[Chaque jour de lecture théâtrale, on publie un texte de l'auteur qui répond à la question "Où est-ce qu'on est?", en lien avec avec sa pièce présentée, sa démarche d'écriture et notre réalité.]
Quand je veux parler de théâtre
Je reviens souvent à une anecdote
De mon amie auteure Sarah Berthiaume
Elle avait fait un stage en Espagne avec plusieurs auteurs
Provenant de pays divers
Pendant lequel chacun devait écrire une courte pièce
Parmi eux
Un Polonais
Il a écrit une courte pièce
Dans laquelle de vieilles Polonaises s’ennuyaient tellement
Qu’elles en venaient à regretter l’Holocauste
Une claque dans’face
Ce qui me trouble et me fascine dans cette histoire
C’est qu’il s’y cache un profond désir de vivre
Quitte à ce que ce soit par l’horreur
Mais vivre quelque chose
Se sentir vivre
Au fond
Elles cherchent peut-être un projet fédérateur
Parce que le système les a enfoncé
Sans crier gare
Dans un individualisme extrême
Elles se demandent comment être soi
Comment aller vers l’autre
Comment gérer leur intérêt personnel
Et aussi leur bien commun
(Tiens donc !)
Un mouvement perpétuel
Qui donne des tremblements de terre
Et aussi des maux de têtes collectifs
Je vous raconte cette histoire-là
Qui n’est pas la mienne
Parce que parler des autres pour me situer
C’est ça que je fais dans’vie
J’essaie de m’expliquer
Ou de démêler
Le soi
L’autre
Et le nous
Je cherche l’éclairci
Dans la zone d’ombre
Ou plutôt précisément pour Les morb(y)des
Dans le noir
Du noir teinté
D’ennui
D’inertie
De perte de répère
D’hostilité
De cruauté
D’humiliation
De solitude
De colère
Et c’est encore une fois
À travers la bouche des plus vulnérables
De gens qui n’ont pas l’habitude de prendre la parole
Que j’ai eu envie de fourrer tout ça
Des mots qui se dépêchent
Des mots qui ne trouvent aucun confort
Dans les corps atypiques
De Stéphany de Montréal
De Sa Sœur l’évachée
De Kevyn le scout
Les mettre face à leurs propres limites
(Nous mettre face à nos propres limites)
Les faire sacrer
Roter des insultes
Crier en caps lock
Haleter
Saigner du coke flat
Répéter
Vomir
Sans point
Ni virgule
Tourner en rond
Être forts pis vulnérables
Chiâler
Dans une langue qui chante
Avec à la fois dissonances
Et harmonies
Une langue qui sait pas quoi faire d’autres
Que revoler sur les murs
Sans obstacle
Sans filtre
Sans jugement
Brut
J’ai organisé un chaos
J’ai façonné un cri
J’ai sculpté du caca
Pour peut-être trouver l’apaisement
Ou pas
Sébastien David
SÉBASTIEN DAVID
Crédits photos : Jérémie Battaglia
Diplômé de l’École nationale de théâtre en interprétation, Sébastien David est aussi auteur et metteur en scène. On a pu le voir comme acteur dans plusieurs productions au Théâtre de Quat’Sous, au Théâtre d’Aujourd’hui et au Prospero. En janvier 2011, il écrit, met en scène et joue dans En attendant Gaudreault précédé de Ta yeule Kathleen à la salle Jean-Claude-Germain. Il devient membre du CEAD en août 2011 et crée sa propre compagnie, La Bataille, dont il assure la direction artistique.
Les Morb(y)des
Jeudi 10 mai 20h
Mise en lecture : Gaétan Paré
Distribution : Dany Boudreault, Julie de Lafrenière, Kathleen Fortin, Philippe Robert
Tags: festival, Jamais Lu, Morb(y)des, où, Sébastien David