Bilan de la première édition à Québec : Coup d’éclat, coup d’envoi!

Québec! Toi aussi maintenant tu connais le Jamais Lu! C’est dans l’ambiance fébrile de L’Agitée pleine à craquer que tu as pris le risque de plonger dans L’accélérateur de particule ou dans le Cabaret corrosif, pour entendre des nouvelles plumes bien dégourdies. Les 17 et 18 novembre 2011, le temps de deux jours et de trois événements, les auteurs scéniques de la nouvelle génération ont pris leur place dans leur cité.

Sous la codirection artistique de Marcelle Dubois et d’Anne-Marie Olivier, la première édition du Jamais Lu à Québec a rencontré un terrain fertile pour la prise de parole. Elles ont choisi de mettre de l’avant le côté engagé, explosif et surtout rassembleur du Jamais Lu, pour permettre une première prise de contact avec le public plutôt renversante.

Le premier soir nous a plongés dans ce qu’il y a de plus frais en écriture théâtrale à Québec : L’accélérateur de particule nous faisait découvrir cinq œuvres encore en chantier par un extrait de 20 minutes chacune. Ces extraits nous permettaient de saisir le sens et la couleur de chaque création en devenir ; privilège grisant pour les spectateurs présents. Edith Patenaude a ouvert le bal de manière pamphlétaire, éclatée et manifeste, dans tous les sens du terme, jouant entre autofiction et prise d’otage. Elle fut suivie de deux adaptations de Britanicus (!!), la première d’Érika Soucy située dans un relais de ski-doo et dans ce que le français a de plus joual, l’autre de Steve Gagnon jouant plus près du pastiche en actualisant et en modernisant l’action dans style des plus réussi! Les deux derniers textes nous ont fait entendre des monologues plus intenses, celui de Joëlle Bond admirablement livré par Mary-Lee Picknell-Tremblay qui a su trouver le ton entre conte et intimité; l’autre, beaucoup plus dur, écrit et lu par Jocelyn Pelletier, nous amenait, entre utilisation de la vidéo et musique de Ramstein, dans la démonstrationd’une violence et d’une intolérance qui dévore ceux qui veulent jouer aux individualistes. Le public de tout âge a offert une très belle écoute et un enthousiasme manifeste aux auteurs et acteurs.. Entendu ce soir là : « On avait besoin de ça aussi, quelque chose qui se passe en-dehors des institutions. »

Le vendredi 18 novembre, deuxième et dernier jour du Festival, s’est ouvert sur une table ronde, peu publicisée, mais qui a offert à la vingtaine de personnes présentes  une expérience riche et unique! Olivier Lépine recevait cinq auteurs provenant d’horizons différents autour d’une discussion sur la place de l’auteur dramatique dans sa cité. Sarah Berthiaume, Daniel Danis, Alexandre Fecteau, Isabelle Hubert et Christian Lapointe ont discuté, avec force et verbe et ostinage, pour notre plus grand plaisir, les questions de la ville, du politique, du territoire, de l’engagement, de la prise de risque, de l’hermétisme et de la compréhension, de la cité intérieure qu’elle soit introspection ou inconscient collectif, des tournées à l’international et en région, de radicalité, du rôle de l’auteur, bref, une discussion aussi explosée qu’explosive! On a pu retenir entre autres les mots d’Alexandre Fecteau « Ça ne devrait pas être confortable de dénoncer », et ceux de Daniel Danis, qui nous parlait de « glue territoriale »…

Tous les auteurs de la table-ronde étaient lus au fameux Cabaret Corrosif qui clôturait le premier Jamais Lu à Québec, en plus des Olivier Choinière, Fabien Cloutier, David Desjardins, Philippe Ducros, Emmanuelle Jimenez et Catherine Léger, invités à livrer une prise de parole mordante. Manifestes, scketchs, monologues, mise en abîme et digressions, tout était permis pour mettre le feu aux poudres à cette soirée délicieusement animée par Anne-Marie Olivier et Marie-Josée Bastien, d’ailleurs corrosives à l’os. La salle comble est saisie, les textes « pognent », tous nous éclairent de différentes manières dans leur diversité, dans l’entrechoc de ces visions parfois opposées ici rassemblées.  Franchise, irrévérence, poésie, outrance, érudition, critique, humour et règlements de compte, le Cabaret Corrosif était tout à l’image de la vivacité trépignante toute prête à émerger à Québec, à travers ce nouveau festival.  Tout était là pour faire mentir (et rager) ceux qui, comme dans la satire de Fabien Cloutier, pensent que le théâtre « c’est cher, c’est plate, pis ça pue ».

Si l’équipe originale du Festival s’est bien sûr rendue à Québec, elle y était presque en visiteuse tant la présence d’Anne-Marie Olivier et son équipe a teinté l’édition d’une touche unique. Le Festival du Jamais Lu à Québec n’est pas une franchise, c’est un événement issu de la vitalité des artistes de Québec où l’on vient prendre le pouls de son époque et de son territoire. Le succès de cette première édition est certainement l’écho d’un besoin pour un événement tel que le Jamais Lu. Eh bien Québec, tu as été entendue : le Jamais Lu te dit à l’année prochaine!

Articles de presse

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/theatre/201111/02/01-4463955-festival-du-jamais-lu-des-soirees-litteraires-qui-ecorchent.php

http://www.ledevoir.com/culture/theatre/336099/le-festival-du-jamais-lu-arrive-a-quebec

http://voir.ca/livres/2011/11/17/festival-du-jamais-lu-mots-en-liberte/

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/theatre/201111/16/01-4468713-festival-du-jamais-lu-paroles-dauteurs.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B20__4273_section_POS1

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