis là. J’aime ben ça moi aussi. Mais…mais en tout cas.

Fak là, on est au milieu de la rue, tout le monde s’ostine parce que ça a pas rapport qu’on soit là, les trente-deux à vouloir manifester. C’est la pagaille. Tout le monde parle et crie son idée parce que c’est ça la démocratie, tout le monde a le droit de crier en même temps. On s’en fout si on comprend rien ni personne, l’important c’est que j’ai le droit de crier pis c’est pas toi qui va m’en empêcher. Et là, au centre, les yeux rouges et la silhouette chancelante,  y’a vous : ma madame folle, ma criss de folle à moi. Vous criez comme une perdue. Je dis comme une perdue, mais je dis pas ça dans le sens de l’expression courante que tout le monde connaît. Non non. Je dis ça, parce que c’est vrai. C’est ça. C’est pas une image, c’est pas de la poésie, c’est la réalité. Vous êtes perdue. Vous êtes une criss de folle perdue qui crie des mots qui font pas de sens au milieu de la rue. Vous criez avec une voix molle, avec une haleine d’anti-dépresseurs pis de cigarette, vous criez pis y’a presque une genre de fumée verte de médicaments comme dans les dessins animés qui vous sort de la bouche. Vous criez avec toute votre cœur, toute votre cœur parce que c’est juste ça que vous avez, toute votre cœur parce que vous avez pas toute votre tête, vous criez : Faut marcher tabarnak! Marcher contre l’ostie de Charest, marcher contre la DPJ qui vole nos enfants ». (temps) La DPJ qui vole nos enfants. Sérieux, c’est quoi le rapport? C’est quoi le lien avec la hausse des frais de scolarité? Avec les étudiants? Y’a pas de lien. Vous avez le regard enragé pis vous criez que la DPJ vole nos enfants. J’suis pas vraiment d’accord avec vous. La DPJ vole pas mes enfants. C’est normal, j’en ai pas. C’est mon esti de problème vous allez dire. Mais malgré tout, je crois pas que la DPJ vole les enfants de personne. J’suis même pas mal sûr de ça. J’veux dire, il doit y avoir des cas plus durs à décider, plus complexes, plus ambigus, plus contestables. Mais on peut pas dire sérieusement que la DPJ vole des enfants. Mais vous, vous continuez à le crier. Les yeux plein de folie. J’ai trouvé ça insoutenable d’être là avec vous. J’ai des amis, de la famille que je vois pas souvent parce que je suis toujours parti d’un bord pis de l’autre et là, et là, ce soir, j’ai passé ma soirée avec vous, la folle de la DPJ. J’ai fermé mes yeux. Fermé mes oreilles pis je vous ai fait disparaître. Facile de même. Vous existez pu et moi je retourne à ma vie confortable.

Jusqu’au moment où Anne-Marie Olivier, non vous la connaissez peut-être pas, elle joue pas à TVA, au moment où Anne-Marie Olivier m’a demandé d’écrire un texte suite à tout ce printemps, un texte sur notre problème au Québec. C’est à ce moment là que vous êtes revenue dans ma vie, revenue pour me frapper dans face. Un problème qu’on a au Québec, j’va vous le dire. Notre problème c’est… Non, c’est pas vous madame Lafolle. Le problème, c’est pas que vous criez des affaires qui font de pas sens, des affaires qui ont pas de sens parce que aveuglées par trop de douleur. Le problème c’est moi. Le problème qu’on a, c’est que j’ai pas voulu vous écouter. On veut pas vous écouter. Fak, vous sortez dans rue peu importe le contexte et vous criez n’importe quoi. Pis on vous écoute pas plus. Le problème, c’est ça, c’est qu’on écoute pas. Vous autant que les autres. On écoute pu personne. On s’écoute même plus soi-même. On écoute rien ni personne. On a pas d’empathie. Parce qu’on est trop occupé ailleurs, trop occupé à se réaliser, à avancer, le progrès, on regarde droit devant nous, le plus loin possible, devant nous. Pour écouter, faut s’arrêter. Faut prendre le temps. On fait pu ça. Pour écouter, faut s’ouvrir. Faut donner. Donner du temps. Donner de l’attention. Faut laisser de la place à l’autre. Écouter c’est faire exister l’autre. Le laisser entrer en soi. Et ça, on fait pas ça. Aujourd’hui, faire exister l’autre, ça veut dire exister moins soi même. Et on veut pas ça. On veut exister toujours plus, toujours mieux. La vie est tellement courte qu’il faut en profiter fak je la partage pas la vie. Je la garde toute pour moi la vie.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est que vous m’écouterez pas non plus. Vous lirez jamais cette lettre là. Parce que je vous l’enverrai pas. Je vais lire cette lettre là à une soirée du Jamais Lu, une soirée ben cool avec plein de beau monde. Je vais être devant ces gens là, pis je vais leur dire tout ça, leur raconter notre rencontre, à eux qui seront venus en principe pour m’écouter. Mais le pire, c’est qu’ils m’écouteront pas. Même eux, ils m’écouteront pas. Ils vont avoir payé, ils vont s’être déplacé pour m’écouter pis ils le feront pas. Ils vont m’entendre, mais m’écouteront pas. Ils vont penser mais ils m’écouteront pas. Ils vont plutôt se dire que le texte de Fabien Cloutier était pas mal plus drôle, se dire qu’ils m’ont trouvé meilleur dans tel show à Premier Acte, ils vont se dire qu’il fait trop chaud, qu’ils sont trop pognés parce qu’il y a trop de monde, ils vont se dire wow, peut-être qu’après le show, j’vais avoir la chance de prendre un verre avec Michel Nadeau, Jack Robitaille ou Jean-Michel Déry, ils vont se dire quand est-ce que c’est l’entracte que j’aille à toilette, j’aurais pas dû boire ma bière aussi vite. Ils vont se dire tout ça au lieu de m’écouter. Oui, ok, ils vont écouter les mots, les phrases. Se demander s’ils vont bien ensemble, les mots, s’ils aiment ça ou pas ces mots-là agencés de même. Ils vont se demander s’ils trouvent ça intéressant ou non ce que je dis, vont se demander si c’est bien écrit, si y’a des belles images, ils vont se demander si je suis oui ou non au final un jeune auteur au regard aiguisé et sensible sur la vie qui l’entoure. Ils vont se dire tout ça, ils vont penser à tout ça, mais ils m’écouteront pas. Parce qu’on s’écoute pu pour vrai. C’est ça le problème. Et moi non plus je les écouterai pas. J’suis pas mieux qu’eux, pas mieux que vous madame Lafolle. Moi non plus, j’écoute plus personne. Quand ils vont venir me dire que c’était ben bon, ben drôle, ben intelligent mon texte, ben touchant mon texte, je les écouterai pas. Ils vont me demander si j’ai ben des contrats ces temps-ci, si j’ai des projets pour l’an prochain, pis moi, je les écouterai pas. Je vais juste regarder la belle fille que j’ai spoter pendant le show en première rangée, je vais regarder la belle fille pis me dire que je devrais aller lui parler. Mais je saurai pas quoi lui dire à la belle fille parce qu’elle m’écoutera pas. Bête de même. Plate de même. Crissant de même.

Au moins, si j’étais capable de finir en disant pourquoi on s’écoute pas, ça donnerait un sens à ce que je fais, au dix dernières minutes où j’ai parlé. Mais je sais pas. Pour vrai, je sais pas pourquoi on s’écoute pas. J’en ai aucune criss d’idée. J’ai pas de réponse à leur donner. J’ai juste le problème étampé dans ma face. Le problème que je vous écoute pas. Qu’on s’écoute pas. J’aurai rien à dire à tous ces gens là devant moi.

Mais en même temps, je pourrai pas finir comme ça. Parce que dans mon travail, je me permet pas de laisser le monde tout seul dans leur coin tâchée par ce que je dis. Je me donne pas cette permission là. Alors je vais leur dire qu’il y a de l’espoir. Qu’il y a de la lumière. Qu’il faut juste l’allumer la maudite lumière. Leur dire que c’est pas facile d’ouvrir l’astif de lumière, ça demande un effort, mais on a pu le choix. On a pu le choix de recommencer à s’écouter. Je vais leur proposer de commencer par la base, par le silence mettons. Alors on va écouter le silence.

Silence

Et ça va pas marcher. Ça va être un peu drôle, mais on écoutera pas le silence. On va tous se laisser déranger par tous les bruits autour, par notre malaise du rien. Mais on dira non. Non, on accepte pas ça. Fak on va recommencer. On va écouter le silence. Le vrai. Pas le silence du rien. Pas le silence du vide. Le silence du plein. Le silence choisi. Le silence voulu.

Silence.

Et de là, on pourra y aller graduellement. On s’écoutera un peu plus les uns les autres. On s’écoutera soi-même au début. Faut commencer par là. Pis on écoutera autour après. Les gens, les choses autour. On écoutera les autres. Pas besoin de s’asseoir deux heures avec un café pour écouter. Juste accepter que l’autre existe. Avec tout ce qu’il est, le bon et le mauvais. Ça fait pastoral en criss, mais qu’est-ce tu veux, ce sera ça, ça sera un pas dans la bonne direction.

Mais au final, madame Lafolle, ma criss de folle à moi, je vous écouterai pas vraiment plus. Parce qu’on se reverra jamais. Mais j’écouterai votre fantôme, j’écouterai l’echo de votre voix. Et je vous ferai exister. Et la DPJ va continuer de vous voler vos enfants. Mais au moins ce sera pas juste dans votre tête. Ce sera dans la mienne aussi. Ce sera un peu plus réel. Votre douleur existera dans ma tête et dans celle de plein de monde et vous existerez un peu plus. Vous, vous verrez sûrement pas de différence. Mais nous, on aura l’impression de grandir un peu. On se sentira mieux de penser à vous, de pas vous laisser toute seule. Mais pour vous, vous allez être aussi tout seule qu’avant. Je vous l’ai dit, c’est un peu égocentrique comme geste ce que je suis en train de faire. Vous parler pour me faire du bien. Pour nous faire du bien. C’est tragique. Nous on va prendre une bière en riant de bonne humeur de la réussite de notre soirée. Pis vous, vous allez continuer à pleurer vos enfants morts, vos enfants qui sont plus vos enfants parce qu’ils sont ailleurs parce que vous leur faisiez mal. Malgré vous. C’est plate, mais je peux pas faire plus. Je peux pas faire mieux. Je peux juste vous donner le rôle ingrat du sacrifié dont on jette le corps à la mer une fois la cérémonie terminée. Mais grâce à vous, les Dieux qui ont quitté les cieux pour s’installer au profond de nos ventres, ces Dieux là, qui mettent le feu à votre tête, qui me donne envie de pleurer pour rien sans raison en plein jour, grâce à vous, ces Dieux là qui ont des allures de démons me laisseront peut-être un peu tranquille. Un mini répit de rien. Le temps d’écrire d’autres textes. D’autres textes qui redonnent pas les morts aux vivants, qui nourrissent pas les affamés, qui redonnent pas les enfants perdus à leurs parents cassés en deux. Mais qui doivent ben servir à quelque chose. À autre chose. On l’espère.

« L’appel au festin » de Véronique Côté

Mercredi 28 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. C’est avec grand bonheur que nous vous partageons aujourd’hui celui de Véronique Côté.

L’APPEL AU FESTIN ET LA SAVEUR DES MOTS
OU CRISSEZ-NOUS PATIENCE AVEC VOS OSTIES DE VOX-POP

Je suis le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
je suis la lumière inouïe de l’aurore boréale et je suis le ciel qui change
je suis le temps sauvage
inattaqué
je suis l’épinette rétive
et je suis la dent du coyote
je suis la terre gelée
jalouse
je suis la rivière jamais encore harnachée par le barrage
je suis le soleil blanc de la fin du jour
je suis janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
je suis la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
je suis l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Je suis tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Je suis tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir te parler d’infini.

La scène se passe sur la rue Saint-Jean, on est à Québec. C’est le mois d’août, et les passants se baladent sous le soleil, un gelato à la main. Un journaliste de Radio-Canada, affublé de son caméraman, cherche désespérément des gens pour répondre à la question du jour, histoire de pouvoir faire avancer les choses sûrement, ou à tout le moins d’offrir le meilleur de l’information à son public, le journaliste demande, donc: que pensez-vous de la légionellose?

Que. Pensez. Vous. De la légionellose.

La légionellose est une maladie infectieuse due à une bactérie qui se développe dans les réseaux d’eau douce naturels ou artificiels (comme par exemple les stations thermales ou les climatiseurs).

Pour ceux qui auraient passé les derniers six mois en Scandinavie, rappelons que l’été dernier, il y a eu à Québec une épidémie de légionellose. Une tour de refroidissement de la bibliothèque Gabrielle-Roy était contaminée et plusieurs personnes ont été infectées. Treize d’entre elles ont succombé à la maladie. C’est beaucoup de gens, et il est indéniable que cette éclosion fut malheureuse. Il y avait lieu, pour les autorités en santé publique, d’en chercher la cause et d’enrayer la propagation de la maladie.

Mais est-ce que quelqu’un peut me dire en quoi l’opinion de badauds apostrophés dans la rue peut possiblement être considérée comme de l’information, ou même présenter le moindre intérêt public? Que pensez-vous de la légionellose ? Radio-Canada ? Vraiment ? Radio-Canada demande à la population ce qu’elle pense de la légionellose ?

On nous abreuve de l’opinion de tout le monde et de la pensée de personne.

On nous fait croire que toutes les opinions se valent, alors qu’il ne naît rien de cette cacophonie, que le bruit qui règne dans l’espace public est assourdissant, qu’il donne envie de se boucher les oreilles, d’éteindre toutes les télés pour toujours, de ne plus lire que de la fiction ou des livres longs, bourrés de savoir, de réflexion, et vierges de la moindre opinion.

J’ai eu le fantasme d’offrir cette réponse à Radio-Canada, si assoiffée de mon opinion, j’ai eu envie de prendre le micro et de dire ceci:

« Je ne pense rien de la légionellose
comme je ne pense rien de la malaria
pas plus que du botulisme
ou de la varicelle
je n’en pense strictement rien
puisqu’il n’y a rien à en penser :
c’est une maladie.
Je n’en pense rien.
En revanche, je peux vous dire à quel point je suis choquée de vous voir vider le mot « penser »
de sa substance
de son essence
de sa puissance.

Comme je suis choquée, de façon plus générale, que l’utilisation des mots en dépit de leur signification réelle, exacte, précise, soit passée dans l’usage des médias d’une façon telle que plus personne ne s’en offusque.

Le vocabulaire est désormais le champ de bataille des politiciens
des publicitaires
et des chroniqueurs
qui appliquent rigoureusement le principe selon lequel
il suffit de répéter suffisamment une chose
pour que cette chose devienne vraie.
Comme il suffit d’utiliser suffisamment de fois un mot à mauvais escient
pour le vider de son sens initial – pour le saigner à blanc
pour que la grève devienne un boycott
pour que les briseurs de grève deviennent des victimes de violence
et d’intimidation
et pour que le maigre burger et les frites froides
séchant au fond du sac en papier blanc
se méritent le nom de Joyeux festin.

Je voudrais dire ce que c’est qu’un festin
et ce que c’est que la joie
pour rétablir un peu l’équilibre du monde.

Un festin est un repas de fête
partagé par des gens qui s’aiment
autour d’une table longue et chargée de plats délectables.
Un festin répond à toutes les faims
et pas seulement à celles du corps pesant.

Nous n’avons pas faim de Mc Do.

Nous avons faim de beauté folle et de gestes gratuits.
Nous avons faim de véritables festins
festins joyeux de mots rendus à leur sens premier
ripailles de pensée
banquet d’idées
agapes de métaphores et de liberté.
Nous avons faim de joies profondes
de celles qui naissent quand on danse pour rien avec le voisin
de celles qui tombent sur nos têtes quand la victoire semblait impossible.
Nous avons faim de poésie dans vos micros
il nous faudrait apprendre Godin et Miron par cœur
pour crier leurs mots chaque fois qu’on nous demande
si on est tannés de pelleter
si on a perdu confiance en nos élus municipaux
s’il faut financer les études sans avenir
si on pense quelque chose
de la légionellose.

Je ne pense rien de la légionellose.
En revanche, je pense
je pense très souvent
que nous avons peur de mourir
peur de manquer quelque chose
peur de manquer de quelque chose.
Je pense que nous sommes pétris de peur
alors que
nous sommes capables de rêves grandioses
nous aspirons encore au sublime
mais nous ne le savons plus.

Et le festin auquel nous avons droit
est là tout près
sans que nous ne le voyions plus.
La joie dans sa clairvoyante bonté
ne nous illumine plus que rarement
par accident presque
parce que la joie naît aussi souvent de s’asseoir autour d’une table
ensemble
et de parler
et dans la parole le monde se crée.
Mais si les mots sont vides
le monde s’efface.
Nous sommes ce pays
dans le sens de territoire.
Nous sommes cette terre et nous sommes les mots qui l’engendrent.
Mais si tout perd son sens
si l’on ne parle plus que pour à tout prix ne rien dire
tout disparaît.

Si un gouvernement peut arriver à faire croire à la moitié de la population
que des gens qui marchent sont violents

si une présentatrice de nouvelles peut adopter le mot boycott plutôt que grève, tel qu’édicté par un premier ministre arrogant
alors que rien ne justifie un tel écart de sens sinon une manipulation volontaire de l’opinion publique

si un imbécile peut transformer le mot caribou en insulte
lors d’un débat des chefs à la télévision nationale

et si nous les laissons faire

c’est que nous sommes vraiment perdus.

Puisque
nous sommes le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
nous sommes la lumière inouïe de l’aurore boréale et nous sommes le ciel qui change
nous sommes le temps sauvage
inattaqué
nous sommes l’épinette rétive
et nous sommes la dent du coyote
nous sommes la terre gelée
jalouse
nous sommes la rivière jamais encore harnachée par le barrage
nous sommes le soleil blanc de la fin du jour
nous sommes janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
nous sommes la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
nous sommes l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Nous sommes tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Nous sommes tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir se parler d’infini
autour de tables joyeuses
chargées de festins inimaginables. »

Voilà ce que j’aurais dû répondre
à leur ostie de vox-pop.

Véronique Côté. Photo Nicola-Frank Vachon

Retour sur le Jour 2 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Samedi 24 novembre 2012

Vendredi 23 novembre, c’était la soirée Les Intégrales à L’AgitéE qui nous offrait deux lectures théâtrales dans la plus pure tradition du Jamais Lu. Deux plongées dans des univers différents mais qui faisait tous deux honneurs au grand « Bang! » qui caractérise cette 2e édition. Entre L’Gros Show de Lucien Ratio qui nous amenait à l’intérieur de l’émission matinale de Choc Radio, et le véritable électrochoc émotif de Scalpés d’Anne-Marie Olivier, les auteurs par la voix des comédiens ont su mordre, faire rire et bouleverser, chacun à leur manière, chacun avec vérité.

Photos de Nicola-Frank Vachon

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Retour sur le jour 1 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Vendredi 23 novembre 2012

Cette deuxième édition du Jamais Lu à Québec s’est ouverte sous le signe de la pertinence et de la diversité. Le public était au rendez-vous (c’était plein à L’AgitéE pour L’Accélérateur de particules), mais le Jamais Lu – Édition Québec évolue aussi comme un point de ralliement de la communauté théâtrale, toutes générations confondues. Le Festival est un lieu de rencontres, de pensées, de paroles fortes, neuves, d’artistes de talent et du public qui peut les approcher dans une grande proximité dans une chaude soirée (dans le sens de chaleureuse bien sûr, voyons).

Pour attaquer sa deuxième année dans la Capitale, le Festival a commencé par servir un contenu réflexif, pour scruter les liens entre l’écriture et le politique dans une table ronde animée par Marcelle Dubois. La rencontre réunissait les auteurs de théâtre  Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Édith Patenaude, ainsi que Fréderic Dubois, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Périscope, et Samuel Matteau, cinéaste particulièrement préoccupé par les mouvances sociales de l’année et heureux de pouvoir échanger sur le sujet avec d’autres artistes.

Marcelle Dubois a ouvert la table ronde en revenant sur la question éditoriale du 2e JLQc C’est quoi notre problème?:   »La question éditoriale est volontairement floue. Quel est ce notre et le nous qu’il évoque? Et par problème, qu’est-ce qu’on veut dire au juste? » Une question pleine de questions finalement.

Et la co-directrice artistique du 2e JLQC en avait trois à poser à ses invités pour alimenter la discussion:

- Est-ce que l’écriture (au sens large pour notre scénariste et notre metteur en scène) est culturelle? Est-ce qu’elle est forcément enracinée dans la terre sur laquelle reposent les pieds de l’auteur?

- Qu’est-ce que veut dire les mots engagement, politique et appartenance en 2012 à Québec sur la Dorchester devant un public de convertis? Et si on regarde plus loin, à l’ère des frontières qui s’amenuisent, qu’est-ce que ces mots veulent dire dans votre pratique?

- Divorce ou passion entre esthétisme et politique?

Voici les réponses, ou plutôt idées émises par les invités, pêle-mêle:

Edith Patenaude: « Notre époque appelle à la conscience citoyenne, l’écriture participe à cette réappropriation du politique, de notre rôle citoyen. (…) Il faut être à l’écoute, de ce qui anime et trouble les gens autour de nous, faire preuve de sincérité, parler avec eux des sujets brûlants et vivants, et que le théâtre devienne ce lieu vivant qui les interpelle, fondamentalement. C’est aussi ça notre responsabilité d’artiste. Avoir beaucoup d’écoute. »

Annick Lefbvre: « J’exige que mon écriture soit archi référencée Québec 2012. Qu’elle ne soit pas exportable à tout prix. Je ne veux pas nécessairement être montée en France ou en Allemagne dans 5 ans. Je ne veux vraiment pas qu’on puisse reprendre mes textes au TNM dans 25 ans. Je veux que mon écriture soit spécifique à ici maintenant. Parce qu’on s’en câlisse de l’universalité pis de la longévité de l’œuvre. L’écriture c’est notre ADN culturelle. Faut arrêter d’avoir peur d’être des auteurs locaux, l’assumer pis être fiers d’en être. (…) J’essaie de comprendre ceux qui font des choix avec lesquels je ne suis pas d’accord, je me confronte, c’est ma manière d’être à l’écoute, et de dialoguer. »

Fréderic Dubois: « Oui on s’inscrit dans la société, on parle de nous, de nos enjeux, mais à qui on parle? Qui écoute? Le Printemps érable, était-ce seulement du tapage? Les artistes s’engagent mais à quoi bon? (…) Je ne fais pas de la politique, suis-je moins engagé? J’essaie de faire circuler les énergies, celles des gens autour, de notre société, notre culture, j’essaie de trouver du vrai par la création théâtrale. »

Samuel Matteau: « Il faut user des moyens alternatifs pour rejoindre le public, hors des grands médias, des systèmes de diffusion traditionnelle. Initier les gens à l’art, quitte à aller dans la rue pour établir un premier contact, leur montrer que c’est aussi pour eux, à eux. (…) À un moment il était plus important de sortir dans la rue que d’écrire que je sortais dans la rue. Ensuite, je transmets des impressions, et par mes émotions et ma vision, rejoindre le collectif. Quand on esthétise, c’est qu’on a compris un mouvement, et l’esthétisme est peut-être une porte d’entrée pour un plus grand nombre. »

Jean-Philippe Lehoux: « il faut se questionner aussi sur ce qu’on est comme artiste. Il y a une certaine prétention. Moi je me trouve un peu bête, je ne suis pas érudit, ni un spécialiste de politique ou société. Je peux inventer, je peux aller dans la beauté, dans la création. On n’est pas des philosophes, mais des créateurs de l’émotion. Et ce n’est pas sans responsabilité citoyenne. (…) le théâtre est lent, cette année je ne pouvais plus écrire, j’avais besoin d’aller dans la rue. Je me suis mis à bloguer, à participer à des prises de parole, que de faire du théâtre, d’agir. Il était là mon engagement. »

Pour suivre cette discussion qui demandait en soi un investissement de la part des invités, on passait à la création pour célébrer la première soirée à L’AgitéE!! Quatre extraits d’oeuvres en chantier venaient se dévoiler dans des mises en lecture, souvent trop courtes, comme un coït interrompu.

Hélène Robitaille ouvrait la soirée avec un univers dense et déjà achevé avec Chaplin et moi qu’on oublie et son prêtre à la fois en perte de compassion et pourtant tout à fait attendri devant la candeur de Chaplin, apparu momentanément sur scène.
Maxime Robin nous a fait entendre une voix jeune, de la nouvelle génération qui, à travers sa légèreté, n’échappe pas du tout au sens de la tragédie, comme toujours annoncée pour cette génération.
 Thomas Gionet nous plutôt fait une performance qu’une mise en lecture, alors que la démarche l’emportait encore sur le texte ou son interprétation. Un moment brouillon, brut, à vif, voire à frette.
Finalement, Amélie Bergeron nous présentait ses personnages, bien de leur temps et de leur manque de langage dans une mise en lecture qui avait du « fucking esti » de mordant, pour la paraphraser.

Les photos sont de Nicola Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu – Édition Québec.

2e Jamais Lu -Édition Québec: ça va faire Bang!

Mercredi 21 novembre 2012

On y est presque, presque, c’est demaiiiiin! Dès le jeudi 22 novembre, dramaturges, comédiens, équipe de feu du Festival, ardents partenaires et toi public, nous serons réunis autour de ce que la parole théâtrale a de plus neuf et de plus vif comme de sensible à Québec ville.  Et nous garderons le cap jusqu’au 24: plaisir, émotions, réflexions crues, mordantes et inspirantes nous attendent à travers quatre rendez-vous ayant pour détonateur commun cette question éditoriale explosive: C’est quoi notre problème?

Grosse question. Trouverons-nous une réponse révolutionnaire à la table ronde qui portera sur le contact entre écriture et LE politique, ou alors dans le foisonnement des univers théâtraux de l’Accélérateur de particules, ou dans les immersions proposées par les mises en lecture complètes desIntégrales, ou peut-être finalement au cabaret pamphlétaire de clôture qui se déroulera dans l’indignation joyeuse?

Quatorze nouveaux auteurs et moult comédiens vous invitent à investir cet espace en ébullition qu’est le Jamais Lu, afin de prendre le pouls de notre époque. À la veille de tenir sa 2e édition dans la Capitale, le Jamais Lu trépigne d’impatience à l’idée de vous retrouver pour discuter, réfléchir, rebondir et applaudir les mots gorgés de sens des auteurs rassemblés. Tout cela autour d’un verre ou deux ou trois…

Suivez-nous sur le blog et les réseaux sociaux pour suivre le journal de bord de cette grande fête!

2e Jamais Lu – Édition Québec, du 22 au 24 novembre

Les auteurs:
Marc Auger Gosselin, Amélie Bergeron, Fabien Cloutier, Véronique Côté, Catherine Dorion, Thomas Gionet, Jean-Michel Girouard, Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux, Anne-Marie Olivier, Lucien Ratio, Maxime Robin, Hélène Robitaille et Patric’ Saucier.

Les lieux:
Bar-Coop L’AgitéE (22 et 23 novembre)
251, rue Dorchester

Théâtre Périscope (24 novembre)
2, rue Crémazie Est

Billetterie : 418 529-2183

Tous les détails et informations par ici

Jusqu’où te mènera ta langue… à l’ouverture de la saison 2012-2013 du CNA

Mercredi 12 septembre 2012

C’est de la faute à Brigitte Haentjens.
Oui oui, c’est elle qui nous a invités.

Dans quelques heures, le décapant cabaret « Jusqu’où te mènera ta langue », qui avait ouvert les célébrations du 10e Jamais Lu, ouvrira cette fois la saison 2012-2013 du Théâtre français du Centre National des Arts à Ottawa, que dirige désormais la grande dame de théâtre. Revampé au goût des actualités des derniers mois, les auteurs ont préparé des mots à vif pour ce grand soir.

Un soir seulement, mais un soir d’envergure pour l’équipe et les artistes du Jamais Lu: la capacité de la salle dépasse tout ce que nous avons jusqu’ici connu, et le caractère officiel autour de cet accueil ne nous laisse pas indifférents non plus. Pourtant la soirée réunit plusieurs poids lourds parmi les nouveaux auteurs de théâtre, qui ont exploré l’écriture en toute liberté, embrassant jusqu’à la polémique, et qui promettent une ouverture de saison au CNA sans censure et sans complexe. Justement.

Il y a de la fébrilité dans l’air.

Comment sera reçu ici ce spectacle coup de gueule/coup de poing, qui affirme sans gêne une identité québécoise distincte, qui va de textes comme « L’administration nous ronge » d’Olivier Choinière à la « Plote à tire » de Catherine Léger, en passant par « psychanalyse pour tous », ou un dialogue d’une grande intimité… jusqu’à la terreur entre une mère et sa fille qui va naître, et une bonne dose d’ironie à la «  »Heille! Mais qu’attendons-nous pour acheter des actions de cette compagnie qui fabrique des pesticides, des chips et des serviettes
sanitaires ?! »…???

Jusqu’où l’acte littéraire et théâtral peut-il mener? Quelle est la puissance des mots, d’un langage?

On vous tient au courant…!

D’ici là « Soigne ta beauté, elle saigne. »

Les enthousiastes

 

Le 11e Jamais Lu : une brillante manifestation théâtrale et littéraire pour le rayonnement de la relève dramaturgique

Dimanche 20 mai 2012

« Chaque jour, chaque soir, dans l’œil des artistes comme dans le cœur du public,
On a
été témoin de rêves en belle sueur
Et de r
éel vulnérable
De wow
à qu’est-cé ça en passant par pourquoi et bof sans oublier malade
La parole critique de la parole
épidermique a formé une dynamique folle
Un onze ans si bien sonn
é »

« Cest à Marcelle Dubois quon doit un si beau festival depuis 11 ans. »

« Cette soirée est officiellement présentée par le Jamais Bu.
Ok, le nom, -Jamais Bu-, mais y avez-vous go
ûté?
 »

Jean-François Nadeau, codirecteur artistique du 11e Jamais Lu

L’événement-phare de la relève dramaturgique a brillé de tous ses feux pour sa 11e édition et se conclut par un succès incandescent! Si la question éditoriale «Où est-ce quon est?» impliquait de prendre position, de prendre sa place ou de la chercher, le Festival a réellement trouvé la sienne dans sa maison mère au théâtre Aux Écuries, ainsi que dans le cœur d’un public grandissant, de tous âges et de tous milieux.  En raison du congé de maternité de Marcelle Dubois, directrice générale et artistique, c’est Jean-François Nadeau, comédien, auteur et poète, qui a noblement tenu la barre du Festival, de sa doucereuse insolence.

Le Jamais Lu 2012 fut tendre et intense, cru, touchant, en plein face-à -face avec le réel dans tout ce qu’il a d’imaginaire. Avec sept soirs complets (sur quinze événements au total) et une assistance record, le 11e Jamais Lu a célébré la parole théâtrale sous le signe d’une envergure nouvelle et réjouissante! Ce formidable déploiement s’est fait grâce à l’installation de l’événement dans son nouveau lieu avec ses divers espaces où le public comme les auteurs ont pu trouver une place chaleureuse. Dans les gradins de la Grande Salle, dans le Studio aménagé en cabaret, ou dans le Bar-café renommé Chez Antoine pour l’occasion, la quête de sens a fait son chemin, dans la fête comme dans la réflexion.

Les lectures théâtrales ont fait entendre des voix nouvelles abrasives, décapantes, mais aussi complices. Des propos et des intentions à attraper parfois comme des murmures, s’élevant chez d’autres en incantations magiques, ou encore jaillissant dans un grand cri : les lectures ont fait transparaître la nécessité et la pertinence du renouvellement dramaturgique, particulièrement dans l’engagement des auteurs face à leur monde et leur démarche d’écriture.

Où est-ce quon était, donc?

  • Parmi les Lettres ouvertes/poings fermés  de dramaturges à découvrir ou redécouvrir dans une grande soirée d’ouverture signée Louis Champagne. Coup d’envoi marquant dans la Grande Salle pleine à craquer des Écuries, mise en scène ludique pour festival plus habitué à de simples mises en lecture, la parole fut affirmée, posée et déposée. Peut-être moins politique qu’escomptée, la soirée a surtout été marquée de prises de positions aussi vives qu’étoffées, et surtout très humaines. On se souvient des « Miron Miron » extatiques des trois filles pour la finale… Et après s’être régalés de mots, l’odeur de la cantine du Coin urbain nous attendait pour compléter ce festival-festin pour le corps et pour l’âme.
  • Dans l’éloquente lumière faite sur la place des auteurs dans la production de leur œuvre pendant la Table ronde du CEAD. Trois auteurs issus de pratiques et d’expériences différentes répondent aux questions perspicaces de Paul Lefebvre. Pour David Paquet et Sarah Berthiaume, la position de l’auteure est plus classique, en marge et en décalage de la production, tandis que Pascal Brullemans  écrit avec les comédiens, en pleine exploration.
  • Avec Emmanuelle Jimenez, dans Plaza ou le tragique et l’humour d’une superbe évolution de personnages égarés et d’ambiances « mystico-trash » uniques tendrement entremêlés. La première lecture théâtrale du Festival nous jette au point de rupture de la Plaza Côte-des-Neiges, où l’espoir s’effrite mais persiste au Dollorama, entre rêves et deuils. On ne le mentionne pas sur le coup, mais la comédienne Lénie Scoffié a une faiblesse respiratoire. Elle prend du mieux et attaque le spectacle et porte son rôle à merveille, mais la toux la reprend et doit quitter la scène. Emmanuelle Jimenez poursuit la lecture – un médecin était dans la salle pour parer à l’éventualité. La lecture se termine dans l’émotion, et dans le rétablissement de Madame Scoffié.
  •  Dans La messe en 3D d’Annick Lefebvre, enfant sauvage du Jamais Lu (puisque c’est par le Festival qu’elle s’est mise à écrire – et avec quelle Passion – il y a quelques années), auteur d’un rituel incisif qui n’a épargné personne dans un splendide travail de chœur. C’est tout le milieu théâtral qui fait son chemin de croix, la cérémonie artistique engage le public, on a droit à un évangile de Fabien Cloutier et les comédiens communient à coup de Tim Bits et de canettes de bières. On rit, on rage, on trouve son fil de foi.
  •  Dans mauvais goût, la pièce de Stéphane Crête, en plein centre du trou noir de mensonges qui bordent banalités et perversions, où les masques tombent et révèlent la vacuité. Au grand soulagement de la distribution, le public rit, ce qui n’était pas gagné d’avance. Blagues, situations, effets, tous de mauvais goût, l’ensemble est frontal, les comédiens assument et livrent avec naturel leurs personnages passablement pathétiques, et cruellement réalistes somme toute.
  • Marqués par les petites et grandes vérités des élèves de 6e année de la classe de Germain Landry à l’école Saint-Grégoire-le-Grand, auteurs du texte Les couleurs dAmy, au propos loin d’être édulcoré. On entend le nouveau Montréal. Accompagnés en atelier par le dramaturge Pascal Brullemans, les enfants réfléchissent à la quête du bonheur et aux rapports de forces entre eux, à l’amitié, la jalousie, la manipulation. Écrit par et pour eux, les réactions des enfants sont fortes dans la salle : « T’es tellement plate que même les chiens ne te regardent pas » est suivi d’un grand « ouuuuuuuh ».
  • Avec des ados de l’Ouest canadien, qui choisissent la création pour survivre au vide quotidien d’un petit village dans Statu Quo de Gilles Poulin-Denis. Alors que la veille on s’était plongé dans les mots des enfants, on peut nettement appprécier le travail d’écriture d’un auteur qui reflète leur réalité mais qui tâche également de la dépasser et de l’ouvrir. On entend une langue franco-canadienne, truffée d’anglicisme, au cœur de sa réalité. Le texte lui-même ne transforme pas la réalité, ce sont les personnages qui le font et nous laissent sur l’espoir.
  • Dans une écoute des uns et des autres de haute qualité, et la recherche de liens, au salon littéraire participatif Carole et Lise reçoivent portant sur le thème des générations, avec bien sûr Carole Fréchette et Lise Vaillancourt, deux grandes dramaturges du Québec, avec leurs invités David Paquet et Martin Faucher, et Émile Proulx-Cloutier à l’ambiance générale. Le temps plus gris et froid a réduit quelque peu le nombre de convives, mais l’échange ne s’en est pas moins étiré, riche de réflexion construite. Chacun avait écrit bien plus que 50 mots, et touts furent accueillis avec intérêt. Ici, pas de conflits, que des propositions et de la recherche. Et vous, où étiez-vous, où vous situez-vous?
  • À suivre des fils de laine de folie intergénérationnelle dans la langue fauve et sans détour de la jeune Camille Roy, auteure de Qui file et étudiante en grève illimitée, un double statut que Camille a su faire cohabiter. Il faut dire que cette fière représentante de la relève n’a pas peur de se situer au coeur des tensions, de les relever, de les faire entendre même dans son écriture de courage. Ce jour-là, c’était la première de trois lectures théâtrales à guichet fermé.
  • Sous l’effet javelot d’Édith Patenaude et celui « slingshot » de Guillaume Corbeil, lors du programme double des textes authentiques et manipulateurs Le monde sera meilleur/Le mécanicien. La première décortique les mécanismes du théâtre, afin de toucher à sa sincérité, si elle peut être atteinte dans la représentation, tout en mettant en scène un fin du monde post-crash économique ainsi qu’une relecture d’Hamlet (le théâtre, lieu de tous les possibles, paraît-il). Le deuxième nous plongeait dans des fantasmes de tortures et de culpabilité malsaine d’un couple des plus ordinaires et tranquilles, dans un dialogue aiguisé, un jeu d’échec où chaque silence compte également pendant que la violence n’est jamais bien loin, « chéri ». D’ailleurs, Le mécanicien sera présenté au Théâtre d’aujourd’hui la saison prochaine, c’est dire comme c’est proche de nous!
  • Au point de rencontre du sordide et de l’irréel d’où jaillit une poésie sexuelle et triste, presque mystique dans Les Morb(y)des de Sébastien David. Un texte brûlant, certes, mais déculpé par la force d’interprétation des comédiens qu’on doit aussi attribuer au travail du metteur en lecture Gaétan Paré.  Le plaisir des lectures théâtrales, c’est qu’à partir de la force des mots, on invente soi-même la pièce. Et bien qu’on se doute que chacun imagine à sa manière, il est certains que Les Morb(y)des nous sont apparus ce soir là, de même qu’une nouvelle compagnie théâtrale, La Bataille.
  • Au cœur d’une nuit fictive, d’une Soirée crépusculaire, faite de Testaments, cartes de souhaits et mémos, entrelacés de musique et performances, le tout soufflé par Larissa Corriveau et ses complices Sébastien Boulanger-Gagnon, Danny Plourde, Catherine Léger, Benoit Mauffette, Eve Pressault, Jeremy Roy et Zeid Touati. Cette aventure hors des frontières habituelles du Jamais Lu a été marqué pour ce caractère exploratoire du jeu et de la poésie, de la musique, de ce tout qui scrutait l’ombre jusqu’au ténèbre pour ensuite laisser poindre la lumière. Et c’est presque ce qui est arrivée ensuite au Bar-café, alors que la fête s’est étirée longuement et en bonheur. Comme le disait Nadeau, l’avant-dernier soir, c’est toujours le meilleur (propos assumé par celui qui offrait le spectacle de clôture)!
  • À la Fenêtre ouverte sur la classe de maître de Daniel Danis, bien plus qu’un œil-de-bœuf sur le territoire concret et invisible de l’imaginaire. Ce qui est vécu, ou revécu par la pensée, la mémoire et les sens, ce qu’on nomme imaginaire, est insaisissable et pourtant posséder par chacun, il est chacun. Les quinze auteurs (incluant nos passionnantes délégations française et franco-canadienne) ont partagé leur réflexions et leurs créations issus de cet atelier intensif sur trois jours. Un terreau riche ensemansé aux Écuries, au temps du Jamais Lu!
  • Émus, rassemblés, enveloppés par Le grand ballet des détails qui tuent, mené par Jean-François Nadeau et Avec pas d’casque, et par leur poésie et leur sincérité désarmantes. Et on s’en souviendra longtemps. Le Studio était plein, mais on aurait voulu être encore plus tassés, pour que la proximité devienne inévitable, comme celle que nous vivions avec la beauté. Ce soir là, grand aboutissement du 11e Jamais Lu, la douceur a régné sur nous, et l’espoir, un peu lendemain veille il est vrai, s’est pointé le nez.
  • Dans l’irrésistible complicité des Levers de rideau qui tissent des liens inattendus et remplis de plaisir avec les gens d’affaires. Oui, cette rencontre est possible, entre le théâtre et le monde des affaires, et c’est carrément jouissif. Le talent de l’auteur a mis la table, l’accompagnement du metteur en lecture Geoffrey Gaquère a mené tout le monde à son meilleur, et les participants touchants. On en veut encore!
  • En pleine réception de paroles affirmées, sensibles et réfléchies, ou sur le fil de conversations allumées, éphémères ou pas… Puisque les textes avaient été choisi pour cette capacité à susciter la réflexion, puisque les auteurs ont généreusement exposé leur démarche, puisque l’espace était idéal et l’ambiance aussi irrésistible que Marcelle Dubois, et puisque surtout, vous étiez là, nombreux, très nombreux chaque soir à s’être laisser interpellé par les nouveaux auteurs de théâtre, à avoir pris le pouls de votre époque (et non pas le poulpe, malgré certains soirs des plus festifs)!
  • Au Bar-café Chez Antoine, auprès de l’accueillant et célibataire barman et disc-jockey attitré du Jamais Lu, Antoine Mongrain, aussi créateur des cocktails Jamais Bu. Antoine est un peu fatigué qu’on dise qu’il est célibataire, mais il le fait si bien, et étonnament (ou pas), ce fut une de nos déclarations les plus populaires sur les réseaux sociaux! Aussi disc-jockey et confident de service le temps de huit petits jours immenses, au Bar-café, on était bel et bien chez Antoine, et ça faisait toute la différence.
  • Parmi les comédiens (plus de 150) dévoués et renversants, porteurs des vifs mots des auteurs. Et si le Jamais Lu met l’accent sur ses auteurs, c’est pourtant eux, les comédiens, que le public voit et entend, aime ou aime haïr dépendemment du personnage, et c’est bel et bien au Jamais Lu qu’on peut constater la pluralité de talents du Québec et de la francophonie, une armée émouvante de chaires à paroles. Bravo à eux, et chapeau bas à tous!
  • Avec vous, amis, partisans, habitués, nouveaux, passeurs, Charles-toujours-présent, vous, toi, public enthousiaste et surtout joyeusement présent, en vrai ou sur les réseaux sociaux, heureux d’avoir sa place dans les salles complètes ou un peu fragile mais encore confiant dans les listes d’attente, public traîneur qui a aussi trouvé sa niche ou plutôt son nid, sa forteresse, au théâtre Aux Écuries. Vous nous manquez déjà, promis.

Voici donc pour notre bilan complet, étoffé, jubilatoire et non linéaire (c’est-à-dire qu’on a travaillé fort pour être « pas plate »). Suivez les liens pour vous balader un peu partout avec le Jamais Lu.

C’est le moment pour le Jamais Lu de dire merci à tous ses auteurs, artistes, bénévoles, partenaires, et nous avons une charrue de noms pour vous, en espérant n’avoir oublié personne car chacun d’entre-eux a compté, ainsi qu’à tous les festivaliers. Merci de nous avoir permis d’être ensemble, dans cette célébration commune et essentielle de la relève dramaturgique.

  • Prochains rendez-vous : du 21 au 24 novembre 2012 pour la 2e édition du Jamais Lu Québec, et du 3 au 10 mai 2013 pour un 12e Jamais Lu à Montréal!Et maintenant, où est-ce qu’on est?

Merci

Lundi 14 mai 2012

Pour cette édition intensément touffue et effervescente, tel que souhaité par la directrice générale et artistique Marcelle Dubois, pour l’implication et la générosité de tous puisque tous ont permis une envergure nouvelle à l’âme du Jamais Lu, nous vous disons MERCI MERCI MERCI (la répétition de noms est possible, selon l’implication):

Aux auteurs en lectures théâtrales, qui sont le coeur du festival: Emmanuelle Jimenez, Annick Lefebvre, Stéphane Crête, les élèves de 6e année de la classe de Germain Landry de l’école Saint-Grégoire-le-Grand, Steve Gagnon, Gilles Poulin-Denis, Camille Roy, Édith Patenaude, Guillaume Corbeil, Sébastien David.

Aux directeurs de soirées spéciales, rencontres et événements, propulseurs de la création et de la réflexion dans le festival:  Louis Champagne, Paul Lefebvre, Pascal Brullemans, Carole Fréchette, Lise Vaillancourt, Larissa Corriveau, Daniel Danis, Jean-François Nadeau.

Aux auteurs et artistes participants, généreux, passionnés et inspirants: Geoffrey Gaquère, Martin Héroux, Simon Boulerice, Normand Canac-Marquis, Justin Laramée, Jean-Philippe Lehoux, Anne-Marie Olivier, Madeleine Péloquin, Julie-Anne Ranger-Beauregard, Marcelle Dubois, Mathieu Marcil, Julie Vallée-Léger, Sarah Berthiaume, Pascal Brullemans, David Paquet, Gary Boudreault, Amélie Chérubin Soulières, Eveline Gélinas, Emmanuelle Jimenez, Pierre Limoges, Lénie Scoffié, Marie Bernier, Linda Bouchard, Talia Hallmona, Guillaume Regaudie, Jean-Carl Boucher, Isabelle Brouillette, Julianne Côté, Catherine Dajczman, Stéphane Dermers, Daniel Desputeau, Guillermina Kerwin, Didier Lucien, Francesca Barcenas, Sébastien David, Vincent Fafard, Anne-Marie Levasseur, Nini Bélanger, Annick Bergeron, Marie-Soleil Dion, Renaud Lacelle-Bourdon, Guillaume Perreault, Claudiane Ruelland, Craig Holzschuh, Mikhail Ahooja, Roxane Bourdages, Marie-Claire Marcotte, Gilles Poulin-Denis, Émile Proulx-Cloutier, Martin Faucher, David Paquet, Jean Gaudreau, Catherine Audet, Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Joëlle Paré-Beaulieu, David Simard, Marc Auger, Krystel Descary, Marie-Hélène Lalande, Joanie Lehoux, Jean-René Moisant, Édith Patenaude, Jocelyn Pelletier, Maxime Perron, Francis Richard,  Pierre-Luc Léveillé, Anne-Hélène Prévost, Francis Richard, Gaétan Paré,  Dany Boudreault, Julie de Lafrenière, Kathleen Fortin, Philippe Robert, Sébastien Boulanger-Gagnon, Larissa Corriveau, Marc-André Landry, Catherine Léger, Benoit Mauffette, Danny Plourde, Ève Pressault, Jérémi Roy, Zied Touati, Avec pas d’casque, Emma Haché, Caroline Sheehy, Sacha Dominique, Sabyna Pierre, Manuel Piolat Soleymat, Nasser Djemai, Anick Martel, Camille Loiselle-D’Aragon, Olivier Sylvestre, Marie-Hélène Larose-Turchon, Elisabeth Locas, Mélanie Desbiens, Marie-Christine Lê-Huu.

Aux étonnants et complices gens d’affaires des Levers de rideau: Martin Bergeron, Guy-François Lamy, Stella Leney, Céline Lacerte-Lamontagne, Lucette Lamy, Marie-Pier Veilleux, Eveline Boucarut

Aux bénévoles sensas, dévoués et indispensables: Maryline Beauchamps, Samar Besada, Aurélie Brochu Deschênes, Catherine Comeau, Marie-Pascale Côté, Nicolas Gendron, Marie Fannie Guay, Marie-Pier Nemey, Jean-Thomas Roy, Guillaume Thériault.

À l’équipe, qui a travaillé fort pour ce beau succès: Marcelle Dubois, Jean-François Nadeau, Stéphanie Leblanc, David Lavoie, Marie-Paule Grimaldi, Marie-Aube Saint-Amand-Duplessis,  Amélie-Claude Riopel, Julie Vallée-Léger, Mathieu Marcil, Valérie Grig, Julie Vigneault, Maude Blanchette-Lafrance, Ping Pong Ping (Catherine Lepage et Simon Rivest), Jeanne Bertoux, Sébastien Croteau, Thomas Blain, Renée Hudon, Antoine Mongrain, Sixtine Grimond, Bertille Simon, Line Leblanc.

Le conseil d’administration du Jamais Lu: Anne-Marie Olivier, Eveline Boucarut, Chloé Fleurant, Nadine El-Khatib.

Nos partenaires, nombreux, parmi lesquels la Caisse de la Culture, partenaire officiel.

Ainsi que des remerciements en extra pour tous les extras:

Toute la merveilleuse équipe des Écuries – et Isabelle, Mayi-Eder et Samuel en particulier – qui fait qu’on est tellement content d’être enfin à la maison;

Ginette Noiseux pour son implication passionnée lors de notre campagne de financement, mais aussi et surtout pour sa vision qui nous inspire;

Michel Leblanc, pour avoir cette année encore soutenu nos activités de financement;

Le Cirque du Soleil et Manon Larin-Picard, pour leur présence et les belles initiatives communes;

L’École nationale de théâtre du Canada, pour son apport renouvelé;

Véronique Julien du RIASQ, Alain Jean de l’ATFC, Marie-Claude Verdier, Paul Lefebvre et David Laferrière du CEAD, Anne-Lorraine Vigouroux du consulat général de France à Québec, Laurent Lalanne du Centre national du Théâtre à Paris… pour les partenariats qui enrichissent notre événement;

Le Coin urbain, pour leur délicieuse cantine!

Où est-ce qu’on est? Ensemble dans le rayonnement et le renouvellement de la dramaturgie!

Douceur et beauté pour la grande clôture: J-F Nadeau + Avec pas d’casque

Lundi 14 mai 2012

C’était la totale pour la finale, avec le concert littéraire Le grand ballet des détails qui tuent, un projet « ovniesque » de musique et poésie né de la rencontre toute naturelle des univers de J-F Nadeau, comédien, auteur, poète et codirecteur artistique du 11e Jamais Lu, et du groupe Avec pas d’casque qui a lancé un nouvel album pénétrant en mars dernier.

Le spectacle s’est ouvert sur la chanson Intuition #1 d’Avec pas d’casque :
« Tu diras
Tu diras que c’est l’instinct qui t’a
Mené jusqu’ici
L’intuition d’un sentiment
qui ne reviendra pas »

Le premier texte de Jean-François Nadeau, Goyer, peu être lu ici sur notre blogue.

Sincérité, vérité, présence, sensibilité, humour, un show de gars simples et excellents, qui donnent de l’espoir. Où est-ce qu’on était? Tous là, ensemble, avec la beauté, dans une ambiance aussi douce que perçante, une onde touchante, vibrante, apaisante et rassembleuse.

J-F Nadeau a également invité plusieurs auteurs du 11e Jamais Lu, ceux des lectures théâtrales, ceux des délégations française et franco-canadienne et ceux de la classe de maître, à monter sur scène pour écrire un texte d’une minute écrit sur un mot donné par Nadeau.

Emmanuelle Jimenez (mot: butte):  » Butte, c’est presque une insulte, un semblant de montagne. Mais moi je dis vive les buttes! Je suis une femme toute petite qui veut monter sur toi, butte. »

Camille Roy (mot: trace): « C’est gras pis ça m’écoeure, c’est suposé être propre ces affaires-là. »

Larissa Corriveau (mot: karaoké):
« Au karaoké d’Osaka
Killye Minogue résonne
Sur les ruines d’une temple
Technicolor monochrome. »

C’était la première fois que le Jamais Lu explorait une zone aussi musicale, mais qui créait un espace de résonance parfait pour les mots lancés. Gageons que ce ne sera pas la dernière fois, bien que cette soirée de clôture fut un moment unique. Douceur inoubliable dans laquelle nous étions suspendus pour terminer l’effervescence des huit jours festivaliers.

Merci J-F Nadeau! Merci Avec pas d’casque! Merci public nombreux!

Photos Thomas Blain

 

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Recette du cocktail Jamais Bu

Lundi 14 mai 2012

Dans un élan de générosité dithyrambique, nous partageons avec vous la recette des cocktails Jamais Bu, créés exclusivement pour le 11e Jamais Lu par notre formidable barman et disc-jockey -célibataire- Antoine Mongrain.

Le Jamais Bu:
3/4 oz gin
3/4 oz vodka
1/2 oz « bar mix » ( sweet & sour)
1/4 oz sprite
1/2 oz liqueur (orange, melon ou fraise)
- on shake avec de la glace

On ajoute
1/2 oz de sprite

Servez sur glace avec tranche d’agrume.

Et voilà, c’est magique!
Et ça donne ce genre d’ambiance!  (Photo Thomas Blain)

Fenêtre ouverte sur la classe de maître de Daniel Danis

Lundi 14 mai 2012

Vendredi dernier, le public était invité à assister à la conclusion de l’atelier intensif que l’auteur Daniel Danis est venu donner dans le cadre du 11e Jamais Lu. Une quinzaine de participants, incluant les auteurs des délégations française et franco-canadienne, ont partagé le fruit de leur réflexion, des zones explorées, ainsi que les courtes créations récoltées de l’exercice. La classe portait sur « L’auteur et son territoire » et parcourait les chemins de l’imaginaire intime et partagé.

Réflexions de Danis attrapées au vol:

« Nommer c’est délimiter le territoire. »

« Quand je pense à la terre de ma grand-mère, ce n’est plus la terre à ma grand-mère, ce lieu qui n’existe pas est à moi, il est invendable, j’y retourne quand je veux, il m’appartient, il est moi. »

Photos Thomas

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Le dernier Lever de rideau

Lundi 14 mai 2012

Pour la grande finale avec le concert littéraire de clôture, nous avons eu le droit à un dernier Lever de rideau avec Eveline Boucarut, Chef d’équipe sénior, Services de certification, Ernst & Young et membre du conseil administratif du Jamais Lu, avec Simon Boulerice, dans un texte de celui-ci. Eveline Boucarut interprétait le « vrai » public, celui qui paie ses billets, donc un peu le véritable employeur de l’auteur… Elle lui demande « Peux-tu me dire t’es où, quand moi je travaille pour vrai? » On a eu droit à l’humour complice de Boulerice, mais aussi à une agréable mise en lecture de Geoffrey Gaquère, qui a accompagné tous les Levers de rideau du 11e Jamais Lu et les gens d’affaire qui y ont fait leur premiers pas (ou presque) sur scène, acteurs en développement du développement de la dramturgie.

Photos Thomas Blain.

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Retour sur la Soirée crépusculaire: Testaments, cartes de souhaits et mémos

Vendredi 11 mai 2012

Sous la direction de Larissa Corriveau, la Soirée crépusculaire a permis la rencontre entre musique, poésie et théâtre dans l’antre du Jamais Lu, dans un cabaret total décloisonnant! Testaments, cartes de souhaits et mémos se sont fait entendre de la plume des auteurs et poètes, qui se sont également prêtés au jeu de la performance. Les personnages et monologues se sont glissés entre les poèmes. Ici un mémo, là une série de cartes de fêtes. C’était la soirée crépusculaire.

« Crépuscule: lumière faible et incertaine qui persiste avant que la nuit s’installe. »

« Pour ta fête j’ai voulu t’offrir quelque chose de personnel, alors je m’en suis servie comme sous-verre. »  (carte de souhait)

Direction et mise en lecture : Larissa Corriveau
Textes et performances: Sébastien Boulanger-Gagnon, Larissa Corriveau, Marc-André Landry, Catherine Léger, Benoit Mauffette, Danny Plourde, Ève Pressault, Jérémi Roy, Zied Touati

Photos Thomas Blain.

Retour sur Les Mor(b)ydes de Sébastien David

Vendredi 11 mai 2012

C’est un jeune auteur émergeant, et déjà on dit « c’est du Sébastien David ». Son nouveau texte Les Morb(y)des claque, fesse, émerveille le sordide avec humour et des pointes d’émotions soutenues… Il faut dire que l’excellence de la distribution, très bien dirigée par le metteur « en lecture » Gaétan Paré, a été pour beaucoup dans le plaisir de cette lecture théâtrale. Un texte sordide, drôle, poétique, touchant et dangereux. C’est du Sébastien David.

Mise en lecture : Gaétan Paré
Distribution : Dany Boudreault, Julie de Lafrenière, Kathleen Fortin, Philippe Robert

Photos Thomas Blain.

Sous le charme d’un Lever de rideau…

Vendredi 11 mai 2012

Avant la lecture de la pièce Les Morb(y)des de Sébastien David, nous avons eu le doit à un autre Lever de rideau avec des gens d’affaire, acteurs de développement de la dramaturgie. Cette fois, Marie-Pier Veilleux, Directrice, Développement, diversité métropolitaine, Chambre de commerce du Montréal métropolitain, nous a démontré que son talent d’actrice était plutôt bien développé dans le court texte sur le lien entre l’auteur et le public, écrit et joué par Sébastien David. Le charme a opéré pour ouvrir la soirée…

Photos Thomas Blain.

« Goyer » poème jamais Lu à entendre de Jean-François Nadeau

Vendredi 11 mai 2012

J-F Nadeau, comédien, auteur, poète et codirecteur artistique du 11e Jamais Lu monte sur scène pour la grande soirée de clôture, le concert littéraire Le grand ballet des détails qui tuent avec le groupe  Avec pas  d’casque. Ici, un texte qui sera entendu pendant la soirée, où sont conviés également une dizaine d’auteurs de l’édition du Festival. Poésie de scène.

Goyer

Ou la fois tsé

Ooooooouuuu la fois

Tsé la fois

La fois où Gohier

Goyer 

C’est ça Goyer shit

On l’appelait d’même c’est vrai

D’l’anglais dans tou’es noms qu’on s’donnait

La fois violence où Goyer est passé du bord des skins juste deux jours

Tu r’viens ‘ec nous aut’ ou la raie on t’ rase 

Non

La fois violence où y a écrit une lettre de sang par amour

À Cat Rousseau assis relax dans rangée de cases

Tasses-toué ‘n kill preppies

Jungle pubère

Vieux linge d’éduc en guise de brise

Post-examen de maths du ministère

Pas faisable le chiard à copiage

Equations malices

Théorèmes cachés dans l’case d’la calcu

Tête dans l’cul

Feutre su ‘es cuisses

Coquerelles autour d’un oignon dans l’noir

Lumière

Tungstène de bile

Goutte de savon dans l’huile

Qu’est-ce tu fais là, Goyer

KKKKKKRRRRRRR

Exacto

Buffalo

Ou une aut’ marque

Standard 

Jaune travaux

Trop gros pour un coffre de flots

L’œil du Goyer

Animal inventé

Griffon des bois laurentiens

Carcajou rencontre chouette

 

KKRR ajuste

 

Feuille propre prête

Bras tendu

Pas de chichi

Entaille rectangle su’l dessus

Exacto pinceau

Bras palette à rouges

Pointe à saucette

 

Ca-the-rineee virguleee

Grosses lettres de départ coulanteees

Fuck finir à droite petit petit

Pancarte de lave-auto pee-wee

 

Le temps de penser solide

L’encrier devient gale

Pellicule de lait chaud laissé sur le feu fatal

Hssssssssss

Tout ça pour la Rousseau

La reine d’exigences

Aux collants barrés

Short jeans coupés

Combats

Export A

Fan de Kiss et d’Anthrax

Bombe pâle Pif gadget

Bouche teinte cou allumette

Griffonne de ruelle qui donne sur l’Harvey’s

Repère de futures mères très mêlées

Bref

Chatte rencontre furette

Hsssssssssss

 

Goyer lève les yeux

Sa tête au centre nos bras offerts autour

Un soleil de peau

Dans l’coin d’un dessin ordine

 

Samantha au kangourou Lake blue à qui on doit tout mais je sais pas où

Prend sa voix de conseil d’elfes

Catherine est ‘à butte… ‘A pleure itou… Vas-y doux…

 KKKRRR range la lame

 À l’heure du bleu de genou

Les Tristan et Iseut du Centre jeunesse

Ont fait une autre paix brutale

Et un peu de mess’

Dans le jeu toile d’araignée métal du parc Ahuntsic.

 

Jean-François Nadeau

 

Invitation à la Fenêtre ouverte sur la classe de maître de Daniel Danis

Vendredi 11 mai 2012

C’est GRATUIT! Aujourd’hui, dernier jour de festival, vous êtes convié à une rencontre qui vous plongera au coeur du travail de l’écriture pour en explorer, exposer et exploser le territoire réel et imaginaire. Avec Daniel Danis et tous les auteurs participants de l’atelier.

À la suite de trois rencontres qui constituaient le cœur de leur classe de maître portant sur imaginaire, langue et territoire, les 15 auteurs participants font le point publiquement sur cette expérience et sur leur réflexion.

C’est une véritable fenêtre ouverte sur les profondeurs de leur travail, et le public est invité à épier, dans la convivialité, les tenants de ce riche partage.

CLASSE DE MAÎTRE DE DANIEL DANIS
L’auteur et son territoire

«Comme base d’écriture et de réflexion, je propose de travailler à partir de deux embrayeurs d’imaginaire : une recette de cuisine et un objet de votre autel personnel.

De l’intime jusqu’au partage, des yeux à la bouche, de l’écrit à la parole.
Quand je dis «écriture», je parle autant d’une écriture scénographique que dramatique, car la langue n’est-elle pas une terre? Nous pourrions penser qu’avant l’écriture il y a un espace à construire, lieu d’une écriture-dessin.»
Daniel Danis

Les quatre rencontres de la classe de maître, dont la dernière a lieu devant public, seront bordées par des discussions et des temps d’écriture circonscrits à un format préétabli, puis il y aura présentation du travail devant le groupe, réécritures, et retour à la présentation. En principe, les auteurs devraient aboutir à un cinq à dix minutes de texte à présenter comme un jeu pour discuter nos imaginaires. Et surtout pour fortifier et vivifier nos envies d’écrire ce monde en lui injectant des doses secouantes et dérangeantes.
DANIEL DANIS
Crédits photo :
 Paul Cimon
Saguenéen d’adoption, Daniel Danis est l’auteur d’une dizaine de pièces de théâtre. Il remporte de nombreux prix littéraires, notamment trois fois le prix du Gouverneur général du Canada, pour sa première création, Celle-là (1993), puis pour Le langue-à-langue des chiens de roche (2002) et finalement pour Le chant du Dire-Dire (2007). Il écrit également pour le jeune public avec tout autant de succès et de reconnaissance des pairs et des institutions. Daniel Danis vit présentement à Québec où sa compagnie est en résidence à la Caserne Dalhousie. Il travaille à l’écriture et à la mise en scène de son nouveau spectacle, Yukie, un théâtre-film qui a été présenté au festival Carrefour international de théâtre en juin 2010.

 

Retour sur Le mécanicien de Guillaume Corbeil

Jeudi 10 mai 2012

Le mécanicien de Guillaume Corbeil: dans un dialogue en partie d’échec où chaque mot et chaque silence compte, un couple discute de violence… Courte pièce étonnement réaliste et dérapante… Mais on ne vous en dit pas plus, la pièce sera montée au Théâtre d’aujourd’hui pour la saison 2012-2013!

Mise en lecture: Francis Richard
Distribution: Pierre-Luc Léveillé, Anne-Hélène Prévost, Francis Richard

Photos Thomas Blain.

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