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« Thatcher n’a pas raison » de Jean-Philippe Lehoux

Lundi 17 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Dans le texte qui suit, le brillant Jean-Philippe Lehoux donne la parole à un avocat qui prend la défense du Gros Con le « plus banal des hommes banals ».
 

THATCHER N’A PAS RAISON

Québécois, Québécoises, Mesdames et Messieurs les jurés, Madame la Juge… Y a des dates dans l’Histoire qu’il faut encercler au crayon rouge… pis pas seulement parce qu’on a pus de crayon noir. Eh bien ce soir… n’en est pas une du tout. Non. Désolé. Ce soir, dans le box des accusés vous ne trouverez pas de grands criminels. Pas de Monica La Mitraille ou de Bernard Madoff. Ce soir, je me présente à vous aussi humblement qu’un chasseur innu’ devant le caribou pour tenter de laver l’honneur du plus banal des hommes banals. Et j’ai nommé: Le Gros Con.

Québécois, Québécoises, Mesdames et Messieurs les jurés, Votre Honneur… Le gros con – pas nécessairement gros mais nécessairement con –, pourrait être votre voisin ou votre sœur, votre oncle de Gaspé ou votre agente de voyage de Montréal. Pis celui qui aurait très bien pu s’appeler «grosse conne» fait aujourd’hui face à plus de 427 382 chefs d’accusation. Pis ça grimpe, comme ça, allègrement, de minute en minute alors que vous souffrez de ma déplaisante compagnie. On l’accuse entre autres d’inculture, de prétention, de lâcheté, de stupidité et de violence.

J’vous rassure tout de suite, là: je déteste profondément mon client. El l’haïs, là. C’est lui, qui nettoie son VUS en pleine canicule. C’est lui qui profère des injures radiophoniques à toute heure du jour. C’est lui, aussi, qui fait du théâtre à même les fonds publics. C’est lui, la policière qui parle au cellulaire pendant qu’a conduit, c’est lui qui étire un peu son chômage parce que ça lui tente pas trop de travailler, c’est lui qui a mis un peu trop de relish dans votre hot-dog, c’est lui qui a détruit une vitrine de la rue Ste-Catherine au printemps dernier au nom d’idéaux anarchistes pis c’est lui, aussi, qui vous a déjà dit «JE LE SAIS PAS», quand vous lui avez demandé si c’était bientôt votre tour de voir le médecin.

Aaah, malgré tous ses masques, vous le reconnaissez, hein? Mais réjouissez-vous pas trop vite à l’idée de le voir au pied de l’échafaud. Parce que si on se fie à l’adage qu’y dit qu’on est tous le con de quelqu’un, il se peut très bien, Mesdames et Messieurs les jurés, que vous soyez vous-mêmes ce gros con.

Si j’ai accepté de le défendre à cette inquisition spontanée, c’est que je crois qu’on y va tous un peu fort avec celui que je vais qualifier de bouc émissaire: oui, bouc émissaire, même si y a rien d’une chèvre à couilles qu’on envoie dans le désert avec les malédictions d’usage à la veille de la fête juive du Yom Kippour. J’ai surtout l’intime conviction – pis quand je dis «intime», je parle d’une conviction qui m’a embrassé tendrement hier à l’hôtel –, j’ai l’intime conviction qu’on se trompe de cible.

Entrons donc dans le vif du sujet. Une des accusations à laquelle fait face le gros con est son manque de considération éthique. Rappelons les faits. Le gros con se trouve un 23 février 2011 dans son épicerie préférée. Y a le choix entre des belles tomates rouges de serre provenant du Centre-du-Québec ou des belles tomates rouges provenant des États-Unis. Là le gros con y voit ben que le prix des tomates américaines est plus bas, faque y décide de cueillir quelques bulbes juteux rappelant les burnes de l’Oncle Sam, pis y ‘es plonge dans un sac en plastique non-recyclable dont la prise de possession nonchalante constitue par ailleurs et en elle-même le chef d’accusation numéro 2765. La sentence peut tomber: le gros con a pas choisi les bonnes tomates. Coupable de pas «acheter local».

OR. Voilà que mon correspondant juridique anglais, un dénommé Arthur Broughry Pennington Pock, me pointait y a quelques mois une étude qui démontrait que parfois, en tant que Britannique, il valait mieux acheter des tomates qui provenaient d’Espagne et non d’Angleterre. Y paraît que le coût énergétique nécessaire pour les apporter par bateau, serait moins important que celui pour entretenir une serre en banlieue de Manchester. La raison est simple: y a jamais de soleil au Royaume-Uni. Mais cette théorie-là va être réfutée plus tard par des Finlandais, qui eux-mêmes vont se faire envoyer promener par des écologistes Chinois qui eux-mêmes bla bla bla… Vous voyez le genre? Si les plus grands spécialistes peuvent pas s’entendre sur l’éthique entourant les plantes potagères, dites-moi, Votre Honneur, comment peut-on espérer que notre gros con sorte du IGA avec les «bonnes» tomates?

Aaaah, là je vous entends déjà, procureurs de la moralité… Je vous entends déjà brandir le spectre de la responsabilité individuelle: «Comment osez-vous prétendre que ce gros con-ci, qui ne pense qu’à ses actions en bourse et ses pectoraux puisse être blanc comme neige? Comment pouvez-vous affirmer que ce gros con-là, qui se laisse vivre par les autres, ne mérite pas sa sentence? L’individu est seul responsable de lui-même. Pas d’alibi pour le gros con !» Vous avez sûrement raison. Je le répète, moi aussi je le déteste. Y m’énerve autant que je m’énerve. Y comprend rien, y respecte rien, y est creux, y se pense kasher parce qu’y porte un carré rouge ou un carré vert pis y pense révolutionner la démocratie parce qu’y insulte un autre gros con en 140 caractères… Non, vraiment, si je pouvais, je me couperais la langue avec une feuille de papier devant vous pour prouver la ferveur de mon mépris à l’endroit de ce gros con-là que je dois pourtant protéger ce soir de nos abus! Mais je le ferai pas… De un, ça ferait beaucoup trop mal. De deux, j’ai encore la certitude qu’on se trompe de cible.

Si y a aucun doute que le gros con est terriblement con (pis terriblement polyvalent dans sa connerie, oui), IL N’EST PAS COUPABLE. Pas coupable de faire partie de son époque où tout lui dicte d’être égoïste. Pas coupable d’être parfois éduqué par d’autres gros cons. Pas coupable d’être heureux pis de vouloir profiter tranquillement de ce bonheur-là. Pas coupable de pas savoir comment se battre ou de se battre avec un peu trop de violence. Permettez-moi ici d’emprunter les paroles d’un personnage de l’auteur et gros con Jean-Philippe Lehoux, dont la pièce Le Bras Canadien et autres vanités sera produite à Premier Acte au mois de mars 2013 dans une mise en scène du gros con Fabien Cloutier et dans laquelle vous pourrez goûter à une performance légendaire du comédien et gros con Jean-Michel Girouard en rabbin aimant jouer au squash. Le personnage, issu d’une toute autre pièce, disait ceci:

(JEAN-MICHEL GIROUARD): «Au secondaire, on m’apprenait à faire de la croustade aux pommes sans renverser de la cannelle sur mon voisin ; pas à transporter une cruche sur ma tête pour abreuver mon village. J’ai pas le chance d’avoir soif, moi».

Merci monsieur Girouard, ce sera tout. C’était très touchant… Le gros con du Québec connaît pas le désespoir des assoiffés, votre Honneur. Si vous voulez à tout prix réhabiliter le gros con, vous allez devoir l’aider à se sortir de l’ignorance qui le maintient sous le joug de son bourreau, que je vais pas tarder à nommer. Parce que le plus grand crime de notre gros con, c’est pas d’être con. Non. C’est de pas savoir qui viser de son fiel de gros con. La portée de son indignation est tellement faible qu’y finit toujours par donner des gifles insignifiantes à son voisin pour se convaincre qu’y est en vie. «Ostie de BS! Qu’y aille chier, le maire d’Huntington! Mange mon cul, matricule 728.»

Mesdames et Messieurs les jurés, notre lutte infatigable pour dénicher le plus gros con du Québec, à droite ou à gauche, est bien vaine. Elle équivaut à taper su’es doigts d’un enfant qui cochonne not’ tapis en mangeant un gâteau au chocolat avec un peu trop d’enthousiasme, pendant qu’au même moment, on se fait rentrer, sans lubrifiant, un javelot entre les deux fesses par un spéculateur qui met en plus le feu à notre maison en se servant de notre chat comme combustible. Pendant que notre gros con en gifle un autre, les vrais criminels, eux, rient dans leur barbe. Une oligarchie puissante, qui a même pas besoin d’un complot pour être unie – parce que les règles du jeu sont maintenant toutes tracées pour elle –, profite de notre guerre fratricide de gros cons pour nous bouffer les entrailles. Pis nous-autres, fiers d’avoir débusquer un peu plus con que nous, on continue à se jeter les uns les autres au banc des accusés.

Margaret Thatcher (vous savez, cet homme politique viril du siècle dernier) affirmait que «la société n’existe pas. Il n’y a que des individus, disait-elle, et ils s’occupent d’abord d’eux-mêmes». Bref, y a juste des gros cons à la dérive. Eh ben, Mesdames et Messieurs les jurés, je pense que cette méga grosse conne se trompe. Je vais d’ailleurs terminer mon plaidoyer en m’attardant un peu sur cette méprise. Prenez un gros con; prenez moi par exemple. Y va en falloir beaucoup afin que je ne sois plus un gros con. Je pars de loin. Mais prenez deux cons. Prenez… je sais pas, moi… Richard Martineau pis Jean-Philippe Lehoux. Crissez-moé les ensemble, une fin de semaine dans un chalet, pis regardez comment y réagissent. Aaaah. Déjà y trouvent des terrains d’entente quand y en a un qui dit aimer le magret de canard pis l’autre le blé d’inde, déjà y s’amusent, y découvrent qu’y raffolent tou’es deux du fer à cheval pis d’une Corona bien froide, déjà y confient aimer la femme qui danse à leur bras pis vouloir le bien pour leur famille. Ces deux gros cons-là qui s’étaient inter-baptiser de gros con, l’un pour incompétence journalistique crasse pis l’autre pour inutilité artistique coûteuse ont réussi, l’instant d’un week-end au bord d’un lac à St-Raymond-de-Portneuf, à inventer de nouvelles solidarités qui vont les sortir peu à peu de leur grosse connitude. Cette alchimie-là, improbable, qui a fondu nos deux gros cons que tout séparait en une pâte fragile mais harmonieuse, c’est déjà l’embryon de ce qu’on pourrait appeler société, n’en déplaise à Sir Margaret Thatcher. Unir des gros cons sous la bannière des gros cons, c’est déjà unir des gens sous une même bannière. Pis seule la coordination de notre connerie va finir pas donner une danse en ligne qui ressemble à peu près à une chorégraphie professionnelle.

Québécois, Québécoises, Mesdames et Messieurs les jurés, Votre Honneur, c’est donc à titre de gros con et de défenseur du gros con que j’implore votre clémence et vous demande de bien vouloir décharger mon client des 427 38… maintenant 8 chefs d’accusations qui pèsent contre lui. Oui, c’est un gros con, mais y a bien plus con pis dangereux que le gros con lui-même. Pis mon intime conviction – toujours celle qui m’a donné hier soir à l’hôtel des p’tits bisous sur les foufounes–, me dit que la condamnation d’un gros con servirait seulement ceux qui nous oppriment véritablement.

Merci.

« Dans le pays où j’ai grandi » de Patric’ Saucier

Lundi 10 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Le metteur en scène du cabaret, Patric’ Saucier, nous livre sa réflexion sur la fameuse question…
 

Dans le pays où j’ai grandi,

il s’en est dit bien des affaires

depuis que je suis venu au monde.

Je suis né, nez à nez avec la mort,

celle de Kennedy.

Fin novembre ‘63.

L’Amérique pleurait JFK,

ma mère pleurait de joie,

mon père pleurait jamais.

Y’a des choses qui se font pas !

Depuis 50 ans

On en a tellement vu de toutes les couleurs

Que ça aurait pris des yeux tout le tour de la tête

Pis des lunettes 3D

pour regarder l’arc-en-ciel en pleine face.

Il s’est dit tellement d’affaires pis des n’importe quoi

qu’on a manqué d’oreilles pour tout écouter.

Les mots creux ont tapé en tempête dans nos tympans têtus,

Les vents de promesses de changements

qui changent jamais

ont tourbillonné dans le grand foc avant,

avant de fucker le chien.

Les chaudes gorges se sont brûlées la langue de bois

jusqu’à la corde

la corde s’est mise à danser

Pis les politiciens giguent encore sur la même musique

en changeant le tempo

pour se donner l’impression

de valser mieux que leurs prédécesseurs.

Pour faire différent

mais la rengaine reste la même

pis quand on sait plus sur quel pied danser,

ben on marche sur celui des autres.

Ici plus qu’ailleurs?

Je le sais pas, je m’en sacre.

Ailleurs c’est à eux-autres.

Qu’ils s’arrangent.

Dans le pays où j’ai grandi,

La peur s’appelait Bonhomme sept heures

mais on le voyait jamais.

Parce que la peur vivait dans les autres villages

les autres pays

pis elle parlait une autre langue,

des fois l’anglais.

La peur portait des noms de films,

des noms de famille, des fois

des noms de maladies

contagieuses

honteuses

infectieuses

épidémiques

épidermiques

et pis ben d’autres.

La peur se tenait en gang entre les cases,

dans la cour d’école,

Pis après elle s’est tenue en gang de rue

Pis en gang de bicycles pis de motards

pis de bandits de la finance

Pis d’avocats du diable qui prennent notre mal en patience.

Au fil des ans la peur s’est brodée un tissu de mensonges

pour habiller la vérité.

Aujourd’hui,

On apprend que les maires et les hauts-fonctionnaires

Sont payés à la commission

Que les bandits démissionnent et ne vont plus en prison.

Les croyances ont délaissé la religion

Les églises ferment boutique

les dieux sont mortels

Pis le diable est aux vaches dans l’enclos du paradis fiscal.

À force d’être chassée d’ailleurs,

la peur a fini par immigrer chez-nous.

Avant, elle était mafieuse et vivait en Sicile.

La peur coulait du monde dans le béton et les jetait à l’eau astheure elle vend du béton et coule l’économie.

On crie au voleur

chaque fois qu’un gouvernement investit dans la culture.

Moi je rêve du jour où la Mafia va investir dans la culture,

Même les hippies vont en avoir des millions pour faire du théâtre.

Avant, la peur se cachait dans le crépuscule,

sortait juste la nuit,

se terrait dans la grande noirceur,

astheure la peur a plus peur,

elle s’expose au grand jour.

Elle a plus de visage,

elle porte un matricule.

Elle s’est armée de matraques, d’armures pis de lois musclées

pour nous protéger contre nous autres.

La peur s’est immiscée dans le pays où j’ai vieilli

depuis que ceux qui devaient nous défendre

se sont mis à nous attaquer.

Un jour de printemps récent on a crier : J’ai faim de justice !

Ce soir-là, on a mangé une volée,

une maudite bonne,

bien poivré,

du vrai buffet à volonté,

c’était pourtant pas chinois !

Parce dans le régime de la peur,

tu peux pas manger n’importe quoi. Ben non.

Il faut que tu suives une diète sévère

qu’on t’applique au pied de la lettre

pis aux pieds au cul.

On t’alimente d’images troublantes,

pis toi, troublé, tu sais plus quoi ni qui croire.

Tu doutes de tout de tout le monde

sauf peut-être

de l’arrière grand-père de Bernard Adamus, Nostre.

Mais comment on peut prédire la fin de l’Histoire

quand on sait pas où elle a commencé ?

Parce que dans le pays où j’ai grandi,

2012, c’est pas une fin, c’est un début.

Ok, Peut-être même juste l’idée de départ d’un début,

un chapitre… un paragraphe,

au moins un phrase qui a su trouvé les mots justes

pour effacer les maux de coeur.

Le temps d’un printemps.

Peut-être pas plus

Mais le bourgeonnement à pris racine.

J’ai vu des milliers de Don qui se choquent,

grimpés sur leurs grands chevaux,

pis monter à l’assaut des moulins à paroles vides.

Armés de leurs casseroles, bruyantes et rossinante,

on pouvait les entendre chanter à pleines rues.

La colère dans le bonheur.

Armés de casserole pour exprimer le ras-le-bol !

Éruption du trop plein,

la coulée humaine qui déferle dans les villes

À petits pas des grands projets.

Des rues inondées d’une marée de femmes,

d’hommes et d’enfants

qui s’est heurtée à des récifs inhumains.

La vague brisée à maintes reprises

mais debout dans le ressac de la tourmente.

Des jeunes de moins en moins jeunes chaque jour

debout parce que tannés d’être à genou.

Debout dans tête.

Des jeunes vieux, côte à côte, coude à coude.

Carré rouge de colère

Bleus d’écoeurement,

verts de rage

À rêver de changement, éveillés,

les yeux ouverts

même gazés.

Gonflés d’espoirs de revoir un lendemain qui regarde plus hier,

Le sourire fier de la conquête étampé dans la face,

juste à côté de la main de la police.

Parce que leur Premier ministre,

à force de vouloir sauver la face,

a perdu la tête.

L’orgueil ça a pas de prix,

surtout quand c’est les autres qui paient pour.

Sa machine s’emballe, part tout croche,

lui, refuse de faire marche arrière,

il se braque parle à personne, la transmission est cassée.

Il refuse de naviguer ça fait qu’il divague.

Veut rien savoir de suivre le courant,

il veut rien que briser la vague.

Il riposte policièrement et fermement.

La loi massue frappe de plein fouet

Et le rouge n’est plus carré,

le rouge prend des formes de nez, de fronts,

de cranes ouverts sur le monde.

La grande ouverture d’esprits dont savent faire preuve les manifestants.

La liberté de paroles qu’on nous fait ravaler

à coup de balles de caoutchouc.

«Tiens mon câlisse ! »

On rêvait de changement, de casser la barraque

Du printemps qui regarde plus l’hiver,

Et le rêve a quand même pris forme.

Des formes diverses, inspirées, des idées à la pelleté.

Un deuxième printemps 68 avec un épicentre québécois.

De quoi être fier d’être né dans le pays où j’ai grandi.

Des vidéos magnifiques,

des textes qui t’enlèvent les mots de la bouche,

des chansons qui fessent dans le dash.

Du grand art en même temps comme rarement dans l’histoire.

L’effervescence ostie!

De quoi être fiers pas à peu près !

Mais de quoi avoir honte aussi;

Quand les fesseux pis les fessés viennent de la même famille

On appelle ça un fratricide, câlisse.

La deuxième grève mondiale du Québec

Après l’amiante, l’étudiante.

La grande noirceur sort de l’ombre

pour mettre en lumière

les mêmes vieilles techniques d’intimidation.

Le vrai danger vient jamais du fusil

Il vient de celui qui le tient.

Parce qu’elles soient en plomb ou en caoutchouc,

Ce que les balles cherchent avant tout à tuer

C’est les idées.

Ici comme ailleurs

Les années se suivent et la violence nous rassemblent

Le printemps des érables qui a suivit

Le printemps arabe de 2011.

La Place Tiananmen printemps 89.

Le printemps Berbère en 80

La coupe Stanley printemps 93

Tout à coup, ici comme ailleurs,

le printemps est devenu la saison des amours amères.

Quand une manifestation a l’effet d’une bombe

il faut se méfier des obus du pouvoir.

La même musique partout, c’est classique

La brutalité orchestrée par les violences du roi

Dans sa prestation inégalée

de la Xième symphonie de gestes gratuits.

Leur chef joue la sourde-oreille

aux yeux du monde qui sont tournés

vers l’irréductible village québécois

et de son politichien idées fixes.

Le territoire occupé,

La bande de gazon, gazés par la police

Piétiné pendant des semaines, des mois.

La pas d’estime

qui prend les grands moyens en riant.

On rêvait de changement, de casser la barraque

Du printemps qui regarde plus l’hiver,

Un cessez-le-feu a cassé le fun.

D’estival en festivals pis la chaleur des canicules a refroidi les ardeurs des troupes.

Les casseroles se sont tues,

il aurait fallu aux cuillères, une autre paire de manches.

Les marcheurs usés se sont assis

pour regarder passer la caravane électorale.

Des élections en été pour nous rappeler

Là aussi

que Duplessis n’est pas mort,

qu’il a son héritier qui, lui aussi, méprise les cons citoyens,

Du haut de sa colline parlementeuse.

Mais ici «Je me souviens…». Fuck you.

Deux mois d’été pis on avait tout oublié.

Personne en parle comme si tout avait été déjà dit.

Les poussières de souvenir du printemps sont balayées du revers de la main.

D’un coup de branlette aux érections provinsales.

Les maux ne savent seuls venir;

Tout ce qui m’était à venir, m’est advenu.

Les libéraux sont quasiment réélus.

Et Rutebeuf saura pas lui non plus:

Que sont ses amis devenus

Qu’il avait pourtant de si près tenus et tant aimés ?

Mais que veux-tu? Ce sont amis que vent emporte,

Et il ventait devant sa porte

On a eu ce qu’on mérite. Un point c’est tout un poing dans face.

On frappe mur, toujours le même depuis des cent ans.

Le mur qui nous dit :

«Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ?»

Le mur invisible,

le mur du silence et des lamentations

Le mur de la peur

La cloison étanche qui divise le Québec en deux.

Ce mur-là qui s’est construit entre nous autres,

Il s’est pas fait avec des roches ou à coups de briques,

c’est du sable pis de la poussière qu’on a laissé s’empiler.

Le temps de sortir le balai ça aurait pris une pelle.

Trouve la pelle, c’est un tracteur qu’il faudrait.

Pis une grue

pis de la dynamite

pis après trop d’années

le mur est rendu tellement haut

que les paroles peuvent plus franchir notre mur du son.

Nous nous sommes emmurés vivants.

 

Patric' Saucier par Nicola-Frank Vachon

Bilan du 2e Jamais Lu – Édition Québec : de pertinence et d’éclat

Mercredi 5 décembre 2012

Fort et fier de trois jours de fêtes festivalières remplis de l’ardeur des artistes et d’un public au rendez-vous, le Jamais Lu est désormais bien implanté dans la Capitale. Entre de nouvelles créations qui donnent le pouls de leur époque, des réflexions à point nommé pour la suite du monde et des rencontres essentielles, le Festival a affirmé avec cette deuxième édition sa nécessité ainsi que son potentiel jubilatoire! Avec une moyenne de fréquentation de 80% aux soirées, le Jamais Lu a poursuivit sa lancée à Québec ville, porté par sa force rassembleuse et ses paroles percutantes.

Détonations de visions diversifiées

Amorcé par la table ronde Le politique et l’écriture, le Festival a suscité des prises de position réfléchies des plus intéressantes. La discussion menée par Marcelle Dubois regroupait les auteurs Annick Lefebvre, Édith Patenaude et Jean-Philippe Lehoux, ainsi que le cinéaste Samuel Matteau et le metteur en scène et directeur artistique Frédéric Dubois, pour confronter leurs démarches aux événements politiques et sociaux qui ont particulièrement animé le Québec cette année. Désabusement, détermination à s’adresser à son époque et son territoire, humilité, besoin d’écoute et impératif de multiplier les approches et les moyens de diffusion, responsabilité de l’artiste: sans être d’accord, les invités ont fait le point et ont dégagé des pistes vers la fameuse question éditoriale C’est quoi notre problème?

Électrochocs de créations

Avec ses quatre extraits de pièces en chantier, L’Accélérateur de particules fut une soirée des plus allumeuses et allumées. Tout d’abord enchantés par l’univers de Chaplin et moi qu’on oublie d’Hélène Robitaille et son charme suranné mais toujours criant, brillant, dense et désespéré,  Jusqu’à Troie, le cabaret tragique de Maxime Robin nous a touché avec l’angoisse d’une jeunesse qui a grandit avec le poids de fins du monde annoncées. Thomas Gionet a tourbillonné devant nous dans la tempête de son AMOURen devenir, et avec le comique Hors champs, Amélie Bergeron a présenté des personnages tristement de leur temps, malheureusement trop convaincants dans la vacuité de leur discours.

Quant à la soirée Les Intégrales, elle a montrée toute la puissance d’une charge dramaturgique. On ne sait trop si le titre Scalpés d’Anne-Marie Olivier fait référence à la crise d’Oka que la pièce évoque ou aux cœurs de ses protagonistes cherchant leur souffle entre douleur et survivance. L’Gros Show de Lucien Ratio de son côté dressait un portrait hyperréaliste de la radio populiste qui trône sur les ondes de Québec, écorchant les personnages à coup de désillusion et de vérités crues à travers un rire un peu méchant et très libérateur.

Les textes de la clôture nous ont entraînés dans les ramifications complexes des réponses possibles à C’est quoi notre problème?, frappant d’ingéniosité tout autant que de justesse, dans un spectacle à fort caractère littéraire. Difficile de résumer la richesse des propos de Véronique Côté, Marc Auger Gosselin, Annick Lefebvre, Patric’ Saucier, Jean-Michel Girouard, Fabien Cloutier, Catherine Dorion ou Jean-Philippe Lehoux (qui abordaient tour à tour la vacuité médiatique et le vocabulaire récupéré, les questions de souffle, d’existence, d’espoir, de disparition et de comparaison au Mordor, la condescendance et l’hypocrisie même à gauche, les révolutions à franchir, la nécessité d’écouter ce qui n’est pas beau, ce qui crie, la redécoration intérieure qui n’arrange rien ou encore le théâtre-bibelot d’une relève qui manque d’audace, la droite frustrée ou l’humilité nécessaire à toute solidarité). Nous vous invitons plutôt à lire quelques extraits mis en ligne sur notre blogue!

Rencontres expansives

Que ce soit dans la simple et chaleureuse proximité de L’AgitéE ou dans la débordante fête de clôture au rythme de DJ Millimétrik au Théâtre Périscope, dans la célébration du prix de Première Ovation (remis aux Écornifleuses pour Absence de guerre) ou dans le rapprochement Montréal-Québec qui s’effectue à travers le Jamais Lu, le Festival est un lieu unique de rayonnement de la parole des nouveaux auteurs. Ralliant le milieu théâtral par la curiosité, conviant le public à entendre la parole dramaturgique dans une rare immédiateté, permettant aux auteurs – bêtes solitaires par définition – d’échanger avec leurs pairs, le Jamais Lu se fait aussi espace de possibles vivifiants.

Comme mentionné au terme du cabaret de clôture par Frédéric Dubois, directeur artistique du Théâtre Périscope – partenaire avec Premier Acte du Jamais Lu – Édition Québec : «Le Jamais Lu Québec sera une tradition!» Antre d’affirmation de volontés diverses prêtes à forger maintenant et demain, c’est à coup de Bang! bien ciblés que le Jamais Lu s’est déployé. Et ce n’est encore qu’un début pour les aspirations brutes et audacieuses de la relève dramaturgique… À suivre, l’an prochain!

Le Jamais Lu vous revient au début 2013 pour vous offrir d’autres rendez-vous exaltants – dès l’hiver. À bientôt!

Photos Nicola-Frank Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu - Édition Québec

« Le montant qu’on s’est fait chier pour » par Josée, personnage de Catherine Dorion

Mercredi 5 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Dans ce texte, Catherine Dorion se glisse dans la peau d’un personnage, Josée – d’ailleurs au cabaret son interprétation était tout à fait hilarante, et dévouée, l’auteure allant même jusqu’à pousser la chansonnette avec « Croire » de Martin Deschamps…
 

Le montant qu’on s’est fait chier pour

Bon ben bonjour, je suis très heureuse d’être ici ce soir en si grand nombre, moi, ben c’est ça, c’est Josée, j’étudie en marketing du design et de la mode et si je suis présente ici ce soir c’est pour vous parler du Québec et de ses divers problèmes.

Récemment, j’ai eu beaucoup de réflexions en écoutant la radio pis… ben moi, je suis beaucoup branchée sur LCN. L’actualité, j’en mange, ok, je suis vraiment une passionnée de dire qu’est-ce que je pense, surtout depuis que j’ai commencé à régler mon problème de confiance en mes capacités personnelles.

Pour moi, tout a commencé lors des manifestations étudiantes. J’avais regardé LCN, pis y avait une fille, ok, elle était allée à une manifestation pour crier contre le système que nous vivons, que nous avons voté. Puis ce qui s’est passé, c’est qu’elle a pas écouté la police, pis la police, évidemment, a fait son travail pis dans le fond, plus spécifiquement, c’est que la fille a reçu une petite balle de caoutchouc d’une police dans la bouche pis c’est venu casser toutes ses dents à l’avant, notamment.

Juste vous dire, moi le printemps érable… je l’ai vécu sur le terrain. Des bouchons, du traffic, aller chercher ma fille pis qu’il reste pus aucun autre enfant au niveau de la garderie… j’ai tout vécu ça de mes yeux vu. Pis malheureusement, c’est aussi venu déranger l’heure du dodo, parce qu’elle se couchait à huit heures, mais huit heures, malencontreusement, c’était l’heure où… ces gens-là, dans le fond, faisaient taper leurs enfants sur des chaudrons à côté de la fenêtre ou c’est que ma fille, elle s’endort. Les enfants dehors, ils avaient du fun, ils étaient contents c’est sûr, mais c’est parce scuse, pendant que t’as du fun, ma fille elle a peur, elle pleure, elle me demande pourquoi il y a ça. Pis c’est ça moi dans le fond que je trouve que ça laisse à désirer, c’est que toi ton enfant il trippe peut-être mais mon enfant est pas bien à cause de toi. Fait que t’sais, là-dedans, c’est qui le bon parent, t’sais? C’est plus ça, moi.

Mais en ce qui concerne la jeune demoiselle avec la dentition malheureusement démantibulée, je veux dire, c’est sûr que c’est venu corriger son comportement à quelque part. Tsé, c’est plate, mais la prochaine fois qu’elle va vouloir faire la révolution, elle va peut-être y penser plusieurs fois dans sa bouche avant de le faire. T’sais moi, je suis restée chez moi, j’ai pris soin de mon enfant, j’ai écouté mes émissions, j’ai travaillé aussi au niveau de mes courriels, pis mes dents sont toutes là, notamment, là.

C’est parce que l’étudiant, il fait le party pendant la grève ou il fait comme cinq bacs pour trouver vraiment le travail que y’aime… C’est ça, on a un gros problème au niveau de toute le Québec, c’est qu’on veut que les choses, ça soye le fun. Moi personnellement de mon côté j’ai énormément de respect pour les gens qui se font chier. Scuse, mais si tu l’aimes ton travail, c’est pas un travail. Un travail, par définition, c’est être payé pour faire quelque chose que t’as pas le goût de faire. Si t’as le goût de le faire, tu vas le faire de toute façon, fait qu’à quelque part, pourquoi que je te payerais, à quelque part? Donc qu’est-ce que j’ai conclu dans mes réflexions, c’est que la valeur d’une chose, c’est le montant qu’on s’est fait chier pour. Donc le Québec, le problème, si on veut arrêter d’être de la marde, il faudrait se faire chier davantage. Peut-être, juste pour faire une petite image, vous me pardonnerez si possible la vulgarité de mon image : dans le fond, c’est chier la marde qu’on est nous-mêmes pour, à quelque part, s’en libérer et avoir plus de valeur comparé aux Etats-Unis.

Parce que moi, je voudrais ben dire que le Québec c’est cool, mais vu que le Québec c’est de la marde, si je dis que c’est cool, je me positionne moi-même du côté de la marde. Pis moi personnellement, j’ai ben peur de me mettre dans une situation que je passe pour de la marde. Récemment, j’ai été amenée à voir une thérapeute, pis mon problème qu’a m’a dit, c’était que j’ai comme tout le temps peur d’être pas correct, admettons. L’événement que je lui avais raconté, c’était un 5 à 7 avec du monde qui parlaient de musique. Moi, mon idole en musique, c’est Martin Deschamps, mais j’osais pas le dire parce que souvent, les gens rient de lui. Pis y a quelqu’un qui a dit : « Martin Deschamps, c’est tellement de la marde ». Moi dans mon problème d’estime personnelle je n’ai pas pris la parole pour défendre Martin Deschamps. À la place, qu’est-ce qui s’est passé dans ma tête, c’est que je me suis dit qu’une chance que j’avais fermé ma gueule à propos que moi je l’aimais. Et ça ce comportement-là, jusqu’à dernièrement, c’était moi toute crachée.

Mais là, j’ai commencé à opérer un cheminement au niveau de la croissance personnelle que je vais vous donner un exemple. Y a pas longtemps, au moment de faire… l’Acte lors d’une soirée communément appelée one-night, ok… parce que moi, mon complexe, c’est que j’ai peur que le gars y aime pas qu’est-ce que je fais ou ben comment que je réagis à qu’est-ce qu’il me fait. Donc, on était au niveau du sexe oral, mais comment qu’il le faisait, c’était pas vraiment comment que moi, j’aimais. Sauf que là, moi, je me disais que c’était sûrement moi qui avais un problème de frigidité donc sentiment de honte donc faire semblant de jouir, ok. Donc là, ensuite, c’était rendu, comme, à son tour fait que je me mets à l’oeuvre, mais c’était vraiment très long avant que… c’était vraiment très long. Mais moi j’avais, en quelque sorte, pas le choix de le faire venir vu que j’avais comme venu – même si pas vraiment, tsé. Pis là je me suis dit : crime, à cause de comment que j’agis, chus en train de travailler pour venir payer, dans le fond, quelque chose que j’ai même pas vraiment reçu. J’étais en train de travailler sans qu’en échange j’aye eu aucun bien-être.

Donc, là, ouin… C’est sûr que ça marche pus vraiment avec qu’est-ce que je disais tantôt, que notre problème c’est qu’on voulait juste avoir du fun – ben, oui, il y a les bien-être social pis les étudiants qui veulent juste aller à Cuba, dans le fond, mais qu’est-ce que je suis en train de me rendre compte c’est que y a aussi d’autre monde que je fais partie qui ont l’autre problème, qui travaillent vraiment fort sans vraiment avoir de fun en échange. Donc évidemment beaucoup de frustration parce que beaucoup de travail et très peu de plaisir, comme moi durant mon one-night. De la jalousie, aussi, quand ils voient d’autre monde avoir du fun sur leur bras, comme moi, ma fellation. Alors que peut-être que dans le fond le problème c’est pas le plaisir des autres personnes, le problème c’est plusse que eux y ont pas osé demander au gars de mieux leur faire le cunni. Pis ça, il faut adresser ça sinon, on va haïr tous ceux qui ont du plaisir, pis ça, d’après moi, c’est très détrimental dans une société. Pis ça c’est vraiment une des conséquences des lacunes au niveau de l’estime de soi.

Fait que ma conclusion à ma morale de mon histoire c’est que bien sûr il faut se faire chier dans la vie, mais peut-être pas dans le vide. Durant mon one-night, par la suite, ça s’est très bien déroulé, j’ai pas fini la fellation pis j’ai plutôt demandé qu’il fasse, dans le fond, une position qui correspondait davantage à mes besoins. Et à la suite de la relation sexuelle, j’ai sorti mon iPod en lui disant que moi, Martin Deschamps, je le trouvais vraiment touchant, pis je lui ai fait écouter une chanson très peu connue que j’aime vraiment qui s’appelle « Croire ». C’est tellement une belle chanson, là, ça dit : il suffit de croire, tout est changé, recommencé, on a la vie qu’on rêve d’avoir, croire, vivre à l’envers de tout ceux qui ont peur, risquer sa peau, tout comme le font les fleurs, quand leur pétales montrent leur cœur. » C’est vraiment beau, pis moi, c’est ça que je rêve de faire par rapport à mon estime de moi-même pis pour le Québec. Ou ben en tous cas, Canada, le monde, là, les autres pays aussi les autres races aussi, là, moi, j’ai pas de préférence.

« Croire
Il suffit de croire
Et tout renaît, tout est refait
La vie ne peut rien contre l’espoir
Quand on veut croire
Il suffit de croire
Tout est changé, recommencé
On a la vie qu’on rêve d’avoir
Suffit de croire
Comme un arbre qui fait ses bourgeons
Malgré le vent qui lui reprend ses feuilles
Croire à la vie vêtue de deuil… »

 

Photo : Mario Villeneuve

 

« Harper-dépanneur » par Annick Lefebvre

Lundi 3 décembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Voici un petit coup d’Annick Lefebvre et sa réponse cinglante à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…
 

Harper-dépanneur

Si seulement on pouvait acheter

Nos armes à feu au dépanneur

Dire à l’Asiatique qui encaisse nos achats

Nos suits de jogging laittes

Pis nos faces de matins poqués

« Heille, je vais te prendre un gros Export A Light

Un AK-47, une Caramilk

Un 6/49, un sac de chips au ketchup

Pis des munitions »

Si on nous donnait la chance

De se sentir en sécurité

Quand on se promène le soir dans Québec

Parce qu’on transporte notre AK-47

Dans notre sac de magasinage

Pis que nos deux mains ont été entraînées

Pour tirer à bout portant

En cas d’attaques d’Option Nationale

Si on nous autorisait à dormir autrement

Qu’en serrant le vide de nos draps froissés

Pis qu’on pouvait s’assoupir doucement

En caressant le manche de métal frette pis rassurant

De notre gros gun de guerre démontable

Pour enrayer l’angoisse qui persiste

Malgré les thérapies auxquelles nous sommes abonnés

Si le « Harper-dépanneur » s’implantait définitivement

Pour nous armer de courage à tous les coins de rues

Je m’écrierais « De l’armement et des beignes! »

Pis je ferais les démarches pour me partir une franchise.

Photo Nicola-Frank Vachon

 

 

« Lettre à toi, madame Lafolle » par Jean-Michel Girouard

Vendredi 30 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. Nous vous invitons maintenant à plonger dans l’univers de Jean-Michel Girouard et sa réponse à la fameuse grosse question éditoriale qui donnait son titre au cabaret…

Lettre à toi, madame Lafolle

Chère madame folle,

Avant de commencer, j’veux juste vous dire que vous lirez jamais cette lettre là. Je vais plutôt la lire dans le cadre d’un festival de nouvelle écriture. Vous connaissez pas ça. C’est pas grave. Je vous rassure aussi, y’aura aucun jugement sur vous dans tout ça. Juste un jugement sur moi. En vous écrivant cette lettre là, je commets un geste totalement égocentrique. Et vous avez rien à dire. Vous vous avez le rôle de madame Lafolle et moi celui du jeune auteur qui porte un regard aiguisé et sensible sur ce qui l’entoure. Rapport de force un peu étrange, assez injuste vous allez dire. C’est pas de ma faute, c’est mon travail. Excusez-moi de me servir de vous. De vous prendre comme un outil, comme une arme. Je me sers de vous comme d’une idole d’ivoire qu’on lance, qu’on explose au sol pour renier les croyances. Excusez-moi de vous placer sur un autel pis de vous sacrifier sans que vous ayez rien demandé. C’est mon travail.

Chère madame la folle… Lafolle, comme si c’était votre nom, votre nom de jeune fille et pas un qualificatif méchant ou un diagnostique clinique. Chère madame Lafolle, on s’est rencontré au mois de juin. Le dernier mois de juin. Celui avec les casseroles; les carrés rouges pis les verts; les articles de journaux sur facebook pis les vidéos de police sur youtube; les gens dehors, dans la rue qui crient; les gens à télé, à radio, dans leur maison qui chialent. Le printemps érable. Ça vous énarve cette appellation là? Ouais, moi aussi. Mais bon.

L’affaire, c’est que je suis pas vraiment allé manifester dans les rues. Sauf une fois. Pis c’est cette fois là où on s’est rencontré. Le seul soir où j’suis allé marcher pour les étudiants, contre la hausse des frais de scolarité, pour l’accessibilité aux études, contre le gouvernement Charest en générale. On savait plus trop exactement pourquoi. C’était tout mêlé. C’était une manifestation complètement absurde. On était genre quarante-cinq. Y’avait juste du monde pas rapport, des fêlés, des bizarres. Y’avait le gars déguisé en chevalier, le gars avec des osties de pantalons mous pis une casquette en velours cordées, le gars qui lit tout croche un poème de Miron en criant trop, la fille qui se sent ben artiste et qui va parler avec une voix d’enfant à la police avec une marionnette qu’elle a fait avec un bas, le vieux fou avec une camisole sur laquelle y’a le fleur de lysé en feuille de pot. Et y’avait surtout une madame au centre. Laide. Décâlisse. Déguelasse. Qui a l’air de puer. Une madame folle. Folle ben raide. Folle dans le sens de folle dans tête, folle de maladie mentale, folle de pauvreté de poche et de tête. Cette madame là, c’est vous. Madame Lafolle. Madame Crackpouk. Vous étiez vraiment laide. J’veux dire selon les magasines pis la télévision, vous êtes laide. Vous êtes le vrai monde. Le vrai monde, c’est pas nous, parce que nous, on est spécial. Pis quand on vous voit, on se dit qu’on est pas si différent. Fak c’est pour ça qu’on aime pas ça vous voir. Parce qu’on est pareil. Mais on veut pas le savoir.

Quand je dis que vous êtes laide là, c’est pas pour être méchant. C’est pour vous décrire. C’est froid. C’est descriptif. C’est pas de votre faute. C’est même pas si grave. C’est un choix de valeur, la beauté. Un choix de société de valoriser, d’aimer, de vouloir le beau. On aurait pu choisir autre chose. Mais non.

Vous avez la peau salie par la vie qui passe comme un truck de vidange qui laisse une coulisse de marde en arrière. Vous avez l’air de sentir la marde. La vraie. Un mélange de marde, de Labatt 50 pis de Joe Louis. J’dis pas que c’est pas correct de manger des Joe Louis là. J’aime ben ça moi aussi. Mais…mais en tout cas.

Fak là, on est au milieu de la rue, tout le monde s’ostine parce que ça a pas rapport qu’on soit là, les trente-deux à vouloir manifester. C’est la pagaille. Tout le monde parle et crie son idée parce que c’est ça la démocratie, tout le monde a le droit de crier en même temps. On s’en fout si on comprend rien ni personne, l’important c’est que j’ai le droit de crier pis c’est pas toi qui va m’en empêcher. Et là, au centre, les yeux rouges et la silhouette chancelante,  y’a vous : ma madame folle, ma criss de folle à moi. Vous criez comme une perdue. Je dis comme une perdue, mais je dis pas ça dans le sens de l’expression courante que tout le monde connaît. Non non. Je dis ça, parce que c’est vrai. C’est ça. C’est pas une image, c’est pas de la poésie, c’est la réalité. Vous êtes perdue. Vous êtes une criss de folle perdue qui crie des mots qui font pas de sens au milieu de la rue. Vous criez avec une voix molle, avec une haleine d’anti-dépresseurs pis de cigarette, vous criez pis y’a presque une genre de fumée verte de médicaments comme dans les dessins animés qui vous sort de la bouche. Vous criez avec toute votre cœur, toute votre cœur parce que c’est juste ça que vous avez, toute votre cœur parce que vous avez pas toute votre tête, vous criez : Faut marcher tabarnak! Marcher contre l’ostie de Charest, marcher contre la DPJ qui vole nos enfants ». (temps) La DPJ qui vole nos enfants. Sérieux, c’est quoi le rapport? C’est quoi le lien avec la hausse des frais de scolarité? Avec les étudiants? Y’a pas de lien. Vous avez le regard enragé pis vous criez que la DPJ vole nos enfants. J’suis pas vraiment d’accord avec vous. La DPJ vole pas mes enfants. C’est normal, j’en ai pas. C’est mon esti de problème vous allez dire. Mais malgré tout, je crois pas que la DPJ vole les enfants de personne. J’suis même pas mal sûr de ça. J’veux dire, il doit y avoir des cas plus durs à décider, plus complexes, plus ambigus, plus contestables. Mais on peut pas dire sérieusement que la DPJ vole des enfants. Mais vous, vous continuez à le crier. Les yeux plein de folie. J’ai trouvé ça insoutenable d’être là avec vous. J’ai des amis, de la famille que je vois pas souvent parce que je suis toujours parti d’un bord pis de l’autre et là, et là, ce soir, j’ai passé ma soirée avec vous, la folle de la DPJ. J’ai fermé mes yeux. Fermé mes oreilles pis je vous ai fait disparaître. Facile de même. Vous existez pu et moi je retourne à ma vie confortable.

Jusqu’au moment où Anne-Marie Olivier, non vous la connaissez peut-être pas, elle joue pas à TVA, au moment où Anne-Marie Olivier m’a demandé d’écrire un texte suite à tout ce printemps, un texte sur notre problème au Québec. C’est à ce moment là que vous êtes revenue dans ma vie, revenue pour me frapper dans face. Un problème qu’on a au Québec, j’va vous le dire. Notre problème c’est… Non, c’est pas vous madame Lafolle. Le problème, c’est pas que vous criez des affaires qui font de pas sens, des affaires qui ont pas de sens parce que aveuglées par trop de douleur. Le problème c’est moi. Le problème qu’on a, c’est que j’ai pas voulu vous écouter. On veut pas vous écouter. Fak, vous sortez dans rue peu importe le contexte et vous criez n’importe quoi. Pis on vous écoute pas plus. Le problème, c’est ça, c’est qu’on écoute pas. Vous autant que les autres. On écoute pu personne. On s’écoute même plus soi-même. On écoute rien ni personne. On a pas d’empathie. Parce qu’on est trop occupé ailleurs, trop occupé à se réaliser, à avancer, le progrès, on regarde droit devant nous, le plus loin possible, devant nous. Pour écouter, faut s’arrêter. Faut prendre le temps. On fait pu ça. Pour écouter, faut s’ouvrir. Faut donner. Donner du temps. Donner de l’attention. Faut laisser de la place à l’autre. Écouter c’est faire exister l’autre. Le laisser entrer en soi. Et ça, on fait pas ça. Aujourd’hui, faire exister l’autre, ça veut dire exister moins soi même. Et on veut pas ça. On veut exister toujours plus, toujours mieux. La vie est tellement courte qu’il faut en profiter fak je la partage pas la vie. Je la garde toute pour moi la vie.

Et le plus drôle dans tout ça, c’est que vous m’écouterez pas non plus. Vous lirez jamais cette lettre là. Parce que je vous l’enverrai pas. Je vais lire cette lettre là à une soirée du Jamais Lu, une soirée ben cool avec plein de beau monde. Je vais être devant ces gens là, pis je vais leur dire tout ça, leur raconter notre rencontre, à eux qui seront venus en principe pour m’écouter. Mais le pire, c’est qu’ils m’écouteront pas. Même eux, ils m’écouteront pas. Ils vont avoir payé, ils vont s’être déplacé pour m’écouter pis ils le feront pas. Ils vont m’entendre, mais m’écouteront pas. Ils vont penser mais ils m’écouteront pas. Ils vont plutôt se dire que le texte de Fabien Cloutier était pas mal plus drôle, se dire qu’ils m’ont trouvé meilleur dans tel show à Premier Acte, ils vont se dire qu’il fait trop chaud, qu’ils sont trop pognés parce qu’il y a trop de monde, ils vont se dire wow, peut-être qu’après le show, j’vais avoir la chance de prendre un verre avec Michel Nadeau, Jack Robitaille ou Jean-Michel Déry, ils vont se dire quand est-ce que c’est l’entracte que j’aille à toilette, j’aurais pas dû boire ma bière aussi vite. Ils vont se dire tout ça au lieu de m’écouter. Oui, ok, ils vont écouter les mots, les phrases. Se demander s’ils vont bien ensemble, les mots, s’ils aiment ça ou pas ces mots-là agencés de même. Ils vont se demander s’ils trouvent ça intéressant ou non ce que je dis, vont se demander si c’est bien écrit, si y’a des belles images, ils vont se demander si je suis oui ou non au final un jeune auteur au regard aiguisé et sensible sur la vie qui l’entoure. Ils vont se dire tout ça, ils vont penser à tout ça, mais ils m’écouteront pas. Parce qu’on s’écoute pu pour vrai. C’est ça le problème. Et moi non plus je les écouterai pas. J’suis pas mieux qu’eux, pas mieux que vous madame Lafolle. Moi non plus, j’écoute plus personne. Quand ils vont venir me dire que c’était ben bon, ben drôle, ben intelligent mon texte, ben touchant mon texte, je les écouterai pas. Ils vont me demander si j’ai ben des contrats ces temps-ci, si j’ai des projets pour l’an prochain, pis moi, je les écouterai pas. Je vais juste regarder la belle fille que j’ai spoter pendant le show en première rangée, je vais regarder la belle fille pis me dire que je devrais aller lui parler. Mais je saurai pas quoi lui dire à la belle fille parce qu’elle m’écoutera pas. Bête de même. Plate de même. Crissant de même.

Au moins, si j’étais capable de finir en disant pourquoi on s’écoute pas, ça donnerait un sens à ce que je fais, au dix dernières minutes où j’ai parlé. Mais je sais pas. Pour vrai, je sais pas pourquoi on s’écoute pas. J’en ai aucune criss d’idée. J’ai pas de réponse à leur donner. J’ai juste le problème étampé dans ma face. Le problème que je vous écoute pas. Qu’on s’écoute pas. J’aurai rien à dire à tous ces gens là devant moi.

Mais en même temps, je pourrai pas finir comme ça. Parce que dans mon travail, je me permet pas de laisser le monde tout seul dans leur coin tâchée par ce que je dis. Je me donne pas cette permission là. Alors je vais leur dire qu’il y a de l’espoir. Qu’il y a de la lumière. Qu’il faut juste l’allumer la maudite lumière. Leur dire que c’est pas facile d’ouvrir l’astif de lumière, ça demande un effort, mais on a pu le choix. On a pu le choix de recommencer à s’écouter. Je vais leur proposer de commencer par la base, par le silence mettons. Alors on va écouter le silence.

Silence

Et ça va pas marcher. Ça va être un peu drôle, mais on écoutera pas le silence. On va tous se laisser déranger par tous les bruits autour, par notre malaise du rien. Mais on dira non. Non, on accepte pas ça. Fak on va recommencer. On va écouter le silence. Le vrai. Pas le silence du rien. Pas le silence du vide. Le silence du plein. Le silence choisi. Le silence voulu.

Silence.

Et de là, on pourra y aller graduellement. On s’écoutera un peu plus les uns les autres. On s’écoutera soi-même au début. Faut commencer par là. Pis on écoutera autour après. Les gens, les choses autour. On écoutera les autres. Pas besoin de s’asseoir deux heures avec un café pour écouter. Juste accepter que l’autre existe. Avec tout ce qu’il est, le bon et le mauvais. Ça fait pastoral en criss, mais qu’est-ce tu veux, ce sera ça, ça sera un pas dans la bonne direction.

Mais au final, madame Lafolle, ma criss de folle à moi, je vous écouterai pas vraiment plus. Parce qu’on se reverra jamais. Mais j’écouterai votre fantôme, j’écouterai l’echo de votre voix. Et je vous ferai exister. Et la DPJ va continuer de vous voler vos enfants. Mais au moins ce sera pas juste dans votre tête. Ce sera dans la mienne aussi. Ce sera un peu plus réel. Votre douleur existera dans ma tête et dans celle de plein de monde et vous existerez un peu plus. Vous, vous verrez sûrement pas de différence. Mais nous, on aura l’impression de grandir un peu. On se sentira mieux de penser à vous, de pas vous laisser toute seule. Mais pour vous, vous allez être aussi tout seule qu’avant. Je vous l’ai dit, c’est un peu égocentrique comme geste ce que je suis en train de faire. Vous parler pour me faire du bien. Pour nous faire du bien. C’est tragique. Nous on va prendre une bière en riant de bonne humeur de la réussite de notre soirée. Pis vous, vous allez continuer à pleurer vos enfants morts, vos enfants qui sont plus vos enfants parce qu’ils sont ailleurs parce que vous leur faisiez mal. Malgré vous. C’est plate, mais je peux pas faire plus. Je peux pas faire mieux. Je peux juste vous donner le rôle ingrat du sacrifié dont on jette le corps à la mer une fois la cérémonie terminée. Mais grâce à vous, les Dieux qui ont quitté les cieux pour s’installer au profond de nos ventres, ces Dieux là, qui mettent le feu à votre tête, qui me donne envie de pleurer pour rien sans raison en plein jour, grâce à vous, ces Dieux là qui ont des allures de démons me laisseront peut-être un peu tranquille. Un mini répit de rien. Le temps d’écrire d’autres textes. D’autres textes qui redonnent pas les morts aux vivants, qui nourrissent pas les affamés, qui redonnent pas les enfants perdus à leurs parents cassés en deux. Mais qui doivent ben servir à quelque chose. À autre chose. On l’espère.

« L’appel au festin » de Véronique Côté

Mercredi 28 novembre 2012
Au cabaret de clôture « C’est quoi notre problème? », nous avons eu la chance d’entendre des textes brillants et perspicaces, dans lesquels les auteurs se sont particulièrement investis. Devant cette richesse, le 2e Jamais Lu – Édition québec a décidé de partager et d’inviter les auteurs à publier leur texte sur notre blogue. C’est avec grand bonheur que nous vous partageons aujourd’hui celui de Véronique Côté.

L’APPEL AU FESTIN ET LA SAVEUR DES MOTS
OU CRISSEZ-NOUS PATIENCE AVEC VOS OSTIES DE VOX-POP

Je suis le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
je suis la lumière inouïe de l’aurore boréale et je suis le ciel qui change
je suis le temps sauvage
inattaqué
je suis l’épinette rétive
et je suis la dent du coyote
je suis la terre gelée
jalouse
je suis la rivière jamais encore harnachée par le barrage
je suis le soleil blanc de la fin du jour
je suis janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
je suis la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
je suis l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Je suis tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Je suis tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir te parler d’infini.

La scène se passe sur la rue Saint-Jean, on est à Québec. C’est le mois d’août, et les passants se baladent sous le soleil, un gelato à la main. Un journaliste de Radio-Canada, affublé de son caméraman, cherche désespérément des gens pour répondre à la question du jour, histoire de pouvoir faire avancer les choses sûrement, ou à tout le moins d’offrir le meilleur de l’information à son public, le journaliste demande, donc: que pensez-vous de la légionellose?

Que. Pensez. Vous. De la légionellose.

La légionellose est une maladie infectieuse due à une bactérie qui se développe dans les réseaux d’eau douce naturels ou artificiels (comme par exemple les stations thermales ou les climatiseurs).

Pour ceux qui auraient passé les derniers six mois en Scandinavie, rappelons que l’été dernier, il y a eu à Québec une épidémie de légionellose. Une tour de refroidissement de la bibliothèque Gabrielle-Roy était contaminée et plusieurs personnes ont été infectées. Treize d’entre elles ont succombé à la maladie. C’est beaucoup de gens, et il est indéniable que cette éclosion fut malheureuse. Il y avait lieu, pour les autorités en santé publique, d’en chercher la cause et d’enrayer la propagation de la maladie.

Mais est-ce que quelqu’un peut me dire en quoi l’opinion de badauds apostrophés dans la rue peut possiblement être considérée comme de l’information, ou même présenter le moindre intérêt public? Que pensez-vous de la légionellose ? Radio-Canada ? Vraiment ? Radio-Canada demande à la population ce qu’elle pense de la légionellose ?

On nous abreuve de l’opinion de tout le monde et de la pensée de personne.

On nous fait croire que toutes les opinions se valent, alors qu’il ne naît rien de cette cacophonie, que le bruit qui règne dans l’espace public est assourdissant, qu’il donne envie de se boucher les oreilles, d’éteindre toutes les télés pour toujours, de ne plus lire que de la fiction ou des livres longs, bourrés de savoir, de réflexion, et vierges de la moindre opinion.

J’ai eu le fantasme d’offrir cette réponse à Radio-Canada, si assoiffée de mon opinion, j’ai eu envie de prendre le micro et de dire ceci:

« Je ne pense rien de la légionellose
comme je ne pense rien de la malaria
pas plus que du botulisme
ou de la varicelle
je n’en pense strictement rien
puisqu’il n’y a rien à en penser :
c’est une maladie.
Je n’en pense rien.
En revanche, je peux vous dire à quel point je suis choquée de vous voir vider le mot « penser »
de sa substance
de son essence
de sa puissance.

Comme je suis choquée, de façon plus générale, que l’utilisation des mots en dépit de leur signification réelle, exacte, précise, soit passée dans l’usage des médias d’une façon telle que plus personne ne s’en offusque.

Le vocabulaire est désormais le champ de bataille des politiciens
des publicitaires
et des chroniqueurs
qui appliquent rigoureusement le principe selon lequel
il suffit de répéter suffisamment une chose
pour que cette chose devienne vraie.
Comme il suffit d’utiliser suffisamment de fois un mot à mauvais escient
pour le vider de son sens initial – pour le saigner à blanc
pour que la grève devienne un boycott
pour que les briseurs de grève deviennent des victimes de violence
et d’intimidation
et pour que le maigre burger et les frites froides
séchant au fond du sac en papier blanc
se méritent le nom de Joyeux festin.

Je voudrais dire ce que c’est qu’un festin
et ce que c’est que la joie
pour rétablir un peu l’équilibre du monde.

Un festin est un repas de fête
partagé par des gens qui s’aiment
autour d’une table longue et chargée de plats délectables.
Un festin répond à toutes les faims
et pas seulement à celles du corps pesant.

Nous n’avons pas faim de Mc Do.

Nous avons faim de beauté folle et de gestes gratuits.
Nous avons faim de véritables festins
festins joyeux de mots rendus à leur sens premier
ripailles de pensée
banquet d’idées
agapes de métaphores et de liberté.
Nous avons faim de joies profondes
de celles qui naissent quand on danse pour rien avec le voisin
de celles qui tombent sur nos têtes quand la victoire semblait impossible.
Nous avons faim de poésie dans vos micros
il nous faudrait apprendre Godin et Miron par cœur
pour crier leurs mots chaque fois qu’on nous demande
si on est tannés de pelleter
si on a perdu confiance en nos élus municipaux
s’il faut financer les études sans avenir
si on pense quelque chose
de la légionellose.

Je ne pense rien de la légionellose.
En revanche, je pense
je pense très souvent
que nous avons peur de mourir
peur de manquer quelque chose
peur de manquer de quelque chose.
Je pense que nous sommes pétris de peur
alors que
nous sommes capables de rêves grandioses
nous aspirons encore au sublime
mais nous ne le savons plus.

Et le festin auquel nous avons droit
est là tout près
sans que nous ne le voyions plus.
La joie dans sa clairvoyante bonté
ne nous illumine plus que rarement
par accident presque
parce que la joie naît aussi souvent de s’asseoir autour d’une table
ensemble
et de parler
et dans la parole le monde se crée.
Mais si les mots sont vides
le monde s’efface.
Nous sommes ce pays
dans le sens de territoire.
Nous sommes cette terre et nous sommes les mots qui l’engendrent.
Mais si tout perd son sens
si l’on ne parle plus que pour à tout prix ne rien dire
tout disparaît.

Si un gouvernement peut arriver à faire croire à la moitié de la population
que des gens qui marchent sont violents

si une présentatrice de nouvelles peut adopter le mot boycott plutôt que grève, tel qu’édicté par un premier ministre arrogant
alors que rien ne justifie un tel écart de sens sinon une manipulation volontaire de l’opinion publique

si un imbécile peut transformer le mot caribou en insulte
lors d’un débat des chefs à la télévision nationale

et si nous les laissons faire

c’est que nous sommes vraiment perdus.

Puisque
nous sommes le Nord éblouissant
toundra intacte, lichen tremblant, vent revêche
loup, perdrix, caribou, bernache et saumon
nous sommes la lumière inouïe de l’aurore boréale et nous sommes le ciel qui change
nous sommes le temps sauvage
inattaqué
nous sommes l’épinette rétive
et nous sommes la dent du coyote
nous sommes la terre gelée
jalouse
nous sommes la rivière jamais encore harnachée par le barrage
nous sommes le soleil blanc de la fin du jour
nous sommes janvier tout-puissant
novembre infini
et juillet inespéré
nous sommes la sagesse déroutante de la meute
le ravage où le cerf baigne enfin sa faim
nous sommes l’eau glacée
l’air virginal qui poudroie sous les ailes du canard
et le silence bleu de la neige qui attend la fin de la nuit
pour briller sans public
souveraine
insoumise
éternelle.
Nous sommes tout ce qui nage et qui dévale l’étendue déserte.
Nous sommes tout ce qui vole au-dessus de l’immensité
pour arriver à passer l’hiver
et revenir se parler d’infini
autour de tables joyeuses
chargées de festins inimaginables. »

Voilà ce que j’aurais dû répondre
à leur ostie de vox-pop.

Véronique Côté. Photo Nicola-Frank Vachon

Retour sur le jour 1 du 2e Jamais Lu – Édition Québec

Vendredi 23 novembre 2012

Cette deuxième édition du Jamais Lu à Québec s’est ouverte sous le signe de la pertinence et de la diversité. Le public était au rendez-vous (c’était plein à L’AgitéE pour L’Accélérateur de particules), mais le Jamais Lu – Édition Québec évolue aussi comme un point de ralliement de la communauté théâtrale, toutes générations confondues. Le Festival est un lieu de rencontres, de pensées, de paroles fortes, neuves, d’artistes de talent et du public qui peut les approcher dans une grande proximité dans une chaude soirée (dans le sens de chaleureuse bien sûr, voyons).

Pour attaquer sa deuxième année dans la Capitale, le Festival a commencé par servir un contenu réflexif, pour scruter les liens entre l’écriture et le politique dans une table ronde animée par Marcelle Dubois. La rencontre réunissait les auteurs de théâtre  Annick Lefebvre, Jean-Philippe Lehoux et Édith Patenaude, ainsi que Fréderic Dubois, metteur en scène et directeur artistique du Théâtre Périscope, et Samuel Matteau, cinéaste particulièrement préoccupé par les mouvances sociales de l’année et heureux de pouvoir échanger sur le sujet avec d’autres artistes.

Marcelle Dubois a ouvert la table ronde en revenant sur la question éditoriale du 2e JLQc C’est quoi notre problème?:   »La question éditoriale est volontairement floue. Quel est ce notre et le nous qu’il évoque? Et par problème, qu’est-ce qu’on veut dire au juste? » Une question pleine de questions finalement.

Et la co-directrice artistique du 2e JLQC en avait trois à poser à ses invités pour alimenter la discussion:

- Est-ce que l’écriture (au sens large pour notre scénariste et notre metteur en scène) est culturelle? Est-ce qu’elle est forcément enracinée dans la terre sur laquelle reposent les pieds de l’auteur?

- Qu’est-ce que veut dire les mots engagement, politique et appartenance en 2012 à Québec sur la Dorchester devant un public de convertis? Et si on regarde plus loin, à l’ère des frontières qui s’amenuisent, qu’est-ce que ces mots veulent dire dans votre pratique?

- Divorce ou passion entre esthétisme et politique?

Voici les réponses, ou plutôt idées émises par les invités, pêle-mêle:

Edith Patenaude: « Notre époque appelle à la conscience citoyenne, l’écriture participe à cette réappropriation du politique, de notre rôle citoyen. (…) Il faut être à l’écoute, de ce qui anime et trouble les gens autour de nous, faire preuve de sincérité, parler avec eux des sujets brûlants et vivants, et que le théâtre devienne ce lieu vivant qui les interpelle, fondamentalement. C’est aussi ça notre responsabilité d’artiste. Avoir beaucoup d’écoute. »

Annick Lefbvre: « J’exige que mon écriture soit archi référencée Québec 2012. Qu’elle ne soit pas exportable à tout prix. Je ne veux pas nécessairement être montée en France ou en Allemagne dans 5 ans. Je ne veux vraiment pas qu’on puisse reprendre mes textes au TNM dans 25 ans. Je veux que mon écriture soit spécifique à ici maintenant. Parce qu’on s’en câlisse de l’universalité pis de la longévité de l’œuvre. L’écriture c’est notre ADN culturelle. Faut arrêter d’avoir peur d’être des auteurs locaux, l’assumer pis être fiers d’en être. (…) J’essaie de comprendre ceux qui font des choix avec lesquels je ne suis pas d’accord, je me confronte, c’est ma manière d’être à l’écoute, et de dialoguer. »

Fréderic Dubois: « Oui on s’inscrit dans la société, on parle de nous, de nos enjeux, mais à qui on parle? Qui écoute? Le Printemps érable, était-ce seulement du tapage? Les artistes s’engagent mais à quoi bon? (…) Je ne fais pas de la politique, suis-je moins engagé? J’essaie de faire circuler les énergies, celles des gens autour, de notre société, notre culture, j’essaie de trouver du vrai par la création théâtrale. »

Samuel Matteau: « Il faut user des moyens alternatifs pour rejoindre le public, hors des grands médias, des systèmes de diffusion traditionnelle. Initier les gens à l’art, quitte à aller dans la rue pour établir un premier contact, leur montrer que c’est aussi pour eux, à eux. (…) À un moment il était plus important de sortir dans la rue que d’écrire que je sortais dans la rue. Ensuite, je transmets des impressions, et par mes émotions et ma vision, rejoindre le collectif. Quand on esthétise, c’est qu’on a compris un mouvement, et l’esthétisme est peut-être une porte d’entrée pour un plus grand nombre. »

Jean-Philippe Lehoux: « il faut se questionner aussi sur ce qu’on est comme artiste. Il y a une certaine prétention. Moi je me trouve un peu bête, je ne suis pas érudit, ni un spécialiste de politique ou société. Je peux inventer, je peux aller dans la beauté, dans la création. On n’est pas des philosophes, mais des créateurs de l’émotion. Et ce n’est pas sans responsabilité citoyenne. (…) le théâtre est lent, cette année je ne pouvais plus écrire, j’avais besoin d’aller dans la rue. Je me suis mis à bloguer, à participer à des prises de parole, que de faire du théâtre, d’agir. Il était là mon engagement. »

Pour suivre cette discussion qui demandait en soi un investissement de la part des invités, on passait à la création pour célébrer la première soirée à L’AgitéE!! Quatre extraits d’oeuvres en chantier venaient se dévoiler dans des mises en lecture, souvent trop courtes, comme un coït interrompu.

Hélène Robitaille ouvrait la soirée avec un univers dense et déjà achevé avec Chaplin et moi qu’on oublie et son prêtre à la fois en perte de compassion et pourtant tout à fait attendri devant la candeur de Chaplin, apparu momentanément sur scène.
Maxime Robin nous a fait entendre une voix jeune, de la nouvelle génération qui, à travers sa légèreté, n’échappe pas du tout au sens de la tragédie, comme toujours annoncée pour cette génération.
 Thomas Gionet nous plutôt fait une performance qu’une mise en lecture, alors que la démarche l’emportait encore sur le texte ou son interprétation. Un moment brouillon, brut, à vif, voire à frette.
Finalement, Amélie Bergeron nous présentait ses personnages, bien de leur temps et de leur manque de langage dans une mise en lecture qui avait du « fucking esti » de mordant, pour la paraphraser.

Les photos sont de Nicola Vachon, photographe officiel du 2e Jamais Lu – Édition Québec.

Le 11e Jamais Lu : une brillante manifestation théâtrale et littéraire pour le rayonnement de la relève dramaturgique

Dimanche 20 mai 2012

« Chaque jour, chaque soir, dans l’œil des artistes comme dans le cœur du public,
On a
été témoin de rêves en belle sueur
Et de r
éel vulnérable
De wow
à qu’est-cé ça en passant par pourquoi et bof sans oublier malade
La parole critique de la parole
épidermique a formé une dynamique folle
Un onze ans si bien sonn
é »

« Cest à Marcelle Dubois quon doit un si beau festival depuis 11 ans. »

« Cette soirée est officiellement présentée par le Jamais Bu.
Ok, le nom, -Jamais Bu-, mais y avez-vous go
ûté?
 »

Jean-François Nadeau, codirecteur artistique du 11e Jamais Lu

L’événement-phare de la relève dramaturgique a brillé de tous ses feux pour sa 11e édition et se conclut par un succès incandescent! Si la question éditoriale «Où est-ce quon est?» impliquait de prendre position, de prendre sa place ou de la chercher, le Festival a réellement trouvé la sienne dans sa maison mère au théâtre Aux Écuries, ainsi que dans le cœur d’un public grandissant, de tous âges et de tous milieux.  En raison du congé de maternité de Marcelle Dubois, directrice générale et artistique, c’est Jean-François Nadeau, comédien, auteur et poète, qui a noblement tenu la barre du Festival, de sa doucereuse insolence.

Le Jamais Lu 2012 fut tendre et intense, cru, touchant, en plein face-à -face avec le réel dans tout ce qu’il a d’imaginaire. Avec sept soirs complets (sur quinze événements au total) et une assistance record, le 11e Jamais Lu a célébré la parole théâtrale sous le signe d’une envergure nouvelle et réjouissante! Ce formidable déploiement s’est fait grâce à l’installation de l’événement dans son nouveau lieu avec ses divers espaces où le public comme les auteurs ont pu trouver une place chaleureuse. Dans les gradins de la Grande Salle, dans le Studio aménagé en cabaret, ou dans le Bar-café renommé Chez Antoine pour l’occasion, la quête de sens a fait son chemin, dans la fête comme dans la réflexion.

Les lectures théâtrales ont fait entendre des voix nouvelles abrasives, décapantes, mais aussi complices. Des propos et des intentions à attraper parfois comme des murmures, s’élevant chez d’autres en incantations magiques, ou encore jaillissant dans un grand cri : les lectures ont fait transparaître la nécessité et la pertinence du renouvellement dramaturgique, particulièrement dans l’engagement des auteurs face à leur monde et leur démarche d’écriture.

Où est-ce quon était, donc?

  • Parmi les Lettres ouvertes/poings fermés  de dramaturges à découvrir ou redécouvrir dans une grande soirée d’ouverture signée Louis Champagne. Coup d’envoi marquant dans la Grande Salle pleine à craquer des Écuries, mise en scène ludique pour festival plus habitué à de simples mises en lecture, la parole fut affirmée, posée et déposée. Peut-être moins politique qu’escomptée, la soirée a surtout été marquée de prises de positions aussi vives qu’étoffées, et surtout très humaines. On se souvient des « Miron Miron » extatiques des trois filles pour la finale… Et après s’être régalés de mots, l’odeur de la cantine du Coin urbain nous attendait pour compléter ce festival-festin pour le corps et pour l’âme.
  • Dans l’éloquente lumière faite sur la place des auteurs dans la production de leur œuvre pendant la Table ronde du CEAD. Trois auteurs issus de pratiques et d’expériences différentes répondent aux questions perspicaces de Paul Lefebvre. Pour David Paquet et Sarah Berthiaume, la position de l’auteure est plus classique, en marge et en décalage de la production, tandis que Pascal Brullemans  écrit avec les comédiens, en pleine exploration.
  • Avec Emmanuelle Jimenez, dans Plaza ou le tragique et l’humour d’une superbe évolution de personnages égarés et d’ambiances « mystico-trash » uniques tendrement entremêlés. La première lecture théâtrale du Festival nous jette au point de rupture de la Plaza Côte-des-Neiges, où l’espoir s’effrite mais persiste au Dollorama, entre rêves et deuils. On ne le mentionne pas sur le coup, mais la comédienne Lénie Scoffié a une faiblesse respiratoire. Elle prend du mieux et attaque le spectacle et porte son rôle à merveille, mais la toux la reprend et doit quitter la scène. Emmanuelle Jimenez poursuit la lecture – un médecin était dans la salle pour parer à l’éventualité. La lecture se termine dans l’émotion, et dans le rétablissement de Madame Scoffié.
  •  Dans La messe en 3D d’Annick Lefebvre, enfant sauvage du Jamais Lu (puisque c’est par le Festival qu’elle s’est mise à écrire – et avec quelle Passion – il y a quelques années), auteur d’un rituel incisif qui n’a épargné personne dans un splendide travail de chœur. C’est tout le milieu théâtral qui fait son chemin de croix, la cérémonie artistique engage le public, on a droit à un évangile de Fabien Cloutier et les comédiens communient à coup de Tim Bits et de canettes de bières. On rit, on rage, on trouve son fil de foi.
  •  Dans mauvais goût, la pièce de Stéphane Crête, en plein centre du trou noir de mensonges qui bordent banalités et perversions, où les masques tombent et révèlent la vacuité. Au grand soulagement de la distribution, le public rit, ce qui n’était pas gagné d’avance. Blagues, situations, effets, tous de mauvais goût, l’ensemble est frontal, les comédiens assument et livrent avec naturel leurs personnages passablement pathétiques, et cruellement réalistes somme toute.
  • Marqués par les petites et grandes vérités des élèves de 6e année de la classe de Germain Landry à l’école Saint-Grégoire-le-Grand, auteurs du texte Les couleurs dAmy, au propos loin d’être édulcoré. On entend le nouveau Montréal. Accompagnés en atelier par le dramaturge Pascal Brullemans, les enfants réfléchissent à la quête du bonheur et aux rapports de forces entre eux, à l’amitié, la jalousie, la manipulation. Écrit par et pour eux, les réactions des enfants sont fortes dans la salle : « T’es tellement plate que même les chiens ne te regardent pas » est suivi d’un grand « ouuuuuuuh ».
  • Avec des ados de l’Ouest canadien, qui choisissent la création pour survivre au vide quotidien d’un petit village dans Statu Quo de Gilles Poulin-Denis. Alors que la veille on s’était plongé dans les mots des enfants, on peut nettement appprécier le travail d’écriture d’un auteur qui reflète leur réalité mais qui tâche également de la dépasser et de l’ouvrir. On entend une langue franco-canadienne, truffée d’anglicisme, au cœur de sa réalité. Le texte lui-même ne transforme pas la réalité, ce sont les personnages qui le font et nous laissent sur l’espoir.
  • Dans une écoute des uns et des autres de haute qualité, et la recherche de liens, au salon littéraire participatif Carole et Lise reçoivent portant sur le thème des générations, avec bien sûr Carole Fréchette et Lise Vaillancourt, deux grandes dramaturges du Québec, avec leurs invités David Paquet et Martin Faucher, et Émile Proulx-Cloutier à l’ambiance générale. Le temps plus gris et froid a réduit quelque peu le nombre de convives, mais l’échange ne s’en est pas moins étiré, riche de réflexion construite. Chacun avait écrit bien plus que 50 mots, et touts furent accueillis avec intérêt. Ici, pas de conflits, que des propositions et de la recherche. Et vous, où étiez-vous, où vous situez-vous?
  • À suivre des fils de laine de folie intergénérationnelle dans la langue fauve et sans détour de la jeune Camille Roy, auteure de Qui file et étudiante en grève illimitée, un double statut que Camille a su faire cohabiter. Il faut dire que cette fière représentante de la relève n’a pas peur de se situer au coeur des tensions, de les relever, de les faire entendre même dans son écriture de courage. Ce jour-là, c’était la première de trois lectures théâtrales à guichet fermé.
  • Sous l’effet javelot d’Édith Patenaude et celui « slingshot » de Guillaume Corbeil, lors du programme double des textes authentiques et manipulateurs Le monde sera meilleur/Le mécanicien. La première décortique les mécanismes du théâtre, afin de toucher à sa sincérité, si elle peut être atteinte dans la représentation, tout en mettant en scène un fin du monde post-crash économique ainsi qu’une relecture d’Hamlet (le théâtre, lieu de tous les possibles, paraît-il). Le deuxième nous plongeait dans des fantasmes de tortures et de culpabilité malsaine d’un couple des plus ordinaires et tranquilles, dans un dialogue aiguisé, un jeu d’échec où chaque silence compte également pendant que la violence n’est jamais bien loin, « chéri ». D’ailleurs, Le mécanicien sera présenté au Théâtre d’aujourd’hui la saison prochaine, c’est dire comme c’est proche de nous!
  • Au point de rencontre du sordide et de l’irréel d’où jaillit une poésie sexuelle et triste, presque mystique dans Les Morb(y)des de Sébastien David. Un texte brûlant, certes, mais déculpé par la force d’interprétation des comédiens qu’on doit aussi attribuer au travail du metteur en lecture Gaétan Paré.  Le plaisir des lectures théâtrales, c’est qu’à partir de la force des mots, on invente soi-même la pièce. Et bien qu’on se doute que chacun imagine à sa manière, il est certains que Les Morb(y)des nous sont apparus ce soir là, de même qu’une nouvelle compagnie théâtrale, La Bataille.
  • Au cœur d’une nuit fictive, d’une Soirée crépusculaire, faite de Testaments, cartes de souhaits et mémos, entrelacés de musique et performances, le tout soufflé par Larissa Corriveau et ses complices Sébastien Boulanger-Gagnon, Danny Plourde, Catherine Léger, Benoit Mauffette, Eve Pressault, Jeremy Roy et Zeid Touati. Cette aventure hors des frontières habituelles du Jamais Lu a été marqué pour ce caractère exploratoire du jeu et de la poésie, de la musique, de ce tout qui scrutait l’ombre jusqu’au ténèbre pour ensuite laisser poindre la lumière. Et c’est presque ce qui est arrivée ensuite au Bar-café, alors que la fête s’est étirée longuement et en bonheur. Comme le disait Nadeau, l’avant-dernier soir, c’est toujours le meilleur (propos assumé par celui qui offrait le spectacle de clôture)!
  • À la Fenêtre ouverte sur la classe de maître de Daniel Danis, bien plus qu’un œil-de-bœuf sur le territoire concret et invisible de l’imaginaire. Ce qui est vécu, ou revécu par la pensée, la mémoire et les sens, ce qu’on nomme imaginaire, est insaisissable et pourtant posséder par chacun, il est chacun. Les quinze auteurs (incluant nos passionnantes délégations française et franco-canadienne) ont partagé leur réflexions et leurs créations issus de cet atelier intensif sur trois jours. Un terreau riche ensemansé aux Écuries, au temps du Jamais Lu!
  • Émus, rassemblés, enveloppés par Le grand ballet des détails qui tuent, mené par Jean-François Nadeau et Avec pas d’casque, et par leur poésie et leur sincérité désarmantes. Et on s’en souviendra longtemps. Le Studio était plein, mais on aurait voulu être encore plus tassés, pour que la proximité devienne inévitable, comme celle que nous vivions avec la beauté. Ce soir là, grand aboutissement du 11e Jamais Lu, la douceur a régné sur nous, et l’espoir, un peu lendemain veille il est vrai, s’est pointé le nez.
  • Dans l’irrésistible complicité des Levers de rideau qui tissent des liens inattendus et remplis de plaisir avec les gens d’affaires. Oui, cette rencontre est possible, entre le théâtre et le monde des affaires, et c’est carrément jouissif. Le talent de l’auteur a mis la table, l’accompagnement du metteur en lecture Geoffrey Gaquère a mené tout le monde à son meilleur, et les participants touchants. On en veut encore!
  • En pleine réception de paroles affirmées, sensibles et réfléchies, ou sur le fil de conversations allumées, éphémères ou pas… Puisque les textes avaient été choisi pour cette capacité à susciter la réflexion, puisque les auteurs ont généreusement exposé leur démarche, puisque l’espace était idéal et l’ambiance aussi irrésistible que Marcelle Dubois, et puisque surtout, vous étiez là, nombreux, très nombreux chaque soir à s’être laisser interpellé par les nouveaux auteurs de théâtre, à avoir pris le pouls de votre époque (et non pas le poulpe, malgré certains soirs des plus festifs)!
  • Au Bar-café Chez Antoine, auprès de l’accueillant et célibataire barman et disc-jockey attitré du Jamais Lu, Antoine Mongrain, aussi créateur des cocktails Jamais Bu. Antoine est un peu fatigué qu’on dise qu’il est célibataire, mais il le fait si bien, et étonnament (ou pas), ce fut une de nos déclarations les plus populaires sur les réseaux sociaux! Aussi disc-jockey et confident de service le temps de huit petits jours immenses, au Bar-café, on était bel et bien chez Antoine, et ça faisait toute la différence.
  • Parmi les comédiens (plus de 150) dévoués et renversants, porteurs des vifs mots des auteurs. Et si le Jamais Lu met l’accent sur ses auteurs, c’est pourtant eux, les comédiens, que le public voit et entend, aime ou aime haïr dépendemment du personnage, et c’est bel et bien au Jamais Lu qu’on peut constater la pluralité de talents du Québec et de la francophonie, une armée émouvante de chaires à paroles. Bravo à eux, et chapeau bas à tous!
  • Avec vous, amis, partisans, habitués, nouveaux, passeurs, Charles-toujours-présent, vous, toi, public enthousiaste et surtout joyeusement présent, en vrai ou sur les réseaux sociaux, heureux d’avoir sa place dans les salles complètes ou un peu fragile mais encore confiant dans les listes d’attente, public traîneur qui a aussi trouvé sa niche ou plutôt son nid, sa forteresse, au théâtre Aux Écuries. Vous nous manquez déjà, promis.

Voici donc pour notre bilan complet, étoffé, jubilatoire et non linéaire (c’est-à-dire qu’on a travaillé fort pour être « pas plate »). Suivez les liens pour vous balader un peu partout avec le Jamais Lu.

C’est le moment pour le Jamais Lu de dire merci à tous ses auteurs, artistes, bénévoles, partenaires, et nous avons une charrue de noms pour vous, en espérant n’avoir oublié personne car chacun d’entre-eux a compté, ainsi qu’à tous les festivaliers. Merci de nous avoir permis d’être ensemble, dans cette célébration commune et essentielle de la relève dramaturgique.

  • Prochains rendez-vous : du 21 au 24 novembre 2012 pour la 2e édition du Jamais Lu Québec, et du 3 au 10 mai 2013 pour un 12e Jamais Lu à Montréal!Et maintenant, où est-ce qu’on est?

Où est-ce qu’on est? Dans Statu Quo de Gilles Poulin-Denis

Mardi 8 mai 2012

[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]

Naissance

Au début tout était blanc
Je ne voyais rien
Il ne se passait rien
Rien ne se disait
Pas super pour une pièce de théâtre
Mais j’avais accepté d’écrire ce texte
Maintenant, j’étais debout
Dans ce terrain vague
À imaginer une foule d’ados
Assis devant moi
Me regardant
En attendant que moi
Je leur raconte une histoire

Je ne savais pas quoi leur dire
Patience
Quelque chose se passerait
Un jour ou l’autre
Des heures à attendre l’histoire
Dans ce lieu vide

Et puis
Un jour, je les ai vus.
Au fond d’une vidéo
De la Blogothèque
À 3 minutes, 6 secondes
Dans les méandres de l’Internet
Ils attendaient que je les trouve

Et puis
Je n’étais plus seul dans ce lieu
Blanc
Et vague
En fait, je n’y étais plus du tout
Maintenant, elles étaient là
Deux filles
Un peu blasée
Debout contre un mur

Lui, était présent,
mais restait dans le fond de ma tête,
attendant le bon moment
pour surgir

J’avais les personnages
Mais je n’avais pas encore
L’histoire

Je cherchais
Ils attendaient
Chaque fois que je pensais au projet
Je les voyais
Ces deux jeunes filles
Debout contre un mur
Lui, toujours prit dans ma tête
Et ils attendaient
Que quelque chose se passe
Cette attente
Est devenu
Le point de départ

Ils étaient là
Dans ma tête
Et maintenant ils sont ici
Avec un désir
Brûlant de parler,
De vous dire

Gilles Poulin-Denis

GILLES POULIN-DENIS
Gilles Poulin-Denis a quitté ses prairies natales afin de poursuivre une formation en art dramatique à l’UQAM. Après ses études, il se lance dans l’écriture dramatique en explorant surtout le conte et la courte pièce. Rearview est sa première pièce de longue durée. Il travaille actuellement sur deux nouveaux textes. Depuis 2008, Gilles est auteur associé au Centre national des arts du Canada.

Lendemain de lendemain de lancement de la 11e édition…

Jeudi 5 avril 2012

Évitant les discours informatifs d’usage aux lancements, le dévoilement du 11e Jamais Lu a plutôt pris les allures d’une méga fête chaleureuse, et même carrément chaude, véritable avant-goût du festival qui débarque aux Écuries du 4 au 11 mai!

En effet, c’est dans le Studio du théâtre débordant de monde que les codirecteurs artistiques de la prochaine édition, Marcelle Dubois et Jean-François Nadeau, nous ont offert une présentation limite Laurel et Hardy, pour nous faire découvrir non seulement les auteurs et soirées présentés au Jamais Lu, mais aussi la sincère quête de sens qui anime le festival depuis toujours et particulièrement cette année, avec la question éditoriale Où est-ce qu’on est? Quel est ce fameux « ici et maintenant » dont tout le monde parle? Comment les nouveaux auteurs de théâtre nomment le monde dans lequel on vit? Et eux, où se situent-ils, dans ce monde, et en eux-mêmes? Les auteurs et événements du Jamais Lu ont été choisis pour cette propension à s’inscrire et à nommer, au cœur de la cité.

Mais quelle intense joie pour le festival et son équipe de constater que le public nous suit dans notre bastion tout neuf, le théâtre Aux Écuries, et même qu’à voir tout ce bon peuple, on ne peut que constater que la popularité du Jamais Lu grandit au même moment où notre foisonnante programmation prend sa place dans sa nouvelle maison.

Ce débarquement dans « notre » théâtre (le Jamais Lu est un des cofondateurs des Écuries) fut souligné par un grand toast général avec les cocktails Jamais Bu, spécialement créés et servis par le barman et disc-jockey attitré du festival, Antoine Mongrain, littéralement en feu (le barman pas les cocktails. En fait, pas littéralement non plus…) En ce jour aux airs de printemps, la grande fête du Jamais Lu fut lancée avec force, et s’est même poursuivie dans la soirée, annonçant un 11e Jamais Lu totalement débridé!

Notre prochain rendez-vous? Du 4 au 11 mai! Pour tous les détails, consultez notre site web, bien complet (un grand merci à Jeanne Bertoux)! www.jamaislu.com

D’ici là, de notre côté, aujourd’hui, dans quelques instants, nous procèderons au tirage-bénéfice des 32 gagnants qui nous ont généreusement aidé, et ensuite, en avant pour le spectacle-bénéfice Les Confessions publiques le 10 avril! Histoire de s’assurer que le 11 Jamais Lu naisse en bonne santé financière…

Pour entendre des textes inédits, pour voir les comédiens, pour se rencontrer, se retrouver et réfléchir ensemble, pour tenter de répondre à la question Où est-ce qu’on est?, pour prendre le pouls de son époque finalement, le Festival du Jamais Lu vous attend du 4 au 11 mai aux Écuries (le théâtre à occuper)!

À bientôt!

11e Jamais Lu: Où est-ce qu’on est?

Jeudi 5 avril 2012

Pour découvrir la programmation du 11e Jamais Lu, les auteurs répondent à la question éditoriale du festival: Où est-ce qu’on est? Où est-ce qu’on est avec ce texte? Où est-ce que tu es quand tu écris? Où est-ce qu’on sera au Jamais Lu? Une vidéo de Sébastien Croteau.

Marcelle Dubois n’a pas la langue dans sa poche!

Mardi 17 mai 2011

Il est tard pour entrer dans le débat… Les médias gobent les momentums à un rythme ahurissant, mais si s’indigner à la suite à l’article de la chroniqueuse Nathalie Elgrably-Lévy du Journal de Montréal n’est plus d’actualité une semaine après les événements, les peurs et les blessures que disent ce texte que j’ai écrit pour souligner la fin du 10e Jamais Lu ne sont pas moins vives et pertinentes aujourd’hui… Puisque, depuis, je me réveille chaque matin en me disant : eh oui, nous sommes toujours bel et bien dans le même monde qui a été bouleversé le 2 mai dernier…

Voici donc, le texte que j’ai écrit pour clôturer le cabaret de clôture (sic) du 10e anniversaire du Festival du Jamais Lu, qui fût soit dit en passant une édition extraordinaire.

Bonne lecture : et de grâce, partageons notre indignation, tous les jours, tout le temps et pas seulement au moment où les médias en parlent!

Samedi 7 mai 2011 – Ce matin, je devais écrire ce texte, ce texte qui allait clore les 10 ans du Jamais Lu. Je pensais vous écrire des choses drôles et nécessaires.

Par exemple : Lors de la création du premier C.A. indépendant pour le Jamais Lu, au moment d’énoncer créé les principes de bases qui fonderaient le Jamais Lu, François Létourneau membre de ce premier C.A., a insisté pour qu’on écrive qu’au Jamais Lu, il devrait toujours y avoir de la bière! Que ce serait par le houblon que le Jamais Lu se distingue des autres…

J’aurais voulu aussi faire une blague qui punche en disant que Fanny Britt et Emmanuelle Jimenez sont les Dominique Michel du C.A. du Jamais Lu… et puis dire plus tendrement après : mais depuis que vous êtes parties pour vrai, vous nous manquez les filles.

J’aurais voulu souligner plus gravement l’importance qu’ont eue certains mentors sur nous, sur moi. Je vous aurais parlé longuement de Nadine Vincent et de Jean-François Caron qui nous ont – m’ont – appris que ce n’est pas suffisant de faire des choses, qu’il faut s’y engager tout entier, artistiquement certes, mais politiquement aussi. Politiquement, mais non pas de façon partisane, mais plutôt avec l’idée du débat politique qui se vit dans une société… Je vous aurais dit que nous leur devons le Jamais Lu d’aujourd’hui libre et résolument engagé.

Je pensais vous dire des choses personnelles aussi. Comme la fierté égoïste d’être au service de vous tous, les auteurs, les acteurs, les metteurs en scène, les administrateurs, les organisateurs, le public qui faites vivre le Jamais Lu. Je vous aurais dit comment ma chair est marquée par votre générosité, par votre avidité, par votre présence.

Voilà, c’est que je m’apprêtais à vous dire, dans un beau texte bien ficelé, dans lequel j’aurais eu quelques inflexions de voix aux bons endroits pour vous toucher et vous communiquer toute ma gratitude.

Mais, je suis tombée sur l’article qui a été publié dans le Journal de Montréal hier par Nathalie Elgrably-Lévy qui affichait ouvertement une haine de l’artiste et surtout une mauvaise foi, ou une pauvreté intellectuelle, épeurante, terrorisante, paralysante.

Pour ceux qui ne l’auraient pas lu en voici un court extrait… je vais tenter de ne pas avoir trop mal au cœur en le lisant. :

On dit que la culture n’est pas une production comme les autres. Pourtant, que l’on soit écrivain ou mécanicien, l’équation est simple : on est pauvre quand on n’arrive pas à vendre ce que l’on produit. Je serai franche, au risque d’être politiquement incorrecte. Il n’existe que deux raisons pour lesquelles un artiste vit dans la misère. La première est que son talent n’est peut-être pas en demande. La deuxième est qu’il est peut-être tout simplement dépourvu de talent. Dans un cas comme dans l’autre, le public n’est pas disposé à consacrer son argent à l’achat du produit culturel proposé. Ainsi, pourquoi y mettre l’argent du contribuable? Pourquoi l’État achèterait-il, au nom de la collectivité, ce que nous refusons d’acheter individuellement?

N’est-il pas préférable de rendre l’art plus accessible plutôt que de laisser des fonctionnaires choisir, à notre place, quels artistes auront notre argent?

Au fait, le crédit d’impôt de 500 $ pour les activités artistiques des enfants, crédit proposé par les conservateurs, ne s’inscrit-il pas dans cette logique? Il faut croire que ce parti ne méprise pas la culture autant qu’on veut le laisser croire!

Je vous invite à lire sur Facebook la pertinente réponse que lui fait Jean-Philippe Joubert, un artiste de Québec, et bien d’autres également depuis.

En lisant cette chronique, j’ai revécu à la puissance dix le même haut-le-cœur que lundi quand la cloche fatidique a sonné à Radio-Canada et que nous avons eu l’annonce d’un gouvernement majoritaire conservateur.

Évidemment, nous connaissons la haine d’une certaine strate de la population pour les artistes. Évidemment, ces pensées droitisantes je sais qu’elles existent. Je ne suis pas une enfant. Mais réaliser que tout à coup, ce discours haineux envers les artistes et les subventions publiques destinées aux arts s’appuie sur les dires, les politiques, les volontés d’un gouvernement majoritaire au pouvoir, m’a glacée. Figée. C’est ça qui m’apeure et m’attriste le plus. Le fait, que dorénavant, nous ne pouvons plus minimiser ce discours en disant : ben oui, il y en a toujours qui ne comprendront pas… Non, nous ne pouvons plus laisser faire. Puisque celui qui ne comprend pas est au pouvoir, et que donc, tous les autres qui pensent comme lui sont dans le droit chemin. Je n’avais jamais eu besoin de me passer cette réflexion de toute ma vie d’adulte socialement consciente… et voilà qu’aujourd’hui, cette certitude de vivre dans une société où j’ai ma place vient de chavirer.

En lisant cette chronique, j’ai perdu tous les mots qui m’auraient été nécessaires pour écrire le joli texte que je vous destinais… Cet article m’a fait mal à l’identité. Mal à ma respiration fondamentale… et je n’ai plus eu le goût de vous dire qu’une seule chose :

Écrivez, écrivons, créons, révolutionnons, résistons.

Poursuivons nos petites grandes choses que sont nos œuvres…

Et rêvons ensemble que lorsque le Jamais Lu fêtera sa deuxième décennie – s’il réussit à franchir les difficiles années qui s’annoncent pour nous gens de culture et des sciences humaines – bref, que lorsque nous fêterons nos 20 ans, nous aurons un gouvernement qui portera un nouveau nom, une société qui aimera ses artistes parce qu’elle reconnaîtra que c’est par eux que se tisse la fibre de l’exception québécoise… et peut-être même, allons soyons fous puisque nous sommes artistes, que nous aurons… un nouveau passeport, écrit Québec dessus. Un passeport pour l’amour de soi.

Merci à vous tous.

À vous les 123 auteurs qui ont fait vibrer les 10 ans du Jamais Lu,

Au millier d’acteurs et metteurs en scène qui ont défendu ces voix,

Aux 21 membres du C.A. qui ont bien orienté notre développement au fil des ans,

À l’O Patro Vys, à Martin, pour nous accueillir si gentiment et librement depuis 8 ans,

A ma gang de filles si précieuse : Stéphanie, Valérie B., Valérie G., Marie-Aube,

À l’homme dans cette gang de filles : David Lavoie

À Julie notre cofondatrice des trois premières années.

À vous tous…

Merci de nous, de me donner encore le courage de sourire face à l’avenir.

Marcelle Dubois

Directrice artistique et générale du Festival du Jamais Lu

Bulletin du Jamais Lu – 4/4

Vendredi 13 mai 2011

10e FESTIVAL DU JAMAIS LU : UNE ÉDITION ANNIVERSAIRE QUI A REMPLI SES PROMESSES!

Le 10e Jamais Lu s’est terminé samedi soir sur une note festive et bon enfant avec le cabaret de clôture La langue dans le vinaigre. Notre bilan témoigne de l’attachement du public pour le Festival et de la pertinence de l’événement. En effet, vous avez été plus nombreux que jamais, les soirées spéciales, plus politiques et engagées que jamais, et les textes présentés, investis d’une réelle inspiration.

DES TEXTES, DES AUTEURS, DES SALLES PLEINES

Pour ses 10 ans, le Festival a connu une affluence record : des salles pleines à 73 % en moyenne, une augmentation de près de 10 % par rapport à l’an dernier.

Le public a découvert des textes inédits d’auteurs connus et moins connus des festivaliers. Ainsi, Fabien Cloutier, Navet Confit, Marc-Antoine Cyr, André Gélineau, Mathieu Gosselin, Marie-Eve Huot, Catherine Levasseur-Terrien, Francis Monty, Olivier Morin, Dominick Parenteau-Lebeuf, Julie-Anne Ranger-Beauregard, Guillaume Tremblay et Anne-Marie White ont pu mesurer l’effet de leurs mots sur leur auditoire.

UN ANNIVERSAIRE SUR FOND D’ÉLECTIONS
Les 10 ans du Jamais Lu se sont déroulés sur un fond de campagne électorale et d’élections. Ce contexte a teinté tout le festival qui posait cette année la question Jusqu’où te mènera ta langue? en guise de ligne éditoriale. Cette question a pris un tournant très politique et les auteurs n’ont pas hésité à se mouiller en parlant de leurs convictions, leur rôle et leur engagement au sein de la société québécoise.

UNE SOIRÉE D’OUVERTURE, COMME UN CRI DE RALLIEMENT

Orchestrée par Martin Faucher, la soirée d’ouverture donnait la réponse de 10 auteurs à la question éditoriale, mais on voulait surtout les voir pondre des textes dans la spontanéité et l’urgence de l’actualité. Le public venu en très grand nombre (certains se sont vu refuser l’entrée parce que c’était complet) s’est délecté des bijoux de textes lus par une équipe d’excellents comédiens. Cette soirée fut certainement une des plus riches provoquées par le Jamais Lu, et surtout une des plus percutantes à quelques jours d’un scrutin qui allait en surprendre plus d’un.

UN SALON THÉÂTRAL EN GUISE DE SOIRÉE ÉLECTORALE
Le soir fatidique du 2 mai, Carole Fréchette et Lise Vaillancourt ont reçu près de 40 personnes (autant des artistes que des gens du public) à la salle O Patro Výš et les ont conviés à partager nourriture, vin et idées sur les tabous sociaux. La soirée s’est terminée en regardant les résultats des élections qui alimentèrent, il va sans dire, les débats et discussions.

UN OPÉRA ROCK, COMME ANTIDOTE À LA GUEULE DE BOIS ÉLECTORALE

Le lendemain 3 mai, l’équipe de Clotaire Rapaille : l’opéra rock a su nous redonner le sourire au lendemain d’un dépouillement de scrutin déconcertant. Au-delà de la boutade derrière cet opéra rock, on a senti de la part des créateurs un véritable questionnement sur notre identité québécoise : une réflexion qui n’aurait su tomber plus à propos dans l’actualité. Nombreux sont ceux qui sont venus voir la genèse de ce projet qui, nous le prédisons, fera sûrement partie des spectacles à voir dans les prochains mois et pourquoi pas les prochaines années…

UNE LANGUE DANS LE VINAIGRE QUI RELANCE LES DÉBATS

Sous le signe de l’humour, Olivier Morin et Émilie Bibeau ont animé cette soirée qui rappelait les moments marquants du Festival. Elle a pris fin sur les mots de Marcelle Dubois, directrice générale et artistique, comblée par notre succès mais surtout atterrée que le débat sur le financement public de la culture, relancé jeudi dernier par Nathalie Elgrably-Lévy, chroniqueuse pour Le journal de Montréal, soit à nouveau à l’avant-plan en cette ère de gouvernement conservateur majoritaire où forcément la culture est menacée. Espérons que cette traversée du désert sera en fait le coup de fouet qui remettra l’engagement et le désir de se mobiliser socialement au goût du jour.

Le Festival tient à vous remercier d’être toujours présents pour cet événement. Nous venons de vivre un merveilleux 10eanniversaire, qui donne le goût de croire que les auteurs ont bel et bien leur place dans notre société, et qu’encore et encore il faut travailler à les mettre en lumière : ils ont tant à nous dire!

Nous sommes déjà pleins d’idées et d’envies pour notre 11eédition!

Sur ce, chers festivaliers, on vous encourage à poursuivre votre boulimie théâtrale en allant au FTA (www.fta.qc.ca) et du OFF.T.A (www.offta.com). Deux incontournables du printemps.

Et nous on se dit « à l’année prochaine! »

La Jamais Lu a sa chanson!!!

Jeudi 12 mai 2011

Gros merci à Dan et Jenny (alias Olivier Morin et Émilie Bibeau)… Elle est totalement… Jamais Lu!!!

L’équipe vous dit merci!

Mercredi 11 mai 2011

L’équipe? C’est qui l’équipe?

L’équipe c’est la petite gang sur cette photo. Et elle vous dit merci pour votre soutien, votre venue au festival, vos sourires, vos discussions autour du bar du O Patro Vys, votre participation et tout et tout! Et l’équipe vous dit aussi: « À l’an prochain! »

Belle clôture!

Mercredi 11 mai 2011

Photos: Thomas Bilodeau-Blain

Petit bonhomme en papier carbone de Francis Monty (les photos)

Lundi 9 mai 2011

À vous faire regretter de ne pas l’avoir vu !

(photos: Thomas Bilodeau-Blain)

La clôture…

Samedi 7 mai 2011

C’est l’ultime soir pour fêter les 10 ans du Jamais Lu!

Il reste quelques places! Venez rire, boire, festoyer et même danser puisque nous avons Ines Talbi aux tables tournante!

À +!

Billy…

Samedi 7 mai 2011

Le dernier texte de Fabien Cloutier en photos pour la première fois!

(crédit: Thomas Bilodeau-Blain)

Photos de La demoiselle en blanc et du concert-cadeau

Samedi 7 mai 2011

C’était jeudi soir et c’était génial!

(photos: Thomas Bilodeau-Blain)

Souvenirs de Lol_ita et Tobacco!

Jeudi 5 mai 2011

Ceux qui ne sont pas venus se mordront les doigts en voyant les photos d’hier! (crédit: Thomas Bilodeau-Blain)

Bulletin 3/4

Jeudi 5 mai 2011

C’EST PAS FINI, MAIS ÇA ACHÈVE. IL FAUT EN PROFITER JUSQU’À LA DERNIÈRE GOUTTE!

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de venir faire votre tour au Jamais Lu, sortez votre agenda tout de suite! Un festival est si vite passé. C’est une édition exceptionnelle! Nous le disons chaque année, c’est vrai, mais cette fois, croyez-nous, c’est vraiment EXCEPTIONNEL!

La preuve : les salles sont plus pleines que jamais, les gens restent pour discuter, l’ambiance est à la fête et surtout les artistes sont particulièrement engagés dans leur projet et nous révèlent des textes forts.

Ce soir, pour nous séduire, il y a Dominick Parenteau-Lebeuf, avec sa Demoiselle en blanc, et le rappeur français Arm avec son concert…

Et ensuite, il ne reste plus que deux soirs.

VENDREDI 6 MAI

À 16 h : FENÊTRE OUVERTE SUR LES RENCONTRES D’AUTEURS DIRIGÉES PAR JEAN-MARC DALPÉ

Treize auteurs du Québec et du Canada francophone ont parlé, écrit, parlé, débattu, écrit encore, ri, lu et réécrit pendant tout le Festival, au cours de rencontres dirigées par l’auteur d’expérience Jean-Marc Dalpé. Et vendredi ils vous feront part, en toute simplicité, des fruits de ces rencontres. Ça vaut le détour; c’est toujours captivant d’entendre des auteurs réfléchir sur leur pratique.

À 20 h : BILLY DE FABIEN CLOUTIER

Fabien, on l’adore! C’est une langue qui râpe les oreilles… pour mieux nous faire entendre nos débilités humaines. On se rappelle encore son incroyable monologue Scotstown produit l’an dernier et qui a fait une tournée au Québec. Cette fois-ci, il nous arrive avec Billy, son premier texte à personnages. Sylvain Bélanger signe la mise en scène et Louise Bombardier, Catherine Larochelle et Sébastien Leblanc nous feront vivre toute la truculence de l’écriture de Fabien.

SAMEDI 7 MAI

À 16 h : PETIT BONHOMME EN PAPIER CARBONE DE FRANCIS MONTY

Francis, c’est la famille! Il était avec nous dès le premier Jamais Lu et nous a fait le plaisir de venir y frotter quelques fois sa langue pendant nos 10 ans de vie. Cette année, il nous présente son plus récent texte, Petit bonhomme en papier carbone. Plus qu’une lecture, c’est une performance qu’il nous livrera, proche du laboratoire de création. Il y fera côtoyer la dureté du langage avec la fragilité du papier grâce à la conception scénographique de Julie Vallée-Léger. Un amalgame de mots et de sensations pour les 12 ans et plus.

À 20 hLA LANGUE DANS LE VINAIGRE!
SOIRÉE DE CLÔTURE ANIMÉE PAR ÉMILIE BIBEAU ET OLIVIER MORIN
Avec : Jean-Phillipe Baril-Guérard, Sarah Berthiaume, Simon Boulerice, Guillaume Corbeil, Marcelle Dubois, Julie Gagné, Jacques Laroche, David Leblanc, Annick Lefebvre, Pierre Lefebvre, Pierre Limoges, Frédéric Paquet, Mathieu Quesnel, Sébastien Rajotte, Julie-Anne Ranger-Beauregard, Olivier Sylvestre, et Catherine Vidal
DJ de la soirée : Ines Talbi

Toute bonne chose a une fin… y compris le 10e anniversaire du Festival du Jamais Lu. Entre un vox pop qui pose la question Confieriez-vous votre comptabilité à un mime? de Frédéric Paquet (le hit de la 5e édition), la confession intime d’Annick Lefebvre, le Que sont-ils devenus de Sébastien Rajotte, la présence rassurante pour l’avenir, de deux finissants en écriture à l’École nationale de théâtre, la revanche des anciens lauréats de l’Égrégore, un numéro engagé des artisans de la revue Liberté et un numéro des acteurs chouchous du Jamais Lu, le ton sera à la célébration… et à la dérision! Parce que, quand même, il ne faut pas vieillir trop sérieusement.

Le tout animé par nos incroyables cowboys Olivier Morin et Émilie Bibeau, qui nous pousseront de belles ballades westerns! La délicieuse Ines Talbi prendra le relais après le cabaret, pour nous faire danser toute la nuit. Vraiment, venez fêter avec nous : une décennie… ce n’est quand même pas rien!

LA RÉSERVATION EST L’AMIE DU FESTIVALIER!
Certains ont été fort surpris de se voir refuser l’entrée lors de soirées parce que c’était complet. Et l’expérience risque de se répéter… Ne vous exposez pas à la déception, réservez! Vous viendrez au Jamais Lu tellement plus détendu! Marie Fannie, notre responsable de la billetterie, attend votre appel!

RÉSERVATION ET INFORMATION : 514-328-7437
Pour tout savoir sur la programmation : jamaislu.com


Photos de Noeuds papillon et son jeune public

Jeudi 5 mai 2011

C’était tellement beau à voir… et à entendre!

Photos: Thomas Bilodeau-Blouin

On n’a pas les photos de Ben Laden, mais on a celles de Clotaire Rapaille!

Jeudi 5 mai 2011

Soirée complètement folle et déjantée! Voici en photos Clotaire Rapaille: l’opéra-rock!

Merci à notre photographe: Thomas Bilodeau-Blain

Carole et Lise nous ont reçus en grand!

Mercredi 4 mai 2011

Ce fameux soir là… Où le Canada est devenu bleu foncé et le Québec orange… Nous avons mangé, parlé de tabous sociaux et aussi un peu pleuré devant le résultat des élections…

Voici notre 2 mai en photos: (elles sont de Thomas Bilodeau-Blain qui pourrait vraiment faire des photos pour livres de recettes!)

Clotaire Rapaille: c’est COMPLET!

Mardi 3 mai 2011

COMPLET, COMPLET, COMPLET,COMPLET, COMPLET, COMPLET!!!

Mais vous ne serez pas complètement en reste puisque vous pouvez vous contenter d’un petit bout en allant écouter leur entrevue chez Christiane Charette!

On va aussi vous mettre des photos demain! On est cool quand même non?!

Bonne soirée!

Bulletin 2/4

Mardi 3 mai 2011

LE JAMAIS LU SE POURSUIT : Mercredi et jeudi sont des soirées à ne pas manquer! Voici pourquoi…

Le Festival bat son plein et ce n’est pas peu dire! Des lectures passionnantes, des auteurs comblés, des comédiens excellents et du bien beau monde pour venir fêter avec nous les 10 ans du Jamais Lu. Après une soirée d’ouverture où nous avons dû refuser des gens tellement la cabane était pleine, et où les auteurs ont fait preuve d’un engagement libérateur, les soirs se succèdent et sont toutes bien remplies et bien riches en propositions artistiques. 10 ans, c’est vraiment trippant!

Chez nous, pas d’abattement malgré les nouvelles politiques… Nous continuons à croire qu’il faut dire haut et fort plus que jamais! Dans les prochains jours, venez vous réjouir avec nous de l’engagement des auteurs…

MARDI 3 MAI
À 20 h : CLOTAIRE RAPAILLE : L’OPÉRA ROCK DE NAVET CONFIT, OLIVIER MORIN ET GUILLAUME TREMBLAY

C’est pas qu’on veut péter votre balloune, mais si vous n’avez pas déjà réservé pour cet opéra rock complètement déjanté… Eh bien, trop tard! C’est COMPLET! Eh oui! C’est comme ça maintenant au Jamais Lu!

Donc pour ceux qui ont déjà réservé, on vous promet une soirée carrément malade! Les gars sont fous fous fous… mais ils ont travaillé fort. On a bien hâte!

MERCREDI 4 MAI
À 13 h : NŒUDS PAPILLON DE MARIE-EVE HUOT

Elle a une passion pour le théâtre jeune public, on l’a vu dans plusieurs pièces pour enfants, et cette année elle fait le saut comme auteure. Un texte d’une grande sensibilité qui explore les chavirements intérieurs par le biais d’une fascination pour l’aviation. Ce très beau texte destiné aux 10 à 12 ans plaira à tous par sa poésie évocatrice.

Venez entendre les mots de Marie-Eve et voir les petits visages absorbés par son histoire. C’est aux Jeunesses Musicales du Canada que ça se passe.

À 20 hLOL_ITA DE CATHERINE LEVASSEUR-TERRIEN

La révélation de l’année! Catherine, on ne la connaissait pas et elle nous a séduits par son adaptation rythmée et hypercontemporaine de la nymphette Lolita. Un texte fait de spoken words, de poésie, de paroles repiquées à Britney Spears… Pour accentuer le thrill de l’aventure, c’est David Gauchard, venu de France avec sa bande de L’unijambiste, qui assure la mise en lecture. Sur scène, le rappeur Arm donnera le ton de la lecture : une présentation entre la performance et le théâtre. À voir pour son unicité.

SUIVI DE

TOBACCO d’ANDRÉ GÉLINEAU

Lui, il est connu à Sherbrooke et le Jamais Lu a décidé qu’à partir du 4 mai 2011 il serait connu aussi à Montréal! Parce qu’il en vaut la peine, vraiment. Nous adorons son écriture à la fois ancrée dans un imaginaire résolument québécois et dans un symbolisme franchement original! Et en plus il sait s’entourer, André : c’est Normand Chouinard qui signe la mise en lecture. Une vraie découverte à faire!

JEUDI 5 MAI
À 17 h : JE CRIE SOUVENT DANS LA NUIT À L’HEURE OÙ TOUT LE MONDE DORT ET TOI AUSSI MAIS JE NE T’ENTENDS PAS DE PHILIPPE BOUTIN (gagnant de l’Égrégore, un concours du RIASQ)

Chaque année, le Jamais Lu a le plaisir d’accueillir l’auteur gagnant de l’Égrégore, un concours du RIASQ. C’est toujours intéressant d’entendre ce qui sort de la plume de ces jeunes auteurs de demain. Philippe Boutin nous présente donc son premier texte, fougueux, mis en lecture par Michel-Maxime Legault.

À 20 hLA DEMOISELLE EN BLANC DE DOMINICK PARENTEAU-LEBEUF

Nous sommes très heureux d’accueillir Dominick qui, il y a 10 ans, participait à la première édition du Jamais Lu. On aime Dominick pour sa force intérieure et son engagement total dans l’aventure de l’écriture. Elle nous a émus à la soirée d’ouverture par sa plume magnifique; avec son texte La demoiselle en blanc qui nous amène à Berlin et nous fait traverser près d’un siècle d’histoire intime et politique, vous serez tout aussi touché! C’est Markita Boies qui signe la mise en lecture de ce solo interprété par Sophie Desmarais.

À 22 h : CONCERT-CADEAU DE L’UNIJAMBISTE
Entrée gratuite

On finit la soirée en musique, gâtés par Arm et L’unijambiste, venus de France, qui nous offrent ce concert en cadeau pour nos 10 ans. Du rap! Arm, selon la revue Les Inrockuptibles (revue majeure dans le monde de la musique), « creuse depuis dix ans un sillon inédit dans le rap français. [] le verbe d’Arm est une affaire qui vise l’éthique, la morale, l’humanité. Intense. » Ça donne le goût, non? Alors, le O Patro Výš se change en plancher de danse pour l’occasion.

LA RÉSERVATION EST L’AMIE DU FESTIVALIER!
Certains ont été fort surpris de se voir refuser l’entrée lors de la soirée d’ouverture parce que c’était complet. Et l’expérience risque de se répéter ce soir… Ne vous exposez pas à la déception, réservez! Vous viendrez au Jamais Lu tellement plus détendu! Marie Fannie, notre responsable de la billetterie, attend votre appel!

RÉSERVATION ET INFORMATION : 514-328-7437
Pour tout savoir sur la programmation : jamaislu.com

Olivier Choinière et l’Administration

Lundi 2 mai 2011

Bonjour,

Je publie ici le texte que j’ai lu lors de la soirée d’ouverture du Jamais Lu, le 29 avril dernier.

Puisque la salle était pleine, certaines personnes n’ont pu entrer et désirait le lire.

OC

L’administration nous ronge.

Quand je dis Nous, je veux d’abord dire Nous les amis du Jamais Lu, nous les amis du théâtre, nous les comédiens, les musiciens, nous les artistes, les poètes, nous les prêcheurs et les convertis, nous tous dont c’était pas la job à priori de faire des budgets équilibrés.

L’administration nous ronge. Elle nous scinde, nous fractionne.

Dans mon corps il y a : un metteur en scène et un directeur de compagnie, un auteur et un demandeur de subvention professionnel, un co-directeur artistique et un administrateur, un gestionnaire de projets et un spectateur. Tu me dis : Ça s’appelle la réalité de la survie. Je dis : Cette réalité porte un nom: trouble de la personnalité multiple. Quand sur scène quelqu’un se parle tout seul, ça s’appelle un soliloque. Sinon, ça s’appelle de la schizophrénie.

L’administration nous désintègre. Elle nous fait perdre notre intégrité.

Ce qu’on a retenu de la Cigale et la Fourmi, c’est l’insouciance de l’une, le pragmatisme de l’autre. Ce qu’on aurait dû retenir, c’est que ça prend une Cigale pour faire une Fourmi. On peut pas être les deux en même temps.

André Brassard a dit un jour : Quand les directeurs artistiques sont devenus co-directeurs généraux des théâtres, ç’a été une erreur historique. Plus ils s’occupent d’administration, moins ils s’occupent d’artistique. Plus ils font des levées de fonds, moins ils ont le temps de lire des pièces. Cela est d’une niaiseuse évidence.

Or l’administration ne fait pas que nous enlever du temps de création. Elle nous empêche de penser comme des artistes.

Je me souviendrai toujours de cette phrase dite par René-Richard Cyr, jadis directeur artistique d’un Théâtre d’Aujourd’hui: Nous n’avons pas les budgets à la hauteur de nos rêves.

Ben quoi, calisse? Nous aurons maintenant des rêves à la hauteur de nos budgets ?

Je ne peux pas rêver à une pièce si je me dis en même temps que ça va coûter trop cher. Tu me dis: Ton exemple est primaire. Je te dis: Tu as raison, mais ce n’est pas ce que je me dis. En fait je ne me dis rien. J’ai tellement bien intégré l’évidence que ça va coûter trop cher que le rêve d’une pièce qui pourrait peut-être coûter trop cher ne verra jamais le jour. Je ne veux pas dire qu’une pièce de rêve serait une pièce coûteuse. L’argent n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de l’administration. Je dis que nous rêvons à ce qui est réel, nous rêvons à ce qui est possible, ce qui est absolument effrayant à dire.

Le docteur l’a dit, nous souffrons d’une atrophie de l’imaginaire. On dit même: déficit de l’imaginaire, ce qui me semble encore plus monstrueux à dire, non seulement parce que pour designer ce mal, on emploie un vocabulaire économique, mais parce que nous sommes maintenant en mesure de quantifier l’imaginaire. Ce qu’on considérait être sans limite est désormais une matière épuisable, non-renouvelable et coûteuse.

Chaque année, Aux Écuries reçoit autour de 75 projets. 75 projets déposés par 75 gangs pour la plupart constituées en compagnies avec des c.a., des lettres patentes et des logos designés. Je dirai simplement ceci : le mandat d’une compagnie n’est pas qu’une case à remplir dans un formulaire. Il s’agit d’un rêve, d’un désir, d’une envie, de tout, sauf d’une formalité administrative. Tu me dis: Ah les jeunes ne veulent plus changer le monde, ils recrachent le discours d’entreprise sans s’en rendre compte. Je te dis: Quand je suis sorti de l’École, il y avait encore des artistes qui défendaient leur art. La relève d’aujourd’hui n’a personne, sinon que l’exemple d’un milieu remplis de gens, affairés, entreprenants, hyperbookés et efficaces qui se retrouvent à la tête d’institutions comme s’il s’agissait d’une gig parmi tant d’autre en attendant d’aller faire leur million au Cirque, mais d’ici là nous irons lancer nos saisons et remplir nos demandes de subventions en invoquant « la liberté », en défendant « la prise de parole », en appelant le peuple aux barricades comme si le théâtre constituait le dernier rempart contre la maudite machine qui nous avale, alors qu’elle nous a mangé, digéré et chié depuis longtemps.

Aujourd’hui, on parle des « vraies affaires ». Ce qui veut dire qu’on parle des affaires tout court. Quand les artistes descendent dans la rue, c’est pour réclamer plus d’argent. Ils le font d’ailleurs très bien, ayant parfaitement intégré la langue de l’administrateur, du gestionnaire et du banquier. Ils font la preuve que l’État peut leur donner plus d’argent sans craindre qu’il sera dépensé n’importe comment puisqu’ils sont aussi administrateurs. Ils font également la preuve que l’art, que le discours artistique n’a plus de valeur, plus de poids sur la place publique. Quand les artistes descendent dans la rue, c’est pour réclamer plus d’administration. C’est pour chanter à la gloire de la comptabilité.

Quand on parle de risques artistiques, c’est dans des tables rondes animées par Michel Vaïs pour la revue JEU. Sinon, nos risques sont financiers.

Voici d’ailleurs des chiffres.

99% des pièces que je vois sont de bons produits professionnels qui ne mettent pas en scène des textes, mais des demandes de subvention. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que 99% des pièces que je vois sont une explication d’une intention et donc la mise à mort de la surprise, de l’étonnement et de la vie.

99% des pièces que je vois ne sont que leurs affiches, ne sont que leur mot dans le programme, ne sont que leur pré-papier, ne sont que leur demande de subvention selon les lignes directrices, c’est-à-dire que les pièces ne sont et ne sont seulement que ce qu’on avait dit qu’elles seraient un jour. Tu me dis: Arrête de chialer. Nous avons la chance de vivre dans un pays dont l’état finance les arts. Je dis: Nous avons le malheur d’être devenus des professionnels qui font des produits qui correspondent en tout point à la publicité.

Si l’art a quelque chose à avoir avec la révolte, nous vivons dans un pays où on demande la permission de se révolter et ce, deux ou trois fois par année. Il reste une mise en scène à faire des Belles-sœurs, où ce ne serait plus des ménagères qui colleraient des timbres, mais des artistes en attente de réponses de subventions, jalousant celui qui a obtenu sa bourse (au montant d’ailleurs dérisoire).

Olivier Kemeid disait aux Seconds États généraux du théâtre: « Nous avons fait tout avec rien. Nous faisons beaucoup avec peu », mais que faisons-nous au juste? De quelle manière nos structures de financement, si pauvres soient-elles, conditionnent notre manière de penser? Que ferions-nous avec plus? Améliorer nos condition de création ? Faire de meilleurs shows ? Que veut dire « meilleur » ?

De quoi parlons-nous ? Qu’avons-nous à dire ?

99% des pièces que je vois me parlent d’administration, c’est-à-dire qu’elles me parlent de l’économie d’un milieu, de positionnements stratégiques, de direction des théâtres, de volonté d’avoir l’air professionnel, elles me parlent budget via la grosseur du décor et la cherté des costumes qui font la preuve que l’art, oui oui, ça a de la valeur.

99% des pièces que je vois me parlent de politique de diffusion et de public visé, qui n’est jamais celui qui se trouve dans la salle. Le public ne peut pas se réduire à un public visé, surtout pas celui que le milieu du théâtre s’imagine, c’est-à-dire un public qui a l’âge mental d’un enfant de cinq ans portant un casque en tout temps avec une veste fluo pour pas qu’il se perde dans le noir. Et encore : je suis méchant avec les enfants de cinq ans en les associant au public que nous nous imaginons: ce fameux spectateur moyen dont nous parlons entre nous d’un air professionnel et entendu et qui est, rappelons-le, une invention de marketing des années 80. Trente ans plus tard, le théâtre fait face à une multitude qui est tout, sauf une moyenne.

Qu’advient-il du 1% des spectacles qui échappe à l’administration ? Il s’agit soit de la miraculeuse exception, soit du spectacle totalement imparfait, bancal, qui a complètement échappé à ceux qui l’ont fait et qui par le fait même a échappé à la conscience de l’administration, spectacle qui dit entièrement autre chose que ce qu’il était supposé dire mais qui au moins a le mérite de dire quelque chose.

Tu me dis: Si ça va si mal, comment se fait-il que les salles soient pleines ? Je te dis: C’est bien la preuve que les gens ont besoin de théâtre, même pauvre, même tiède, même vide.

L’administration nous ronge, la fonctionnalité, l’efficacité nous dévore

L’auteur dramatique, n’est-ce pas, serait cette personne possédée par le génie de la langue et qui dans une sorte de transe coïtale appelée inspiration, écrit des mots. Il se réveille, la pièce est née. Alors qu’écrire, c’est long. Écrire, ça prend du temps. Écrire, c’est précisément se battre contre notre propre désir de répondre à notre administration interne qui nous somme d’être efficaces, rentables et productifs. Écrire, c’est réécrire jusqu’à faire dire aux mots ce que tu veux leur faire dire, parce que la langue, tiens donc, dépasse souvent notre pensée et nous emporte parfois loin d’elle.

Et puis l’administration me fait vomir quand je demande 5000$ au Conseil des arts de Montréal et que j’ai l’impression que je ne serai pas jugé sur la qualité artistique du projet, mais sur ma compréhension du logiciel Excel. L’administration me tue quand elle détermine mon « processus créatif » et que je m’aperçois que j’ai abandonné tout un pan de ma « démarche artistique » parce qu’elle était trop multidisciplinaire pour le théâtre, trop théâtral pour le multidisciplinaire. Ce n’est pas au Conseil des arts ni au jury de pairs de décider si ce que je fais est du théâtre ou non, tabarnac.

L’administration nous rend absolument cons quand on se retrouve en réunion et qu’on la passe à gérer Skype, Ical et Doodle. L’administration nous fait faire des burn outs à même pas 30 ans quand on fait de tout en création, sauf de la création. L’administration nous troue le coeur et ce week-end nous irons au chalet gérer nos émotions et travailler notre couple.

Si seulement l’administration pouvait nous ronger comme la rouille ronge le métal, de l’extérieur, en surface, en nous laissant des taches rouges et rugueuses, palpables et bien visibles. Les malades seraient immédiatement reconnus. On pourrait les mettre en quarantaine et les soigner. Mais l’administration nous ronge comme les termites rongent l’arbre, en le traversant de part en part, en le vidant de toute substance, de toute consistance, de toute vie, en le laissant debout, mais mort.

OC

Souvenir de Déluge et Faire l’amour à Grégoire…

Lundi 2 mai 2011

Voici la merveilleuse soirée d’hier en photos…